GROS
Peptones
Abondants.
Nuis.
Nuis.
Nuis.
Tyrosine
Nulle.
Aboiidanti'.
Faible.
Acide acétique
Abondant.
Faible.
Oxyacides
Faibles.
Faibles.
Phénol
Traces.
Fort.
Indol
Fort.
Fort.
Scatol
Fort.
Très fort.
On le voit, chez le chien carnivore, les processus de putréfaction sont presque nuis dans la partie supérieure de l’intestin grêle et augmentent peu à peu dans sa partie inférieure.
Mais ils ne deviennent véritablement intenses que dans le gros intestin, et ils ne diminuent de nouveau que dans les parties inférieures, l’eau étant en grande partie résorbée et les matières devenant dures.
Nencki et Sieber (2) ont poursuivi cette étude importante
(1) Ernst, Zeits. f. pJn/ . Ch., XVI, p. 21G.
(2) Nencki et Sieber, Àrch. f. exper. Patli., XXVIII.
chez un homme atteint d’une fistule de la portion inferieure de l’iléon, et ils arrivent aux conclusions suivantes :
Le contenu de l’intestin grêle a une réaction acide de 1 p. 1000; il est inodore. On y trouve des acides gras en forte proportion : acides lactique, paralactique, acétique, des acides. biliaires ; de la dextrine, du sucre, de l’alcool, des peptones, des albumoses, des acides aminés, mais aucune substance aromatique ni de ptornaïne.
Ils en concluent que les microbes de V intestin grêle n exercent aucune action sur les albumines^ sinon dans des cas très exceptionnels, mais qu’ils produisent une fermentation considérable des hydrocarbures avec formation d’alcool et d’acides gras (acides lactique, succinique).
Ce sont ces acides qui paralysent l’action des microbes protéolytiques et empêchent la putréfaction des corps azotés.
Jakowski (1) complète ces données par de nombreuses recherches sur le gros intestin, et il arrive aux conclusions suivantes : la putréfaction albumineuse ne se produit normalement que dans le gros intestin^ où la réaction est alcaline.
Nous en arrivons donc aux résultats suivants :
Dans r intestin grêle : 1° L’action des enzymes et des microbes réunis donne naissance aux produits de la digestion des hydrocarbures mélangés aux produits de la fermentation de ces mêmes corps;
2® L’action des enzymes protéolytiques s’étend jusqu’à la production des corps cristallisés di et monoaminés, les microbes protéolytes ne pouvant y développer leur action putréfiante.
Dam le gros intestin : La réaction devenant plus alcaline grâce à la mise en liberté des bases albumineuses, l’action des bacilles protéolytiques peut se manifester et donne nais-
(1) Jakowski, ylrc/i. Soc. Biol, Sainl-Pélersbourg, I, p. 4.
30 SUBSTANCES TOXIQUES
sance aux corps aromatiques (phénol, scatol, indol) et aux ptomaïnes.
Nous en pouvons donc conclure que normalement la fermentation des corps hydrocarburés se fait dans V intestin grêle et que la putréfaction des corps azotés se fait dans le gros intestin.
Dans les cas de putréfaction intense, l’action des bacilles protéolytiques se fait déjà sentir dans la partie inférieure de l’intestin grêle.
D. Comparaison des résultats. — Nous l’avons vu, en dehors de l’organisme, nous devons distinguer entre l’action des acides qui décomposent l’albumine jusqu’à la formation des corps cristallisés mono et diaminés et l’action des alcalis, beaucoup plus puissants, qui vont plus loin, et de telle sorte qu’au lieu de s’arrêter aux corps aminés, les alcalis les attaquent à leur tour en formant des dérivés des séries grasse et aromatique.
Or ces deux modes de décomposition de l’albumine se retrouvent exactement réalisés dans l’organisme.
Les enzymes digestifs (pepsine, pseudopepsine, érepsine, trypsine) aboutissent, comme l’hydrolyse par les acides, aux corps cristallisés mono et diaminés et s’y limitent.
La digestion microbienne, comme les alcalis caustiques, détermine la formation des mêmes corps aminés, mais sans s’y limiter. En attaquant et en décomposant secondairement ces corps aminés, elle arrive à la formation des dérivés des séries grasse et aromatique, que nous avons énumérés plus haut.
La digestion par les enzymes correspond à l’action des acides.
La digestion par les microbes correspond à celle des alcalis.
On peut donc en conclure que la digestion microbienne est utile en ce sens qu’elle aide à la formation des produits cristallisés, mais qu’elle est en outre défavorable, car elle
enlève à l’organisme un certain nombre de corps qui deviennent inutilisables d’abord, nuisibles ensuite.
Voyons la chose de plus près et examinons les questions suivantes :
Quel est le sort ultérieur des acides aminés?
2° Quel est le sort ultérieur des corps aromatiques qui en dérivent?
VSort des acides aminés. — Jusqu’à ces derniers temps, on admettait, sur la foi des travaux de riofmeister (I), de Shore (2) et de Neumeister (3), que les hémialbumoses et les hémipeptones produits par la digestion gastrique et intestinale étaient retransformés en albumine par les cellules de la muqueuse digestive.
Mais Embden et Knoop (4) n’ont jamais trouvé de synthèse albumineuse dans la muqueuse, et Cohnheim a démontré que, si les peptones disparaissaient dans la muqueuse, ce n’était nullement parce qu’elles étaient transformées en albumine, mais bien parce qu’elles étaient décomposées en acides aminés.
Nous sommes donc en droit d’admettre actuellement, grâce aux travaux de Kutscher et Seeman (5) et de Lœwi (6), que toutes les substances albumineuses utilisées par l’intestin doivent passer par la forme cristallisée ne donnant plus la réaction du biuret.
C’est en effet sous cette forme seulement qu’elles sont résorbées et utilisées chez les céphalopodes (7).
Lœwi (8) confirme ces vues pour le chien, et il le dc-
(1) IIOFMEISTEU, Zeits. f. phi/s. Ch., VI, p. 51.
(2) Shore, Juurn. of PhysioL, XI, p. 528.
(3) Neumeister. Zeils. f. Biol., XXVII, p. 309.
(4) Emrüe.x et Knoop, HofmeisLers Beitrag., III, p. 120.
(5) Kutscher et Seemann, Zeits. f. phys. Ch., XXIV, p. 528.
(6) Lœwi, Cenlrahl. f. PhysioL., XV, p. 590.
(7) Cohnheim, Zeils. f. phys. Ch., XXXV, p. 39G.
8) Lœwi, Schmied Arch., 48, p. 504.
SUBSTANCES TOXIQUES
montre pratiquement, en ne nourrissant pendant cinq semaines son chien qu’avec des corps cristallisés provenant d’une digestion peptique, sans trace de corps albumineux, et cependant non seulement le chien se maintint en excellent équilibre azoté, mais il augmenta même de poids.
Les cellules de la muqueuse digestive ont donc la propriété, comme Glaessner l’a démontré (1), de reconstituer aux dépens des corps cristallisés, diaminés et monoaminés, une nouvelle albumine, de constitution différente de celle qui se trouvait dans l’intestin [albumine humaine de Schmoll), qui, absorbée par le sang, peut servir à reconstituer les organes, tandis qu’une albumine animale qui y aurait pénétré sans cette transformation préalable se comporterait comme un corps étranger (Wassermann et Schultze) et serait vouée à l’excrétion par l’urine.
Schotten et Baumann (2) ont, d’une autre manière, encore démontré l’importance des corps cristallisés pour l’organisme. Tous ces corps, en effet, se comburent entièrement dans l’organisme et sont brûlés complètement en urée, acide carbonique et eau, qu’ils appartiennent à la série aromatique, comme la tyrosine, la phénylalanine et l’indolalanine, ou qu’ils appartiennent à la série grasse, comme le glycocolle, la leucine, les acides aspartique, glutaminique, l’alanine, etc.
Les corps cristallisés dérivés de l’albumine ont donc une importance capitale pour notre nutrition, et il est très probable qu’ils joueront un rôle important dans la nutrition artificielle de l’avenir, car c’est en les combinant ensemble que Fischer a réussi la synthèse de l’albumine.
2*" Sort des corps aromatiques dérivés des acides aminés. — Bien différent est le sort des corps aromatiques produits par la putréfaction bactérienne. Ceux-ci ne peuvent plus être utilisés par l’organisme ; ils ne peuvent plus être
(1) Glaessner, Ilofmeisler's BeiLra(je, I, p. 328.
(2) Schotten et Baumann, Zeils. f. pht/s. Ch., X, p. 120.
entièrement brûlés en urée, acide carbonique et eau.
Ce sont donc des corps excrémentitiels absolument inutilisables et inutilisés, qui constituent pour l’organisme une perte irréparable.
L’intervention des microbes dans la digestion intestinale entraîne donc, à côté de ses avantages, un déficit dans l’utilisation des substances azotées.
D’après les expériences de Mac Fayden', Nencki et Sieber(l), il ne s’assimile dans l’intestin grêle que six septièmes de l’azote alimentaire; le reste devient la proie des microbes. Tappeiner (2) calcule même la perte à 10 p. 100 de l’azote utilisé.
Mais ce déficit n’est pas le seul inconvénient de l’intervention microbienne. Ces substances, quoique peu nuisibles individuellement, peuvent ensemble, et surtout lorsqu’elles augmentent beaucoup, exercer une action nocive sur l’organisme.
Sans doute le corps s’est peu à peu adapté à cet état de choses et a organisé des défenses contre ces poisons ; aussi la présence constante de microbes dans l’intestin est-elle peu à peu devenue une de ces symbioses où les deux associés retirent de la vie en commun certains avantages et certains bénéfices en échange d’inconvénients inévitables.
Mais cette adaptation n’est pas illimitée^ et elle peut être détruite dès que les produits aromatiquesdépassentles limites normales ou dès que les défenses deviennent insuffisantes.
Cela sera d’autant plus le cas que les microbes de l’intestin donnent naissance à d’autres corps encore infiniment plus toxiques et plus dangereux que les corps aromatiques : ce sont les ptomaïnes, dont nous aurons à parler plus tard.
Quoi qu’il en soit, inutiles ou dangereux, les corps aroma-
(1) Mac Fayden, Nencki et Siedbh, Arch. f. exper. Palh., XXVIIL ]). 311.
(2) Tai'Peineh, Zeits. Biol.
CüMBE. — Aufo-intoxicatioii intestinale.
SUBSTANCES TOXIQUES
tiques ne sauraient rester longtemps dans l’organisme ; aussi celui-ci cherche-t-il, par différents procédés, à les rendre moins nuisibles et à s’en débarrasser le plus vite possible par ses différentes voies d’excrétions.
Nous n’avons nullement l’intention de décrire ici en détail ces différents corps. On en trouve la description complète dans tous les traités de chimie physiologique. Nous voulons simplement en relever les caractères les plus importants, qui pourront nous être utiles dans notre étude ultérieure.