‹ L'automatisme psychologiqueChapitre 26 sur 90 · DT FA · texte numérisé non relu

DT FA

- Ons’y trompe bien souvent,et on croit avoir misun individu en état de somnambulisme, alors qu’on ne l’a pas modifié le moins du monde. On constate simplement une docilité, une passivité que l’on attribue au prétendu somnambulisme, parce que l’on n’a pas recherché si elles n’existaient pas exactement semblables avant le sommeil. C’est ainsi que les choses se passent pour Blanche : *au lieu de lui suggérer de marcher ou de faire sa prière, je lui dis de dormir, et elle tombe en arrière avec l'aspect d’une personne qui dort profondément. En apparence, ce phénomène semble

“prouver deux choses : la production du somnambulisme par

simple suggestion, car elle peut parler et agir comme une somnambule, et deuxièmement l'identité du somnambulisme et du sommeil ordinaire. En réalité, Blanche n’est ni dans un somnambulisme ni même dans un état de sommeil véritable. Son existence n’est pas interrompue par une vie nouvelle et sa pensée n’est pas supprimée : elle est restée identiquement dans

- le même état. Je ne sais pas si elle serait susceptible d’un véri-

table somnambulisme; mais, pour le vérifier, il faudrait la soumettre à d’autres procédés capables de produire une modification plus réelle dans sa conscience.

Considérons maintenant le problème d’une autre manière et demandons-nous si le somnambulisme, lorsqu'il existe et peut être vérifié par d’autres caractères, est toujours accompagné par un haut degré de suggestibilité. Si la suggestion agit souvent en dehors du somnambulisme, est-elle au moins toujours toute

- puissante sur les somnambules ? Il faut reconnaître qu’il y a des

individus très suggestibles pendant leur sommeil hypnostique, surtout au début. Si on les endort rapidement à des intervalles éloignés, si on les réveille peu de temps après leur entrée dans

- le somnambulisme, en un mot, si on ne laisse pas à la secondé

existence le temps de se développer et de se compléter, on ne verra que ces débuts du somnambulisme dans lesquels la suggestion est toute puissante. Mais si on se résigne à consacrer plus de temps à l’étude du somnambulisme, on fera bien, c’est du moins ce qui m'a paru utile, de ne pas trop presser ni bousculer les sujets et de les maintenir longtemps en somnambulisme, on constatera alors des modifications très intéressantes. La plupart des auteurs’

1 Cf. Paul Richer. Op. cit., 711.

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insistent sur l’inertie des sujets, incapables de faire un mouve-

ment spontané et qui par eux-mêmes ne pensent à rien. C'est qu’ils n’ont pas dépassé dans leurs études cette première période du somnambulisme, cet état presque cataleptique dans lequel certains sujets demeurent assez longtemps. Quand la seconde existence est complète, le sujet est loin d’être inerte, il remue, veut se lever et marcher, songe à faire mille folies, et est souvent, comme Léonie ou Lucie, fort difficile à maintenir.

À ce moment, les suggestions sont loin d’être toutes-puissantes et peuvent provoquer toute espèce de résistance. « Le réveil des idées, dit M. Charcot, est loin d’être aussi partiel que dans la

catalepsie; il y a une tendance à la reconstitution du moi et il

peut y avoir résistance de la part du sujet. » Certainement un moi se reconstitue; il est plus ou moins différent de celui de la veille, mais il existe; «il a des caprices dont il est quelquefois impossible de le déranger ?»; il discute les idées qu’on cherche à lui imposer * et tantôt il élude par des moyens ingénieux !, tantôt il repousse résolument les ordres qu’on veut lui donner. Cette résistance est variable suivant les actes que l’oncommande; elle n’existe guère si l'acte est insignifiant; elle est très grande si l’acte est pénible ou simplement désagréable pour le sujet. Jamais je n’ai pu, par suggestion consciente, faire agenouiller Léonie pendant le somnambulisme; jamais je n’ai réussi à faire lever Lucie de son lit quand elle est couchée. « Cette résistance dépend aussi de la force morale de chaque individu qui n’est pas égale chez tous les hommes Ÿ, » ni chez les somnambules, faut-il ajouter. Aussi ne suis-je pas très effrayé par le grand danger social que l’on a prétendu trouver dans la suggestion hypnotique. Je partage complètement l'opinion exprimée à ce sujet par M. Gilles de la Tourette, après une étude très complète sur cette résistance des somnambules. « Tous ces crimes que l’on suggère ne paraissent simples que dans un laboratoire où les poignards sont en carton et où les pistolets ne partent que dans

* Charcot. Maladie du système nerveux, XII, 339. .* Demarquay et Giraud-Teulon. Recherches sur l’hypnotisme, 1860, 21.

* Cf. Fontan et Ségard. Médecine suggestive, 29, 192. — Ribot, Maladie de la volonté, 137. -

* Fontan et Ségard, bid., 178. — Cullerre. Magnétisme, 268. 5 Binet et Fèré. Magnélisme animal, 73 et 214,

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… l'imagination du sujet !.» Dès que l’acte devient un peu sérieux, dès que le sujet n’a plus une confiance absolue dans son magnétiseur, il résiste, refuse d'accomplir l'acte, et, s’il ne peut mieux faire, commence une grande crise de convulsions, ce que font toujours les femmes nerveuses quand elles sont embarrassées.

Si les sujets en somnambulisme sont ainsi capables de résistance, ils sont aussi capables de consentement volontaire. Bien souvent la somnambule fait ce qu’on-lui dit par une sorte de complaisance qui lui est inspirée par diverses raisons : d’abord, elle a presque toujours quelque sympathie pour son magnétiseur et n'aime pasà se disputer avec lui, ensuite elle est très paresseuse et ne veut pas essayer des résistances inutiles, enfin elle s'amuse elle-même des expériences et prend souvent à cœur de les faire réussir. En général, les somnambules ne mettent donc que trop de bonne volonté à exécuter ce qu’on leur demande. Mais un acte exécuté à la suite d’un consentement volontaire, par complaisance, n’est pas une suggestion : aussi a-t-on pris bien souvent pour des suggestions ce qui n’en était pas ou ce qui n’en était qu’en partie seulement. Dès que le somnambulisme est un peu développé, nous voyons donc la résistance et le con-

sentement volontaire venir modifier les actes exécutés par suggestion.

Mais une remarque beaucoup plus importante nous est fournie par l'étude de certains sujets dans certains somnambulismes particuliers que l’on peut reproduire à volonté. Il existe des somnambulismes parfaits, indiscutables à tous les points de vue, dans lesquels toute espèce de suggestibilité a complètement disparu, et cela même chez des sujets qui sont à l’état de veille extrêmement suggestibles. Plusieurs auteurs ont déjà remarqué que quelques somanmbules, dans certains états possèdent une grande liberté. Puységur notait déjà l'indépendance relative de son somnambule?. Liébault remarque quil faut choisir son moment pour faire des suggestions, et il ajoute que, si on les fait mal à propos quand le somnambule n’est pas concentré, qu’il parle à tout le monde, on

! Gilles de la Tourette. Jypnotisme, 375.

? Cf, Gilles de la Tourette, 144,

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échoue le plus souvent.' Le docteur Philips ?, qui aime à forger

des mots, distingue nettement un premier somnambulisme avec

allonomie (obéissance à autrui) etun second somnambulismeavec autonomie (spontanéité et indépendance) : il appelle, je ne sais pourquoi, ce second somnambulisme hyperphysiologique, tandis que,à mon avis, c’est celui qui est le plus physiologique ou normal. M. Bernheim, qui à très bien montré que le somnambule n’étaitpas un pur automate physique *, remarque aussi, à propos

de la thèse du D' Chambard, que le degré de suggestibilité n’est -

pas toujours en rapport avec la profondeur apparente du somnambulisme #. Enfin, M. Azam à exprimé la même vérité d’une manière complète et à une époque où les documents sur ce sujet n'étaient pas abondants, quand il a dit à propos de Félida : « C’est une somnambule totale * ». « Il y a des degrés de som- nambulisme de plus en plus complets », dans lesquels la notion du monde extérieur et l'indépendance peuvent être parfaites; mais ces observations sont restées isolées, n’ont pas êté reproduites volontairement etne semblent pas avoir modifié l'opinion des auteurs sur la relation entre le somnambulisme et la suggestion.

Nous croyons que l’on peut constater et même reproduire

à volonté des somnambulismes tout a fait identiques à celur

de Félida. Nous avons décrit en effet, d’après plusieurs sujets, une série de somnambulismes de plus en plus profonds, qu’il est quelquefois très long et très difficile de produire, mais dans lesquels le sujet récupère peu à peu toutes les sensibilités et tous les souvenirs qu’il paraissait avoir perdus. Dans le dernier de ces états, le sujet, si malade et si amoindri qu’il soit à l’état de veille, devient, au point de vue des sens et de la

mémoire, absolument identique à l'individu le mieux portant et

le plus normal. Quand j'ai observé cet état pour la première fois chez Lucie, j'ai voulu répéter les expériences ordinaires de suggestion que l’on fait avec les somnambules; Lucie parut surprise, ne bougea pas et finit par éclater : « Mais vous me croyez

{ Liébault. Le sommeil et les élats analogues, 350. ? D Philips. Cours sur le braidisme, 97.

3 Bernheim. De la suggestion, 149.

*AANMIBIES AO ECENTE

5 Azam. Double conscience, 133, 135.

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