II. — Menus de l’auto-intoxication organique
Ces menus seront très différents suivant qu’il s’agit:
a. D’une insuffisance hépatique ;
b. D’une insuffisance rénale.
Combe. — Auto-intoxication intestinale. 25
TRAITEMENT
A. — Régime de l’auto-intoxication digestive par insuffisance hépatique.
Cette forme d’auto-intoxication digestive est fréquente. Elle peut être causée soit par insuffisance hépatique primitive, soit par insuffisance hépatique secondaire à celle de l’intestin.
Elle se manifeste par les signes cliniques et urinaires que nous avons déjà décrits et par une glycosurie alimentaire que provoque un régime farineux trop intensif.
Au point' de vue diététique, il faut, dans l’insuffisance hépatique :
1° Réduire les farineux au-dessous de la ration glycosurique^ ration variable suivant chaque cas particulier et qu’il faut chaque fois déterminer d’après la méthode de Von Noorden ;
2° Donner un régime hypoazoté (50 grammes d’albumine au maximum) ne comprenant de la viande et du blanc d’œuf qu’à un seul repas ;
3° ÉVITER LES GRAISSES DE VIANDE ET LES FRITURES. Par COntre, le beurre frais et l’huile sont permis si le pancréas fonctionne bien, ce que permet de déterminer l’analyse des selles au point de vue des résidus gras.
4° Éviter toute boisson alcoolique.
Menus de l’insuffisance hépatique.
Ces menus se composeront :
1° De laits et de laitages écrémés (petit lait et babeurre), ou de lait caillé et de yoghourt (faits avec des laits écrémés);
2° De riz, de pommes de terre et de farine d’avoine dans la mesure du possible, sous forme de potages ou de légumes ; ces farineux favorisant moins la glycosurie alimentaire que les pâtes et les autres farines de céréales;
DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE
3“ De farines de céréales et de pâtes alimentaires en potages ou légumes dans la mesure où la glycosurie alimentaire Tautorisera.
4® De purées de légumineuses ;
5° De légumes verts, hachés et passés ; de fruits cuits non sucrés et de fruits crus;
6® D’infusions aromatiques et d’eau d’Évian comme boisson.
B. — Régime de l’auto-intoxication digestive par insuffisance rénale.
Cette insuffisance n’est pas exceptionnelle. Elle peut être causée soit par insuffisance rénale primitive, soit par insuffisance rénale secondaire à celle de l’intestin.
Comme nous l’avons démontré (1) en nous appuyant sur les importants travaux de Widal, Achard, Javal, Castaigne, Strauss, etc., travaux que nous avons analysés :
Le régime de l’insuffisance rénale doit être hypoculo-
RURÉ et HYPOAZOTÉ.
a) HYPOcnLORüRÉ. — Caries chlorures insuffisamment éliminés sont accumulés dans l’organisme, ce qui nécessite, pour maintenir l’isotonie des sérums, une accumulation d’eau avec chlorurémie et une augmentation de la masse et de la pression sanguine, qui en sont les conséquences immédiates.
L’épreuve de la chlorurie alimentaire permettra de fixer jusqu’à quel degré la déchloruration du régime doit être poussée.
b) Hypoazoté. — Car l’azote et l’acide urique insuffisamment éliminés s’accumulent dans l’organisme, et avec eux les grosses molécules azotées, infiniment plus dangereuses, d’où l’hyperazotémie avec toutes ses graves conséquences.
(1) Combe, Beitrage zur Ghlor und Stickstoffarmen Ernâhrung be Morbus Brigbtii [Monatschrift für Kinder heilkunde, IV, 1 et 2).
TRAITEMENT
Hypoazoté enfin, car l’ingestion de l’albumine augmente considérablement les putréfactions intestinales.
L’épreuve de Vazoturie alimentaire permettra, dans chaque cas, de doser jusqu’à quel point le régime doit être privé d’azote.
Nous le voyons, par ces conclusions de notre travail :
Dans l’insuffisance rénale avec rétention chlorurée et
AZOTÉE, le régime SERA HYPOCHLORURÉ ET HYPOAZOTÉ AU PRORATA DE LA RÉTENTION DE CES CORPS DÉTERMINÉE PAR LES ÉPREUVES DE LA CHLORURIE ET DE l’aZOTURIE ALIMENTAIRES.
Menus de l’insuffisance rénale.
Mauté (1) a consacré à cette étude une partie de son excellent travail, que nous avons largement mis à contribution.
Jusqu’à ces derniers temps, l’idée générale qui présidait au régime de l’albuminurique avait été empruntée tout entière à la méthode qui a fixé l’hygiène alimentaire des diabétiques.
. Chez les diabétiques, on supprimait tous les aliments capables d’augmenter le sucre; chez les brighliques, on supprimait tous les aliments azotés capables d’augmenter l’albumine .
Nous savons actuellement que le rapport entre l'intensité des lésions et V importance de V albuminurie ne peut plus être maintenu, car on voit des néphrites mortqjles avec peu d’albumine et des néphrites sans gravité avec une proportion considérable d’albumine.
Basée sur un signe aussi peu sûr, il ne faut pas s’étonner si la diététique du brightique est peu sûre elle-même.
La viande, par exemple, est défendue par la plupart des
(1) Mauté, Thèse de Paris, 1903.
DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE. 389
auteurs et recommandée par Von Noorden, Kauffmann et Mohr.
Les œufs sont interdits par Claude Bernard et la plupart des médecins. Lœwenmeyer les donne aux néphritiques comme nourriture exclusive, et Potain et Teissier les recommandent !
Sur un seul aphorisme seulement, tous les auteurs semblent d’accord :
Le régime lacté est le régime spécifique de l’albuminurie.
1“ Régime lacté.
C’est surtout Chrestien (de Montpellier), qui appela, en 1831, l’attention du monde médical sur l’utilité du lait dans le traitement des albuminuries.
Le lait présente en effet, au moins théoriquement, toutes les conditions requises pour constituer l’aliment parfait de l’albuminurique.
C’est un aliment complet contenant tous les principes alimentaires nécessaires :
Lacto-albuminc.. .
Eau
Lacio-caséinc
Sels
Graisse
Hydrocarbures . .
(Dont chlGrures) . .
Sa valeur calorifique est par litre de 670 calories ; 3 litres (2 080 calories) suffisent pour un adulte alité et 3 litres et demi (2680 calories) pour un homme au travail.
C’est donc un aliment suffisant, car sa perte en hydrocarbures est compensée par un excès de graisse.
C’est un aliment doux, de digestibilité rapide dans la plupart des cas, de peptonisation facile.
Il laisse des résidus intestinaux peu importants; il ne produit que peu de toxines et diminue l’auto-intoxication
TRAITEMENT
intestinale, comme Winternitz et d’autres l’ont démontré théoriquement et van Massen pratiquement.
Cet auteur a fait voir que, en faisant déverser directement le sang de la veine porte dans la veine cave d’un chien nourri de lait, on ne provoque pas d’accidents, tandis que l’animal meurt rapidement intoxiqué lorsqu’il est nourri de viande.
Cette absence presque absolue de poisons intestinaux est un avantage inappréciable lorsque ces poisons doivent s’éliminer par un filtre en partie obstrué, comme l’est le rein brightique.
Enfin le lait est diurétique et fait généralement diminuer l’albumine chez l’albuminurique.
Voilà certes des avantages précieux I
Mais à côté combien d’inconvénients sérieux.
Parlerons-nous du dégoût presque invincible qu’ont certains malades pour le lait, dégoût que l’on peut vaincre, il est vrai, par la volonté et l’accoutumance, ou masquer par du thé, du café, des eaux gazeuses, ou atténuer en remplaçant le lait par le lait caillé, le babeurre ou le petit lait, succédanés souvent beaucoup plus utiles encore et beaucoup mieux acceptés que le lait.
En second lieu, le lait n’est pas toujours bien toléré par tous les malades, spécialement par ceux qui ont de l’entérite en même temps que leur néphrite.
Chez beaucoup, il provoque des troubles digestifs, de la constipation, du météorisme; chez d’autres, de ladiarrhée, dès que la dose devient un peu forte.
Aussi le malade est-il bientôt obligé de diminuer de plus en plus la quantité de laiC qui tombe quelquefois au-dessous de 1 litre par jour, dose absolument insuffisante pour entretenir la vie.
Ensuite le lait est à la longue, même à la dose de 3 litres par jour, un aliment insuffisant et débilitant, et cela même pour un malade au lit.
DIMINUER LA.1pUTRÉFâCTI0N'aZ0TÉE. 391
Il le sera encore davantage pour un malade en pleine activité, comme l’est souvent le brightique. Aussi voyonsnous, au bout d’un certain temps, ses forces diminuer, l’amaigrissement survenir et l’anémie s’installer, avec une incapacité plus ou moins grande au travail physique et intellectuel (Mauté).
Ensuite l’abondance de liquide que comporte une diète lactée complète augmente la tension artérielle et fatigue le cœur, ce qui est toujours grave, mais surtout chez le néphritique, qui est déjà un cardiaque.
C’est OErtel, et, après lui, Von Noorden, qui ont surtout attiré l’attention sur ces faits et prescrit à leurs malades la diminution des liquides à 1 litre par jour avec le meilleur résultat.
A cette dose, la diète lactée est absolument insuffisante.
Enfin last not Icast^ si nous ajoutons le fait certain, et constaté maintes fois cliniquement, que la diète lactée absolue est parfois inutile, quelquefois même nuisible dans certaines insuffisances rénales, et que, dans ces cas, le malade se trouve notablement amélioré par la cessation du lait ou sa diminution, nous comprendrons mieux pourquoi nous voyons depuis quelques années beaucoup d’auteurs combattre le dogme de la diète lactée exclusive dans le traitement de la néphrite.
Citons Von Noorden, Ewald, Senator, en Allemagne ; White, Ralph, en Angleterre; Vergely, Lecorché et Talamon, Mabboux, Fiessinger, Mauté, etc., en France; PolidorO; Lucci, en Italie.
11 va sans dire que, si nous nous joignons a ces auteurs
POUR COMBATTRE LE DOGME DE LA DIÈTE LACTÉE EXCLUSIVE DANS LES NÉPHRITES, NOUS SOMMES LOIN DE CONDAMNER LE LAIT, QUI,
— de très nombreuses observations en font foi, — donne
DES RÉSULTATS SOUVENT EXCELLENTS DANS l’aLBUMINURIE.
Or ces résultats sont dus soit aux propriétés du lait déjà
TRAITEMENT
étudiées, soit et en majeure partie à la pauvreté du lait en chlorures (l^''‘,50 par litre) (Widal).
Aussi le lait doit-il figurer avec grand avantage seul
ou COMBINÉ AVEC d’aUTRES ALIMENTS DANS LES MENUS üYl»0cüLORURÉs DE l’albuminurique, loTsque V insuffisatice rénale est peu accentuée.
2° Régime hypochlorure.
Lorsque l’insuffisance rénale aux chlorures et à l’urée est considérable, le lait aliment unique contient beaucoup trop de chlorures et de substances albumineuses:
2 litres de lait
3 litres de lait
3 litres et demi de lait
Chlorures.
3,0 grammes.
Albumine.
70,0 grammes.
Or la dose de 2 grammes de chlorures est la ration fixe ou ration d'entretien des chlorures^ ration nécessaire et indispensable et que tout menu quotidien doit contenir pour assurer le métabolisme chloruré.
Le surplus est ration de luxe., qui est supportée sans inconvénient par un rein sain, mais qui ne l’est plus lorsque le rein devient insuffisant.
En eftet, dans l’insuffisance rénale, la ration de luxe,c’est-à-dire la ration qui dépasse la ration fixe, devient la ration de absolument individuelle, en ce sens que
certains reins insuffisants ne tolèrent aucune ration de luxe, alors que d’autres ont une ration de luxe plus ou moins forte.
On comprend bieh main tenant pourquoi, dans certains cas, la diète lactée exclusive ne donne pas de bons résultats:
Cest lorsque la dose du sel contenue dans le lait [3 à 6 grammes) dépasselaration de tolérance du rein malade.
On doit alors, dans ces cas, substituer à la diète lactée le RÉGIME UYPOCHLORURÉ, régime varié et bien plus agréable au malade.
DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE
Le malade peut en eflet associer à 1 litre de lait des aliments azotés: la viande; des aliments ^ras : le beurre; des aliments sucrés : les fruits ; des aliments hydrocarburés : les légumes frais, les farines de céréales, les pâtes alimentaires, sans pour cela dépasser la dose de tolérance du malade.
La diète lactée absolue ou combinée avec du jus de fbuits
FRAIS ET DES PETITS POTAGES DE FARINES DE CÉRÉALES NON SALÉS RESTERA TOUJOURS l’altmentation DE cuoix DANS LES néphrites aiguës^ car, dans ces cas, toute alimentation solide est