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CHAPITRE III

Pour étudier et pour comprendre un phénomène, l’observa= teur est toujours obligé de l’isoler; il faut qu’il choisisse les cas où ce phénomène se produit avec la plus grande simplicité ou qu'il essaie, par les précautions expérimentales, d'éliminer les circonstances qui pourraient le compliquer et l’obscurcir. Pour analyser le phénomène de la désagrégation, nous avons choisi les sujets qui le présentaient au plus haut degré et, tantôt en leur fermant les yeux, tantôt en travaillant à les distraire, nous avons supprimé autant que possible les causes qui le modifient ou le compliquent. Il faut maintenant nous mettre en face de la« réalité, et considérer le même fait tel qu'il se présente dans différents états plus ou moins maladifs avec ses variétés et ses détails. Ce sera d’ailleurs une nouvelle façon de démontrer plus fortement l'existence de cette modification psychologique qui semble au premier abord en opposition avec toutes nos croyances.

Le caractère essentiel de la désagrégation psychologique était la formation dans l’esprit de deux groupes de phénomènes : l’un constituaitla personnalité ordinaire, l’autre, susceptible d’ailleurs de se subdiviser, formait une personnalité anormale, différente de la première et complètement ignorée par elle. Sans entrer dans trop de détails compliqués et obscurs, on peut dire que la désa grégation psychologique revêt plusieurs formes selon les relations qui existent entre ces deux personnalités et selon le degré de leur indépendance réciproque.Nous distinguerons un premier cas dans lequel la séparation est incomplète : la seconde person nalité n’est pas absolument indépendante de la première, elle en dépend et ne fait que répéter ou développer ses pensées ou ses

actions. 2° Les deux personnalités sont aussi indépendantes que possible et se développent dans des sens différents. C’est la forme simple et théorique de la désagrégation dont il sera intéressant de voir des exemples naturels et spontanés, après l'avoir étudiée d'une manière expérimentale. 3° Les deux personnalités sont de nouveau rapprochées et dépendantes, mais d’une manière tout inverse : c'est la seconde personnalité, celle qui est anormale et subconsciente, qui domine et détermine les idées et les actes de la première personnalité. Peut-être, en étudiant ces trois cas, aurons-nous l’occasion de décrire et d’éclaircir un peu quelques phénomènes psychologiques peu connus et intéressants.

LA BAGUETTE DIVINATOIRE. — LE PENDULE EXPLORATEUR. — LA LECTURE DES PENSÉES.

Les croyances et les superstitions populaires, devancçant en cela la spéculation philosophique, ont toujours attribué une très grande importance aux mouvements subconscients de nos membres. Nous sommes tellement convaincus que nos bras et nos jambes sont faits pour obéir aveuglément à tous les caprices de notre volonté personnelle, que nous sommes absolument stupéfaits quand nous constatons chez eux une émancipation passagère. Qui n’a été surpris par une crampe, un tremble - ment, un mouvement involontaire de ses membres ? Mais cet étonnement augmente et devient bientôt une terreur superstitieuse quand ces mouvements, qui nous échappent, prennent un sens, expriment une idée, un conseil, une menace. C’est une intelligence qui parle, ce doit être un esprit étranger à l’humanité, bon ou mauvais, qu’il faut implorer ou qu’il faut craindre.

Une des pratiques Les plus anciennes et les plus simples pour cesrévélations mystérieuses est l'usage dela baguette divinatoire. C'est une baguette, ordinairement de coudrier, qui a la forme d'une fourche et qui servait autrefois dans les campagnes pour découvrir les sources, les métaux cachés et même les traces des criminels. Le devin, car ce n’est qu’une personne privilégiée qui peut se servir de cet instrument, prend dans ses deux mains les deux branches de la fourche et s’avance sur le terrain qu'il

doit explorer, en ayant soin de ne pas bouger volontairement les bras. Si, sur un point du parcours, la baguette oscille, s'incline jusqu'à tordre les poignets du devin qui ne peut résister, c’est là qu’il faut fouiller pour trouver les sources ou les trésors. Le fameux Jacques Aymar conduisit même ainsi les magistrats sur la piste de deux criminels depuis Lyon jusqu’à Toulon’. Il est probable que, dans quelques campagnes, subsiste encore la croyance aux révélations de la baguette divinatoire.

Si les devins de village ont recours à la baguette de coudrier, il y a dans les villes des diseuses de bonne aventure quise servent d'un procédé plus élégant. Un anneau suspendu au bout d’un fil plonge dans un verre : la sybille tient l'extrémité de ce pendule: explorateur ét lui pose.des questions auxquelles il doit répondre par les mouvements ou les battements de l'anneau contre le verre. Ce petit jeu mérite quelque célébrité, ear il a provoqué les premières recherches de M. Chevreul et 1l a étè le point de départ des études expérimentales sur lès phénomènes subcons-« cients de l'esprit humain.

Cependant un autre jeu de salon a hérité aujourd’hui de lan faveur accordée autrefois au pendule. Get exercice est appellé en Angleterre, où il est très répandu, le «willing game», le jeu du vouloir, et en France la lecture des pensées ou le cumberlan=« disme, du nom de celui qui l’a introduit il y a quelques années. J'emprunte la description du cumberlandisme à des auteurs qui en ont fait une étude minutieuse et qui nous indiquent les termes usuels qui le caractérisent. « Le « willing game » a lieu ordinairement ainsi: un membre de la société qui doit jouer le rôle des « thought reader», lecteur .de la pensée, ou de « percipient », devin, quitte la salle ; les autres personnes qui restent choisissent quelque action simple qu'il doit accomplir ou cachent quel-\ que objet qu’il doit trouver ; le devin est alors ramené et un ou plusieurs «willers», conducteurs, lui touchent légèrement la main ou l'épaule. Dans ces conditions, l’action choisie est souvent assez vite accomplie ou bien l'objet est retrouvé. Le « willer »,le conducteur affirme cependant et avec une parfaite bonne

‘ Cf. Gasparin. Des lables lournantes, 1855, 11,124. — De Mirville. Des esprits et de leurs manifestations fluidiques, 1863, T. — Appendice, 61, etc.

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