‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 64 sur 166 · I. Au point de vue historique · texte numérisé non relu

I. Au point de vue historique

C'est pourquoi le code remonte aux origines et présente l'histoire primitive comme les débuts du peuple théocratiquc. Le récit de la création, l'histoire des patriarches antédiluviens, du déluge et des ancêtres immédiats d'Israël préparent et amènent l'histoire de l'institution du peuple saint. Celle-ci commence à la sortie d'Egypte; mais, à partir de la révélation du Sinaï, elle disparait presque entièrement sous la masse énorme de lois, promulguées surtout au pied de la montagne, Exod., xxv- Num., X, pour une petite part durant les pérégrinations au désert, Num., xvu sq., enUn au pays de Moab, Num., XXVI sq. ; xxxiii, 5o-xxxvi, i3. Moïse partage encore les contrées situées à l'est du Jourdain et pose les règles du partage des contrées occidentales. Après la mort du légishiteur, Deut., xxxiv, venaient la conquête et le partage de la Palestine. Mais cette histoire n'est pas très développée ni détaillée; beaucoup de faits importants sont omis. Elle n'est pas toutefois une simple ébauche, car les événements capitaux, la création, le

déluge, les alliances de Dieu avec Xoé, Abraham et Moïse, sont longuement racontés. Les faits intermédiaires sont exposés d'une façon très succincte, par tableaux généalogiques (les lôldôl), ou réduits à des données chronologiques. Donc, un sommaire suffit au but de l'historien; mais les grandes époques sont caractérisées par une révélation et une alliance divine et échelonnées comme des préparations progressives du régime théocratique. La piemière, qui va d'Adam à Xoé, se termine par une apparition d'Elohim à Noé et par une alliance, dont le signe est l'arc-en-ciel et l'obligation, la défense de manger du sang. La seconde, qui s'étend de Xoé à Abraham, comprend la révélation de Dieu à Abraham sous le nom d'El Schaddaï ci une alliance, dont le signe est la circoncision. La troisième, d'Abraham à Moïse, est caractérisée par la révélation du noindc Jahiê et par l'alliance, qui aboutit à l'institution du sabbat. Ces trois périodes, jointes à l'histoire de Moïse, diviseiit en quatre périodes le code, que AA cUhausen avait par suite nommé Vierbundesbiich . « le livre des quatre alliances. » L'auteur montre ainsi comment Dieu, par des révélations progressives, a fondé la théocratie, et comment tous les événements du passé convergeaient à l'institution du culte mosaïque. L'alliance du Sinaï n'est que l'accomplissement des promesses faites à Abraham.: aussi Moïse est-il directement rattaché à Abraham. Celuici descend de Noé par ordre de primogéniture, et Noé est le chef de la branche ainée de la famille humaine. Il descend d'Adam, qui est en réalité le premier juif. Les tableaux généalogiques ont donc été dressés pour établir la filiation de l'humanité. L'auteur indique les noms, la date de la naissance et 1 âge de tous les chefs de famille, qui se sont succédé de père en fils depuis Adam.,

le premier homme, jusqu'à INIoïse, le Icgislalcur Israélite. En racontant rinsloirc de l'époque mosaïque, il suit une marche analogue. La mission de Mo'ise et les premiers événements sont décrits assez longuement; mais à partir de l'arrivée au Sinaï, les lois et les institutions religieuses passent au premier rang. Les faits du séjour des Lsraélites dans le désert ne sont relatés qu'autant qu'ils servent d'occasion à la législation ou ont, au point de vue religieux, une importance particulière. Les intermédiaires sont réduits à la liste des 4o stations, correspondant aux quarante années de la durée de ce séjour. La mention des stations sert, dans la trame historique, de transition aux promulgations successives de la législiation .

IL Au point de vue législatif.

Le code mérite bien son nom : il est essentiellement sacerdotal et rituel. Il ne comprend ni les lois morales ni le droit civil, qui existent dans le livre de l'alliance et le Deutéronome ; il les suppose et il reproduit même quelques dispositions juridiques, par exemple sur les villes de refuge, Num., xxxv, 9-10, svir les filles héritières, Num., XXXVI, I-I3, qui rentrent dans la constitution de la société tliéocratique: mais il exclut délibérément le droit social profane et demeure exclusivement sur le terrain des institutions religieuses. Il élabore un vaste ensemble de prescriptions cérémonielles dans le but de constituer Israël, le peuple saint par excellence, et de lui donner le régime tliéocratique, cjui assurera la réalisation plénière des bénédictions divines. 11 veut donc établir un système religieux, et il a plutôt en vue la hicrocratie, ou la constitution d'un peuple saint (prêtres et fidèles), d'une société religieuse, d'une églisejuri-

diqucmcnt organisée, que la théocratie, ou le gouvernement de Dieu par un sacerdoce. Il ne s'adresse pas directement aux prêties et aux lévites, mais à l'Israélite, dont l'existence entière, les paroles et les actes doivent être réglés en vue du culte et de la pureté, même extérieure, toujours nécessaire à l'exercice du culte divin.

Comme la législation sacerdotale est encadrée dans l'histoire du peuple, Reuss en a conclu que les lois étaient intentionnellement groupées d'après le lieu de leur promulgation. Par suite, il a d'abord distingué un code sinaïtique, donné au pied du Sinaï, et un code moabltique, Num., xxxiii, 5o-xxxvi, 12, promulgue dans les plaines de Moab. Mais au sein du premier, il a prétendu discerner trois groupes particuliers, distincts par le lieu de la promulgation : i» les lois promulguées au Sinaï lui-même, Exod., xxv-Lev., xvi; 2° celles qui ont été faites au tabernacle de l'alliance, Num., i ; 3° celles qui ont été occasionnées par la révolte contre le sacerdoce d'Aaron, ^*um., xvii, xviii. Il v aurait donc ainsi quatre groupes successifs, déterminés par la marche historique des événements. Cette circonstance expliquerait l'absence d'ordre logique dans les dispositions du code sacerdotal. Rien de plus varié que les ordonnances portées selon les circonstances ou les nécessités de la vie pratique. D'ailleurs, dans les groupements chronologiques, il existe un ordre logique des matières. Mais même pour l'ensemble, on peut discerner deux parties principales : la première, Exod., wv-Lev., XVI, tend à établir le fondement de la hiérocratie entière et comprend les dispositions relatives au tabernacle, au sacerdoce et aux cérémonies du culte qui sont rattachées au tabernacle et au sacerdoce : la seconde, Num., i-xviii, concerne le camp et les lévites, en d'autres termes, règle les rapports du peuple et des

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lévites avec le fondement de la hiérocralle isracllte. Le code moablte n'appartient plus à la législation religieuse; il contient des dispositions propres à transporter les institutions hiérocratiques, établies pour le temps du séjour au désert, sur la terre de Chanaan *.

Ce n'est pas le lieu d'étudier les nombreuses ordonnances du code sacerdotal. Nous comparerons seulement les principales dispositions religieuses, concernant le lieu du culte, les sacrifices, les fêtes, les prêtres et les lévites, avec les lois parallèles du livre de l'alliance et du Deutéronomc.

L'unité du lieu de culte, que le Dculéronome présentait comme un but à réaliser, est supposée dans le code sacerdotal comme avant toujours existé. Aucune prescription ne l'impose; mais toute la législation cérémonielle règle que les sacrifices sont olferts en un seul et unique lieu. Dès que le culte fut organisé, c'est au tabernacle, à peine mentionné dans les documents élobiste et jéboviste, et inconnu du Dcutéronome, qu'il s'accomplit. L'auteur ne suppose pas qu'un sacrifice pût être offert ailleurs, et dans l'histoire des patriarches antédiluviens et postdiluviens, il ne mentionne l'érection d'aucun autel ni l'oblation d'aucun sacrifice. Il distingue différentes espèces de sacrifices et décrit minutieusement tous leurs rites : ce que ne faisaient pas les codes précédents. A l'holocauste et au sacrifice d'action de grâces, il ajoute la simple oljlatlon et les sacrifices pour le péché et pour le délit. Il introduit encore l'offrande de l'encens. La conception du sacrifice est elle-même changée : au lieu de l'offrande familiale, du repas joyeux, d'un hommage spontané rendu à Dieu par un particulier, qu'était

I. i'our des divisions logiques, voir Dictionnaire de la Bible, art. Loi mosaïque, t. IV, col. 33o-332.

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tout sacrifice pour E, J et D, le sacrifice est devenu une institution officielle et publique, un service commandé, soumis à des règles minutieuses, un exercice pieux, «une odeur de suavité » pour Jahvé, Gcn., viii, 21. Les codes précédents ne connaissaient que trois fêtes annuelles, fêtes champêtres consacrant les principales saisons au point de vue de l'agriculture. Le code sacerdotal en mentionne sept et il modifie le caractère de deux des anciennes qu'il conserve en donnant à leur célébration un motif historique. De plus, ces fêtes sont célébrées au sanctuaire unique et réglementées dans les moindres détails, pour leur date et leur durée. Quant au sacerdoce, il est devenu une institution sociale, hiérarchisée, dont les droits et les fonctions sont exactement fixés. Le livre de lalliance ne connaissait pas le sacerdoce aaronique. Le Deutéronome parle de prêtres-lévites ou de prêtres lévitiqucs, sans autre distinction qu'entre ceux qui habitent auprès du sanctuaire unique et ceux qui sont répandus dans le reste du pays. Le code sacerdotal distingue les lévites, membres de la tribu de Lévi, des prêtres, descendants dAaron, qui ont au-dessus d'eux le grand-prêtre, fils et successeur d'Aaron. Les fonctions et les revenus de chacune de ces trois classes sont déterminés dans les moindres détails, et les prêtres sont richement dotés. Le lévitisme, qui est une innovation, a une organisation savante et compliquée. Comme la tribu de Lévi, à laquelle ils sont historiquement rattachés, n'a pas eu de domaine dans le partage de la Palestine, on assigne aux lévites un certala nombre de villes, dites lévitiques, avec leur territoire, comme lieux d'habitation. Les prémices et les dîmes, constituées comme de véritables impôts religieux, fournissent la dotation annuelle des lévites et assurent leur subsistance et celle de leurs familles. Sur ces points.

comme sur beaucoup d'aulics, le code sacerdotal est manireslcment en profj;rès relativement au livre de l'alliance et au Deutcronomeet il répond, d'après les critiques, à une situation sociale bien didérente. 11 ne peut donc que leur être postérieur.

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