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M. Dumont! quand il écrivait : « Il y a en nous à chaque instant un groupe de nombreuses sensations coexistantes.. Le moi est à la fois série et groupe; il est une série de groupes », et plus récemment un magnétiseur très psychologue *, quand il nous dit : « À l'état de veille, malgré le monoïdéisme apparent qui a séduit plusieurs psychologues, notre pensée est toujours très compliquée; nous avons simultanément une foule de sensations qui luttent entre elles et une foule de souvenirs qui cherchent à se débarrasser de la pression des idées dominantes. »
Cest d’ailleurs, il faut le reconnaitre, l'opinion à laquelle “M. Spencer se rattache lui-même, en pratique, toutes les fois qu'il s’agit d'expliquer un phénomène réel, « La conscience du rêve “est comme celle du vieillard ou de l’homme indolent, les élé- “ments en sont moins cohérents et moins abondants… Le rétré-
cissement de l'aire de la conscience se trahit par l’absence de
… ces innombrables pensées collatérales que les scènes successives provoquent d'ordinaire... » Et ailleurs : « Quoique les phénomènes de conscience forment une série, il y a des changements simultanés : le champ visuel n’est pas absolument réduit à un point, il y a conscience vague des points environnants... Dans la trame de la conscience, il y a plusieurs fils; les externes sont …lâches et mal adhérents, mais à l’intérieur, il y a une série de changements dont le tissu est serré et qui forme ce que nous pouvons appeler la conscience proprement dite ‘.» Cette dernière restriction est très juste; ce petit groupe de phénomènes “mieux connus que les autres, c’est la part de l’attention, de laperception, comme dirait Wundt après Leibniz, qui ne s’étend ‘pas aussi loin que la conscience elle-même ; mais l’auteur n’en reconnaît pas moins que la conscience humaine, claire ou non, s'étend ordinairement assez loin sur un grand nombre d'images - collatérales et coexistantes.
Spencer nous fournit même un terme excellent, très précis et très utile que nous conserverons : l'aire ou le champ de la conscience. On sait, en effet, ce que l’on appelle le champ visuel : « c’est toute l'étendue de l’espace d’où nous pouvons recevoir
‘ L. Dumont Théorie scientifique de la sensibilité, 85, 81. 2 L. Ochorowiez. Suggeslion mentale, 502, 5 H. Spencer. Principes de psychologie, 1, 645. *1d. Ibid., 1, 426.
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une impression lumineuse, l’œil restant immobile et le regard …
fixe ‘. » Ne pourrait-on pas appeler de même champ de la conscience ou étendue maximum de la conscience, le nombre le plus grand de phénomènes simples ou relativement simples qui peuvent se présenter à la fois dans une même conscience, en. réservant, comme le propose Wundt?, le terme de « point de regard interne » pour cette partie des phénomènes de Ia cons-. cience vers laquelle est dirigée l’attention ? Il serait, je crois, de la plus haute importance pour la psychologie expérimentale de pouvoir déterminer, ne fût-ce que d’une manière approximative, le champ de la conscience, comme on mesure le champ visuel avec un campimètre ou un périmètre. Wundt est le seul, croyons-nous, qui ait essayé une détermination expérimentale de ce genre *. Malheureusement, il se sert de procédés et de”
raisonnements qui ne nous paraissent ni bien clairs, ni bien
certains, et il passe très vite sur cette question difficile. Sa con=m
clusion est que « nous serons autorisés à considérer douze“
représentations simples comme étant l’étendue maximum de la conscience. » À première vue, et peut-être à tort, je trouve que ce chiffre doit être beaucoup trop faible. Le champ visuel binoculaire, qui n’est cependant qu'une petite partie du champ total
de la conscience, renferme évidemment bien plus de douze phé-«
nomènes visuels simultanés ; la conscience, qui contient en outre les autres sensations et leurs images, doit en contenir bien davantage. Mais il y a ici une foule de questions à soulever sur le sens même des mots, sur l’idée que l’on se fait d’une représentation simple, qui font de ce problème l’un des plus délicats de la psychologie expérimentale, quoiqu'il reste à mon avis un des plus importants.
Malgré ces difficultés et malgré l'impossibilité où nous sommes ici, à notre grand regret, d’apporler des mesures précises, il nous semble cependant qu’il y a un point assez facile à établir. Le champ de la conscience comme le champ visuel peut varier : il n’est point le même chez tous les individus, ni à tous les mo-
* D' Chauvel. Précis théorique et pratique de l'examen de l'œil et de ba vision, 1883, 69.
* Wundt. Eléments de psychologie physiologique. Trad. 1886, II, 231. # Id. Ibid., 11, 241.
ne à
. se : CHAP. IL. — LA SUGGESTION 195
- ments de la vie chez un même homme. Entre un individu cataleptique n’ayant,comme nous l'avons montré, qu'uneseule image à la fois et un chef d'orchestre entendant simultanément tous les instruments, voyant les acteurs, et suivant, par la mémoire ou par la lecture, la partition de l'opéra, il y a tous les degrés possibles. Les degrés inférieurs nous intéressent le plus en ce moment, car il est facile de montrer que les individus suggestibles ont un champ de conscience très rétréci et que ce caractère joue un grand rôle dans les modifications de leur volonté.
Le rétrécissement du champ de la conscience, du moment que * nous ne pouvons pas le mesurer directement, doit se manifester d'une manière un peu indirecte peut-être, mais très certaine . par des anesthésies. Considérons à un instant donné deux individus qui ont des champs de conscience différents ; quand l’un sent dix phénomènes, l’autre n’en sent que cinq ; ne devons- - nous pas conclure qu’il y a cinq phénomènes que le second ne … peut pas sentir, au moins à ce moment, et que dans une certaine mesure il est momentanément anesthésique ? Aussi quand une «personne comme Lucie ne peut entendre qu'une personne à la . fois, je suppose tout naturellement que lé champ de sa cons- - cience est petit, qu'il est comme un vase déjà plein de liquide, dans lequel on ne peut plus faire pénétrer une seule goutte. - Ce n’est qu'une supposition, mais elle rend bien compte des . faits.
- Mais, dira-t-on, l’anesthésie n’est pas une preuve du rétrécis- « sement du champ de la conscience, car les images fournies par «les sens restant peuvent être à elles seules fort nombreuses et compenser la perte des autres sens. Gela arrive en effet quelquefois ainsi : chez les aveugles de naissance, par exemple, les sens … qui subsistent s’aiguisent et se perfectionnent et peuvent quel- - quefois combler le vide laissé par les sensations visuelles ; un … homme qui fait attention à un objet peut ne plus voir les autres, mais il aura à propos de cet objet des sensations plus vives et - plus nombreuses qui empêcheront son champ de conscience … d'être véritablement rétréci. Tout cela est exact, mais les choses ne se passent pas ainsi dans l’anesthésie hystérique. La perte - d’un sens n’amène pas un accroissement dans l’acuité des autres sens, bien au contraire ; la concentration de la conscience sur un objet ne rend pas les sensations relatives à cet objet plus
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