I. CONTENU
Nommé ainsi à cause de l'emploi constant qu'il fait du nom de Jalivé, même avant que ce nom ait été révélé à Moïse au Sinaï, ce document est un livre historique, qui racontait les origines de l'humanité ou l'histoire primitive, celle des patriarches, ancêtres d'Israël, et la formation de ce peuple par jMoïse, au moins jusqu'à la mort de ce dernier. Ivucnen l'étendait jusqu'à l'établissement des Israélites au pays de Chanaan. Quelques critiques récents y introduisent môme l'histoire des rois, jusqu'à la chute de la maison d'Achab ou à l'avènement de Jéhu (Bacon). Si le jéhoviste contenait des lois (on discute dans quelle mesure), il n'avait pas été composé pour promulguer des lois nouvelles. Ce n'est donc pas un code; c'est une histoire sainte.
Le jéhoviste remonte plus haut que l'élchiste, puisqu'il contient un récit de la création du monde, d'Adam et d'Eve dans l'Eden, Gen., ii, lxb-2ô. Suit l'histoire de la chute, iii, i-a4; puis, l'histoire de Gain et dAbel, et la descendance des Gaïnites, iv, 1-36; la naissance de Noé, V, 39; et dans le récit du déluge, la cause morale du cataclysme, vi, 1-8, l'entrée dans l'arche, vu. i-io, la pluie, 12, la fermeture de l'arche et la durée du déluge, 166, 17, les résultats, 22, ^3, la cessation, viii,
1. Cf. Wildeboer, Die Lileralur des A. T., 2' éjit., Gôtlingue, 1906, p. iiU-ioh-
26, 3rt, le triple envoi de la colombe, G-12, la constatation du dessèchement de la terre par Noé, i3b, le sacrifice de Noé, 20-22 ; l'ivresse du patriarche et la malédiction de Chanaan, ix, 18-27, la généalogie de Cham, x, 8-19, celle de Sem, 21, 24-3o; la tour de Babel, xi, 1-9; les ancêtres d'Abraham, 28-3o. Ainsi se termine l'histoire primitive. L'histoire d'Abraham et d'Isaac forme le début de l'histoire des patriarches. Elle comprend la vocation d'Abraham et la migration de ce patriarche en Chanaan et en Egypte, xii, i-l\a, G-20; le retour au pays de Chanaan, la séparation de Lot et le partage de la contrée, XIII, 1-5, 7-1 la, 126-18; alliance d'Abraham avec Dieu, XV (en partie); Agar, sa fuite dans le désert, xvi, 16, 2, 4-1 4; visite des anges, promesse d'un fils à Abraham, destruction de Sodome, xviii, i-xix, 28; Sara conçoit, XXI, la, 2a; Abraham à Bersabéc, 33, promesses à Abraham, XXII, i5-i8; descendance de Nachor, 20-34; mariage d'Isaac, xxiv, 1-67; Abraham épouse Ce thura, XXV, 1-6 ; Isaac au puits du vivant, 116 ; lieu où habitait Ismaël, 18; naissance d'Ésaù et de Jacob, 21-260; Ésaù vend son droit d'aînesse, 27-34; promesses divines renouvelées à Isaac ; Rébecca chez Abimélech, xxvi, i-i4; Isaac se sépare d'Abimélech, fait creuser des puits, reçoit de nouvelles promesses de Dieu et fait alliance avec Abimélech, 16, 17, 19-33; la bénédiction de Jacob, xxvii, 1-4Ô; celui-ci part à liaran, xxviii, 10; sa vision à Béthel, i3-i6, 19; il arrive chez Laban, xxix, 2-i4;ilade Lia quatre fils, 3i-35 ; il épouse Bala, servante de Rachcl, XXX, 36-5, 7; Zelpha, servante de Lia, 9-1 3; épisode des mandragores, i4-i6; naissance de Zabulon, 206, et peutêtre de Dina, 21 ; de Joseph, et richesses de Jacob, 24-43 (sauf retouches ou mélanges) ; Jacob veut retourner auprès d'Isaac, xxxi, i, 3; pierres amoncelées à Galaad, 46, 48-
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ôo; Jacob prévient Esaû de son arrivée, xxxii, ^-lAo: il latte avec l'ange, a3-35; il est accueilli par Ésaïi, xxxiii, 1-17; Dina à Sichem, xxxiv, 26, 3, 5, 7, 11, 12, 19, yôa, 2G, 3o, 3i; Jacob à Béthel, xxxv, Ga, i^; il en part, 21. 22a. L'histoire de Joseph vendu par ses frères, xxxvii, combine si intimement E et J que les critiques n'ont pas réussi à discerner les particularités des deux récits; d'accord pour l'essentiel, ils diffèrent au sujet des détails. L'histoire de Juda et de ïhamar, xxxviii, i-3o, est entièrement jéhoviste. La biographie de Joseph reprend et montre Joseph chez Puliphar, xxxix, i-23; quelques détails seulement lui ont été empruntés, xl- XLii, notamment le verset 38 de ce dernier chapitre. Les c. xLiii et xLiv. sauf quelques détails, sont du jéhoviste. Joseph va au-devant de son père, xlvi, 28-34; il établit ses Irèi'cs à Gessen, xlvh, i-5a, 66; la famine, i3-27a; Jacob règle sa sépulture, 29-31 ; prophétie de Jacob sur ses fils, xi.ix, 16-280; sépulture de Jacob, L, i-ii, i^.
Le jéhoviste racontait ensuite les événements qui ont amené la sortie des Israélites de l'Egypte : l'oppression des descendants de Jacob, Exod., i, G, 8-12 ; la fuite de Moïse au pavs de Madian, 11, i5-23rt; la mission que Moïse reçoit de sauver son peuple, les signes qui la démontrent et les épisodes du retour en Egypte, m, 7, 8, i()-2o; IV. i-iG, ic), 20fl ; 2 2-3i; Pharaon, au lieu d'accorder à Moïse sa demande, opprime de plus en plus les Israélites, v, i-vi, i; les plaies d'Egypte, vu, 1/4-18, 23, 25-29; vin, 4-1 la, iG-29; IX, 1-7, i3-2i, 236-34; x, 1-7, 136-19, 2^' -^9' ^'' ^~8 ! quelques critiques attribuent au jéhoviste la célébration de la Pàque, xii, 21-27; ^^^^ lui reconnaissent ce qui concerne la dernière plaie, 29, 3o. L'analyse du récit de l'exode n'est pas certaine; le c. XIII est de JE; on accorde à J la mention de la co
lonne lumineuse, 21, 22. Pharaon poursuit les fugitifs, qui murmurent; l'ange se place entre les deux camps; les Égyptiens sont défaits et les Israélites délivrés, xiv, 5-7. io-i4. 19. 20, 216, 24, 20, 276, 3o, 3i ; stations à Mara et à Élim. xv, 22-27; ^^ manne, xvi, 4. 5. 25-3o.; station à Raphidim. xvii. ib, 2, 7; apparition de Dieu au Sinaï, xix, 20-35 ; Dieu se montre aux anciens d'Israël, XXIV, I, 2. 9-1 1; adoration du veau d'or, xxxii, i-i4; petit code de lois, xxxiv, 1-28 (Décalogue jéhoviste).
Pour le séjour des Israélites dans le désert, le triage des sources éloliiste et jclioviste n'est plus possible. On attribue spécialement à J l'épisode de Hobab, ?sum.,x, 29-82; les réclamations des Israélites, las de la manne, et l'envoi des cailles, xi, 4-6, 106, ii-23, 3i-35. La part de J dans le récit des espions envoyés au pays de Ghanaan ne peut être déterminée avec précision, xiii, xiv, pas plus que dans les c. xx-xxv, 5; xxxii, 1-17, 20-27, 34-42. Dans les derniers chapitres du Deutéronome, qui proviennent de JE, le partage n'est pas fait, et on ne peut guère attribuer à J avec certitude que xxxiv, i6-4. Le jéhoviste racontait aussi la conquête de la Terre promise. Sur sa part dans les Juges, voir le P. Lagrange, Le livre des Juges, p. XXIII-XXXII.
S 2. CARACTÈUES
l. Au point de vue historique.
L'écrit jéhoviste est plus complet que l'élohiste ; il remonte aussi haut que possible, jusqu'à la création du monde et de l'humanité; il raconte donc l'histoire primitive, les traditions sur les ancêtres d'Israël, sur l'origine de ce peuple, et il pousse son récit, au moins, jus-
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qu'après la conquête du pays deChanaan. En mettant bout à bout les fragments qui en ont été conservés, on reconstituerait un livre, sinon exempt d'obscurités et de lacunes, du moins suffisamment suivi et intelligible. Il renferme presque tous les traits principaux de l'histoire saiîDle et il en a l'esprit, puisqu'il envisage les faits qu'il rapporte au point de vue religieux et moral. C'est l'histoire du peuple de Jahvé qu'il raconte. Son écrit est donc en même temps une histoire nationale et religieuse.
Pour la période primitive, il a reproduit la tradition populaire et quelques chants de l'âge héroïque. \oulant comme l'éloliiste rapporter ce que Dieu avait fait pour leurs pères et par leurs pères plutôt que ce qu'avaient fait leurs pères, il a, nonobstant de légères divergences, le même caractère. L'histoire des patriarches est foncièrement la même dans les deux narrations : elle ne se diversifie que par quelques particularités. Ainsi, dans la biographie de Joseph, le rôle principal de ses frères est j,oué par Juda, tandis que l'élohiste met Ruben en évidence. De plus notables divergences ont été constatées dans l'histoire de Moïse et de la conquête de Chanaan. Pour lui, les Israélites en Egypte habitent à part des Égyptiens dans la province de Gessen, et les plaies dont est frappée l'Egypte ne sont pas des représailles, comme pour l'élohiste, mais des coups divins, destinés à décider Pharaon à laisser aux Israélites la liberté d'aller offrir dos sacrifices à leur Dieu au désert, et à accréditer Moïse et Aaron auprès du roi d'Égvpte. Selon Wellhausen, le jéhoviste reproduirait une ancienne tradition, suivant laquelle les Israélites, au sortir de l'Egypte, seraient allés directement à Cadès, y auraient séjourné longtemps et y auraient établi leur législation particulière, fondée sur la pratique de la vie. Cependant il y aurait joint la
tradition du Décalogue, révélé au SInaï. Mais il semble plutôt que, dans la trame de son histoire, la législation du Sinaï a précédé le séjour des Israélites à Cadès. Il nomme le beau-père de Moïse Chobab, tandis que l'élohiste l'appelle Jéthro ; selon Wellliausen, primitivement il ne connaissait pas le nom de ce personnage, et on a inséré plus tard dans son récit des traditions différentes qui le nommaient Raguel ou Chobab, prêtre de Madian. Wellhausen prétendait encore que le jéhoviste ne connaissait pas Aaron, et il attribuait au rédacteur jéhoviste l'insertion de tous les passages, où il est parlé du frère de Moïse. II semble plus probable à Holzinger que le jéhoviste connaissait Aaron, mais qu'il le plaçait seul aux côtés de son frère en Egypte et au Sinaï, et ne parlait pas de Hur. Quant à la conquête de la Palestine, il la fait commencer par les contrées situées à l'est du Jourdain. Les critiques sont en grand désaccord sur l'existence et le rôle de Josué comme chef d'Israël et conquérant du pays à l'ouest du Jourdain, dans le récit jéhoviste. La question littéraire de la narration de cette conquête est aussi compliquée que celle de sa valeur historique.
Le document jéhoviste est dans l'ensemble parallèle à la partie historique du code sacerdotal ; mais son procédé, comme ses vues, est différent. L'histoire ne se déroule pas d'après un schème déterminé, mais suit simplement l'ordre chronologique. Cependant on remarque quelques traits, qui trahissent la réllexion et l'esprit de système. Ainsi le premier homme est anonyme, -"n~, avec l'article. Les fds des patriarches se marient tous avant la fin de la vie de leurs pères. Le nombre sept est plusieurs fois employé : sept paires d'animaux purs entrent dans l'arche, Gcn., VII, 2 ; les événements du cataclysme se produisent
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de sept jours en sept jours, Gen., vu, Zi ; viii. lo sq. ; on rapporte sept plaies d'Egypte; la prise de Jéricho a lieu après sept jours, Jos., \i, i5. Les espions sont choisis des douze tribus; douze pierres sont dressées dans le lit du Jourdain: le chiffre de quarante est encore mentionné, Gen., vu, 17; vni, 0. L'auteur aime à donner l'étymologic des noms propres de personnes et de lieux : Eve. Gain, Selh, Noé, Phaleg, Nod, Bcthel, etc., et celle du nom isclia (femme), Gen., 11. ao. L'explication de ces noms répond à l'histoire des personnages ou des localités ainsi nommés. Le caraclcre d'Esaû et de Jacolj est en rapport avec la signification de leurs noms, Gen., XXV, 24-35. Les noms des fils de Jacob sont justifiés par les relations de leurs mères, Gen., xxi\, xxx. Les noms des localités dérivent aussi des événements qui s'y sont passés, Gen., xvi, i3, i/j ; xxi, 28-81 ; xxxi, l\6 sq. ; Exod., xvu ; rSum., xxi, i-3. Quoique moins détaillé et plus descriptif que la narration clohisle, lo récit jéhoviste contient quelques particularités qui lui sont propres, par exemple le nom de Gessen et la localisation précise de certains événements. Les lieux habités par les patriarches sont signalés, Gen., xxiv, G2 ; xxv, 1 1 ; xxvi, 28, 25-33; xxviu, 10; xxxvii, i4; xlvi, i. Les patriarches ne sont plus de purs nomades: ils sont stationnaires et cultivent les terres, Gen., xvi, 12. Quelques-uns ont cependant encore le caractère sauvage des fils de la steppe; ainsi Ismaël, Gen., xvi, i2;Esau,xxv, 27; xxvii, 4o. Si les ancêtres du peuple juif sont plus pacifiques et apparaissent comme des hommes pieux et amis de Dieu, ils sont néanmoins forts et ne reculent pas devant la lutte, Gen., XXIX, 2, 3, 8-10; xxxii, 25 sq. Abraham et Jacob et d'autres personnages secondaires ont une physionomie nette et tranchée: etl'individualité des patriarches estmisc
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en relief. La vie patriarcale avec ses mœurs et ses usages propres est bien décrite. L'esprit national d'Israël avec son particularisme social et religieux est bien marqué : Israël se distingue des peuples voisins, étrangers ou alliés parle sang.