‹ L'auto-intoxication intestinaleChapitre 20 sur 182 · PHÉNOLS · texte numérisé non relu

PHÉNOLS

Le phcno].

Nous avons vu que les phénols, c’est-à-dire le phénol et le paracrésol, sont des produits de la putréfaction intestinale de la tyrosine avec les acides paraoxyphénylacétique et paraoxyphénylpropionique, comme produits intermédiaires.

Les phénols ont été découverts dans l’urine par Slædeler (1).

Baumann (2) a reconnu qu’ils s’y trouvent à l’état de sulfoéthers. Dans un second travail (3), cet auteur démontre que le phénol n’est pas une substance préformée dans l’aliment, comme on l’avait cru jusqu’alors, mais bien un produit de la putréfaction des aliments protéiques, ce qui fut bientôt confirmé par Brieger (4), qui constata sa présence dans les fèces et dans le contenu intestinal.

De là à conclure que le phénol urinaire devait provenir du phénol intestinal et être causé par la putréfaction intestinale, il n’y avait qu’un pas, et c’est ce que démontra Brieger (5) l’année suivante.

(1) St.edeler, Ann. d. Chem., LXXVII, p. 17.

(2) Baumann, Arch. f. Phys., XII, p. 69.

(3) Baumann, Zeits. f. phys. Ch., I, p. 63.

(4) Brieger, Jouvn. f. prak. Ch., XVII, p. 134.

(B) Brieger, Zeils. f. phys. Ch , II, p. 241.

Gombe. — Auto-intoxication intestinale.

SUBSTANCES TOXIQUES

t Formation du phénol dans l’intestin. — Baumann (1) se représente la formation du phénol de la manière suivante :

La putréfaction microbienne de la tyrosine contenue soit dans les aliments azotés, soit dans les sucs intestinaux, produit les acides paraoxyphénylpropionique et paraoxyphénylacétique, qui se transforment en paracrésol (C'H^OH) et celui-ci en phénol (C^H^OH).

S’il y a suffisamment d’oxygène, l’oxyacide se transforme directement en phénol.

D’après Brieger (2), le corps qui se forme le plus souvent est le paracrésol ; le phénol ne s’y trouve qu’en quantité minime. Aussi ne dose-t-on que le mélange des deux corps sous le nom générique de phénols.

Il n’y a aucun parallélisme forcé entre la formation des phénols et de l’indoxyl.

Nous avons vu, dans la putréfaction intestinale, le phénol apparaître longtemps après l’indol. Aussi peut-on trouver quelquefois des quantités considérables de phénol avec de faibles quantités d’indol et vice versâ.

Cependant, d’une manière générale, les diminutions et les augmentations des deux substances sont parallèles.

Lieu de production du phénol dans l’intestin. — La plupart des auteurs admettent que la putréfaction de la tyrosine ne se fait jamais dans l’intestin grêle, mais seulement dans le gros intestin.

Lors donc que, dans une maladie, il y a stase dans l’intestin grêle, on trouve peu de phénols, la tyrosine n’ayant pas pénétré dans le côlon ou ne l’ayant fait qu’incomplètement.

Toutes les maladies, par contre, qui augmentent la stase dans le gros intestin s'accompagnent d’une quantité considérable de phénols.

(1) Baumann, Zeits. f. phys. Ch., IV, p. 804.

(2) Brieger, Zeits. f. phys. Ch.^ IV, p. 240.

C’est ce qui semble ressortir des expériences de JalTé sur le chien.

Chez l’homme, celte localisation existe, mais elle est certainement moins rigoureuse, et, à moins d’avoir une quantité de phénols considérable, comme elle se trouve dans l’obstruction intestinale, il serait imprudent de baser son diagnostic de localisation sur ce seul signe.

Formation du phénol hors de ïintestin. — Il faut encore ajouter que l’action des microbes protéolytiques sur l’albumine du corps donne lieu à la production de phénols; ainsi les empyèmes, les bronchites putrides, la tuberculose ouverte, les carcinomes ulcérés, etc., s’accompagnent d’une production notable de phénols.

Excrétion des phénols par ïurine. — Les phénols se combinent dans le foie avec le soufre, provenant de la désassimilation des albumines, et forment ainsi des acides sulfoélhérés. Ce sont les acides phénolsulfurique et crésolsulfurique.

S’il y a plus de phénols que de soufre, le surplus de ces corps se combine avec l’acide glucuronique. Ce sont les acides phénolglucuronique et crésolglucuronique.

Tous ces acides sont alors éliminés par l’urine sous forme de sels alcalins, forme beaucoup moins toxique qu’elle ne l’était avant cette transformation.

Il y a une grande distinction à faire entre la formation du phénol dans l’intestin et son excrétion par l’urine. En effet, une petite partie du phénol est éliminée avec les selles, une seconde est oxydée dans l’organisme (Salkowski) et ne peut être décélée par l’analyse; ce n’est donc que la troisième partie, qui dépasse le pouvoir oxydant de l’organisme, qui est éliminée par l’urine.

Si la quantité des phénols qui se forment se trouve endessous du pouvoir oxydant de l’organisme, on n’en trouve que des traces dans l’urine.

substances toxiques.

Ainsi s’expliquent les expériences de de Jonge (1),qui, en donnant 0,010 de phénols, n’en trouve point dans l’urine et ne voit l’excrétion apparaître qu’après l’ingestion de 0,040.

Ce qui importe du reste au point de vue de l’autointoxication, ce n’est pas la quantité de phénols formés, mais bien celle qui est excrétée, car elle seule circule dans le sang et peut agir sur l’organisme. On trouve normalement dans l’urine par vingt-quatre heures :

D’après Munch 0,016 de phénol.

— Brieger 0,015 —

Moyenne normale de phénol : de 0,010 à 0,015.

Variations de la phénolurie.

Le phénol diminue: dans l’inanition, la cachexie, l’anémie, la phtisie (première période), lesmaladiesde cœur, etc., en un mot dans toutes les affections où il y a une alimentation insuffisante, au point de vue des aliments azotés.

Mais il n’y a rien d’absolu, car on voit souvent des anémies, des phtisies, avec une très forte proportion de phénols, ce qui, d’après See (2), serait d’un très mauvais pronostic et indiquerait une lésion plus profonde.

Le phénol augmente : 1° Dans toutes les suppurations de r organisme : empyème, bronchite putride, gangrène pulmonaire, carcinome ulcéré, etc. ; dans la pyémie et la fièvre puerpérale ; etc.

2® Dans toutes les stases intestinales du gros intestin : dans la constipation ; dans les péritonites simple et tuberculeuse; dans la pérityphlite, où on peut trouver jusqu’à 0,410 de phénol (Salkowski) ; dans l’obstruction intestinale, où les phénols peuvent monter jusqu’à 0,630.

Nous avons même trouvé 0,720 dans un cas d’invagination chronique du cæcum.

(U De .Jonge, Centralbl. f. med. Wiss., 1880, p. 42.

(2| See, Wien. med. Wiss^, 1888, p. 1706.

Dans toute exagération de la putréfaction azotée dans l'intestin.

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