‹ L'auto-intoxication intestinaleChapitre 148 sur 182 · A. — INFECTION INTESTINALE PROTÉOLYTE INDIVIDUALISÉE · texte numérisé non relu

A. — INFECTION INTESTINALE PROTÉOLYTE INDIVIDUALISÉE

Le D'’ lissier, ce distingué bactériologue dont les études sur la flore intestinale de l’enfant font autorité et complètent celles d’Escherich, a fait de nombreux essais de cette méthode avec des résultats très favorables dans certaines infections intestinales individualisées.

DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE. 415

Tissier vient de publier (1) une étude de ce genre, que nous résumerons rapidement, car elle fait toucher du doigt l’importance, mais aussi les difficultés cliniques et pratiques de la méthode individualisée.

Du groupe des infections intestinales aiguës à étiologie encore si confuse, Tissier s’efforce de séparer une forme spéciale par ses symptômes, sa marche et surtout par sa caractéristique bactériologique.

Il s’agit d’une infection par une espèce anaérobie stricte, le Bacillus perfringens^ dont l’action pathogène est bien établie.

Hôte habituel de l’intestin de l’adulte, on ne le rencontre pas chez le nourrisson normal, sauf dans les tout premiers jours de la vie, avant l’expulsion du méconium et l’apparition des selles jaune d'or caractéristiques.

L’infection qui lui est imputable se traduit par une diarrhée verdâtre, abondante, spumeuse, en mousse de bière, avec les symptômes généraux et locaux du catarrhe aigu.

Longue (un ou deux mois) chez l’enfant nourri au sein, très grave chez le bébé élevé au biberon, cette maladie peut conduire à la mort en moins d’une semaine dans certains cas graves.

L’étude bactériologique des selles fournit des résultats particuliers: le Bncillus biftdus, qui forme à l’état normal le fond de la flore intestinale du nourrisson, a complètement disparu.

Par contre, les anaérobies facultatifs, coccobacilles et diplocoques, qui abondent dans toutes les diarrhées infantiles, sont ici en nombre considérable. Enfin, dans le grand nombre d’espèces anormales et variables qui s’y trouvent, le Bacillus perfringens a été isolé par Tissier dans tous les cas.

Les conditions biologiques du Bacillus perfringens^

(I) Tissie», Ann. InslU. lUi.sleur, 1905.

TRAITEMENT

microbe à fonction protéolytique, commandent le traitement, car la médication habituelle dans les catarrhes : diète hydrique, calomel, entéroclysmes, se montre toujours impuissante.

1“ D’abord il faut, comme nous le conseillons nous-même, modifier le milieu de culture intestinal, en restreignant les albuminoïdes au profit des hydrates de carbone (lactose, farineux);

En second lieu, Tissier oppose au Bacillus perfrinfjens une bactérie qui, inolTensive par elle-même comme par ses sécrétions et ses produits de fermentation, soit à même, en temps que ferment saccharolytique, de nuire au développement du perfringejis, qui est protéolyte.

Tissier propose le Bacillus acidi paralactici de Kosaï, et il l’administre aux nourrissons «à la dose quotidienne de une ou deux cuillerées à café de culture pure, et cela avec le plus grand succès.

Nous avons tenu à citer en détail l’intéressante observation de Tissier pour en faire toucher du doigt les difficultés pratiques.

Il faut d’abord, pour individualiser une infection intes tinale, être bactériologue distingué; mais cela ne suffit pas, il faut encore un bactériologue qui connaisse à fond la flore intestinale normale et pathologique.

Nous faisons faire, nous aussi, dans tous les cas de maladie digestive, l’examen microscopique et bactériologique des fèces, et nous savons quelles en sont les difficultés, car; dans la majorité des cas, on peut s’estimer heureux de savoir à peu près sûrement si la prédominance de la flore est saccharo- ou protéolytique.

Ceci est suffisant pour déterminer le régime, suffisant pour déterminer le genre des microbes antagonistes, mais seul un bactériologiste de profession pourra individualiser le microbe de l’infection et lui opposer son microbe anta-

DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE

goniste, comme le propose Tissier dans son premier travail.

Cette méthode de traitement des infections intestinales individualisées est donc encore une méthode de laboratoire qui ne peut entrer dans la pratique générale et qui restera Tapanage de quelques savants privilégiés.

B. — L^FECTIOS I^^TESTINALE PROTÉOLYTIQUE MIXTE.

Le plus souvent rinfeclion intestinale est causée par de très nombreux microbes protéolytes, sans qu’il soit possible d’y trouver une espèce prédominante ou spécifique.

Aussi, pour combattre la putréfaction azotée du gros intestin, Metchnikoff conseille-t-il d’acclimater dans notre intestin des bacilles saccharolytes inoffensifs produisant des quantités d’acide lactique in statu nascenti^ et par conséquent très redoutables pour tous les microbes protéolytes, qui causent la putréfaction azotée de l’intestin.

Cette ACCLIMATATION se fait en premier lieu et tout a fait

NATURELLEMENT AVEC NOTRE RÉGIME LACTO-FARINEUX, qui transforme le bouillon de culture intestinal favorable aux microbes anaérobies protéolytes en un bouillon de culture favorable aux aérobies saccharolytes.

Cette acclimatation peut se faire en second lieu par l’introduction dans notre tube digestif de ferments lactiques NATURELS. Ces ferments lactiques naturels, nous les trouvons soit dans le lait caillé de nos pays, soit dans les laits caillés orientaux, qui nous ont été transmis par les habitudes ancestrales, comme le ferment égyptien le leben^ comme le ferment bulgare la maya^ comme le ferment tartare le ké/ir, ferments qui contiennent, à côté de microbes multiples, des bactéries lactiques et meme des levures.

Cette acclimatation peut se faire enfin en troisième lieu

EN INTRODUISANT DANS NOTRE TUBE DIGESTIF DES FERMENTS LACTIQUES SÉLECTIONNÉS ARTIFICIELLEMENT.

On se servira pour cela de quelques-uns de ces bacilles

CoMDK. — Aiilo-inloxication intestinale. 27

TRAITEMENT

lactiques qui se trouvent dans les ferments naturels; on les sélectionnera scientifiquement, on en fera des bouillons de culture qui pourront être introduits dans le tube digestif, Soit purs, soit par l’intermédiaire du lait.

De là deux nouvelles méthodes pour diminuer la puti*éfaction azotée de fintestin ;

1® L’introduction dans l’intestin de ferments lactiques naturels ;

2® L’introduction dans l'intestin de ferments lactiques sélectionnés.

1® [ntrodiictioii dans riiitestîii de ferments lactiques naturels.

Ces ferments naturels provenant de l’Orient peuvent être introduits dans le tube digestif :

a) Soit sous forme de lait caillé oriental ;

h) Soit sous forme de cultures pures de bacillesdactiques orientaux.

Le lait caillé oriental.

Le lait caillé ordinaire, dont nous avons déjà parlé à propos des aliments à acide lactique, ne saurait être comparé au lait caillé oriental au point de vue de son action sur l’intestin, car elle est très différente.

Le lait caillé occidental. — Caillé par les méthodes ordinaires, c’est-à-dire par la présure liquide ou en poudre, ou même spontanément à l’air libre par le Bacterium acUU laciia, il est, comme nous l’avons vu, un excellent aliment pour combattre les putréfactions azotées ; mais il n’agit pas bactériologiquement, il agit uniquement comme aliment chimique par ses acides lactique et succinique.

En effet, le Bacterium larfi.^ qu’il contient dans le caillage spontané ne peut servir à combattre par lui-même les microbes protéolytiques.

C’est un microbe très délicat qui est facilement détruit

DIMINUER LA PUTRÉEACTION AZOTÉE

et ne traverse jamais Tinteslin, car on ne le trouve i>as dans les selles : il a disparu avant d’arriver dans le côlon, sous rintliierice des microbes antagonistes.

Il n’est donc pas apte, même s’il se trouve en grande quantité dans le lait caillé ingéré, à lutter lui-même contre les autres microbes de l’intestin.

Le lait caillé oiiiental. — 11 n’en est plus de même du lait caillé oriental : ce n’est plus seulement un aliment, c’est un bouillon de culture contenant, il est vrai, des acides lactique et succinique, qui ont leur action antiputride propre, mais contenant surtout une quantité considérable de bacilles saccharolytes divers, parmi lesquels le bacille de Man^ol, bacilles extrêmement actifs et résistants, qui luttent et avec succès dans tout leur trajet intestinal contre les microbes protéolytiques du gros intestin, car on les retrouve danslesselles.

Voilà ce qui constitue la ditTérence et la supériorité du lait caillé bulgare sur le lait caillé de nos pays.

Historique. — Le lait caillé oriental entra dès les temps les j)lus reculés dans l’alimentation des peuples.

La Bible raconte que, lorsque Abraham vit paraître trois hommes devant lui, il leur servit pour leur faire honneur du lait caillé et non pas des plats de viande, comme l’aurait fait un habitant de l’Occident.

Nous voyons du reste les Hébreux continuer à se nourrir de lait caillé, de légumes et de fruits et ne manger que rarement de la viande.

Depuis ce temps, cette coutume s’est perpétuée dans tous les pays orientaux, où le lait caillé joue un rôle considérable dans l’alimentation.

En Egypte, l’usage de cet aliment, connu sous le nom de leben, remonte à la plus haute antiquité.

L’analyse bactériologique du leben éguplien a été faite par Bist et Khoury (1), et ils y ont trouvé cinq espèces de

(1) Rist et Khouuv, .l/ej. de l'InsL }*astein\ 23 janv. lt)Û2.

TRAITEMENT

microbes, parmi lesquels des bactéries lactiques, qui, comme Tissier et Martelly Tout démontré, sont des antagonistes des protéolytes et ont une action antiputride énergique.

l*m Grèce et à Home, le lait caillé constituait une partie importante de la nourriture des paysans et ne manquait jamais sur les tables des citadins.

Pline raconte même que, dans les grands festins de patriciens, on n’oubliait jamais de présenter du lait caillé à la fin du repas. Ce lait caillé portait le nom à'oxyrjala.

On faisait du reste, dans l’antiquité, de véritables cures de lait de chèvre caillé, appelé schiston.

Nous le voyons', dès les temps anciens, chaque peuple oriental fait une consommation très grande de laits caillés coagulés et préparés avec des procédés divers.

C’est que tous ces peuples orientaux, composés dans leurs origines de pasteurs et de nomades, avaient l’esprit observateur par excellence. Or l’observation, résultant de l’expérience accumulée de nombreuses générations, leur avait fait remarquer les effets bienfaisants obtenus avec les laits caillés.

Aussi cette réputation franchissait-elle parfois les limites où la maintenait l’usage populaire : sa renommée se propagea même dans les pays occidentaux.

L'histoire nous apprend, dit le D'’ Dybowski, que, sous François la réputation du lait caillé oriental s’était propagée jusqu’en France.

Si l’on consulte en effet, la biographie de ce roi, on apprend que François I®'', très affaibli, était réduit à un état de langueur qui allait s’aggravant chaque jour. Les remèdes lés plus vantés avaient été essayés sans succès.

François I®’’ apprit alors qu’à Constantinople il existait un juif qui avait la réputation de guérir ces sortes de maladies rien qu’en faisant suivre certain régime.

François I®"^ donna l’ordre à son ambassadeur auprès de

DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTEE. 421

la Sublime Porte de faire venir à Paris ce docte Israélite. Celui-ci consentit, mais mit comme conditions de voyager par petites étapes eide se faire accompagner par (.[uel(|ucs brebis.

Flanqué de quatre brebis, le juif arrive à l’aris, examine François et lui ordonne de manger uniquement un lait caillé, obtenu avec le lait de ses brebis, mais dont il ne voulut jamais donner la recette de fabrication.

François P*' reprit rapidement des forces, mais les brebis du juif étant venues à périr, celui-ci fit continuer au roi la cure avec du lait d’ânesse.

De nos jours, l’usage du lait caillé existe encore dans tous les pays de l’Afrique. Les tribus nomades de l’Algérie et de la 'tunisie ont une prédilection marquée pour le lait caillé, ou ray et.

C’est aussi la nourriture principale de l’Arabe.

Il en est de même chez tous les nègres de l’Afrique. Tous ces habitants des pays chauds apprécient d’instinct la valeur désinfectante du lait caillé et de l’alimentation maigre particulièrement nécessaire dans les pays chauds, où le climat exagère par lui-même déjà les putréfactions intestinales.

11 en est de même en Orient, où tous les peuples ont conservé religieusement la tradition de l’action bienfaisanlc du lait caillé.

Le plus connu et le mieux étudié des laits caillés orientaux est le lait caillé bulgare.

Le lait caillé bulgare ou yoghourt. — Dans toute la Turquie, en Europe et en Asie-Mineure, en Grèce et dans le .Monténégro, en Seibie, en Roumanie, et Bulgarie, on se sert d’un lait caillé spécial, le yoghourt.

On le mange soit nature, soit avec un peu de sel ou de sucre, soit mélangé avec des aliments variés : avec le riz ou pilatr, avec des fruits comme les fraises, avec des légumes comme les aubergines ou les courges.

TRAITEMENT

Le yoghourt est préparé avec un ferment particulier appelé la mat/a, qui a des propriétés spéciales. Celte maya s’est transmise et conservée des temps les plus reculés par ensemencements successifs.

Les Orientaux, en effet, ensemencent leur lait du jour avec un peu de yoghourt de la veille et transmettent ainsi la culture intacte. ■ '

Composition chimique du yoghourt. — Le yoghourt est du lait réduit de moitié qui contient, d’après Olaf Jensen :

Caséine 7.10

Craissc 7,20

Lactose à 0,4

Acide lacli(iiie 0,80

Alcool 0,02

Une assez notable quantité de caséine, environ 38 p. iOO, a été solubilisée et transformée en albumoses et en peptones (Couard), ce qui montre que, dans le yoghourt, les matières albuminoïdes ne sont pas moins préparées pour la digestion que dans le kéfir.

Le phoSj)hate de chaux enfin, qui constitue la majeure partie des substances minérales du lait, a été de même solubilisé pendant la fermentation dans la proportion de 08 p. 100.

Toutes ces données montrent quel aliment précieux et facilement digestible est le lait caillé bulgare.

Composition bactériologique de la maya. — Le ferment bulgare (pii sert à préparer le ijogliourf, et que nous nommons la /naga bulgare, s’appelle en bulgare Po(lkuHif>m.

Le D" Grigorofll' a étudié la maya au point de vue bactériologique dans le laboratoire du professeur Massol (I) (de Genève), et il y a trouvé, à côté de multitudes d’autres espèces microbiennes, trois microbes lactiques spéciaux aérobics et anaérobies facultatifs.

J. Lk racille bulgare ou DE Massol. — C'est un long

(1) Massol, Ilev. mcd. Suiase romande, JUO'i, p. 71(i,

DtMINUEt^ L\ PUTRÉFACTION AZOTÉE.

bâtonnet, ne paraissant pas être mobile, se montrant ou isolé, ou disposé en séries linéaires.

Il se colore avec les couleurs d’aniline basi([ues et reste coloré par le Gram.

Il pousse avec activité dans les milieux sucrés et fait fermenter activement la glycose, la lactose, la saccharose et la mannite.

ëemé sur du lait stérilisé, il le coagule en douze heures à RT®. Cette coagulation est due à la formation d’acide lactique, car il ne sécrète pas de présure.

La température de 45° paraît être sa température d’élection. Il résiste encore à 50”, mais son activité diminue. A 60°, il est tué en une demi-heure.

Ce bacille est le ferment lactique le plus énergique que l’on connaisse.

H. Un diplocoque. — On rencontre en effet dans le lait aigri des cocci soit séparés, soit groupés en diplocoques, soit réunis en amas et doués du mouvement brownien.

Ils restent colorés par le Gram et se colorent facilement par les couleurs d’aniline basiques.

Ce microcoque se développe facilement sur les milieux sucrés. C’est un aérobie anaérobie facultatif.

H coagule le lait en vingt-quatre heures à 37° par fermentation d’acide lactique; il ne produit pas de présure.

C'est à 45° que ce microcoque possède son maximum d’énergie ; il résiste à la température de 50° et est tué lors- (ju’il est exposé une heure à 60° .

3. Un streptobacille. — Ce sont de courls bâtonnets groupés en chaînettes de 4, 5 à 10 éléments.

Ce streptobacille prend énergiquement le Gram et se colore très bien par les couleurs d’aniline basiques.

Cet organisme se développe dans les milieux sucrés ; il coagule le lait en quatorze heures à 37°, par production d’acide lactique, et ne sécrète pas de présure.

TRAITEMENT

C’est un aérobie anaérobie facultatif. Il a son maximum d’activité à 45®. 11 résiste à 50®. Il est tué à 70® en une heure. Comme les autres, il attaque la saccharose et la lévulose.

Ces trois microorganismes, ensemencés dans du lait, produisent tous, mais à des degrés divers, de l’acide lactique :

\c. lactique p. 100.

, ; Le micrococfue. 0,16

En quatre \ t » + a /-

. : Le streptocoque 0,4o

jours. bacille de Massol 1,26

Le bacille de Massol est donc un ferment lactique extrêmement énergique, le plus énergique de tous les ferments lactiques connus.

Ces trois organismes forment de l’acide lactique inactif.

Mode de préparation du lait caillé bulgare. — Préparation A DOMICILE. — En Turquie, la fabrication du yogliourt est connue et transmise de père en (ils dans toutes les familles.

Le yogliourt, pour être bon, doit en effet être consomme frais; aussi doit-il être préparé à la maison ou tout au moins dans son voisinage immédiat, car il supporte mal le transport, et celui-ci ne peut s’exécuter en Orient que de nuit et par un temps frais.

Voici comme on prépare cet aliment en Orient :

On prend du lait non écrémé de vache, de chèvre ou de brebis, et on le fait chauffer sur un feu doux dans un récipient quelconque, mais le plus large possible.

On le fait ainsi bouillir jusqu à ce qiCH soit réduit à la moitié de son volume initiaL

Pour activer l’évaporation, on le remue et on le puise avec une louche pour le reverser d’une certaine hauteur dans le

Le microcoque.

([uatre Le bacille de Massol.

heures. * Le streptobacille

DIMINUE!! LA PUTRÉFACTION AZOTÉE. i2;i

récipient. La réduction à moitié oi)érée, on verse le lait dans des bols de capacité variable, suivant les besoins (en général 300 grammes), et l’on attend ([u'il refroidisse jusqu’à 45° environ.

A ce moment, on introduit pour l’ensemencer la maya ou ferment frais dans la proportion de 2 centimètres cubes par litre ou une cuiller à calé (5 grammes) par bol.

Dans la plupart des familles, on ajoute, au lieu de la maya, deux cuillerées à soupe du yoghourt de la veille, ce qui suffit à l’ensemencer.

Puis on enveloppe le bol d'une étoffe de laine, de façon que le lait conserve à peu près sa température pendant huit heures.

Au bout de ce temps, le lait est caillé ; on enlève les couvertures et on le place dans un endroit froid, jusqu’à son refroidissement complet, qui exige encore trois à quatre heures.

Il forme alors un gâteau blanc assez compact, qui, lors- ([u’il est intact, ne laisse pour ainsi dire pas exsuder de sérum.

11 est alors prêt à être consommé place, car il ne peut être transporté. En effet, les secousses le font se liquélier et se mélanger au sérum, de telle sorte qu’il ressemble au lait tourné et qu’il n’est plus présentable.

Il arrive quelquefois que le caillage est parfait après cin([ à six heures ; d’autres fois, au contraire, au bou t de dix heures, le lait n’est pas encore complètement caillé. On le laisse alors plus longtemps, jusqu’à ce qu’il soit pris on masse, car cela dépend de la saison et de la température.

Phéparation LNDusTiUKLLE. — En Europc, on s’est préoccupé de pouvoir fournir à bon compte au public du ferment bulgare frais et actif, et, dans ce but, il s’est fondé à Paris une société dite de la Maya Bulgare.

Cette société de la Maya bulgare s’est efforcée de procurer un ferment préparé dans son pays d’origine pouvant se conserver et se transporter dans tous les pays.

TRAITEMENT

« Pour avoir un ferment d’origine certaine, elle a installé son usine en Orient, en Turquie d’Asie, et c’est dans les laboratoires de celte usine que la société fabrique son ferment bulgare. Ce ferment desséché en poudre conserve son action, ce qui permet de le transporter partout, car il se conserve indéfiniment. »

C’est là, semble- t-il, une précaution superflue que de préparer ce ferment en Turquie, car des cultures pures des bacilles de la maya peuvent se cultiver dans tous les pays, avec les méthodes bactériologiques actuelles.

Quoi qu’il en soit, la société livre au public la maya bulgare sous forme de poudre sèche, en petits flacons de 20, 100 et 200 doses.

Pour faciliter la confection du yoghourt à domicile, celte société a inventé des étuves spéciales, où l’on obtient la température constante de 55", nécessaire pour sa fabrication dans la maison du consommateur.

Ces étuves sont ou bien des boîtes dans lesquelles on allume un petit brasero, ou bien de véritables étuves à eau chaude.

Voici la méthode recommandée :

1° Ih-endre du bon lait et le faire bouillir pour le réduire à la moitié de son volume.

Avec ce lait réduit, remplir les bols de l’étuve, qui contiennent 500 grammes ; laisser descendre la température jusqu’à 50" environ ;

2" Dans chaque flacon de ferment, on trouve une petite cuiller qui sert de mesure. On mettra dans chaque bol la petite cuiller pleine de poudre de maya, en saupoudrant le bol de lait, puis en remuant pour bien mélanger la poudre à toute la masse ;

5" Uemplir la bouillote de l’étuve à'eau houUlante^ la replacer dans la partie inférieure et fermer l’éluve pour que le caillage puisse se faire; . .

4" Après douze heures, retirer les pots, dont le contenu

DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE., , 427

doit être pris en une masse uniforme, et les placer au frais. En faisant la préparation le soir, on peut retirer les bols le matin et les consommer dans la journée. ‘

En Suisse : la société de Pury, à Montreux, prépare la }naya bacllline sous forme sèche,- et, la société Henneberg à Genève prépare la lacticose sous forme liiiuide.

Ces deux ferments sont tous les deux préparés avec la maya bulgare, et ils ont les mêmes propriétés et les mêmes avantages que celui que nous venons d’étudier.

Mode d’emploi du yoghourt. — Le yoghourt peut se prendre en nature, soit salé, soit sucré, soit avec de la cannelle.

On le consomme soit à jeun à la dose d’un bol de 300 grammes à la place du petit déjeuner et d’un bol à quatre heures comme goûter, ou au coucher.

Ou bien on peut le prendre aux repas ^ soit avec les pûtes et spécialement le riz sous forme de pilalT comme les Orientaux, ou avec le pudding comme dessert et à la même dose.’

On peut enfin, dans des cas plus sérieux, le prendre au petit déjeuner, au lunch et au dîner, chaque fois 3Ü0 grammes, ce (|ui fait qu’on arrive à en consommer environ 1 kilogramme par jour, dose qu’il n’est guère nécessaire de dépasser.

Le yoghourt peut être consommé pendant de longs mois à doses modérées et sans aucun inconvénient. La durée de la cure est donc indéterminée.

Cependant, à haute dose, son action ne doit pas être trop prolongée pour éviter les inconvénients de la cachexie acide dont nous avons déjà parlé.

Action physiologique du yoghourt. — Sa grande qualité consiste dans son goût fort agréable et qui ne rebute jamais le malade, comme cela arrive si souvent avec le lait, ([uand on est obligé de le prescrire longtemps.

Comme le lait, c’est un aliment complet; mais, sous un moindre volume, il correspond à une plus grande quantité

TRAlTblMhNT.

de lait, il est donc, àquantitéégale, plus nourrissanlquelelait.

Grâce à sa légère acidité, il se digère facilement ; il contient beaucoup de lactose et d’acide lactique et est, grâce à ces deux corps, légèrement laxatif et diurétique, deux qualités précieuses dans une cure de désintoxication.

S'il contient, comme on le prétend, moins de sel marin que le lait, ce serait un aliment très précieux dans les cures de régime hypochloruré, pour l’insuffisance rénale et l’épilepsie.

Action thérapeutique du yoghourt. — Le Dybowski et le D'’ ïubbendjuan (de Turquie) (1) ont montré avec quel avantage on pouvait, dans toutes les maladies où la diète lactée est indiquée, lui substituer le yoghourt.

Mais son action particulière, comme le fait remarquer le Metchnikoff, est due à sa composition spéciale, c’est-àdire à sa richesse en ferments lactiques, ferments qui sont les plus puissants antagonistes des microbes du tube digestif.

C’est donc un antiseptique puissant des voies digestives, qui trouve son indication spéciale chaque fois qu’il y a intoxication intestinale.

Herter (de Ne w-York)(2j, après a voir introduit à une série de chiens des quantités de microbes directement dans l’intestin, vit que, tandis que le Bacillus proleus augmentait les suU foélhers dans l’urine, l’inlroduction de grandes quantités de bacilles lactiques diminuait notablement l’indican et les suifoéihers.

Le D*' Cohendy, dans une expérience personnelle de six mois avec le yoghourt, a pu constater ce qui suit :

Après avoir fixé la proportion des suifoéihers urinaires avec un régime mixte, il se soumit à un régime carné, et il vit les suifoéihers augmenter notablement, comme cela arrive toujours.

Il absorba alors 1 litre de yoghourt, et son bon effet sur la

(1) Dybovvsky et Tubdendjuax, Jouni. des sc. méd. d’ Aiujevs, nov. l'JOI.

(2) Herteh, Brilish med. Jourit., 1897, p. J848,

DliMINURU LA PUTRÉFACTION AZOTÉE.

pulréfaction ne s’est pas fait attendre, car la quantité des sulfoéthers tomba à un taux des plus minimes.

L’examen de ses matières fécales a démontré la présence constante des mêmes bacilles lactiques qui avaient servi à la préparation du yogbourt, et qui avaient résisté au passage de l’intestin.

De plus leur influence s’est fait sentir encore longtemps après la cessation du lait caillé, car, malgré une nourriture très carnée, la quantité des sulfoéthers s’est maintenue à un degré très bas et n’a recommencé à augmenter que plusieurs mois plus tard.

Nous avons employé pour nos expériences en ville le yogbourt préparé avec la maya par la laiterie centrale de Lausanne.

Or, nous pouvons confirmer en tout point les résullals obtenus par les auteurs que nous venons de citer :

Dans l’auto-intoxication intestinale, le yogiiourt est ln

ALIMENT ANTirUTRlDE DES PLUS PRÉCIEUX.

Dans l’auto-intoxication par entérite membraneuse, l’action DU YOGIIOURT EST NUISIBLE, PRESQUE AUSSI NUISIBLE QUE CELLE DU LAIT, ET IL NE DOIT PAS ÊTRE EMPLOYÉ.

Dans l’entébite glaireuse diarrhéique, par contre, maladie

QUI ATTEINT l’iNTESTIN GRÊLE ET QUI n’eST PAS JUSTICIABLE DES PATES, LE YOGIIOURT DONNE DES RÉSULTATS ABSOLUMENT REMAR- QUABLES.

Cultures pures de ferments lactiques orientaux.

On peut donner toute la fiore microbienne de la maya bulgare sans l’inlermédiaii e de lait caillé, soit en poudre, soit en comprimés, soit en pilules.

Nous avons commencé dans notre service l’étude d’une de ces préparations /« Maya bacilline de Pury en poudre, mais les expériences que nous avons instituées n’étant pas terminées, nous ne pouvons encore en donnerles conclusions.

TRAITEMENT

ü*" Introduction dans rintcstin de fcrnients lactiques sélectionnés.

Les levains naturels destines à préparer les laits aigris orientaux sont bien loin de représenter des cultures pures de bacilles lactiques.

Nous avons vu la maya contenir, outre les trois bacilles lactiques décrits par Grigorolf (J', des levures et un très grand nombre d’autres bactéries.

Dans le leben^ Rist et Khoury (2) ont trouvé trois bactéries lactiques et deux levures donnant de l’alcool.

Les laits aigris préparés avec les levains naturels ont donc tous cet inconvénient qu’à côté des bacilles lactiques utiles ils contiennent d'autres microbes indiflerents ou meme nuisibles.

Voilà pourquoi MetclmikolT a modifié la préparation du yoghourt, et, au lieu, d’y introduire toute la flore microbienne, provenant des levains naturels que nous venons d’étudier, il a proposé d’y ensemencer des cultures pures de l)acilles lactiques.

D’autres auteurs ont suivi le mémo chemin, et actuellement trois bouillons de culture lactiques se trouvent en présence :

a) La lacto-bacilline liquide de MetclmikolT;

I)) Le biolactyle de Fournier;

c) Le bouillon paralactique de lissier.

La lacto-bacilline de Metchnikoff.

Parmi les bacilles lactiques, il en est un qui a plus particulièrement attiré l’attention du professeur MetclmikolT.

Ce bacille est le grand bacille isolé de la maya par le professeur Massol (de Genève) et son élève GrigorolT, et que l’on désigne volontiers sous le nom de baclUo bulyare, mais (pie

(1) Voy. p.

(2) Hisr et Khoi uy, Ann. de Lln^l. Pasteur, l'J )2, p. Gîi.

l’on ferait mieux d’appeler le bacUlu de J/«.v.vo/, car il se trouA^e aussi dans le ferment égyptien, le leben, et da.ns le ferment turc.

Ce bacille est, d’après les recherches de Heupel et de GrigorolT (1), de beaucoup le meilleur producteur d’acide lactique, et, comme nous l’avons vu, il est capable de produire à lui seul la coagulation du lait.

Le bacille de iVIassol est robuste et de forte taille, h à 20 [j. de long. Tl est très résistant, car, ingéré par l’homme, il ne se détruit pas dans les intestins et arrive à l’état vivant jusqu’au bout du côlon.

Sa présence a même pu être constatée dans les selles par le D'‘ Cohendy, plusieurs jours après son ingestion par la bouche, et nous-même nous l’avons aussi trouvé dans les selles chaque fois que nous l’avons cherché.

Ce bacille du ferment bulgare est donc un microl)e qui n’existe pas normalement dans notre flore intestinale, mais qui peut y être implanté artificiellement et qui est capable d’agir efficacement contre les putréfactions intestinales.

Mah ce bacille atteint en même temps tes graisses. Aussi communique-t-il au lait un désagréable goôt de suif (2) qui le rend impropre à la consommation.

Pour remédier à cet inconvénient, il a fallu associer au bacitte deMassot, appartenant à la flore orientale, un autre microbe lactique appartenant à la flore européenne et choisi parmi ceux qui sont inoffensifs pour l’homme et même les petits animaux de laboratoire les plus sensibles aux microbes.

On est donc arrivé à préparer en sérum de lait des bouillons de culture pure de ces deux microbes lactiques, à l’exclusion de tous les autres microbes si nombreux qui sont dans la maya et en particulier à l’exclusion des ferments alcooliques.

(1) IIki pei. et Gniconori', loc. cil.

[±) Mrtchmkoi’e. Ilemaivjves sur le lui! ai(/i i, p. 2ü.

TKATTEMENT.

La grande difficulté est de se procurer ces bouillons de culture pure; ceci a été grandement facilité pour le public par la fondation de la Société Le Ferment, placée sous le patronage de MetchnikofF.

Cette société prépare, en les sélectionnant scientifiquement, ces bacilles lactiques en un bouillon de culture pure, auquel elle a donné le nom de Uicto-hacUUne.

Mode d’emploi. — La Société livre au public la lactobacilliue en ferment liquide, sous forme de petits flacons contenant 10 centimètres cubes de bouillon de culture.

Les microbes qu’il contient en culture pure, et c’est \h la plus sérieuse garantie que nous donne cette Société, ont été étudiés par MetchnikofF, qui en a établi la parfaite innocuité par une longue pratique sur l’homme et de nombreuses expériences sur les animaux.

Ces microbes exercent ainsi une influence très favorable sur la digestion; ils régularisent les fonctions intestinales, combattent la constipation, et surtout ils combattent avec énergie les bacilles protéolytiques, en empêchant la putréfaction intestinale.

On peut introduire ces cultures pures de lacto-bacilline dans l’inteslin :

a) Soit par l'intermédiaire du yoghourt;

b) Soit en nature.

Yoghourt à la lacto-bacilline.

Mode de préparation. — Faire bouillir pendant cinq minutes oUO centilitres de lait pur, laisser refroidir.

l.aver à l’eau bouillante deux ou quatre bols de 25Ü grammes; les laisser égoutter sans les essuyer.

Verser dans chaque bol un quart de litre de lait et un quart de flacon de lacto-bacilline; bien mélanger et recouvrir les bols.

DIMINUER LA PUTRÉKACTION AZOTÉE

Les placer dans un endroit chaud, ou mieux dans une étuve à température maxima de 35° Celsius.

C’est à cette température que le caillage se fait le mieux et dans dix à douze heures environ. A 25°, l’opération est beaucoup plus lente.

On place alors les bols au frais, et on les consomme dans la journée.

Par économie, on peut faire cailler une nouvelle portion de lait, en remplaçant le ferment pur par du lait caillé ; mais cette opération ne doit pas être répétée plus d’une fois, car sans cela le bacille perd ses qualités.

Quel lait faut-il employer pour faire le yoghourt ?

Le LAIT CRU. — Au point de vue du goût, c’est le lait cru qui est le meilleur, car il donne au lait aigri un goût très agréable.

Mais le lait cru renferme beaucoup de microbes, parmi lesquels se rencontrent souvent des microbes nuisibles, en particulier celui de la tuberculose. Or ces microbes conservent leur vitalité dans le lait aigri : les vibrions du choléra, le bacille de la lièvre typhoïde s’y conservent vivants pendant quarante-cinq jours.

Le lait cru contienten outre des poussières fécales de vache gorgées de microbes ; les microbes lactiques du lait aigri empêchent bien leur pullulation, mais ne la détruisent pas.

Mieux vaut donc ne pas introduire avec le yoghourt tous ces microbes, et, à moins d’avoir un lait provenant de vaches inoculées à la tuberculine et soignées hygiéniquement, ce (jui est rare, il faut préférer le lait cuit.

Le lait pasteurisé à 60° n’est pas sûrement débarrassé des bacilles de la tuberculose et des spores des bacilles butyriques.

Le lait stérilisé à 110 ou 120°, véritablement stérile, a un si mauvais goût que l’on ne peut s’en servir.

Le mieux est donc de se contenter de lait cuit quelques minutes, car tous les bacilles tuberculeux' et butyriques GüMBEi — Auto-iritüxicalion intestinale. â8

THAITEMENT.

sont tues par l’ébullilion ; seules quelques spores butyriques et les spores du Bacillus subtil h, qui ne peuvent être détruites que par une température élevée, persistent,

On arrive ainsi à obtenir, avec le lait bouilli et refroidi, un lait caillé, ensemencé avec des cultures pures de microbes lactiques en quantité suffisante pour empêcherla germination des spores contenues dans le lait et qui n’ont pas été détruites par l’ébullition (Metchnikofl’).

Comme pour un usage prolongé, la consommation de trop de caséine et de matières grasses n’est point toujours désirable; on peut préparer dans ce cas le lait bulgare avec du lait simplement bouilli et non cuit jusqu’à concentration de moitié, ce qui le rend beaucoup plus lourd et plus digeste.

Dans beaucoup de cas même, on pourra encore diminuer les matières grasses, en préparant le lait aigri avec du lait écrémé et simplement bouilli.

Ce lait AIGIU A LA LACTO-BACILLINE, PRÉPARÉ AVEC DO LAIT PUR OU ÉCRÉMÉ, SIMl'LEMENT CUIT ET ENSEMENCÉ AVEC UN BOUILLON DE BACTÉRIES LACTIQUES EN CULTURES PURES, est, on le comprcud sans peine, infiniment supérieur au yoghourt, ensemencé avec la maya, car c’est un produit constant, d’une innocuité })arfaite, et qui cependant, au point de vue antiputride, exerce sur les microbes protéolytes la même influence nocive que le yoghourt ordinaire.

Mode d’emploi du yoghourt à la lacto-bacilline. —

On le* consomme de la même manière que le yoghourt ordinaire : 300 centimètres cubes, soit un bol, deux^à trois fois par jour.

On le prendra soit à jeun le matin au lever, et au coucher ; ou le matin, au goûter et au coucher; ou aux repas avec le plat de pâtes, ou avec celui de pudding.

On peutle prendre purou additionné de sucre ou de cannelle.

Action thérapeutique du yoghourt à, la lacto-bacilline. — MetchnikolT, qui use depuis sept ans de ce lait aigri dans son régime, se déclare très satisfait du résultat obtenu.

DIMINUER L\ PUTRÉFACTION AZOTÉE. U.Ui

et nous pensons avec lui qu’une expérience aussi longue et venant d’un savant au jugement aussi éclairé que judicieux suffit pour justifier cette opinion favorable.

Notre excellent interne, le D‘‘ Pochon, qui s’est chargé d’expérimenter sur lui-même le yoghourt préparé avec ia laclo-bacilline liquide, a obtenu des résultats certains au point de vue de l’auto -intoxication intestinale.

Comme on peut le voir sur la courbe (fig. 10), l’indol et le

Eig. 10. — Courbe de l indol et du pbénol avec l’emploi du yoghourt à la lacto-bacilline.

phénol diminuent considérablement avec son emploi, et celle action continue même après que l’on a cessé le yoghourt.

Mais l’action du yoghourt, comme on I'Oüvait le supposer théoriquement, est bien moins puissante que celle de la

LACTO-BACILLINE LIQUIDE PURE.

Dans un cas d’entérite, nous avons même été obligé d’en interrompre l’emploi, le yoghourt à la lacto-bacilline ayant été mal supporté.

TRAITEMENT

Cultures pures de lacto-bacilline.

Nous le savons, abstraction faite des personnes assez nombreuses qui ne l’aiment pas, il est toute une catégorie d’autointoxiqués qui ne supportent pas le lait, ce sont les malades atteints d’entérites chroniques.

Ceux-là peuvent utiliser les bacilles bulgares en culture pure.

Seulement, comme ces microbes ont besoin de sucre pour produire l’acide lactique, il faut, en les consommant, absorber quelques aliments sucrés : eau sucrée, bonbons, confitures, car, comme Grigoroff l’a démontré, le bacille de Massol décompose le glucose et la saccharose aussi bien que la lactose.

On peut prendre la lacto-bacilline de plusieurs manières.

1° La lacto-bacilline liquide. — C’est la culture pure en sérum lacté du bacille de Maiisol de la flore orientale en symbiose avec le bacille lactique de nos pays, combinés en proportions déterminées.

On trouve la lacto-bacilline en flacons hermétiquement fermés et bouchés de 10 centimètres cubes.

On la donne en deux portions, soit à jeun dans de l’eau sucrée à dix heures et quatre heures ; soit à la fin des deux principaux repas, avec un peu de confiture ou de miel, ou dans de l’eau sucrée.

2° La lacto-bacilline en i-oudre. — C’est la culture pure du bacille de Massol sur du lait filtré et desséché dans des conditions qui assurent sa propreté absolue.

La lacto-bacilline en poudre est livrée en tubes de verre ' bouchés et paraffinés et de conservation et de pureté assurées. Chaque tube contient une dose de 5 grammes de ferment et peut servir pour cinq jours.

On en prend deux fois par jour, dans de l’eau sucrée, du miel ou des confitures, soit à la fin du repas, soit à jeun entre les repas.

DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE

On prélève chaque dose de un dixième de tube de poudre, au juger, car il n’y a aucun inconvénient à dépasser la dose.

3° La LACTO-BACILLINE EN GLOBULES GLUTINISÉS. — C’est en

théorie la forme la meilleure pourdngérer le ferment.

Fi.^^ 11. — Courl)(‘ du phénol (d de Findol avec Feniploi de la larlobacillinc Ii(piidc (René G..., six ans).

Le globule glutinisé passe intact par l’estomac et ne libère le ferment que dans l’intestin, c’est-à-dire à l’endroit où les bacilles doivent effectuer leur action.

Les globules revêtus de glucose sont d’une conservation presque indéfinie, grâce à la couche protectrice, et ne craignent pas l’humidité.

Si le ferment n’est pas altéré par la préparation et ne s’altère pas à la longue, ces globules? de lacto-bacilline seraient des plus [)récieux dans le traitement de l’autointoxication intestinale.

TRAITEMENT

Résultats thérapeutiques. — Les Sociétés de la lactobacilline de Paris et de la zyma de Montreux nous ayant demandé de procéder à des expériences cliniques et scientifiques sur l’action antiputride de leurs produits, nous avons confié cette étude à deux de nos élèves, qui feront ce

Fif>, 12. — Courbe de l’indol et du phénol avec l’emploi de lalaclobacilline liquide (Alice G...).

travail comparativement avec deux autres élèves, qui étudient cette même action antiputride de deux autres médicaments î la levure de bière sélectionnée de la zyma et le ferment de raisin sélectionné de Jacquemin (de Nancy).

Ces travaux ont été commencés il y a quatre mois et doivent en durer six ; nous ne pourrons donc pas encore nous prononcer d’une manière définitive sur laclion de ces substances, nous réservant de le faire plus tard.

DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE

Ce que nous pouvons dire actuellement, c’est que, comme le démontrent les deux courbes (fî^. 11 et 12) du travail de notre élève M'**" TchoumakolT : la lacto-bactlliné liquide est

UN MÉDICAMENT ANTIPUTRIDE TRÈS ÉNERGIQUE, DONT l’aCTION SE PROLONGE ENCORE LONGTEMPS APRÈS QUE l’ON EN A CESSÉ l’eMPLOI.

Ceci semble bien démontrer que l’action antiputride tient à la vitalité du bacille de Massol, qui lutte énergiquement contre les microbes protéolytes anaérobies.

La lacto-bacilline en poudre donne des résultats moins brillants. ...

Les globules glulinisés ne donjient aucun résultat quelconque, la préparation ayant probablement compromis la vilalité des bacilles lactiques.

Le biolactyle Fournier.

Nous avons vu que le bacille de Massol en culture pure attaque aussi bien les graisses que les hydrocarbures; aussi, pour le confiner dans l’allaque des hydrocarbures seuls, faut-il lui adjoindre un autre bacille appartenant à la flore occidentale, dont la propriété empêchante limite l’action du bacille de Massol à ce qui peut être utile au malade.

Ainsi avons-nous vu Metchnikoff lui associer le Bacillua acidi lactls de nos pays.

C’est aussi ce que cherche à faire le biolactyle Fournier DE Paris, étudié par Paul Fournier, ancien préparateur à la Sorbonne.

Le biolactyle est une symbiose en proportions définies et aussi constantes que possible du bacille de Massol avec un autre bacille lactique appartenant à la flore orientale.

Ces deux bacilles sont fournis par Fournier en cultures pures et particulièrement riches, de façon à présenter Félément actif sous un faible volume.

Nous venons de commencer une série d’expériences avec ce produit, et nous nous réservons de revenir sur les résul-

TRAITEMENT

tats obtenus à une autre occasion, lorsque noire opinion sera mieux étayée.

Jusqu’à présent, nous pouvons nous en déclarer satisfaits.

Le bouillon paralactique de Tissier.

lissier, dans l’article que nous avons cité plus haut, paraissait vouloir réserver le bouillon paralactique à certaines infections intestinales spécifiques.

Mais, dans un travail plus récent (l), il a généralisé sa mélliode à la lutte contre la putréfaction intestinale en général.

Aussi tenons-nous, pour être complet, à intercaler un résumé de son travail dans noire étude générale du Irailernent de Vaulo-intoxkaiion intestinale.

Tissier recommande d'abord :

1° Le régime végétarien pur, absolument analogue au nôtre (2), afin de diminuer dans les déchets de la digestion les substances azotées' et' d’y augmenter les substances hydrocarbonées. ; * '

2° L’introduction dansletubedigestif de cultures pures de FERMENTS LACTIQUES, afin que la flore ne soit plus composée que de ferments mixtes (ferments acides des hydrates de carbone).

Il fallait pour cela éviter de choisir parmi ces bactéries non pathogènes celles qui donnent des gaz, de l’alcool, de l’indol ou du phénol, ou des acides irritants, comme certains acides gras volatils.

C’est pour obtenir ce résultat que Tissier s'est servi de cultures pures du Bacillas aeidi paralaeliei de Kosaï et, plus lard, d’une symbiose du Bacillas paralaeliei., avec le Bacillas aeidi bi/idas Tissier.

(1) 'rissiEu, Tribune médicale, l‘J0G, p. 117.

(2) Voy. p. 381.

DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE

Le « Racillus acidi paralactici » décrit par Kosaï (1), osl un anaérobie l’acultatif et un hôte liabitucl du lait.

Il SC présente sous la forme d’un petit bacille, quelquefois groupé pai* paire ou en série d’artieles courts formant chaînette.

11 se colore par le Gram, est immobile et ne donne pas de spores; il jmussc à 37°. C’est un ferment actif des sucres qui donne surtout de l’acide lactique droit : il n’est pas pathogène.

Le « Bacilles bifidüs » décrit par Tissier dans sa thèse (2) est un anaérobie strict, formant presque à lui seul toute la llore intestinale du nourrisson.

Il SC présente sous forme d’un diplobacille parfois bifurqué et s(! colore par le Gram; il est immobile et ne donne pas de spoi’cs. C’est un ferment acide très actif des sucres; il donne de l’acide lacli(|ue inactif et de l’acide acétique.

Comme le paralactique, il n’attaqm; (|ue les albuminoïdes ijui ont déjà subi une hydratation,

l’hdin, comme tous les anaérobies, il pousse en milieu aéré pendant tpi’il est ensemencé avec une espèce anaérobie facullative.

Mode d’administration. — Les cultures sont faites en eau peptonisée, dont voici la formule :

Sel 3,0

Peptone 10,0

Lactose 20,0

Eau 1000,0

Il faut donner le bouillon frais, car la vitalité de ces bactéries diminue au bout de trois semaines à un mois.

Du lait de la pousse de ces microbes, le milieu devient imputrescible; aucune espèce putréfiante ou pathogène ne peut s'y acclimater et y pulluler.

Seules, certaines moisissures peuvent s’y développer et détruire lentement Vacidité empêchante', mais ce fait ne peut se produire qu’au bout de plusieurs mois.

On donne un à deux verres à bordeaux ou à madère de bouillon paralactique avant lepetitdéjeuner et à midi avant le lunch, pur ou dans de l’eau lactosée.

Résultats thérapeutiques. — Dans les premiers jours

(1) Kosaï, Ze<7i'. f. Ihjtjiene, 1902.

(2) Tissier, Thèse de l*aris, 1900.

TRAITEMENT

da traitement, comme avec notre régime laclo-farinrux, on conslate certains malaises, des troubles gastriques, d< s coliques, du ballonnement du ventre, des gaz.

« Maisbientùt, ditTissier, la constipation cesse, lescoiiques diminuent, lalanguesenettoie, Thaleine n’est plus mauvaise ; les selles perdent leur odeur putride et, à l’examen bactériologique, on constate la réapparition et la multiplication progressive des microbes constituant la flore normale. »

Les u! ines, claires et abondantes, ne sont plus aussi riches en sulfoéthers.

Les troubles d’auto-intoxication : cardio-vasculaires, pulmonaires, nerveux, etc., disparaissent ensuite, mais plus lentement.

« Pour que ces bons résultats persistent et deviennent définitifs, continue Tissier, il faut prolonger ce traitement au moins deux mois et demi en moyenne, jusqu'à ce que la flore intestinale soit notablement transformée. »

Ce n’est donc qu’au bout de ce temps qu’on peut cesser l’administration des cultures et prescrire un régime moins sévère, comprenant un peu de viande ou du poissoti très frais à un des principaux repas.

Mais le fond de l’alimentation sera toujours constitué par des pâtes alimentaires, des légumes et des fruits.

Cohendy (l), dans un travail tout récent, démontre:

1“ Qu’un régime rationnel hypo-azoté suffit pour obtenir l’action désinfectante du bouillon lactique ;

2“ Que la suppression des viandes exigée par Tissier est tout à fait inutile ;

3° Que la désinfection ne semble pas augmenter par l’ingestion de sucres même à doses élevées ;

Que la désinfection se prolonge après la dernière prise de ferment lactique, aussi longtemps que dure l’accli-

(1) CüiiE.NDY, C. H. Soc. de liloluf/ie, liJOO, p. G'J3.

DIMINUER LA PUTRÉFACTION AZOTÉE

malalion, c’esl-à-dire pendant quinze jours au moins.

Nous n’avons pas encore fait d’essais personnels avec les bouillons paralacüques, mais Tissier est un observateur trop remarquable pour que nous puissions mettre un seul instant en doute les beaux résultats qu’il nous signale. C’est EN TOUT CAS, et nous pouvons en parler par expérience,

UN EXCELLENT MOYEN d’aNTISEPTISER LE TUBE DIGESTIF QUE d'y INTRODUIRE DES CULTURES PURES DE BACILLES LACTIQUES, ET, DANS TOUTES LES FORMES AIGUES ET GRAVES DE L’aUTOMNTOXICATION DIGESTIVE, CE SERA UN ADJUVANT EXCELLENT DU RÉGIME LACTO- FARINEÜX.

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