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LA NATURE DE LA CONSCIENCE PENDANT LA CATALEPSIE

C’est précisément une conscience de ce genre, purement affective, réduite aux sensations et aux images, sans aucune de ces liaisons, de ces idées de relation qui constituent la personnalité et les jugements, que nous croyons légitime de supposer pendant la catalepsie et les états analogues. Ni le néant de la conscience et le pur mécanisme, ni la connaissance capable de comprendre et d’obéir ne nous paraissent ici vraisemblables ; il s’agit au contraire d’une forme particulière de la conscience intermédiaire entre ces deux extrèmes.

M. Herzen vient de nous décrire un état particulier de Ia pensée qu'il a observé sur lui-même, la conscience à l’état naissant, pour ainsi dire, qui se manifeste lorsque l'esprit se réveille après un évanouissement complet. Si nous avons insisté sur cette observation fort curieuse, c’est que l’état cataleptique nous semble présenter de grandes analogies avec cel étal naissant de la pensée après une syncope. Plusieurs auteurs, comme M. Pitres, MM. Binet et Féré ‘, ont déjà signalé des sortes de syncope pendant le sommeil hypnotique, mais ils les considèrent comme rares et accidentelles; je les crois au contraire très importantes et assez fréquentes, quoiqu'elles soient, pour l'ordinaire, si rapides que l’observateur s’en aperçoit à peine. Chez plusieurs des sujets que j'ai étudiés, l’état cataleptique était précédé par un autre état tout à fait analogue à une syncope. Voici en effet comment les choses se passent au début du sommeil hypnotique de Rose et même au milieu d’une séance de somnambulisme.

Magnétisme animal, 18.

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Brusquement elle cesse de répondre et de parler et reste complètement immobile, les yeux fermés. Si on lui lève les bras, ils retombent lourdement ; si on l’appelle, si on la secoue, elle ne bouge pas. Ce n’est pas l’état décrit par M. Gharcot sous le nom d'état léthargique, car la pression des tendons, des muscles ou des nerfs ne provoque aucune contracture. C’est, dira-t-on, du sommeil hystérique qui se mêle au sommeil hypnotique. Sans doute, cet état se retrouve exactement le même dans la crise d'hystérie et il a, comme nous le verrons, les mêmes eonséquences. Mais qu'importe, ce n’en est pas moins un état réel, et d’ailleurs il n’y a pas un seul fait dans le sommeil hypnotique qui ne trouve son analogue dans la crise d’hystérie. Dans cette sorte de syncope hypnotique, les fonctions organiques s’accomplissent ordinairement d’une façon régulière, quoiqu'il y ait quelquefois, si cet état se prolonge, des troublesde la respiration ; mais les fonctions psychologiques semblent totalement supprimées, ou du moins je n’ai jamais pu trouver le plus léger signe qui m’indiquât leur existence; je n’ai donc pas le droit de supposer la conscience sans raison. Cet état se prolonge plus ou moins longtemps, il dure quelquefois un quart d’heure ou plus, il est quelquefois si rapide qu'il faut bien connaître le sujet pour constater son existence. Mais, au bout de quelque temps, il s’est produit un changement dans le sujet, quoique aucune modification extérieure ne soit visible. Car si je lève les bras ou les jambes, au lieu de tomber comme tout à l'heure, ils restent immobiles dans la position où je les mets et continuent le mouvement que je leur imprime. Cependant si je parle, le sujet ne réagit pas davantage. Attendons encore quelques instants : si je parle maintenant et si je dis tout haut : « Lève le bras, » la bouche s'ouvre et répète comme un écho : « Lève le bras. » Quelques instants après cette période d’écholalie, le sujet ne répète plus les commandements, mais il les exécute, il lève le bras en réalité. Encore un moment et il me répond avec une vivacité croissante et une conscience qui semble de plus en plus complète. Le sujet a donc passé, dans cet intervalle de temps, d’un état où la conscience était nulle à un autre état où la conscience est assez développée pour qu'il parle intelligemment. N’est-il pas naturel de supposer qu'il a traversé différents degrés croissants de conscience et, comme l’état cataleptique, puis écholalique se sont trouvés les plus rapprochés de la syncope hypnotique, n'est-il pas

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légitime de conclure que ces états correspondent aux formes

les plus élémentaires de la pensée, à l’état naissant de la conscienceimpersonnelle. Presque tous les sujets, lorsqu’ ils sont susceptibles d’un somnambulisme pr ofond, d’une véritable seconde existence, présentent ainsi au moment où ils s’endorment une période de transition bien connue par les anciens magnétiseurs, pendant laquelle ils ne montrent aucune réaction. On connait bienl’évanouissement quisépareles deux existences de Felida X...t et que M. Azam appelait une petite mort. Nous retrouvons les mêmes phénomènes avec des variantes instructives chez d’autres sujets. Un jour, je trouvai Lucie malade, à demi affolée dans cet état d’aura qui précédait chez elle les grandes crises hystéroépileptiques. Je voulus lui éviter cette grande crise, qui durait toujours plusieurs heures, en l’endormant immédiatement, mais à peine l’eus-je touchée qu’elle tomba brusquement dans l’état le plus complet de syncope hypnotique ou de sommeil hystérique (peu importe le nom); elle y resta dix minutes sans qu’aucun procédé pût provoquer la moindre réaction. À ce moment, je m’aperçus d’une modification curieuse qui venait de se former; en touchant ses membres, je provoquai chaque fois un petit mouvement. Je constatai en effet que Chaque muscle pressé, même légèrement, se contractait immédiatement et isolément, puis se relâchait très vite. Il était possible d'étudier sur elle l’action isolée de tous les muscles du corps. C'était presque l’état léthargique décrit par M. Charcot, avec cette différence que la contraction musculaire ne persistait pas sous forme de contracture. Quelques instants après, la contraction pouvait s'étendre systématiquement à tous les muscles du bras à la fois, et Les

membres conservaient maintenant les positions où je les met-

tais. J’ouvris les yeux du sujet et ils restèrent ouverts, je me plaçai devant lui et il se leva pour imiter tous mes mouvements. Quelques instants après, Lucie se mit à parler et entra dans son somnambulisme ordinaire. Nous remarquerons ici, outre les faits signalés précédemment, qu’un état analogue à la léthargie classique s’est intercalé entre la syneope et la première catalepsie. Cela me dispose à croire que cette léthargie, quoiqu'’elle soit un état réel, n'est pas très bien nommée : elle n’est pas un état analogue à la mort, un « death trance », et elle n’est probable-

Azam. Hypnotisme, double conscience…, 1887, 66.

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