PTOMAÏNES
Les ptomaïnes sont des corps basiques produits par la décomposition bactérienne des acides aminés; ils ont été découverts par Selmi dans les cadavres, et c’est pour cette raison qu’il les a nommés ptomaïnes.
Les unes sont inofîensives, d’autres possèdent un pouvoir toxique considérable.
La plupart des ptomaïnes ne contiennent pas d’oxygène et appartiennent au groupe des diamines.
Leur présence dans l’intestin peut être attribuée sans doute aune fermentation microbienne des acides diaminés,
SUBSTANCES TOXIQUES
dont la présence dans les produits de la dégradation physiologique des albuminoïdes a été démontrée.
C’est ainsi qu’il est facile de prouver que la pulrescine dérive de l’acide diaminovalérianique par simple perte d’acide carbonique.
Cette transformation par réduction s’explique tout naturellement par l’action des microbes anaérobies de l’intestin (1).
On connaît actuellement plusieurs plomaïnes appartenant à la série grasse :
L’éthylènediamine ;
La triméthylènediamine (C^H*”N’^) ;
La tétraméthylènediamine ou putrescine (C/H^-N^) ;
La pentaméthylènediamine ou cadavérine (C“H^*N‘^) ;
L’hexaméthylènediamine (C<^H^'"N-).
Les autres parmi les ptomaïnes dérivent de noyaux complexes, comme la pyridine^ la parvoline^ la collidinc.
La constitution d’un grand nombre d’entre elles, voisine de celle des alcaloïdes, est d’ailleurs inconnue (2).
La première ptomaVne analysée est la coltidine^ produite par la putréfaction de la colle ; elle a été découverte en 1876 par Nencki.
En 1885, Brieger trouve dans la viande en putréfaction de nombreuses ptomaïnes,’ parmi lesquelles il démontre sûrement la présence de la putrescine et de la cadavérine.
Ptomaïnes dans les selles.
Garcia (3) cherche à démontrer que les ptoma’ïnes se trouvent aussi dans l’organisme* Voici les conclusions de son travail :
l** La putréfaction des corps protéiques dans une diges-
(I)Lecoq, Biol, inedic., III, P* 368.
\2) Lecoq, loc. cil.
(3) (iAiuMA, Zeils. f'.phys. Olu, XVII, j); o68*
tion intestinale donne naissance aux ptomaïnes suivantes : la putrescine, la cadavérine, riiexaméthylènediamine ;
La proportion des ptomaïnes est diminuée des deux tiers par la présence des hydrocarbures;
3“ On trouve ces mêmes ptomaïnes dans les fèces.
Roos (l) démontre à son tour de nombreuses diamines dans les selles des cholériques et de malades atteints de malaria.
Baumann et van Ildranski (2) trouvent, de leur côté, la tétra et la pentaméthylènediamine dans les selles d’un cystinurique.
Tout dernièrement enfin Ellinger (3) a démontré la formation de la cadavérine aux dépens de la lysine, et de la putrescine aux dépens de l’ornithine, qui se trouvent toutes deux dans l’intestin.
On le voit, il est hors de doute qu’il se forme dans l’intestin des ptomaïnes sous l’influence des microbes.
Bouchard avait du reste déjà, depuis 1882, cherché à prouver indirectement l’existence de ces poisons intestinaux. S’appuyant sur un nombre considérable d’expériences, il avait montré qu’il suffit de l’extrait de 17 grammes de matières fécales pour tuer 1 kilogramme d’animal, alors qu’après une désinfection du tube digestif il fallait, pour produire le même résultat, l’extrait de 200 grammes de déjection.
Il paraît 'difficile de mieux démontrer l’influence delà putréfaction sur la production des poisons contenus dans les matières fécales.
Que deviennent ces ptomaïnes intestinales?
Ce que l’on sait d’une manière sûre, c’est qu’elles s’éliminent, en partie tout au moins, par le rein.
(1) Roos, Zeifs. f.phys. Ch., XVI, p. 192.
(2) Baumann et van Ildranski, Zeüs. f.phys. Ch. XIII, p. 562.
(3) Ellinger, Zeits. f. phys. Ch., 36, p, 261.
Combe. — Auto-intoxication intestinale. 4
SUBSTANCES TOXIQUES
Ptomaïnes dans F urine.
Dombrowsky (l) assure qu’on trouve des ptomaïnes dans toute urine, même dans l’urine normale, car on peut dans tous les cas y déceler avec sa méthode de la cadavérine.
Dans les cas pathologiques, les ptomaïnes ont été souvent démontrées dans l’urine.
La cadavérine et la putrescine ont été trouvées par Roos dans l’urine de deux entérites. Arslan a décrit des ptomaïnes dans l’urine de sujets atteints d’ankylostome ; Mossler et Piper, dans celle d’enfants atteints de lombrics.
Selmi (2), Eliacheff (3), Bouchard (4) décrivent des ptomaïnes dans l’urine humaine provenant de malades.
Lépine et Guérin (5), Villiers (6), Adducco (7) trouvent
ans l’urine des corps toxiques solubles dans l’éther.
En 1891, Kerry et Kobler (8), Griffiths en 1892 (9), Albu en 1894 (10), trouvent des bases toxiques dans l’urine de nombreux malades.
Si ces substances sont éliminées en nature par le rein, il paraît donc incontestable qu’elles ont pu exercer auparavant leur action nocive sur l’organisme.
Bouchard avait cru pouvoir le démontrer par la recherche du coefficient urotoxique. Cet auteur tue un lapin avec 43 centimètres cubes d’urine normale par kilogramme d’animal et un chien avec 60 centimètres cubes par kilogramme.
(1) Domuronvsky, Se7n. inécL, 1902, p. 252!
(2) Selmi, Chir. CentralbL, 1888, p. 1541.
(3) Eliacheff, Mém. Soc. Biol., III, p. 71.
(4) Bouchard, Rev. méd., II, p. 825.
(5) Lépine et Guérin, Rev. méd., 1884, p. 707.
(6) Villiers, C. R. Acad. Sc., 100, p. 1240.
(7) Adducco, Arcli. Biol., LIX, p. 203.
(8) Kerry et Kobler, Deutsch. med. Wosch., 1891, p. 525.
(9) Griffiths, C/tem. News, LXI, ]). 87.
(10) Albu, Rerl. RL, XXI, p. 1081.
Il calcule que l’homme, en cinquante-deux heures, fabrique suffisamment de poisons pour se tuer par sa propre urine.
Bouchard démontre enfin que l’urine de l’homme malade est beaucoup plus toxique encore et que le coefficient urotoxique est la mesure de sa teneur en toxines.
Mais la démonstration, quoique intéressante, n’est pas suffisante, car le coefficient urotoxique n’est pas proportionnel aux ptomaïnes urinaires; il dépend en effet pour trois quarts des sels de potasse et pour un quart seulement des matières extractives (Charrin).
Lépine va même plus loin et affirme que 85 p. 100 de son action est due aux sels et 15 p. 100 seulement aux substances organiques.
Stadthagen (1) ne reconnaît pas non plus le coefficient uro-toxique comme qne mesure de la teneur de l’urine en ptomaïnes; pour lui, son action toxique est mixte et due aux sels de potasse, aux leucomaïnes et à la somme des toxicités des substances aromatiques.
Posner enfin démontre que le coefficient urotoxique peut s’expliquer fort bien sans faire intervenir les ptomaïnes. En variant les proportions des sels dissous dans de l’eau distillée, cet auteur arrive à produire des effets absolument semblables à ceux obtenus par Bouchard.
Les symptômes d’intoxication produits par les injections d’urine aux animaux ne sont donc pas dus aux toxines, mais bien au défaut d’isotonie de ce liquide avec le sang.
Les méthodes que nous avons actuellement pour rechercher et doser les ptomaïnes directement dans l’urine sont des procédés chimiques délicats et difficiles, qui ne peuvent se faire que dans des laboratoires et par des chimistes qui en ont une grande habitude.
(1) Stauthaüe.v, Zeiis. f. klin. Med., XV, p. 383.
SUBSTANCES TOXIQUES
■ De plus, comme l’avoue Brieger lui-même, ces méthodes elle-mêmes sont encore très peu fidèles et ont besoin d’améliorations considérables.
La recherche des ptomaïnes ne peut donc en aucun cas être employée en clinique, et la connaissance de ces poisons n’a pour le moment qu’un intérêt tout à fait théorique.
Nous pouvons donc conclure de ces faits :
1® Que les putréfactions intestinales produisent des ptomaïnes en quantité relativement considérable dans V intestin;
2° Qu’une partie de ces ptomaïnes est absorbée, circule dans le sang et peut produire des phénomènes d'intoxication avant d'être éliminées p>ar le rein ;
3° Mciis que nous n'avons actuellement aucune méthode pratique, ni pour déceler ces ptomaïnes, ni pour les doser.