‹ L'automatisme psychologiqueChapitre 54 sur 90 · PHARES · texte numérisé non relu

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sa force et les suggestions posthypnotiques qui lui ont été faites; elle se relève de temps en temps pour les accomplir, puis elle diminue encore pour ne plus occuper que le petit espace que lui laissent les anesthésies pendant l'état de désagrégation qui est maintenant rétabli. Si le retour à la santé était complet, elle disparaîtrait entièrement et il y aurait une nouvelle restau= ration de l'unité psychique qui se ferait sans doute autour d'un autre centre, mais qui serait analogue, pour l’étendue du champ de la conscience et pour l'indépendance, au somnambulisme complet. Essayons, dans une nouvelle figure un peu moins sys® tématique que la précédente, de représenter ces étendues rela tives des diverses personnalités, en supposant pour plus de: simplicité qu’il n’en existe que deux. |

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Le problème des rapports entre la personnalité secondaire successive pendant le somnambulisme et la personnalité secon= daire simultanée pendant la veille peut se présenter d’une mas. nière plus précise et prendre une forme particulière : on sait que, pendant le somnambulisme complet, la seconde personne a la mémoire non seulement de ses propres actions pendant les” somnambulismes précédents, ou même des actes qu'elle a faits. pendant l’hémi-somnambulisme au-dessous de la conscience. primaire, mais même des actions accomplies consciemment pen: dant la veille par la première personne, par « l’autre », comme disent les somnambules. Puisque cette personnalité somnam® bulique existe déjà pendant l'hémi-somnambulisme sous là

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conscience de la veille, n'est-il pas naturel qu’elle ait déjà à ce

moment la connaissance des actes accomplis au-dessus d’elle par la personnalité ordinaire ? J'avais été frappé par ce raisonnement et, dans mes premiers articles sur ce sujet, j'avais admis, comme une sorte de loi, que la première personnalité ignorait complètement la seconde agissant au-dessous d'elle, mais que celle-ci connaissait fort bien la première ; je me servais même de cette remarque pour expliquer le souvenir de la veille pendant le somnambulisme. M. Gurney, qui, peu de temps après, publiait des études sur le même problème, admettait encore cette loi, mais commençait à faire des réserves!. « Dans bien “des cas, disait-il, il n’est pas du tout évident que la seconde personnalité ait une connaissance exacte de la première au moment où elle agit au-dessus d'elle. » Non seulement je reconnais maintenant la justesse des réserves de M. Gurney, mais je suis disposé à les augmenter encore.

Il ne faut pas céder à cette illusion qui nous porte à identifier la seconde personnalité pendant le somnambulisme avec la seconde personnalité subconseiente pendant l’hémi-somnambulisme. Elle a, dans le premier état, quand elle est complète, des connaissances et des souvenirs qui sont dus aux sensibilités

“qu'elle a récupérées ; elle a le souvenir des actes de la veille, parce qu'elle a repris les sensibilités de la veille, outre les siennes. Mais quand elle était rudimentaire ou imparfaite à côté de la conscience normale, elle n’avait pas ces sensibilités et ne devait pas avoir la connaissance complète de ce que faisait le premier personnage. Quand Lucie 1 et Lucie 2, pour prendre un exemple, existent simultanément, elles agissent en général chacune de leur côté, l’une au moyen du sens visuel, l’autre au moyen du sens tactile, et elles s’ignorent réciproquement. Si lune connaissait l’autre, si les images du sens tactile s’asso- Ciaient avec les images d1 sens visuel, une conscience commune au profit de l’une des deux personnes se reconstituerait, ce qui ne semble pas avoir lieu.

Une des grandes difficultés de l'observation, quand on veut Vérifier ces choses, c'est qu'il n’est pas possible d'interroger la seconde personnalité sur un fait quelconque, sans lui en donner par là même la connaissance et sans l'enlever à la personnalité

Mroceed..S: P..R.,1887, 320.

primaire. « Le personnage subconscient, disait M. Gurney!, entend cependant des signaux, décrit des objets du monde extérieur dont on le prie de parler.» Sans doute, mais il est facile de vérifier qu'à ce moment, la première personnalité ignore ces signaux et ne voit plus ces objets; quand le moi normal continue réellement à voir quelque chose, il n’est pas du tout certain que le moi anormal le voit aussi au même moment; nous n’osons plus conclure, comme M. Gurney, qu’il y a une différence entre les deux personnalités et que l’une connait l’autre sans être connue par elle : la situation doit être la même pour les deux.

Il ne faut pas oublier d’ailleurs que nous ne parlons, dans ce chapitre, que des cas de désagrégationles plus simples, les plus théoriques en quelque sorte. Il est facile d'observer un très grand nombre de variétés et de complications dans lesquelles les deux personnages peuvent plus ou moins se connaître mu-

tuellement et réagir l’un sur l’autre. Nous évitons d’entrer main-

tenant dans l’étude de ces complications.

L'examen de la figure schématique que nous venons d’étudier nous suggère encore une réflexion nouvelle qui a son intérêt. On remarque de suite que la représentation de l’état somnambulique complet est absolument identique à celle de la santé parfaite, ces deux états étant également caractérisés par la réunion de tous les phénomènes psychologiques dans une seule et même conscience. À un certain point de vue, cette ressemblance ne doit pas nous surprendre et s'accorde assez bien avec les études antérieures qui nous ont montré l'intégrité absolue de la sensibilité et de la volonté dans le somnambulisme complet, comme dans la santé partaite. Mais, d'un autre côté, cette ressemblance soulève une difficulté. Ne savons-nous pas, en effet

que, pendant le somnambulisme,la mémoire aussi est intacte et

embrasse toutes les périodes de la vie, même les périodes de la veille, tandis que la veille et l’état normal seraient caractérisés par l'oubli des états somnambuliques. Comment, si cette différence dans l’état de la mémoire est bien réelle, ces deux états de somnambulisme complet et de santé parfaite pourraient-ils être identiques? Quand deux états psychologiques sont absolument semblables, la mémoire doit être réciproque.

‘ Proceed., 1887, 311.

Eh bien, peut-être en est-il réellement ainsi, peut-être l’état de santé parfaite, quand il existe, amène-t-il le souvenir complet du somnambulisme lui-même. Si nos sujets, après le réveil, ne conservent pas le souvenir de leur somnambulisme, c’est qu'ils ne reviennent pas à la santé parfaite et qu'ils gardent toujours des anesthésies et des distractions plus ou moins visibles; s'ils guérissaient radicalement, s'ils élargissaient leur champ de conscience jusqu’à embrasser définitivement, dans leur perception personnelle, toutes les images, ils devraient retrouver tous les souvenirs qui en dépendent et se rappeller complètement même leurs périodes de crise ou de somnambulisme. Je dois dire que je n'ai jamais constaté ce retour de la mémoire et que cette remarque est fondée sur l’examen d’une figure schématique et sur le raisonnement plus que sur l'expérience. Peut-être auraiton pu constater quelque chose de ce genre pendant les époques où Lucie semblait complétement guérie ; mais je ne songeais pas alors à ce problème et je n’ai fait aucune recherche sur ce point. Je crois d’ailleurs qu’elles auraient eu un résultat négatif, jamais je n’ai vu ces personnes hystériques retrouver après leur guéri- “son apparente le souvenir de leurs secondes existences. Peutêtre, ces femmes jeunes encore et, chez qui, de légers signes d'hystérie reparaissent de temps en temps, n’ont-elles jamais une guérison assez complète pour que ce phénomène puisse être manifeste.

Si l’observation ne nous renseigne pas sur ce point, l’histoire nous fournit peut-être quelques indications à recueillir. On connaît les mésaventures d’un sujet, qui fut célèbre au moment des plus grandes querelles provoquées par l'étude du magnétisme animal. Pendant plusieurs années,une femme nommée Pétronille internée à la Salpétrière, avait présenté tous les phénomènes du somnambulisme, ainsi que l’oubli au réveil le plus net et le mieux constaté. Beaucoup plus tard, dans sa vieillesse, cette femme sortie de l'hôpital, prétendit faire des aveux et soutint avoir continuellement simulé tous les phénomènes du somnambulisme. Pour prouver son dire, elle racontait tout ce qu’on lui avait fait faire pendant les prétendus sommeils et retrouvait tous les souvenirs. Ce fait fit un assez grand bruit et fut l’oceca sion de bien des railleries triomphantes contre les magnétiseurs. Aujourd’hui encore, certains auteurs assez superficiels, qui ne voient dans tous les phénomènes nerveux, le somnambulisme,

l'hystérie, peut-être même l’épilepsie, que de pures comédies, ré

pètent de temps en temps, comme un « delenda Carthago » cet avertissement solennel aux hypnotiseurs : « cave Pétronille. » Des faits du même genre se rencontrent également dans l’histoire du spiritisme dont nous parlerons bientôt. Les misses Fox, qui ont été, en 1848, l'occasion du développement de tout le spiritisme américain, devenues âgées, se moquent maintenant,

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paraît-il , de leurs anciens exploits et prétendent avoir toujours

simulé leurs mouvements inconscients et leurs conversations avec les esprits. En réalité, que Pétronille ait été sincère ou non, que les misses Fox en 1848 aient eu des accidents hystériques véritables et des mouvements automatiques réels ou qu'elles aient exploité une supercherie lucrative, cela nous est assez indifférent.

Nous pourrions même faire remarquer que l’on ne peut guère accepter le témoignage d’une femme de soixante ans, quand elle

prétend expliquer les sentiments qu’elle éprouvait à dix-huit ans. Elle n’est plus la même personne et n’est plus capable de comprendre sa propre jeunesse. Elle peut fort bien s’accuser maintenant d’une fourberie, qui n’a jamais été commise, pour s’ex-

pliquer des choses dont le souvenir est réapparu et qu'elle ne

peut interpréter autrement.

Ces phénomènes, en effet, ne peuvent-ils pas être compris“ d'une façon intéressante. N’est-il pas possible qu’à soixante ans, x l'hystérie, la désagrégation mentale qui existait à vingt ans, ait

totalement disparu et que l'esprit entièrement reconstitué ait

récupéré toutes les images, comme pendantun somnambulisme * parfait, Des phénomènes de ce genre justifieraient la comparai-« son théorique que nous avons été amené à faire entre l'état de santé et l’état de somnambulisme. Mais il est inutile de discuter davantage sur des faits aussi anciens et aussi mal connus ; peutêtre, ceux qui ont pu suivre pendant fort longtemps des hyst0l |

riques ont-ils pu faire des observations du même genre sur ce

retour complet des souvenirs après la disparition de la maladie.

Il serait intéressant de les réunir : elles fourniraient un signe curieux de la guérison complète de l’hystérie et viendraient confirmer les hypothèses que nous avons faites sur les existences . psychologiques distinctes dans le mê.ne individu.

En laissant de eôté ces problèmes dont la solution est encore

! Cf. Journal of the society for psychical Research. 1888. 360.

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er TES UE EN ET à à Fe 7 CHAP. II. — LES ANESTHÉSIES 345

douteuse, nous pouvons conelure par cette remarque. La désagrégation psychologique donne naissance à des groupes de pensées inégaux dont l'importance relative varie sans cesse. L'état “de veille parfaite et l’état de somnambulisme complet sont deux mextrèmes : entre eux se trouvent bien des degrés dans lesquels les diverses existences coexistent avec des proportions - changeantes.

L'étude des maladies nerveuses à fait un grand progrès quand “on a prouvé qu'une femme n’est pas seulement malade au moment où elle a sa crise d’hystérie, mais qu'elle est tout le temps hystérique, même dans l'intervalle de ses crises. Il faut » faire un progrès analogue dans l’étude du somnambulisme et il faut admettre qu'un individu ne devient pas somnambule, quand on le veut, pendant quelques instants, puis qu'après le réveil tout est fini, mais qu'un sujet est hypnotisable parce qu'il était déjà en quelque manière somnambule et qu’il continue à l'être après le réveil, pendant un temps quelquefois très long. Les existences psychologiques simultanées, que nous avons été obligé d'admettre pour comprendre les anesthésies, sont dues à cette persistance plus ou moins complète de l’état somnambulique pendant la veille.

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