‹ L'authenticitë mosaïque du PentateuqueChapitre 72 sur 166 · ITO · texte numérisé non relu

ITO

mation des langues est l'effet de la séparation des hommes. Dans le tableau de la création, c'est le monde réel qui est produit. Sauf le chaos, seul élément mythique conservé, les choses de la nature apparaissent suivant un ordre très simple, le contenant passant avant le contenu, les genres avant les espèces. L'homme vient le dernier, et la diversité des sexes, le mariage et la naissance ne sont que des faits physiologiques sans rien de mystérieux. L'uniformité de l'exposition est un autre indice de la manipulation des matériaux. L'histoire est divisée en périodes. La série des alliances de Dieu avec Adam, Noé et Abraham prépare, nous l'avons dit, son alliance avec Israël. Mais la construction schématique paraît surtout dans les lôldot, dans les arbres généalogiques, dans les listes de noms, « sujets sans prédicats « (Wellhausen), dans la chronologie, les chiffres, les mesures exactes, les statistiques et les dénombrements. Tout cela est factice et systématique. Il y a cependant des lacunes dans cette recherche de l'exactitude. Faute d'indications géographiques, beaucoup de faits ne sont pas localisés. L'arche et la table des pains de proposition n'ont pas de support et reposent sur la terre nue. L'endroit où le grand-prêtre doit se baigner et revêtir les ornements pontificaux au jour de l'expiation n'est pas marqué; on croirait presque que c'est au tabernacle, Lev., xvi, 23, 2^. Les dilTérents cas du transport de l'arche ne sont pas clairement spécifiés, Num., IX, i5-23. La construction systématique ne semble pas tenir compte de la réalité. Parfois même, l'auteur ajoute des détails contraires aux éléments qu'il met en oeuvre. Ainsi, il fait naître Benjamin à Paddan- Aram, Gen., xxxv, 24-26, et enterrer tous les patriarches à la caverne de Macpélah, Gen., xnx, 2()-32,peut-

être Rachcl clle-mcme. Il attribup à Moïse la désignation des territoires des tribus de Ruben et de Gad et de la demi-tribu de Manassé.

Cela étant, d'où a-t-il tiré les noms, les chiffres, les données, qui ne lui ont pas été fournis par JE ? Pour les graficns, les listes de noms ont été fabriquées de toutes pièces et sont de pures inventions. Ils ont essayé même de retrouver le procédé suivant lequel elles ont été faites, par exemple, la liste des quarante stations du désert, Num., xxxiii, et les généalogies, Num., i, vu, XIII. Certains chiffres leur paraissent fantastiques et leur formation artificielle ressort, à leurs yeux, de la non-concordance des chiffres partiels avec leur somme totale. La chronologie, qui est une énigme, manque de bases sérieuses. Les essais d'explication n'ont pas abouti. Les chiffres, dont elle est formée, sont des schèmes vides. Ils sont dus à l'imagination, peu poétique, d'un Juif des derniers temps, qui se complait dans la régularité mathématique et la technique de la forme. Il n'a pas été besoin d'invention oi-iginale; il a suffi d'un simple calcul. Si les récits historiques de JE peuvent être comparés à des arbres vivants, charirés de feuilles et de fleurs, ceux du code ressemblent à des arbres desséchés et équarris au compas et à l'équcrre.

Mais d'autres critiques, tels que Dillmann et Driver, sans reconnaître à toutes les particularités de P, notamment à sa chi'onologic qu'ils tiennent pour un système artificiel, de valeur historique, estiment cependant que son auteur s'est servi d'autres sources que JE. Ainsi il a emprunté à une source particulière la narration si vivante de l'achat de Macpélah par Abraham pour y enterrer Sara. Le récit de la création, la généalogie des Séthitcs, Gcn., V, avec l'enlèvement d'IIénoch, pro-

viennent sans doute aussi de souries ccrtLces. es particularités du déluge dériveraient d'une tradition spéciale. Les renseignements ethnographiques, les descriptions géographiques de P manifestent chez son auteur des connaissances étendues et supposent de sa part des recherches patientes. Ces détails, inême les généalogies et les listes de personnes, étaient connus et transmis dans le public par la tradition orale. L'auteur du code les a recueillis avec les meilleurs movens d'investigation, dont on disposait alors. Le reproche d'invention inconsidérée ou tendancieuse doit donc être écarté. Driver n'admet pas davantage qu'on puisse accuser cet auteur d'avoir abandonné de parti pris ou falsifié la tradition. Bien que ses tendances sacerdotales dominent les parties narratives de son écrit, on n'est pas en droit de suspecter sa loyauté. 11 a peut-être vu le passé sous un angle spécial, au travers des préoccupations et des idées de son temps, l'a dépeint avec des traits et des couleurs d'un âge plus récent, a reporté en arrière les institutions modernes, a commis des anachronismes ; il l'a fait en toute bonne foi, avec la conviction de se conformer aux faits historiques et aux enseignements des ancêtres * .

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