ARGUMENTS DIRECTS ET POSITIFS
Bien qu'ils aient leur valcuv, indépendante de toute considération étx'angèrc, il est cependant nécessaire, en les exposant, de tenir compte des arguments contraires des critiques, afin d'écarter des preuves faibles, qui ne résisteraient pas à l'examen, et de diriger la pointe de l'argumentation contre les adversaires de la thèse. Ce travail, il faut en convenir, est difficile et délicat. Nous l'essayerons, en suivant l'ordre des preuves énoncées dans le premier doute, résolu par la Commission biblique. 1° Nous relèverons dans la Bible entière les témoignages relatifs à l'activité littéraire de Moïse; nous exposerons ensuite : 2° le sentiment perpétuel des Juifs ; 3° la tradition constante de l'Église catholique. 4" Nous signalerons enfin dans le Pentateuque lui-même les caractères de fond et de style qui sont des indices d'une rédaction contemporaine rapprochée de la majeure partie des événements qu'il raconte.
ARTICLE PREMIER
Témoignages bibliques de l'activité littéraire de Moïse.
Nous ne citerons pas les passages de l'Ancien Testament qui font simplement allusion à des faits ou à des
lois, rapportes dans le Pentatcuquc. Ils prouveraicMit tout au plus rcxistcnce du Pcnlalcuque à l'époque où l'allusion a clé faite; ils ne prouveraient pas directement que Moïse est l'auteur de cet écrit. Les critiques, d'ailleurs, en concluraient seulement que ces lois et ces faits étaient connus, au temps où on y fait allusion, par le moyen de la tradition israélitc ou de documents déjà existants, qui sont entrés plus tard dans la trame du Pentateuque. Ces allusions, en toute rigueur, prouvent donc au plus l'antiquité des traditions historiques, des institutions mentionnées ou même des codes législatifs, finalement introduits dans le Pentateuque; elles ne suffisent pas à démontrer l'origine mosaïque du livre, dans lequel ces traditions, ces institutions ou ces lois sont maintenant consignées.
Nulle part, on ne lit dans la Bible une proposition ainsi formulée : « ^loïse a écrit le Pontalcuquc en son entier. » On trouve cependant, en divers livres des deux Testaments, des indications, des aflirmations, concernant ^loïse comme écrivain. Ni la Bible hébraïque ni la Bible grecque ne contiennent de titres qui attribuent le Pentateuque à un auteur. Le titre : « livres de Moïse » est de provenance ultérieure; il ne signifie pas nécessairement, du reste, livres écrits par Moïse ; il serait exact encore, s'il signifiait seulement livres traitant de Moïse, faisant l'histoire de Moïse.
Si. TÉMOIGNAGE DU PKNTATEUQUE
Le Pentateu([uc lui-même ne se donne pas explicllement comme l'œuvre de Moïse. Sans parler du récit de la mort du législateur hébreu, récit qui n'a pu être écrit par Moïse ni avant ni après sa mort, hi narration des
actes de Moïse n'est pas faîte à la première personne, et les quatre derniers livres du Pentateuque ne se présentent pas, par leur forme littéraire, comme les Mémoires du héros de cette histoire. Ils différent, sous ce rapport, des Mémoires de Néhémie, dans lesquels l'écrivain se met personnellement en scène et raconte à la première personne du singulier ce qu'il a fait et les sentiments qu'il a éprouvés, II Esd., i-vii ; xiii, 4-3i. Dans les livres de l'Exode, du Lévitlque, des Nombres et du Deutéronome, il est parlé de Moïse à la troisième personne et en style indirect. Si ce n'est pas une preuve absolue contre la rédaction du Pentateuque par Moïse, puisque cette rédaction peut très bien se concilier avec le caractère impersonnel du récit, ce n'est pas non plus un indice que ces livres sont le journal de Moïse. La formule : « Dieu dit à Moïse, » si souvent répétée dans la partie législative, affirme au plus l'origine divine ou la révélation, faite à Moïse, de la législation Israélite; elle n'affirme pas la codification de cette législation par Moïse en personne. Celui-ci cependant reçut de Dieu, après la bataille contre les Amalécltes à Raphldlm, l'ordre décrire : « Ecris cela en souvenir dans le livre et inculque cela dans les oreilles de Josué, « Exod., xvii, i/i. Le pronom « cela » ne vise que la victoire sur Anialec, dont Israël devait garder le souvenir, Deut., xxv, 17-19, et dont le récit fut rédige par Moïse, précisément afin d'en conserver la mémoire. Il est vrai. Dieu ordonne à Moïse d'écrire dans le livre, et non pas dans un livre. L'ai'ticle indique, dit-on, un livre commencé et déjà connu, un registre ou journal, dans lequel Moïse notait les événements mémorables de riiistolre d'Israël ^ II
I. F. Vigourouï, Manuel biblique, 12' édil., Paris, i()oG, t. i. p. 3i'i-3i5; K. Coruely, Inlroductio specialis in hisloricos V. T. libros.