D. — GAZ INTESTINAUX
Vhydrogène se produit en quantité considérable dans la diète lactée, dans la fermentation butyrique et dans la fermentation des hydrocarbures.
L’acide carbonique est aussi bien un produit de la putréfaction azotée que de la fermentation lactique et butyrique des hydrocarbures.
Le méthane est la conséquence de la putréfaction azotée. Ruge en trouve 26 p. 100 dans l’intestin avec la diète carnée, plus encore avec les légumineuses, car ce gaz se produit aussi dans la fermentation de la cellulose.
L'hydrogène sulfuré est de beaucoup le plus important des gaz intestinaux au point de vue toxique.
Il se forme en petites quantités dans toute putréfaction azotée, et à cette dose il ne paraît pas avoir une influence morbide.
Lorsqu’il se forme en grandes quantités, il peut se produire une intoxication, V/njdrothioîiétnie de Sénator, qui se manifeste par des symptômes nerveux, et dans laquelle on trouve l’hydrogène sulfuré, non seulement dans les gaz stomacaux et intestinaux, mais encore dans l'urine.
Depuis ce temps, Strauss (1) a observé six cas d’hydrothionémie, tous d’origine stomacale, abstraction faite des carcinomes ulcérés, chez lesquels cette complication s’observe fréquemment.
Dans tous ces cas, il s’agissait d’une dilatation stomacale avec insuffisance motrice et sécrétion normale.
Dans tous ces cas, Strauss a pu démontrer que la pauvreté en substances hydrocarburées (maltose et dextrine) était la condition importante de la formation de l’hydrogène sulfuré.
Au contraire, dans ces mêmes cas d’insuffisance motrice
(1) Sthauss, Festschsrift, p. 2.
avec hypochlorhydrie, l’hydrogène sulfuré ne se forme pas, parce que l’on trouve dans l’estomac une forte proportion d’hydrocarbures et des fermentations lactiques.
Le microbe producteur de l’hydrogène sulfuré est presque toujours le colibacille.
Dans l’hydrothionémie, on trouve toujours une augmentation considérable de Lammoniaque dans l’estomac, ce qui permet de conclure que la formation de l’hydrogène sulfuré dans le ventricule se fait aux dépens des aliments azotés qui s’y trouvent.
Strauss (1) n’a trouvé, dans aucun de ses cas d’hydrothionémie, d’hydrogène sulfuré dans l’urine. Il faut donc admettre que l’intoxication par ce gaz stomacal n’est pas constante et qu’elle ne se produit que dans certaines circonstances encore peu connues.
Influence des gaz intestinaux sur ïorganisme. —
Quant aux gaz intestinaux, leur action est double.
Llle est d'abord d’ordre mécanique, la distension du tube digestif entraînant par réflexes toute une série de troubles qui intéressent particulièrement la circulation.
Elle est ensuite d’ordre toxique, et, à ce point de vue, l’action des gaz intestinaux se confond avec celle des autres substances nocives d’origine digestive.
On sait, en effet, par les recherches de Kukala (^), que les gaz intestinaux possèdent des propriétés toxiques qui paraissent tenir, comme le supposaient déjà Sénator (3) et Strauss (4) presque uniquement à l’hydrogène sulfuré.
Mais, en somme, les gaz intestinaux ne paraissent pas jouer un rôle considérable dans la pathogénie de l’autointoxication digestive.
(1) F. Müller, Berl. kl. Woch., 1887, p. 23,
(2) Kukala, Arch. f. klin. Ch., LXIIT, p. 4,
(3) SÉNATOR, Berl. klin. Woch., 1868, p. 24.
(4) Strauss, Berl. klin. Woch., 1896, p. 18.
La digestion par les enzymes et par les microbes du tube digestif, la digestion normale et physiologique des aliments azotés, produit, comme nous venons de le voir, de nombreuses substances assimilables et utilisables : les albumoses, les peptones, l’ammoniaque, les acides di et monoaminés; elle fait en outre déverser dans l’intestin des sucs digestifs nombreux et variés : la salive, le suc gastrique, les sucs intestinaux, la bile, le suc pancréatique, etc.
Or, déjà dans ces premiers produits d’une digestion normale, nous trouvons des substances qui, introduites directement dans le sang, peuvent causer des symptômes d’intoxication : telles les peptones, l’ammoniaque, la tyrosine, la potasse ; tels la bile et le suc pancréatique.
Mais, à côté de ces substances normales et utilisables, la digestion microbienne, poursuivant son œuvre de désagrégation moléculaire, décompose, comme nous l’avons vu, les acides aminés en substances inaptes à être employées dans l’organisme, en corps inutilisables, véritables scories qui ne sont plus bonnes qu’à être promptement rejetées au dehors.
Aussi est-il déjà, pour cette raison, nécessaire que l’action des microbes ne dépasse pas certaines limites, si l’on ne veut pas qu’il en résulte un vrai dommage pour notre organisme tout entier.
Mais il y a plus : celte putréfaction microbienne donne naissance à de nombreuses substances dérivées, qui sont
douées d’un pouvoir toxique plus ou moins considérable : ce sont les acides gras, les substances aromatiques, les leucomaïnes, les ptomaïnes.
Le tube digestif est donc^ j^our toutes ces raisons^ une source permanente d’intoxication, et Von est en droit de se demander comment il se fait que la santé puisse se maintenir en face de ces dangers et par quels procédés V organisme se défend contre ces causes toujours menaçantes de maladies (Marfan).
Cela n’est possible que grâce aux fonctions antitoxiques de l’organisme, qui sont destinées :
1“ A maintenir dans de justes limites les proportions des poisons digestifs;
A transformer tes poisons digestifs de façon à les rendre moins nocifs ;
3° A les évacuer au dehors sans danger pour l’organisme.
Il existe en effet dans l’organisme humain tout un système antitoxique dont les fonctions spéciales sont destinées à défendre le corps contre les poisons intestinaux. Ce système antitoxique comprend :
1° Dans rîntestin : Toute une série de facteurs qui diminuent et limitent les phénomènes de la putréfaction intestinale ;
2° Autour de Fintestîn ; Une triple barrière défensive destinée à transformer les poisons intestinaux en substances inoffensives ou moins dangereuses. Cette barrière est formée par :
a) La muqueuse intestinale ;
b) La glande hépatique ;
c) Les glandes antitoxiques ;
3" En dehors de Fintestîn : Une série d’organes d’élimination, véritables émonctoires destinés à évacuer au dehors les résidus inutilisables des poisons intestinaux, qui ne sont plus que bien faiblement toxiques.