D. — LES CELLULES DE LA MUQUEUSE INTESTINALE
Les recherches récentes de Kutscher et Seemann (1) nous ont démontré l’importance considérable du travail des cellules de la muqueuse intestinale, qui absorbent les bases hexoniques et les acides aminés pour les transformer en albumines vivantes et utiles par une véritable synthèse organique.
Cette fonction enlève déjà aux microbes une part importante de leur proie.
Mais l’importance des cellules de l’intestin est bien autrement considérable quand on les considère au point de vue de la défense de l’organisme contre les poisons forniés dans l’intestin.
La muqueuse digestive est la voie naturelle de pénétration d’une foule de poisons; l’étendue de son épithélium est considérable; le péristaltisme place ces toxines en présence des zones successives de sa muqueuse; toutes ces considérations font facilement concevoir l’importance de sa propriété défensive, si elle était véritablement démontrée.
Dès 1887, Charrin et Gassin font voir que toute une série de corps toxiques perdent complètement ou en partie leur toxicité, si on les a fait pénétrer par le tube digestif.
Alors qu’on tue en injectant dans la circulation des doses de culture microbienne filtrée évaluée à cinq, on ne provoque aucun désordre appréciable en administrant par la bouche cinquante de ces mêmes cultures.
On obtient des résultats identiques lorsqu’au préalable on alcalinise l’estomac ou lorsqu’on dépose ces produits directement dans l’iléon, en évitant le passage de l’estomac. On ne saurait donc mettre en cause les sucs gastriques.
(1) Kutscher et Seemann, Zeils. f. pivjs. Ch., XXXIV, p. 528.
TRIPLE LIGNE DE DÉFENSE
On ne saurait non plus incriminer les sucs digestifs, dont nous avons vu la valeur au point de vue antitoxique, attendu que les effets sont les mêmes si on a eu soin d’en balayer avant le contenu.
Par contre, si on altère la couche superficielle de cette muqueuse par un curettage, par la chaleur sèche ou humide, par l’iode, etc., en ayant soin de laver de suite après, on reconnaît que la même quantité de toxine tue rapidement (Charrin).
Certes déjà Stich, Ribbert, Denys, Repin, Queirolo, Tedeschi avaient reconnu et invoqué le rôle antitoxique de l’épithélium intestinal; mais jamais encore l’influence antitoxique évidente de la cellule n’avait été mise en lumière comme elle l’a été par ‘ces expériences si concluantes et si décisives de Charrin et Cassin, dont voici les conclusions :
1° Les sécrétions microbiennes sont plus toxiques quand elles pénètrent par les veines, la veine porte et la peau, que lorsqu’on les dépose dans l’intestin, même en tenant compte des volumes comme aussi des lenteurs de pénétration ;
La protection hépatique est insuffisante pour expliquer CCS faits ;
11° Les accidents sont en effet plus rapides ; les lésions sont différentes lorsque ces toxines arrivent au foie à travers un intestin dépouillé de son épithélium; il n’y a donc pas là simplement un passage devenu plus aisé par suite d’une diminution d’épaisseur;
4° On vaccine facilement en injectant les produits bacillaires sous la peau, dans la veine porte, ou en injectant le sérum de sujets qui, peu auparavant, ont été injectés par ces voies.
On vaccine au contraire très difficilement, souvent même pas du tout, en utilisant le sérum de sujets chez lesquels les produits bacillaires ont été déposés dans l’intestin.
On est donc conduit à penser que ces produits au
contact de l’épithélium intestinal se modifient physiologiquement.
Phisalix et Bertrand démontrent exactement la même influence de l’épithélium intestinal sur les venins. Comme pour les toxines, on ne peut vacciner par la voie digestive, ce qui montre que les venins sont modifiés physiologiquement par les cellules épithéliales de l’intestin.
Ces cellules sont donc absolument analogues aux cellules glandulaires, comme celles du foie par exemple.
Comme Charrin l’a établi, elles agissent d’une part comme dialyseur en retenant les principes colloïdes ; d’autre part, elles exercent sur les albumines bactériennes une action identique à. celle produite sur les albumines alimentaires. Les cellules intestinales atténuent les corps protéiques et les toxines, mais laissent passer sans les métamorphoser soit les sels, soit les composés ammoniacaux.
La muqueuse de rintestin exe?xe donc, vis-à-vis des poisoîis microbiens, en dehors de son rôle passif de membrane filtrante, une protection active, une véritable fonction antitoxique.
Si donc l’intestin est enflammé profondément, comme dans l’entérite, et que les cellules de la muqueuse dégénèrent ou se nécrosent. Si cette muqueuse s’atrophie comme dans l’athrepsie et que ces cellules disparaissent, l’insuffisance de la fonction antitoxique permettra à une plus grande quantité de toxines de pénétrer dans la circulation générale, et il en résultera une auto-intoxication avec ses graves conséquences.