III. Au point de vue littéraire
1" Expressions et formes grammaticales spéciales. — La principale particularité du vocabulaire jéhoviste est l'emploi du nom de Jahvc dès le début du récit et an-
lérieuremcnt à la révélation de ce nom au Sinaï. La Mésopotamie est nommée =.'2".t ^"l'j. , Gen., \xiv, lo. Jacob est appelé Israël à partir de Gen., xxxii, af). La montagne sur lacjuellcDieu apparut à Moïse est le Sinaï. Les habitants de la Palestine sont des Chananéens, Gen., X, i8, 19; XII, G; XXIV, 3, 87; L, II ; Num., \iu, 39; xiv, 25, 4^. 4")- Un certain nombre de noms communs ne sontemployésquepar lejéliovistedansl'IIexateuque : '3|^, « père de, » précédant dans les listes généalogiques, Gen., rv, 20, 21; X. 21; XI, 29; XXII, 21, le nom du ou des fils; ~-~^. (( terre labourable, » au lieu de V7/;'i cinployé par E et P; "'~>|, « son frère, » Gen.. iv 21; x, 26, pour désigner le second fils, frère du preinier-né; '^'^'î;'] ■■^''x, Gen., VII. 2; "">!, dans le sens de serment, Gen.,
XXIV, 4i; XXVI, 28; Y~><= n»n, dans le sens d'exister,
Gen., II, 5; vi, [\\ voir des formules analogues. Gen., XIX, 3i ; VI, G; ~-î<.-7 « deux fois, » Gen., x, 19, 3o: xiii. 10; ~î^- ri:2N, Gen., xvi, 2; xxx, 3; mn) T,n3, Gen., xxiv, 3i ; XXVI, 29, cf. Gen., xii, 3 ; xvm, 18; xxviii, \l\\ !T'>*^ =>-c-2, Gen., XXIV, 28: xxxix, 17, iq; xliv, 7; cf. Gen., xxx, o/j; xliv, 10; xlvii, 3o; Exod., viii. G; « être quelque chose, » Gen., iv, 2, 17, 20, 21, 22; x, 9; XIX, 2G; XXV, 27; D';pT, rattaché avec ^21' Gen., xxi, 2,7;xxiv,3G,et avec "';'.'.' Gen., xliv, 20; -7^1 Gen., vm, i3; cf. VII, 12 ; Exod., xiv, 21 ; d^b, Gen., 11, 5; xix, 4 ; XXIV, iT), 45; Exod., ix, 3o; x, 7; n't», Gen., xi.iii, 34; XLVii, 24; '"'• « connaître » (par euphémisme), Gen., iv, I, 17, 25; XIX, 5, G; xxiv, iG; xxxvm, 2G ; "'^'i uengendrer, » Gen., iv, 18; x, 8, i3, i5, 2G; xxii, 23; 7, comme particule de temps, Gen., vm, 11; xxiv, 11; XI. IX, 27; Exod., XXXIV, 2; ~r'?r^'?' Gen., xliii, 10; xix, 16; Exod., xn, 39; N'iSDa, Gen., xxiv, 35, 32 ; xlii, 37 : XLIII, 24 ; ":??' «jusqu'à l'arrivée, » suivi d'un nom propre
de lieu,(jen., wvi, i/j: xlvii, 17, 18; =''[; ^^t^v «souffle dévie, » Gen., 11, 7 ; vu, 23 ; ]= f="» « user, » Gen., xxix, o5 ; XXX, 9; ~^7, Gen., xlv, j: vi, G; xxxiv, 7; m, 16, 17; V, 29; "TT/, Gen., XXV, 21; Exod., viii, 4> i3, 24, 20, 26; IX, 28: X, 17, 18; ""r^. dans le sens de « séparer, » Exod., VIII, 18; IX, 4: XI, 7: 7 ■'fS. Gen., xix,
0. 9; XXXIII, 1 1 ; « tomber au covi de » quelqu'un u et pleurer, )) Gen., xxxiii, 4; xlv, i4; xlvi, 29; t^ï et ""y^', « le plus jeune » de deux frères ou sœurs, Gen., XIX, 3i, 34, 35, 38; xxv, 23; xxix, 2G; xl.hi, 33; xlvui, i4; ^"^l -]:^ ^"~' Gen., iv, 2G; xii, 8; xiii, 4; xxi, 33; XXVI, 20; Exod., xxxiv, 5; ~2-", « langue, h Gen., xi,
1, G, 7, 9. Joignez-y quelques formes grammaticales : la prédominance du suffixe verbal sur l'emploi du ns, pin et 7'"- avec l'accusatif, n''P construit avec ~; l'emploi des noms de peuples au singulier; ainsi le peuple de Dieu est appelé Israël ; ^I'^'t est pris pour un nom au singulier; chaque tribu d'Israël a ordinairement un nom spécial.
2"^ Style. — Les critiques déclarent unanimement que le jéhoviste est non seulement le meilleur narrateur de l'Hexaleuque, mais encore de tout l'Ancien Testament. Ils admirent la vivacité, la clarté et le fini de ses récits. Il excelle à décrire d'une façon vivante, surtout dans la Genèse, le caractère des personnages et il décrit les événements en quelques traits bien frappés. Il aime la mise en scène, multiplie les dialogues et nuance les sentiments. Les plus belles narrations de la Genèse lui appartiennent. Il cite des chants antiques ; il a du souffle poétique. Son livre est une sorte d'épopée nationale.
§ 3. UMTÉ LITTKRAIHE OU PLURALITÉ
DES ÉCUITS JÉaOVISTES
Parce que les récils du jéhoviste ont souvent pour théâtre Ilébron et ses environs, on considère généralement l'auteur comme un écrivaia du rovaume de Juda. La personne de Juda est mise en relief, spécialement dans l'histoire de Joseph, et si le c. xxviii de la Genèse semble n'être pas à son honneur, les anciens ne concevaient pas sans doute l'honneur comme nous et les détails de ce récit devaient intéresser surtout les Judéens. Mais son ouvrage est-il tout entier de sa main, et la rédaction est-elle d'un seul jet? Sans parler de légères intercalations, qui auraient pu y être introduites plus tard, beaucoup de critiques ont distingué dans le jéhoviste la trace de mains différentes et au moins deux écrivains jéhovistes, J I et J li. Dans l'histoire primitive, il y a, au moins, trois morceaux, qui ne cadrent pas avec l'ensemble : la généalogie des Caïniles, Gcn., iv, 16-24. qui ne se rattache ni au récit du fratricide ni à celui du déluge, puisque la civilisation caïnite est contraire à la malédiction de Gain par Dieu et à sa punition par le moyen du déluge; les épisodes de Noé et de la vigne, Gcn., IX, 20-27, et de la tour de Babel, Gen., xi, 1-9, ne rcnlrent pas dans le cadre du déluge, puisque Noé, cultivateur et vigneron, diffère du héros du déluge, et que l'intervention divine à Babel contredit la division naturelle des peuples, lormée par le simple accroissement de l'humanité postdiluvienne. Si Wellhausen et Dillmann rapportent ces passages divergents à de simples remaniements de J, ou à la source E, Kuenen '
1, Histoire critique, l. i, p. i5i-i58, iG2-iC3.
- So -
distinguait, dans l'iiistoire primitive, deux couches superposées. Les plus anciennes parties, J i, comprenaient Gen., II, 4^-25; m; iv, i, 26, 16 6-24; vi, 1-4; IX. 20-27: XI, 1-9. Cette tradition originelle s'enrichit d'abord de Gen., iv, 2a, 3-i6a, vieux récit qui rentrait dans le cadre du paradis et de l'histoire des Caïnites. Ln écrivain postérieur, J2, qui a connu le mythe babylonien du déluge, l'a arrangé dans le sens Israélite, en empruntant le nom du héros à Gen., IX, 20-27. ^^ ^ formé la généalogie des Séthites d'après celle des Caïnites et il a ajouté la table ethnographique. Sa main se retrouve encore dans l'histoire des ancêtres d'Israël. On lui doit Gen., xii, 10-20, quelque chose du c. xv; xvm, 17-19, 22 6-33a; xxxix. Sa valeur historique est moindre que celle de J i et sa tendance morale est très prononcée. Enfin, à partir de Gen., XX, jusqu'à Josué, J i a encore été modifié, en partie d'après E, sans qu'il soit possible d'indiquer exactement les retouches subies.
Budde ^ a reconnu, dans l'histoire primitive, deux principaux courants jéhovistes. Le premier, J i, contenait cette histoire, hormis le récit du déluge. Elle ne nous est pas parvenue intacte; le début manque et ce qui reste a subi des modifications. Ces fragments doivent être disposés dans l'ordre suivant : Gen. . 11, 4 6-9, iG-25 ; m, 1-19, 21 ; VI, 3 ; m, 23 ; iv, i, 2, 16-24 ; vi, i, 2, 4; X, 9; XI. 1-9; IX, 20-27. Le second courant, J 2. comprenait principalement le récit du déluge, d'origine babylonienne, conservé d'une façon incomplète dans le texte actuel. 11 s'y ajoutait une table des peuples, dont le début est reproduit, Gen., ix, 18 a, 19, et dont quelques par-