‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 67 sur 166 · I. Einleilung in den Ilexaleuch, p. A · texte numérisé non relu

I. Einleilung in den Ilexaleuch, p. A

punit de mort, Lev., xx, i8, une infraction qui, dans le code, Lev., xv, 24, n'entraîne qu'une impureté de huit jours. La loi de sainteté se présente comme ayant été promulguée au Sinaï, xxvi, ^G; cf. xix, 28; elle ne connaît donc pas d'autre code antérieur. Toutefois elle ne semble pas faite pour le temps du séjour des Israélites au désert, et elle suppose clairement l'occupation du pavs de Clianaan. Toute une série de détails concerne, en effet, la vie agricole, XIX, 9, 10, 19, 28, 2^, et les fêtes se rapportent à la moisson, xxiii. Comme le Deutéronome, la loi de sainteté insiste s.ur l'unité de Dieu et interdit sous peine de mort de faire des images de la divinité, XVII, 7; XIX, 4: >;x, 1-8; XXVI, I. Elle veut que les sacrifices soient oCTcrts au même lieu, xvii, 1-9; xix, 3o; XXVI, 2, pour sauvegarder le monothéisme, xvii, 7. Elle ne connaît pas le sacrifice pour le péché, ni les lévites. Le sacerdoce, comprenant un grand-prêtre, xxi, 10, est rattaché à Aaron. L'année sabbatique doit être observée, XXV, 1-7, 19-22. La sainteté, si fortement recommandée, n'est pas purement extérieure; elle s'ajoute à la pratique des préceptes moraux et juridiques, xix, 2-8, 9-18 (préceptes analogues à ceux du Décalogue). Certaines prescriptions, xix, 18; xxv, 1-7, présentent le caractère humanitaire du Deutéronome; les motifs de quelquesunes sont indiqués, xix, 34, ^G: on exhorte à observer quelques autres, xx, 22-24, et la conclusion contient des bénédictions et des malédictions pour la fidélité ou l'infidélité à la loi. Cependant Dieu commande absolument, comme le montre bien la formule réitérée: ((Moi Jahvé. » Ce petit code n'est nullement un manuel sacerdotal : il est rédigé pour le peuple, qui doit, pour sa part, connaître les cérémonies du culte. En dehors des passages retouchés, XVII, i; xxi, i, 17, il s'adresse aux

prêtres à la troisième personne. 11 a quelques mots ou rormulcs propres : nais, xx, 20; "i^''^ et nï:s, xx, 27; ^'"?'"^??.' ^"'i A '■> xxvi, I ; ries, xxv, G, ^4 ; ♦n'ps, xvni, 3o; XX, 4; XXVI, i5; nsT, xviii, 17; xix, 29; xx, i4; !^^T, « idolâtrie, « xvii, 7; xx, 5, G; Î.n2-, pour designer le sacerdoce comme corps; -~\ xix, 17; xxvi, 36, 4i ; n»ay, xvui, 20; xix, 11, i5, 17; xxiv, 19; xxv, i4, i5, 17; ^.s-.7 « cadavre, « xix, 28; xxi, i ; l'^ji xviu, 28; xix, 19; XX, i6;\2n, xvni, 23; xx, 12. Le c. XXVI contient une série d'àrra; lty6y.iw.. En énonçant les lois, Jalivé emploie souvent le « moi » et dit « tu » au peuple, xviii, 7-23. Wellliausen a prétendu que le ton parénétique était plus maniéré dans la loi de sainteté que dans le Deutéronome. Beaucoup de critiques pensent que la partie législative de H a précédé l'exhortation parénétique. En raison de la parenté de fond et de forme avec Ezéchiel, on rapproche généralement le petit code du prophète, et Graf, Bertheau, Colcnso, Ka\ser et Horst ont même regarde celui-ci comme l'auteur ou le rédacteur de celui-là ^. Mais sans parler de nombreuses divergences de détails, de fond et de style, Ezéchiel ne connaît pas encore le grand-prêtre; la loi de sainteté qui le mentionne, serait donc plus récente. Nôldcke, Klostermann, Dclilzscli et Driver soutiennent néanmoins la priorité de H sur Ezéchiel. Selon Holzinger, les deux auteurs seraient contemporains. Le rédacteur de la loi de sainteté a fait des emprunts à des sources plus anciennes (antérieures même au Deutéronome, au sentiment de Dillmann). Quanta la conclusion parénétique, elle serait, suivant Wcllhauscn, Kuenen, Smend cl Holzinger, de la fin de la captivité à Baby-

I. Cf. Hoisl, Lev., .\V/y-A',\V/, und Ilesechiel, Golmar, 1881.

lone. Dillmann, qui ne doute pas que le fond n'en soit ancien, place la rédaction actuelle avant Ezcchiel. Driver l'attribue à un prêtre, qui est prophète en même temps et qui précède de peu Ezécliiel. Klostermann et Franz Dclitzsch en remontent la composition avant la captivité. Le code lui est antérieur. Baentsch a distingué trois couches : Hi, xvni-xx ; xxiii-xxv, anthologie antérieure à Ezécliiel (091), mais retouchée plus tard; H 2, XXI, xxu, relouche de documents précédents ; H3, xvii. Ces deux dernières couches ont vu le jour pendant la captivité et dépendent d'Ezécliiel. Le c. xxvi est composite : c'est un discours de consolation qui probablement était originairement indépendant de H et d'Ezécliiel. Les trois couches ont été réunies, et le c. xxvi retouché, à la fin de la captivité, à laquelle il est fait allusion . 3" Parties secondaires. — Les critiques les ont constatées dans le récit historicjue aussi bien que dans les lois de Pg, mais sans parvenir à s'entendre sur leur nombre. Kucnen avait distingué PS, P4, P5; les autres critiques se contentent des sigles Ps, ou Px et ne précisent pas les strates superposées des couches secondaires de P. Les principales se trouvent Gen., xlvi, 8-27; Exod., vi, 18-38; XII, i5-20, 4S-5o; xxvii, 20, 21; xxviii, Zii-43; XXIX, 35-37; ^^^; XXXI, i-i8a; xxxiv, 29-36; xxxv-xl; Lev., i-vii (retouchés) ; IX ; x, i-5, i2-i5; xi, 2-28; XVI (retouches); xvii-xxvi (retouches de II); Num., i-x (diverses retouches) ; xv ; xix (retouches) ; xx-xxv (en partie); XXVI, 9- II ; xxviii-xxxiii (en partie). Les plus caractéristiques concernent la législation du culte, qu'elles enrichissent de prescriptions nouvelles. Les principales additions sont l'autel des parfums, l'onction des prêtres, du tabernacle, des ustensiles du culte, l'aspersion du sang dans les sacrifices, les cendres de la vache rousse,

les sacriGccs à offrir aux fêles, les vœux. INon seulement les ordonnances sur le culte sont multipliées, elles sont encore plus sacrées. Quelques-unes sont en opposition avec les précédentes qu'elles modifient. Un certain nombre sont de simples interpolations ; mais la plupart ont été insérées dans un contexte qu'on a remanié pour le mettre d'accord avec les additions qu'on y faisait. Ajoutez à ces caractères certaines particularités du langage et un style prolixe, pédant et creux. Tout ce travail est l'œuvre d'une école plutôt que d'une seule main. Bertliolet et Baentscliont distingué, en dehors de la loi de sainteté H et de l'écrit fondamental Pg, deux recueils : i°un rituel des sacrifices, Opferthora, Po, Lev., i-vii; 2° des préceptes relatifs à la pureté légale, Reiiiheitsvorschriften, Pr, Lev., xi-xv. Ces deux recueils ont été insérés selon eux, dans HPg réunis, avant que le travail de Ps ait commencé.

Au jugement de Cornill, la fixation de cette date est le problème le plus important et le plus passionnant de la critique de l'Ancien Testament. Durant le règne de riiypotlièsc documentaire, le Grundschrift passait pour la partie la plus ancienne du Pcntateuque ; c'était le livre du mosaïsme, celui qui répondait le mieux au séjour d'Israël dans le désert et qui rellélail le mieux l'esprit de Moïse, son auteur. Et cependant la plupart des partisans delà nouvelle hypothèse documentaire tiennent aujourd'hui le code sacerdotal, qui correspond à la majeure partie de l'ancien Grundschrifl, comme le document le plus récent qui soit entre dans la composition de rilexateuque. Ce revirement d'opinion est dû à deux

principaux arguments : i° l'ignorance du code sacerdotal dans les livres bibliques antérieurs à la captivité des Juifs à Babylone ou même contemporains de cette captivité; 2° la non-observation des rites spéciaux de P avant la captivité.

i" Aucun des livres bibliques, composés avant ou pendant la captivité, n'a connu la législation si compliquée du code sacerdotal. Puiscjue Josué fait partie de THexateuque, les livres des Juges, de Samuel et des Rois sont les seuls livres historiques qui aient existé avant cette époque. On a bien prétendu y trouver des allusions aux prescriptions rituelles du code. Mais si on exclut les passages postérieurement retouchés d'après P, comme 1 Reg., viii, i-ii, ou les gloses introduites plus tard comme I Reg., xviii, 3i 6, citation textuelle de Gen., xxxv, lo, on trouvera mentionnées certaines institutions religieuses ou pratiques rituelles telles que le naziréat de Samson, Jud., xiii, li-ili, les lévites, Jud., xvii, 7: xix, i; I Sam., vi, i5, les pains de propositions, I Sam., xxi, 6; I Reg., vu, A9, l'éphod, I Sam., xxi, g: xxni, 6-12; xxx, 7, l'ûrim, I Sam., xxviii, 6, l'autel d'or, I Reg., vu, Zi8, des ustensiles sacrés portés par les prêtres et les lévites, I Reg., VIII, 3-II, etc. Cela prouve seulement qu'avant l'exil il y avait en Israël un culte organisé, une arche, plus tard, un temple à Jérusalem, des prêtres et des lévites. Mais on ne connaît pas et on n'observe pas le rituel compliqué du code. Ainsi le transport de l'arche, ISam., i-iii, se fait plus simplement que ne l'exigent Exod., xxxv-xl; ?sum., m, iv. Cf. 11 Sam., vi, avec Num., III, 3i : IV, i-i5. Le personnel sacerdotal de ces livres diffère de la hiérarchie constituée par P. Le code a maintenu certains usages antiques, signalés dans les

livres anlci'icurs. Mais on ne conslale pas l'existence du culte tel qu'il est organisé dans P. On conslale, au contraire, des pratiques opposées aux prescriptions formelles du code. Ainsi les sacrifices étaient offerts en divers lieux par les juges, les rois et les prophètes eux-mêmes, voir p. 73 et 128, nonobstant la loi de l'unité de sanctuaire, et cela régulièrement, pas par exception, sans violation d'aucune règle. Si le code existait, on le violait sans scrupule, et les historiens sacrés n'ont pas un mot de blâme pour ces violations de la loi. Il n'y avait pas Infidélité à la loi, parce que la loi n'était pas encore portée. Sans doute, les anciens historiens d'Israël n'auraient pas eu l'occasion de parler de loulesles institutions religieuses de P, même si P eût déjà existé. Mais ce qui paraît décisif, c'est que les idées qu'ils expriment, l'esprit religieux qui transpire dans leurs livres diffèrent absolument des idées et de l'esprit de P. Ces écrivains n'ont donc pas connu le code, qui n'a pas exercé sur eux d'influence, parce qu'il n'existait pas.

Les livres prophétiques, antérieurs à l'exil, ne connaissaient pas P non plus. Marti, qui avait soutenu le contraire \ a admis, en 1887, que cette thèse n'était pas défendable. Les naziréens dont parle Amos, 11, 11 sq., n'exigent pas la connaissance de la loi du naziréat, Num., VI. Ce prophète mentionne les prêtres, les autels, les .sacrifices de Bélhel. Si Dieu détruit les autels du sanctuaire royal d'Israël, m, il\, ce n'est pas parce que les .sacrifices y sont offerts en violation de la loi de l'unilé d'autel ; c'est à cause des crimes des Israélites, m, 9, 10; c'est parce que les sacrifices qu'ils offrent n'empêchent

1. Die Spurendcr sog. Grundschrifl des Hexaleuchs in den vorexilisclicn Prophelen des A. T., dans J'ihrbiicher fiir proleslantische Théologie, i88i>, t. vi, p. 127-1G1, 3o8-354.

pas leurs prévarications, iv, li,o. Dieu hait leurs fêtes, leurs holocaustes et leurs vœux, v, ai, 22. Il n'en a pas besoin : la maison d'Israël lui a-t-elle offert des victimes durant les quarante années de son séjour au désert? v, 20. Ce renseignement est en contradiction avec le code sacerdotal, qui mentionne les sacrifices offerts chaque jour à Dieu par les Israélites au désert. Si Amos mentionne quelques rites, iv, l\, 5, il ne fait pas allusion au rituel détaillé de P, et il se moque du formalisme religieux des Israélites plutôt qu'il ne recommande le rite purement extérieur. Le culte qu'il décrit est antérieur au Deutéronome, à plus forte raison au code sacerdotal. Il parle cependant de la fôrâli de Jahvé, 11, 4; mais pas plus qu'Osée, Isaïc et Michée, il ne vise une loi écrite; la loi de Jahvé est pour lui la volonté divine et ses commandements, sans que rien précise quel code il a en vue. Il visait peut-être seulement le livre de l'alliance, quoique pourtant il ne dise rien d'une alliance conclue entre Dieu et Israël à l'Horeb ou au Sinaï.Osée, VIII, I, connaît une alliance divine avec Israël et une loi, mais comme la tradition historique qu'il suit, notamment XII, est celle de l'élohiste, la loi dont il parle est le livre de l'alliance, qui compi'enait le Décalogue. Isaïc ne connaît le code pas plus que le Deutéronome; les allusions de son livre conviennent au culte tel qu'il était pratiqué de son temps à Jérusalem, et non au rituel propre de P. Entre Jérémie et le code, il y a des rapprochements réels de fond et d'expression ; mais ils ne sont pas tels que la dépendance du prophète à l'égard du code s'impose. Dieu déclare par la bouche de Jérémie, VII, 2 1-23, qu'il n'a imposé, après la sortie d'Egypte, aucune pi'escription concernant les holocaustes. Le prophète ne connaissait donc pas le code sacerdotal. Les

idées cependant, ont proi^ressé; le culte a pris plus d'importance. Jérémie est prêtre; il se sert de la langue sacerdotale; il n'est donc pas étonnant qu'il se rencontre avec le vocabulaire de P, qui est essentiellement sacerdotal. Cf. Jer., XXX, 21 ; Exod., xix, 22; Lev., xxi, 21 ; Num., XVI, 5, 9. Mais la ressemblance, quand elle existe, n'est pas complète, Jer., xxxii, 27; Num., xvi, 22 ; xxvii, 16. Il est plus vraisemblable que l'auteur de P ait fait des emprunts à Jérémie.

Les livres propliétiques du temps de la captivité ne prouvent pas non plus l'existence du code sacerdotal. Le serment de Dieu de ne plus renouveler le déluge, mentionné par le second Isaïe, liv, 9, n'est indiqué ni dans P, Gen., IX, 11, 12, ni dans J, Gen., viii, 21, 22. Les rapports d'Ezécliicl avec P méritent d'être examinés de près. Ils sont indéniables. La question est de déterminer la priorité de l'un sur l'autre. Or, si on compare le programme de restauration religieuse, dressé par le propliète exilé, xl-xlviii, avec les institutions religieuses de D et de P, on constate qu'Ézécbiel lient le milieu entre les deux codes israélites et sert comme d'étape intermédiaire entre l'un et l'autre. Bornons notre examen au nouveau culte d'Ezécliicl, xliv, io-xlvi, iô, dans les parties communes aux trois législations. Dans le Deutéronome, les lévites ne sont pas distincts des prêtres; ceux qui babitent la campagne remplissent les mêmes fonctions et ont les mêmes droits que ceux qui sont attacbés au service de l'unique sanctuaire de Jérusalem. Ézéchiel distingue expressément et avec insistance les deux classes, et il justifie par l'iiistoire leur distinction. Les lévites sont des prêtres dégradés de leurs fonctions premières en punition de leur idolâtrie. Ils ne seront plus que des serviteurs des prêtres et des portiers

du temple nouveau, et ils ne rempliront plus les fonctions du sacerdoce, Ezecli., xliv, io-i4- L(^s prêtres et les lévites, fils de Sadoc, qui sont demeurés fidèles, n'ont pas participé à la prévarication d'Israël et ont accompli exactement les cérémonies saintes, offriront au sanctuaire les sacrifices, revêtiront les ornements sacrés, seront astreints à des rèijjles de pureté déterminées. Ils n'auront pas de propriétés, vivront de l'autel, recevront les prémices et habiteront des domaines, tracés au cordeau, au milieu de la Terre sainte, Ezech., xliv, i5- XLV, 5. Le code sacerdotal fait remonter à la législation du Sinaï la distinction des prêtres et des lévites : seuls, les descendants d'Aaron sont prêtres, les autres membres de la tribu de Lévi sont de simples lévites. Dieu a choisi les lévites pour remplacer les premiers-nés d'Israël, et il les a donnés aux prêtres comme aides dans le service divin, Num., III, 5-1 3. Les fonctions des prêtres sont très nombreuses et très distinctes de. celles des lévites, aussi bien que leurs revenus *. Les villes lévitiques remplacent les domaines, imaginés par Ézéchiel. Comme le Deutéronome, le prophète ne connaît pas le grand-prêtre. Le code sacerdotal place à la tête de la hiérarciiie sainte le fils aîné d'Aaron. Au sujet du sacerdoce, Ezéchiel tient donc réellement le milieu entre D et P. 11 en est de même à propos des fêtes. Le Deutéronome n'en connaît que trois : la Pâque, la fête des semaines et la fêle des tabernacles. Ezéchiel, xlv, ai-aô, d'accord avec D pour la durée de la première et de la troisième, fixe avec P la date de Pâque au 15" jour du i" mois, et il ordonne, pour ces trois fêtes, d'oH'rir le sacrifice pour le péché. Il ne connaît pas encore la fête du grand-pardon; il insti-

I. Yoir Dictionnaire de la Bible, t. iv. col. 2o5-îo8 ; Revue biblique, iSgg, t. Tiii, p. 177-205.

tue seulement au i" jour du i" et du 7" mois un simple sacrifice d'expiation, xlv, 18-20. Le Deutéronomc ne mentionne que deux espèces de sacrifice. Ézéchiel parle souvent, en outre, du sacrifice pour le péché. Ce sacrifice est plus fréquent encore dans le code et ses rites détaillés paraissent être une amplification de ce rite, simplement signalé par le prophète. Ezéchiel, xlvi, i3i5, n'institue le sacrifice perpétuel que pour le matin ; le code le fait offrir matin et soir. En résumé, les prescriptions d' Ezéchiel au sujet du culte sont plus compliquées que celles du Deutéronome et plus simples que celles du code sacerdotal. Le prophète tient donc le milieu entre les deux codes. Sa priorité sur P est par suite démontrée. Or il a rédigé son programme de culte en b']3 ou 672 '. C'est un programme d'avenir qu'il écrivait. Son projet de restauration eut été inutile, si le code existait déjà ; le prophète restaurateur n'aurait eu qu'à le prendre pour règle de la restauration future. Il était prêtre"-: il était ritualiste; il serait étonnant qu'ayant connu P, il ait élaboré un système religieux moins complique et en recul sur lui. On ne peut supposer que c'est à dessein qu'il fait abstraction des ordonnances du code, qu'il juge inapplicables à cause du malheur des temps. Son programme n'est pas lié aux circonstances; il vise tout l'avenir d'Israël et il suppose, pour sa réalisation, une époque de liberté et de tranquillité parfaite. Ezéchiel ne réduit donc pas aux ordonnances qu'il jugerait pratiques un code inapplicable; il crée d'imagination ou codifie d'anciens usages religieux pour les sanctionner et les rendre obligatoires à l'avenir. Bref, s'il ne crée pas le lévitisme ou le judaïsme des derniers temps, il lui fraye

1. \'oir Dictionnaire (le la Bible, art. Ezéchiel, t. ii, col. aiâa. a. Ibid., col. aiVj.

la voie, en élaborant un système religieux qui, perfectionné, passera dans le code sacerdotal et deviendra la loi religieuse d'Israël, revenu de la Babylonie et rentré à Jérusalem et dans la Palestine.

2° A supposer même que, nonobstant le silence des livres historiques et prophétiques, le code sacerdotal ait existé, il faudrait conclure de l'histoire d'Israël qu'il n'a jamais été observé. Il est inutile de revenir sur l'absence de sanctuaire unique et sur l'oiTrande des sacrifices en différents lieux, pas plus que sur la non-célébration des sept fêles annuelles, ordonnées par le code, voir p. i56. Un coup d'oeil jeté sur l'histoire du sacerdoce montre que la triple hiérarchie du grand-prêtre, des prêtres et des lévites n'est pas attestée avant la captivité, au moins telle qu'elle est établie dans le code. Les biographies des Juges ne font intervenir le prêtre en aucune circonstance, et dans les appendices de ce livre, xvii-xxviii, il est question de deux lévites, dont le premier remplit les fonctions sacerdotales. A Silo, il y a une famille sacerdotale, dont le chef, Iléli, n'est pas, dans sa propre histoire, rattaché à Aaron. Samuel, qui est élevé dans ce sanctuaire, est le fils d'un Ephraïmite, et néanmoins il sacrifie, élève des autels et préside aux solennités religieuses. L'arche, restituée par les Philistins, est reçue par des lévites, I Sam., vi, i5; mais Éléazar, fils d'Abinadab, est consacré pour la garder dans la maison de son père, l Sam., vu, i. Saûl, David et Salomon offrent eux-mêmes des sacrifices; Absalon en offre aussi. Il Sam., XV, 12. A la cour de David, il y a bien des prêtres, Il Sam., vni, 17; xx, 20; mais la première lisle dit expressément que les fils de David étaient prêtres, II Sam., vin, 18, et la seconde mentionne un Jaïrite, qui était aussi prêtre pour David, Il Sam., xx, 2G. Jus-

qu'à l'crcction du Temple, les prèlrcs ne desccndaienl donc pas nécessairement d'Aaron; mais des lévites exerçaient déjà des fonctions sacrées. Salomon destitue Abiatharet laisse Sadoc seul en charge, î Reg., ii, 2G, 28. Le nom de grand-prêtre n'est applique à aucun des prêtres de cette époque. A la dédicace du Temple, Salomon sacrifie, bénit l'assemblée et prononce la prière de dédicace. Les prêtres et les lévites portent simplement l'arche et les ustensiles sacrés, I Reg., viii, 3, 4- Le récit a été relouché par le réviseur deutéronomistc du livre des Rois. Jéroboam 1"' établit dans le royaume d'Israël des prêtres pris parmi le peuple et n'appartenant pas aux fils de Lévi, 1 Reg., xu, 01. Joïada, ordinairement qualifié « prêtre », Il Reg., xi, 9, 10, 12, i5, 18; xii, y, 7, 9, est dit « grand-prêtre » une seule fols, II Reg., XII, 10. Sous Achaz, Urle est dit aussi simplement prêtre, II Reg., xvi, 10-17. Mais, sous Josias, Hclclas est appelé «grand-prêtre », II Reg., xxii, 4, 8; xxni, A, et seulement « prêtre », II Reg., xxii, 10, 12, iZ|. Saraia est nommé « premier prêtre », II Reg., xxv, 18; Jer., MI, 24- Auprès d'Hclcias figurent des « prêtres en second », Il Reg., xxiii, /|, et à côté de Saraia Sophonie, « prêtre en second, » 11 Reg., xxv, 18; Jer., m, 2/1. Pendant l'cxll, le prêtre Ézéchiel distingue les prêtres, fils de Sadoc, dos prêtres lévlliques: mais il présente cette distinction comme une innovation pour l'avenir, introduite pour les motifs précédemment rappelés. Il établit une hiérarchie <pii n'avait pas existé auparavant, il ignore le grand-prêtre, et pourtant Ilelcias et Saraia avant l'exil avaient été nommés grands-prêtres. Si Ezéchiel n'institue pas dans son organisation future un souverain pontifical, c'est qu'il ne l'avait pas connu; c'est que Helcias et Saraia n'étaient que les chefs du sacer-

doce ordinaire et ne remplissaient pas les fonctions spéciales du pontificat suprême. Le code sacerdotal inaugure le souverain pontificat, rattache la qualité de prêtre à la famille d'Aaron et maintient à des fonctions subalternes les autres descendants de Lévi. Ce code est donc le dernier terme de l'évolution du sacerdoce israélite. 11 est donc postérieur au livre d'Ezécliiel, qui se trouve à un stade antérieur. Après le retour de Babylone, Josué, fils de Josedcc, n'est pas dit grand-prêtre, I Esd., m, 2, 8: v, 2: il a ce titre, Agg., i, i, 12, i4; h, 3, 5; Zacli., III, I, 8; VI, 11. Son petit-iils Eliasib est appelé tantôt grand-prêtre, Il Esd., m, i; xiii, 28, tantôt prêtre, II Esd., xiii, 4- Le code sacerdotal avait alors son application ; mais l'histoire du sacerdoce d'Israël confirme que ce code remonte au plus tôt à l'époque de la captivité d'Israël à Babylone ^.

3° On a voulu tirer encore de la langue du code sacerdotal une preuve de sa modernité. Mais cet argument linguistique a passé par des phases bien différentes. Pendant longtemps il a servi à montrer l'antiquité du code. Toutes les expressions rares qu'on relevait dans son vocabulaire étaient tenues pour des archaïsmes, et de l'originalité du style de l'écrivain on concluait l'ancienneté du livre. Wellhausen prétendait à l'inverse que ces prétendus archaïsmes étaient des aramaïsmes, indices de l'origine récente du code. D'autres critiques répondaient que les archaïsmes, fussent-ils réels, ne prouveraient rien contre la date tardive assignée au document, parce qu'un écrivain récent peut à dessein imiter l'antiquité pour vieillir son œuvre. Pour P, l'anachronisme linguistique correspondrait à l'anachronisme du fond, puisque la

1. Cf. A. Van Iloonacker, Le sacerdoce lévilique dans la loi el dans

riiistoire des Hébreux, Londres, i8(jr).

li'gislalion qu'il reproduit est attribuée à Moïse. D'ailleurs, des expressions telles que ""-'' •"? et =^r, ou une forme pareille à 'P><i^ ":i;n, Gen., i, 2^, signalées par Dillmann comme anciennes, ne prouvent rien non plus, car elles auraient pu être empruntées à des écrits antérieurs. Mais, au lieu de se contenter de quelques exemples choisis, d'autres critiques ont fait, sous le rapport de l'âge, une étude complète de la langue du code. Ryssel ^ concluait de l'examen auquel il s'était livré que, sauf pour les lois de sainteté et celles qui concernaient les prêtres et les lévites, la langue du premier élohiste, c'est-à-dire de P, le faisait rentrer dans la première période de la littérature hébraïque, descendant jusqu'à 700 environ. Giesebrecht ^ a réduit à un petit nombre les mots qui seraient du vu" siècle, a constaté des aramaïsmcs et a expliqué les prétendus archaïsmes comme des altérations du texte on des modifications faites par les derniers rédacteurs. Par sa langue, selon lui, le code serait postérieur à Ézéchiel et au second Isaïc. Driver ^ a critiqué Gicsebrecht et conclu que de la langue de P on ne pouvait rien déduire de précis au sujet de son âge. Quelques mots appartiennent à l'ancienne littérature hébraïque; une partie est de l'époque la plus récente. Le code n'en a pas plus de cette dernière sorte que beaucoup de passages d'Ezéchiel, d'Aggéc et de Zacharie. Les aramaïsmes commencent avec Néhémie et Malachie. La langue de P est donc le résultat d'un long développement; elle mélange les termes anciens et les termes modernes. Comme Ezéchiel, son auteur emploie des for-

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