IV. Au poinl de vue littéraire
Sous ce rapport, le code sacerdotal a une physionomie des plus marquées.
1° Langaije. — Il a sa terminologie propre, et les critiques ont dressé une liste considérable de ses expressions caractéristiques. Nous avons déjà dit qu'il nomme Dieu comme le document éloliiste, et c'est une des raisons de l'ancienne confusion des deux sources. Le peuple est toujours désigné par la formule : ^'>^y^\ ',^.t' Jacob n'est iamais nommé '^s-i'sr'. Les Ilétliéens, nommés n'nn dans J, E et D, sont appelés dans P rin »a3, Gen., xxiii, 3, 5, 7, lO, iG, i8, 30; XXV, lo; xxvn, /|6; xlix, 32, ©u 'rin au singulier, Gen. , xxiii, lo ; xxv, 9, etc. Plusieurs noms de lieux sont spéciaux à P : yf^N nnp, pour désigner Ilébron, Gen., xxm, 3; xxxv, 27; nbssp, Gen., axiii, 9, 17, 19; xxv, 9; xLix, 3o; l, i3; din ffs, Gen., xxv, 20; XXVIII, 2, 5-7; XXXI, 18; XXXIII, 18; xxxv, 9, 26;xLvi, i5(JetDdi.sent ann? nnx, Gen., xxiv, io;Deut., XXIII, 5); yi^z'f-c, Num., xiii, 21; xx, i; xxvii, \[\;
xxxiiï, 36; XXXIV, 3; Dcut., xxxu, ôi. La montagne sur laquelle la loi a été promulguée est le Sinaï; celles sur lesquelles Aaron et Moïse sont morts, Ilor et Nébo. Les mois ne sont pas désignés par leurs noms, mais par leurs numéros d'ordre. Dans les choses du culte, P emploie naturellement seul de nombreux termes techniques. Ainsi il se sert plus de cent fois du nom "=yp pour désigner le tabernacle, '^''po, une douzaine de fois, « le sanctuaire; » c»-*t5 ^''7', i^'^p) 78 fois,
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(( le sacrifice » en général; ~^"'^, 63 fois, a sacrifice consumé par le feu; » ='=''!^i sacrifice pour le délit, et riN^n, (( sacrifice pour le péché; » nnjc, qui dans J et E avait la signification générale d'offrande faite à Dieu, devient, dans la langue de P, un sacrifice spécial, l'offrande de farine; "■^7 désii^ne l'assemblée des Israélites ; î^nair, « sabbat ; » "--"■^N « péché d'erreur. » D'autres expressions moins techniques forment encore des particularités de la langue de P : n'as, «tribus, ))Gen.,xxv, 16; Nvim.,xxv, lô; '-^) « moi, » plus de i5o fois; r'^st^ ri'3, « maison des pères; » niw-jz, « fils (c'est-à-dire âgé de tant) d'années; n >>!is. « créer; » "itrs-;:, « toute chair; » vii,
(I expirer; » ^'/^^h « tête » dans les recensements; ns-r, (( calomnie ; » ''"» « étendard ; » "."--, « image ; » nVn» "!"f, <( la gloire de Jalivé; » =vf?' « expiation, «jour du grand pardon; î'", « murmurer, » se révolter; ^~r7> domaine rattaché aux villes lévitiques; n-22, u tribu; n ~J?' << pécher; » ^.^ps» amas d'eau, Gen., i, io;Exod. VII, ig; Lev., XI, 36; ""^Pr' « asile; » w^? ^ip^j « convocation sainte; » ^}y « plaie; n '^\^-, «personne; » n'sç, « aromates; » It?, « avoir à satiété; » oh^y nna, « al-
liance éternelle; » ^.'?"]î'^ î'r.» « entre deux soirs; » ~Cn' " oppression; » n^sas, u armées, » sans rapport avec la guerre; ^'isi., « les biens; » =''fs^, «punitions; » Y2^>
(( pulluler; » n'nbin, « générations; » l'n, « explorer; » suTTi, (( étranger, n
2° Sfyle. — L'écrivain sacerdotal recourt souvent aux mêmes formules, dans ses récits aussi bien que dans ses recueils de lois. Ainsi il répète constamment les mêmes mots et les mêmes tournures (voir le récit de la création) ; il multiplie les titres et les conclusions, dans lesquels entrent les adjectifs ~)vi, nj» dnt; rappelons seulement les tôldôt de la Genèse; il commence et finit ses énumérations par les mêmes termes. L'exécution des ordres de Dieu est exprimée dans des phrases analogues à celle-ci : « Noé fit tout ce que Dieu lui avait commandé, » Gen., VI, 22. Les révélations et les lois débutent par ces formules : « Dieu a dit à jNIoïsc, à Moïse et à Aaron, à Josué, aux fils d'Israël, à Aaron et à ses fils, à Pharaon, roi d'Egvpte. » Dans le livre de l'alliance et le Dcutéi'onome, les prescriptions principales commencent par '3, et les cas particuliers par es, et le verbe et le sujet suivent la conjonction, Exod., xxi, 2 sq. ; Dcut., x\, lo sq. Dans le code sacerdotal, la disposition principale débute bien encore par '3, mais la conjonction est précédée d'un nom »2(n':rN)Ti;'>J, )3 t::s:, Lev.,ii, i;iv,2,etc.; les cas particuliers ordinairement, les lois additionnelles ou complémentaires sont exprimés dans des périodes conditionnelles et la conjonction est tantôt cn et cnt , tantôt ~'a{^) tantôt '=% Lev., iv, 3, 22; xui, 42, etc. D'autre part, cet écrivain a le souci de la précision ; aussi son sl)lc est-il celui d'un juriste qui recherche à dessein les termes techniques. 11 est minutieux, méticuleux même, fournissant tous les détails, voulant être complet. Par suite, il se répète et multiplie les énuméralions. Ce souci de l'exactitude et de la précision engendre la diffusion et la prolixité. Quand l'auteur a distingue
les espèces d'un genre, il ne peut plus parler du genre sans énumcrer toutes les espèces. 11 est donc diffus et monotone. Son style méthodique est peu imagé. L'écrivain, d'esprit positif et pratique, ne recourt guère aux métaphores et aux comparaisons. Sous sa plume, Dieu irrité parle en phrases longues, lourdes et chargées de répétitions, Num., xiv, 26 sq. Sa langue est pauvre en images et abstraite. Il a cependant de belles pages, telles que le récit de la création, et il sait décrire à l'occasion une scène pittoresque des mœurs patriarcales, Gen., xxiii.
S A. ABSENCE d'unité LITTÉRAIKE
Le code sacerdotal, tel que nous l'avons étudié jusqu'à présent, est une compilation ; l'étude du document conduit à le supposer. Si les parties sacerdotales de la Genèse actuelle sont disposées d'après un plan très net et très rigoureux, la suite de l'écrit présente moins d'unité t l'enchaînement des matériaux paraît brisé par de longues additions intercalées. C'est ainsi que Lev., viii, continue immédiatement Exod., xl, et Lev., xvi, suit Lev., X. Certaines lois sont répétées : ainsi celles qui oi"donnent l'entretien d'une lampe dans le sanctuaire, Exod., xxvii, 20, 21; Lev., xxiv, i-4; l'holocauste du matin et du soir, Exod., xxix, 38-^2 ; Num., xxviii, 3-8. Il y a parallélisme entre Exod., xxix, et Lev., vni-x, d'une part, et Lev., i-vii, d'autre part. L'offrande dea premiers .sacrifices, racontée Lev., viii, n'est pas supposée faite d'après les règles générales, exposées Lev.,i-vn. Exod., xxx\-xvxix, est une répétition d'Exod., xxv- XXIX. Exod., XL, 1-16, contient des ordres déjà donnés ailleurs. On trouve, Lev., iv, i-35: v, i-i3, 14-26, trois morceaux indépendants sur le même sujet. Le
dénombrement des familles k'vlliqucs, Gcn., xlvi, ii; Exod., VI, i6, 17; jNum., ni, 17 sq., difTèrc de celui de Num., XXVI, 58. Les fonctions des lévites pour le transport de l'arche sont décrites, Num., m, puis dune façon plus détaillée, au c. iv. On signale, d'ailleurs, un certain nombre de dispositions divergentes. Bornonsnous à quelques exemples. Il n'est question que d'un seul autel, Exod., xxvii-xxix ; Lev., viii, et pour offrir de l'encens on se sert d'encensoirs, Lev., x, xvi ; Num., XVI sq. Or il y a, Exod., xxx, i-io, un ordre de construire un autel des parfums, qui n'est pas à sa place, et on parle de deux autels, celui des holocaustes et celui des parfums, Exod., xxxv-xl. Ces deux dernières données ne s'accordent pas avec les précédentes. Suivant une série, Exod., XXIX, 4-9» 29; Lev., iv, 3, 5, 16; vi, i3, i5; vm, 13, i3 ; XVI, 82 ; XXI, 10, 13 ; Num., xxxv, 35, Aaronscul est consacré solennellement ; ses flls ne le sont pas. Suivant une autre série, Exod., xxviii, 4i ; XXX, 3o; xl, i5: Lev., VII, 36; X, 7; Num., m, 3, les fils d'Aaron reçoivent aussi la consécration sacerdotale. D'après Num., m. G- 10, les lévites ont été donnés comme aides aux prêtres par le peuple: selon les versets ii-i3, ils remplacent auprès de Jahvé les premiers-nés qui, d'après la loi ancienne, devaient lui être offerts. Ils sont de service de 3o à 5o ans, Num., iv, 23, de 25 à 5o, Num., vm, 33-2G. Lorsqu'on ofl're pour le grand-prêtre ou pour le peuple tout entier un sacrifice pour le péché, le sang de la victime est jeté à six reprises devant le voile du sanctuaire, Lev., VI, 7, 17: on en humecte seulement les cornes de l'autel, Exod., xxix, 12; Lev., vm, i5; ix, 9. Quand ce sacrifice est offert pour le peuple, on immole un jeune taureau, Lev., iv, i4, un bouc, Lev., ix, 3. L'impôt de capitation est levé pour les frais du culte,
Exod., XXX, 11-16, pour la construction du sanctuaire, xxxvui, 23-28. Ces morceaux, qui paraissent distincts, ont cependant le même esprit, le même caractère, sauf des nuances particulières, et le même stvle. Ils se distinguent ainsi des autres sources delHexateuque et appartiennent à la même école; mais ils ne sont pas de la même main. Les critiques sont donc amenés à discerner, dans le code sacerdotal, des couches différentes, et, nonobstant leur désaccord pour les conclusions de détail, ils réduisent tous leur nombre à trois : i' un écrit, dont font partie les morceaux sacerdotaux de la Genèse et qui est appelé « l'écrit fondamental sacerdotal », priesterliche Grundschrift, parce qu'il fait le fond du code; 2° une collection de lois, que Klostermann a nommée « loi de sainteté )), Heiligkeitsgesetz; 3" une série d'additions historiques ou législatives (novelles), qui ont été faites à lune ou l'autre des couches précédentes, et qui, dans le code, paraissent secondaires.
i*^ L'écrit fondamental sacerdotal. — Dillmann le désigne par la sigle A, Holzinger et Bertholet par Pg, Ruenen, Cornill et ^^ ildeboer par P2. Il contient, outre les récits sacerdotaux de la Genèse (hormis quelques additions), toutes les lois, sauf la loi de sainteté et les novelles ajoutées plus tard. On lui attribue donc, sans discusion, tous les passages de F, Gen., i-Exod., xxix. A partir de là, les critiques sont en désaccord. Dillmann lui donne des morceaux, que les autres estiment généralement secondaires. L'ensemble du code sacerdotal lui revient donc, et c'est à lui que conviennent principalement tous les caractères signalés plus haut.
2° La loi de sainteté. — On la désigne généralement par la sigle H, ou Ph (Holzinger), ou Pi (Klostermann, Kuenen, Cornill et Wildeboer). Dillmann et Westphal
la nomment la « loi du Sinaï n, Sinaigesetz ; d'où la sigic S. Cctle loi, contenue, Lev., xvii-xxvi, iormc un code indépendant, probablement plus ancien que Pg, à qui elle a peut-être été incorporée après coup. Son indépendance ne résulte pas seulement de ses caractères propres: elle ressort encore de ce que, à l'instar des autres codes, la loi de sainteté débute par une loi de l'autel ou du lieu du sacrifice, xvii, i-gf, et finit par une exhortation, xxvi, 3-45. Son nom lui vient du thème principal qu'elle traite : la sainteté lévitique. Le texte actuel a certainement subi des retouches, et des portions du contenu primitif ont peut-être été placées ailleurs. Enfin, on a constaté dans ce petit code des divergences de fond, xix. G, 7; xxii, ag, 3o, de forme, XVIII, 19; XX, 18; des répétitions, xvii, io-i4î et xix, 26a; XIX, 4a, 3o, et XXVI, 2 a; \ix, lib, elxTivi, la; xix, 9, 10, et xxiii, 22 ; XIX, i5 et 35 ; xix, 266, 3i, et xx, 6, 27; des doublets, xxiv, 17, 18, et 9i: surtout xvni et XX, et l'absence d'ordre. Ces constatations ont donné lieu à un problème littéraire fort compliqué et diversement résolu. Nous renvoyons à Holzinger ', et nous nous bornons à signaler les caractères propres de la loi de sainteté.
La caractéristique spéciale de cette loi est qu'elle règle presque exclusivement ce qui a trait à la pureté lévitique des prêtres et du sanctuaire, xxi, xxii, et aussi du peuple. L'importance de ces observances est si grande que l'omission d'un rite est punie de mort, xvii, 3-9. L'auteur semble tenir le milieu entre le Deutéronome et le code sacerdotal. Il atténue la défense de manger des bêtes mortes, Dcut., xiv, 21; Lev., xvii, i5; mais il