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et chez Marie, rendent de nouveau hypnotisables et suggestibles des personnes qui ne l’étaient plus. Enfin, les impulsions et les idées fixes sont bien des formes de désagrégation mentale et de suggestion, et elles se présentent chez une foule d’individus qui ne sont pas des névropathes, au sens précis du mot‘. Ces remarques permettent de comprendre comment certains médecins, expérimentant dans des hôpitaux où d’ordinaire se trouvent surtout des malades, aient obtenu tant d'exemples de somnambulisme sur des sujets qui, à strictement parler, ne méritaient pas le nom d’hystériques.
Doit-on en conclure que le somnambulisme et les autres phénomènes soient des phénomènes normaux existant-pendant la santé la plus complète? En aucune manière : on ne pourrait plus comprendre comment les malades cessent d’être hypnotisables quand ils se portent mieux, comment tant de personnes résistent à l’hypnotisme. Que d’observateurs ont remarqué, comme le dit franchement le D' Despine, que « les effets du somnambulisme sont nuls chez les personnes bien portantes?. » Que l’on fasse une expérience bien simple, que l’on prenne une vingtaine {de personnes, des hommes de préférence, de trente à quarante ans, bien portants au physique et au moral, n'ayant aucune hérédité, ni aucun antécédent névropathique, et que, sans procédés fatigants qui commencent par les rendre malades, on essaye de provoquer chez eux le somnambulisme caractéristique ou l'écriture automatique. Si on obtient ces phénomènes sur la moitié seulement de ces personnes, nous nous rendrons très volontiers et nous reconnaitrons que le somnambulisme est normal. Mais l'expérience n’ayant pas été faite, nous doutons encore beaucoup du résultat. Nous sommes disposé à croire que les phénomènes d’automatisme et de désagrégation dépendent d’un état qui est maladif, mais qui n’estpasuniquement hystérique. Cet étatserait, au contraire, plus large de beaucoup que l’hystérie, il comprendrait les symptômes hystériques parmi ses manifestations, mais il se révélerait aussi par les idées fixes, les impulsions, les anesthésies dues à la distraction, l'écriture automatique et enfin le somnambulisme lui-même. « Ce n’est pas l’hystérie qui constitue un terrain favorables à l’hypnotisme, mais c’est la sensibilité
* Moreau (de Tours). Zbid., 106.
? Despine. Somnambulisme, 131.
hypnotique qui constitue un terrain favorable pour l'hystérie et
pour d’autres maladies”. »
En quoi consiste cet état maladif: il est assez difficile de le déterminer exactement; nous ne pouvons en avoir qu'une notion approximative par le raisonnement et par l'observation. Nos études ont eu pour résultat de ramener les phénomènes si variés de l’automatisme à leurs conditions essentielles : la plupart
dépendent d’un état d’anesthésie ou de distraction. Get état se.
rattache au rétrécissement du champ de la conscience, et ce rétrécissement lui-même est dû à la faiblesse de synthèse et à la désagrégation du composé mental en divers groupes plus petits qu'ils ne devraient être normalement. Ces divers points sont faciles à vérifier; l’état de distraction, d’incohérence, de désagrégation, en un mot, des individus suggestibles a été bi souvent constaté. « On s’apercevait, dit Saint-Bourdin en parlant d’une hystérique, que, de temps en temps, elle interrompait son discours et en commençait un autre, sans se souvenir de ce qui avait été en question auparavant?. » Tous les phénomènes de la folie impulsive, dit excellemment Moreau (de Tours), tirent leur origine d'un fait primordial que l’on peut exprimer par ces mots : « Le vague, l'incertitude, l’incohérence, la mobilité des idées, c’est une désagrégaltion, une véritable dissolution du composé intellectuel..., la séparation, l'isolement des idées et des molécules dont l'union formait un tout harmonieux et complet*. »
Mais cet auteur me paraît mal s'exprimer, quand il rattache cet état de désagrégation lui-même à un état d’excitation. «Il laut, pour expliquer la folie, une excitation, fait primitif, générateur de tous les phénomènes du délire et de la désagrégation moléculaire de l'intelligence *. » Ce n’est qu’une question de mots, mais je crois qu’elle a son importance : la désagrégation n’est pas une excitation, c’est une dépression et une faiblesse. C’est une illusion naturelle, en entendant un fou crier et une hystérique babiller, que de les croire excités. Mais cette rapidité de
‘ Ochorovicz. Suggestion mentale, 255.
? Saint-Bourdin. Catalepsie, 93.
Moreau (de Tours). Haschich, 36. — Cet auteur emploie déjà dans ce
sens ce mot de désagrégation que nous lui avons emprunté, Id:,401d:,796:
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leurs idées vient de leur impuissance à les coordonner, de la faiblesse avec laquelle ils se laissent aller à toutes les impressions, et laissent s'exprimer toutes les images que le jeu automatique de l'association amène successivement dans leur esprit. C’est une faiblesse de la synthèse psychologique qui laisse les idées se désagréger et se grouper autour de plusieurs centres différents. Quelques observations, en petit nombre malheureusement, nous montrent l'existence d'une semblable faiblesse chez les individus automatiques : ces personnes manifestent leur affaiblissement d’une manière visible, quandil existe au physique comme au moral. « L'abbé Faria remarquait déjà que la faiblesse joue un rôle (dans le sommeil magnétique) et que l'extraction d’une certaine quantité de sang rendait epoptes (somnambules) ceux qui n'avaient aucune disposition antérieure à le devenir !. » Les premiers auteurs qui aient décrit l’hystérie remarquaient qu’elle est souvent produite par des saignées très copieuses ?, et M. le D' Gibert m'a précisément raconté un cas très net dans lequel des hémorrhagies abondantes ont amené une hystérie convulsive qui n'existait pas auparavant. On peut dire avec M. Féré « que les hystériques sont dans un état permanent de fatigue, de paralysie psychique *». On comprend alors plus facilement que la phtisie, la fièvre typhoïde, la période secondaire de la syphilis et même certaines intoxications amènent des anesthésies, du somnambulisme et de l’automatisme, non pas en lésant tel ou tel nerf, mais en déprimant l'individu au point de vue psychologique aussi bien qu’au point de vue physique, et en le rendant incapable de synthétiser suffisamment ses phénomènes psychologiques.
Peut-être trouverions-nous une vérification inverse de cette supposition dans les phénomènes qui amènent la guérison de certains états automatiques. Il suffit souvent, pour guérir l’hystérie et le somnambulisme, de faire manger le sujet et de le faire dormir. On sait que les hystériques, comme les anémiques, ne mangent pas et n’assimilent pas; comme dans ces cercles vicieux pathologiques qui sont fréquents, c’est là à la fois le principe et la conséquence de leur mal. Mais si, par des procé-
« Gilles de la Tourette. Op. cit., 20.
: Cullerre. Vervosisme et névroses, 1887, 61. 3 Féré, Sensation et mouvement, 21.
Ie PARTIE. — AUTOMATISMÉ PARTIEL
dés indirects, on arrive à les faire manger et dormir, on les métamorphose. Rose, anesthésique, paraplégique, ayant plusieurs crises tous les jours, était au dernier degré de la désagrégation et de l’affaiblissement moral. J'avais remarqué que le sommeil hypnotique prolongé avait sur elle un bon effet. « Le sommeil hypnotique est à lui seul très réparateur, disait M. Beaunis”. » « Lasomnolence magnétique a des effets sédatifs incontestables, écrivait M. Despine?. » Je laisse alors ce sujet endormi pendant quatre jours et demi avec l’ordre de ne bouger que pour manger et de manger beaucoup. Le premier jour, elle eut encore des crises, malgré le somnambulisme, mais sans se réveiller; le second, elle fut très calme ; le troisième, elle retrouva le mouvement des jambes et une partie de la sensibilité. Quand je la réveillai, elle semblait presque guérie : malheureusement cette force surajoutée ne dura que quelques jours, et le sujet retomba malade, mais moins fortement. D’après ces raisonnements et ces observations, on peut donc conclure qu'il y a une faiblesse morale particulière consistant dans l'impuissance qu'a le sujet faible de réunir, de condenser ses phénomènes psychologiques, de se les assimiler, et, de même qu'une faiblesse d’assimilation du même genre a reçule nom de misère physiologique, nous proposons d'appeler ce mal moral la misère psychologique.
Cet état de misère psychologique peut exister sous deux formes. Quelquefois elle est constante et durable au moins pendant un certain temps de la vie : la force morale de l'individu n'est pas en rapport avec son âge, avec le nombre de sensations qu'il éprouve et le nombre d'images que sa mémoire renferme, c'est un esprit d'enfant dans un corps de femme. Mais la petite pensée de l'enfant suffisait à coordonner son petit nombre de Sensations et de souvenirs; il était petit, mais non incohérent.
L’idiot également a gardé une force psychique d’enfant, mais il a également gardé un petit nombre de sensations et d'images; il est faible, mais il est assez ordonné et régulier. C’est un administrateur très médiocre, mais à qui il n’a été confié que peu de capitaux, et qui ne peut guère faire de grandes sottises. L'hystérique a des sens subtils qui s’exercent sans cesse et
" Beaunis. Somnambulisme, 211.
* Despine. Somnambulisme, 251.
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une riche mémoire, où vivent indéfiniment toutes les images du passé et tous les systèmes psychologiques, organisés autrefois, mais elle n’a qu’un pouvoir ordonnateur actuel analogue à celui de l'enfant et de l’idiot : aussi ne sait-elle que faire de sa fortune. Elle oublie, elle jette au hasard des sensations et des souvenirs et les laisse agir à leur guise; c’est le même administrateur très médiocre, à la tête d’une grande usine, qui oublie ses fonctions et qui laisse les employés et les machines s’amuser et s’affoler sans surveillance. Dans un pareil état psychologique, tous les accidents que nous avons décrits et qui sont la conséquence de l’automatisme des éléments psychologiques, deviennent possibles et fréquents. Mais ils ont un caractère particulier ; ils sont extrêmement changeants. Le même état de misère psychologique, durant sans cesse, permet au jeu automatique des éléments de prendre toutes les formes. Un autre fait caractéristique, c’est qu’il est très facile de modifier artificiellement la nature des accidents ou la forme que l’automatisme prend à tel ou tel moment, car, en raison de sa faiblesse, l'esprit du sujet est d’une plasticité extraordinaire.
Supprimer l'existence personnelle que le sujet a en ce moment et la remplacer par une autre, ce n’est pas une chose bien difficile, puisque cette forme d’existence n’est qu’une centralisation très instable d’un petit nombre d'éléments pris presque au hasard au milieu d’un grand nombre d’autres qui ne demandent qu'à agir et à se manifester. On peut produire cette seconde existence ou le somnambulisme de deux facons : 1° en supprimant par une fatigue quelconque la première combinaison psychique actuelle; le sommeil, l’état chloroformique, la fatigue causée par une fixation prolongée seront de bonnes occasions, pour les autres éléments jusqu'alors incohérents, de se centraliser un peu à leur tour et de prendre l’avantage; 2 on peut aussi, bien plus simplement, chez les sujets qui ont déjà eu une seconde existence sous une forme quelconque, rêve, crise ou somnambulisme, exciter un des éléments de cet état nouveau qui existe au-dessous de la conscience actuelle. Il suffisait de parler de vipère à Louis V.., ou de grenouilles à une malade du D' Pitres, pour amener la crise d’hystérie ; il suffit de mettre les bras de Lucie dans la posture de la terreur pour provoquer la grande crise d'hystéro-épilepsie. Ce dernier exemple est d'autant plus curieux que Lucie, qui es
156 fre PARTIE. — AUTOMATISME PARTIEL
anesthésique, ne sent pas consciemment cette position deses bras,
et que c’est bien l’inconscient seul qui est réveillé et excité. Il suffit de presser les points hystérogènes, c’est-à-dire de provoquer une sensation déterminée appartenant aux phénomènes psychologiques de la erise, pour amener l'accès de convulsions. De même, il suffit d'appeler quelques-uns des sujets, qui ont été décrits, du nom que je leur ai donné pendant le somnambulisme, pour amener d'abord un état d’hémi-somnambulisme, puis le somnambulisme complet. Enfin, quand onle voudra, onréveillera à leur tour les éléments qui formaient la veille normale, et l’individu passera ainsi d’une existence à une autre.
Grâce à cet accès facile dans les parties subconscientes de l'esprit, on peut modifier à plaisir tous les accidents de ces individus automatiques. Est-ce là un moyen de les guérir ? Oui, dans un sens; car supprimer une contracture, détruire une paralysie sont, dans quelques cas, des choses relativement faciles. Mais a-t-on supprimé par là l’état de misère psychologique qui était le point de départ des accidents et qui, dans quelques mois, dans quelques jours peut-être, va en amener d’autres? Je ne le crois pas. La meilleure preuve que cet état subsiste encore, c’est le somnambulisme lui-même et la suggestibilité. Du moment que vous pouvez guérir le sujet par suggestion, c’est qu'il est encore malade. À quoi tient cette misère psychologique constante qu'il faudrait atteindre ? Très souvent à l’hérédité; ce n’est pas seulement en psychologie que la richesse et la pauvreté seraient héréditaires. Peut-être à un état d’affaiblissement physique survenu accidentellement, comme dans la convalescence de certaines maladies. Peut-être à d’autres causes morales que nous ne connaissons pas. Sauf des cas très rares, il ne me semble pas que l’on puisse arriver à guérir par suggestion l’état même de misère psychologique qui est une condition essentielle de l’exécution des suggestions. Mais les progrès de la médecine et de la psychologie unies désormais permettront peut-être de mieux comprendre et de mieux traiter cet état maladif.
Get état de misère psychologique, point de départ de la désagrégation et des idées fixes, peut se présenter d’une autre manière et amener des résultats un peu différents. Cet état, au lieu d’être constitutionnel et-permanent, peut être accidentel et passager. Une femme peut être normalement forte et sensée et tomber,
à certains moments, dans un état de faiblesse irritable avec la distraction, les anesthésies systématisées et la suggestibilité caractéristiques. Un homme, qui d'ordinaire résisterait à toute idée fausse, peut prendre un esprit étroit et suggestible, dans un état de fatigue, de sommeil ou d'ivresse. L’épuisement consécutif à de grands efforts d'attention, à des travaux intellectuels prolongés, a souvent ce résultat. Une des causes les plus curieuses et les plus fréquentes d’une misère psychologique momentanée, c’est aussi l'émotion, dont la nature est encore si mal connue. L'émotion, on le sait, rend les gens distraits; bien plus, elles les rend quelquefois anesthésiques soit passagèrement, soit d’une façon permanente. Hack Tuke cite à plusieurs reprises des individus qui sont devenus aveugles ou sourds à la suite d’une forte émotion ‘. J'ai constaté moi-même que, chez des hystériques en voie de guérison, toute émotion subite ramène des anesthésies. En un mot, l’émotion à une action dissolvante sur l'esprit, diminue sa synthèse et le rend pour un moment misérable.
Quels seront les résultats de cette misère accidentelle ? Ilssont bien différents suivant les circonstances : si, pendant cette période malheureuse, le malade n’a été impressionné par aucune sensation anormale, s’il n’a été frappé par aucune idée précise et dangereuse, il va se guérir sans aucune difficulté, conservera peu ou point le souvenir de cet état accidentel et restera, pendant le reste de sa vie, parfaitement libre et raisonnable. Que de gens ont eu ainsi des occasions de devenir fous dont ils n’ont pas profité. Mais si, par malheur, une impulsion nouvelle, caractéristique -et dangereuse est faite sur l'esprit à ce moment où il est incapable de résister, elle prend racine dans un groupe de phénomènes anormaux, elle s’y développe et ne s’efface plus. C'est en vain que les circonstances fâcheuses disparaissent et que l’esprit essaye de reprendre sa puissance accoutumée, l'idée fixe, comme un virus malsain, a été semée en lui etse développe à un endroit de sa personne qu'il ne peut plus atteindre, elle agit subconsciemment, trouble l’esprit conscient et provoque tous les accidents de l’hystérie ou de la folie. On a amené à l'hôpital une jeune fille de dix-sept ans qui a commencé des cerises de terreur parce qu’elle a été suivie la nuit dans les rues par un
: Hack-Tuke. Le corps et l’esprit, 109.
PUS Le PARTIE. — AUTOMATISME PARTIEL |
inconnu au moment de ses époques; c'est au même moment que
Marie a fait les sottises qui ont laissé une si forte marque sur
sa vie ; les exemples de ce genre sont innombrables. En voici de » plus rares : « Un ecclésiastique de quarante ans, raconte
Erasme Darwin, se trouva un jour en compagnie et 1l but du vin. Etant complètement ivre, il avala le cachet d’une lettre. Un des convives lui dit en plaisantant : « Vous aurez les boyaux cachetés» ; de ce moment, il devint mélancolique et, au bout de deux jours, il refusa de prendre aucune nourriture solide ou liquide. Il répondait que rien ne pouvait passer et il mourut en
conséquence de cette fausse idée’. » De même, l’impulsion de M couper la gorge avec un rasoir, à laquelle il ne pensait pas «
auparavant, vint au jeune homme dont j'ai parlé, quand, dans un accès de désagrégation et de faiblesse morale, il
eut le malheur de toucher un rasoir. C’est pour cela que les”
idées fixes de ces malheureux sont rattachées à leur profession,
aux livres qu'ils ont l’occasion de lire, aux paroles qu'ils entendent dans leurs moments de faiblesse. « C’est l’actualité qui «
décide des formes de la folie, parce que ce sont les circonstances actuelles qui les provoquent, mais ces idées ne créent ni la folie ni la prédisposition à la folie, elles n’expliquent pas cet état nerveux, cette hyperesthésie physique et morale que l’hérédité a
déposée au fond de leur être et qui finit tôt ou tard par emporter"
et la raison et la conscience ?. » Nul en effet n’a mieux exprimé
que Moreau (de Tours) la nécessité de cet état primordial de fai-«
blesse psychique momentané pour expliquer l'invasion de la
folie. « L'idée fixe, répète-t-il sans cesse de toutes les manières, «
ne survient pas sans raison, c’est le résultat d’une modification profonde, radicale de toute l'intelligence. C’est une faute énorme de psychologie que de la confondre avec l'erreur... Le fou ne se
trompe pas, 11 agit dans une sphère intellectuelle différente de“
la nôtre qu’on ne peut pas plus redresser que la veille ne peut
redresser les réves.… Les idées fixes sont les parties détachées d'un élat de réve qui se poursuit dans la veille. C'est un rève
partiel... » « L'idée fixe est le résultat de cette décomposition intellectuelle, résultat qui persiste, alors méme qu'à beaucoup
‘ Erasme Darwin. Zoonomie, IV, 71.
* Moreau (de Tours). Psychologie morbide, 126, * Moreau (de Tours}. Haschich, 123.
PT
À rl :
. d'égards celte décomposition a cessé et que l'intelligence s’est - en quelque sorte recomposée, c’est l'idée principale d’un réve qui survit au réve qui l’a engendrée !. » Il est impossible d’exprimer mieux ce qui nous semble la vérité, et nous souhaitons seulement, par nos études sur la désagrégation mentale et sur la persistance des idées à l’état subconscient, avoir contribué à préciser et à fortifier les théories du grand aliéniste psycholoque.
Un autre caractère de ces idées fixes, résultat d’une désagré- gation non permanente mais passagère, c’est qu’il est beaucoup plus difficile de les atteindre et de les modifier. Vous faites de la conscience d’une hystérique tout ce que vous voulez, parce qu'elle est actuellement dans l’état de misère psychologique qui
la rend maniable, Vous ne modifiez pas de la même manière un aliéné, parce que vous ne l’étudiez d'ordinaire que dans la période où son délire est organisé et quand l'intelligence est revenue à un état d'équilibre stable qu'on ne peut déranger. Il faudrait chercher si l’or ne pourrait pas ramener l'individu à l’état psychologique dans lequel le délire a pris son origine. Ainsi, j'aurais essayé d’enivrer une seconde fois le malade d'Erasme Darwin, afin de rechercher si l’on ne pourrait pas, dans lune nouvelle ivresse, avoir plus de pouvoir sur l’idée fixe. On pourrait aussi attendre quelquefois des états périodiques qui ramèneraient les conditions initiales du délire. Mais on comprend que, de toutes manières, on se trouve en présence detoutes autres difficultés. Je persiste cependant à croire que la psychologie pathologique, qui fait depuis quelques années ses premiers pas, réserve des secours inattendus pour le soulagement des aliénés.
Nous nous demandions, après toutes nos études sur l’automahisme, si ces phénomènes étaient absolument créés par la maladie. Nous pouvons répondre maintenant qu'ils n’appartiennent pas à une maladie particulière et en quelque sorte spécifique, qu'ils sont tout simplement le résultat d’une sorte de faiblesse que nous avons appelée {a misère psychologique. Que ces indi- “idus manifestent leur maladie de mille manières différentes ; ‘qu'ils fassent parler les tables et évoquent l’âme de Gutenberg.
4 Moreau (de Tours). Haschich, 98.
460 [Ie PARTIE. — AUTOMATISME PARTIEL 5 3
qu’ils ouvrent un hôpital pour chiens malades, ou fassent des conférences contre la vivisection, qu'ils contracturent leurs membres ou les contorsionnent de toutes facons dans une sorte de délire museulaire; tout cela ne change pas leur maladie et” ne crée pas des phénomènes psychologiques nouveaux. Cest toujours à cause de la mème faiblesse, de la même fatigue, qu ‘ils.
s’abandonnent sans résistance et laissent se développer indéfini= ment tel ou tel groupe de sensations et d'images. à
à TTE LES FORMES INFÉRIEURES DE L'ACTIVITÉ NORMALE
Si les phénomènes d'automatisme sont uniquement dus à la faiblesse, ils doivent exister chez l’homme normal comme chez le malade : mais, au lieu d’être seuls comme chez celui-ci, ils sont chez celui-là masqués et dépassés par d’autres phéno® mènes plus complexes. Le riche possède déjà le pain et l’eau du pauvre, mais il a encore autre chose en plus, l’homme bien por tant possède l’automatisme du malade, quoi qu'il ait en plus d’autres facultés supérieures. RS néons rapidement dans la: vie normale les faits analogues à ceux que nous avons étudiés et qui semblent être soumis aux mêmes lois. i
Quoique le champ de la conscience soit d'ordinaire assez larges et nous permette de réunir dans une même perception persons nelle un assez grand nombre de phénomènes conscients, il y & cependant des moments où ilse restreint au point denous mettre. dans un état analogue à celui de l'individu suggestible et halluci= nable. Au moment de disparaitre dans un sommeil complet, ow bien au moment où il se reforme après le sommeil, l’esprit passe par une période de rétrécissement naturel et inévitable. C’est le moment des réves : chaque image qui naît isolément dans la con science se précise quelque peu, pas assez encore pour se mani” fester par un mouvement bien complet chez un homme qui n’est pas accoutumé à remuer ses membres par des images de
ce genre, mais suffisamment pour paraître extérieure et objecs ie comme les hallucinations. Pas plus que le somnambulé
uggestible, le rêveur ne s'étonne, ne doute de ce qu'il pense ; il
Rs sans résistance l'autoniatigme des éléments auxquels son
Y'a RE "EL : ü vase FAQ k € 1 A, 4 À à \ TN JA DUR [AXE : 4 ANA ri à x i EE ra
* esprit est réduit. Un léger bruit, une lueur, un pli du drap, un état du corps provoquent la suggestion; la disposition des organes de telle ou telle manière propre à exprimer une émotion ou une passion, donne au rève sa direction générale, et - tout se passe comme dans un automatisme régulier. Nous avons également, même pendant la veille normale, des phénomènes psychologiques qui nous échappent entièrement. On pourrait compter, parmi ces actes qui se passent en dehors de la perception personnelle, les fonctions physiologiques dont personne ne - conteste l'intelligence, quoique l’on re comprenne pas bien à . quel être il faut attribuer cette intelligence des organes. Peutêtre y a-t-1l, comme le disait Liébault, « une remémoration inconsciente pour chaque fonction vilale, le cœur a appris à battre et les poumons à respirer! ». « Peut-être y a-t-il en nous un grand nombre d’âmes spinales ou ganglionnaires susceptibles d’habitudes et d'éducation qui dirigent chaque fonction physiologique?. » « Il y à peut-être dans la moelle de l’épine dorsale de l’homme des êtres réels d’une plus grande valeur spirituelle que l’âme de la grenouille*. » Mais, quoique ces suppositions nous paraissent vraisemblables, elles dépassent assez la portée des observations que nous avons faites, pour que nous évitions de les discuter dans un ouvrage de psychologie expérimentale. Nous nous contenterons de signaler des faits plus connus que la conscience personnelle abandonne à leur développement automatique, ce sont les phénomènes de la distraction, ceux de l'instinct, de l'habitude et de la passion.
Nous disons qu'un homme est distrait quand il ne voit pas ou n'entend pas une chose qu’il devrait voir ou entendre, et ensuite quand il accomplit sans le savoir des actes qu'il n'aurait pas consenti à accomplir s’il les avait connus complètement.
Un homme préoccupé chassera une mouche de son front sans la sentir, répondra à des questions qu'il n'a pas entendues, ou, comme Biren, duc de Courlande, qui avait l'habitude de porter à sa bouche des morceaux de parchemin, détruira un important
* Liébault, Du sommeil, 131.
? D" Philips. Cours de braidisme, 104.
# Lotze. Psychologie physiologique, 144. — Cf. Lewes, Maine de Biran, Œuvres inédites, I, 13. — Hartmann. /nconscient, 1, T5. — Colsenet. Inconscient, 141, etc.
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162 ji PARTIE. — AUTOMATISME PARTIEL sd ACT
diet de commerce sans le voir!. Qui n’a entendu parler des ex=. | ploits de ces personnages qui, lorsqu'ils parlent à table, versent de l’eau indéfiniment jusqu’à inonder les convives ou continuent. à mettre du sucre dans leur tasse jusqu’à la remplir? les anec-« dotes de ce genre sont innombrables. E
Ce sont les deux caractères, l’anesthésie systématique et l'actà 4 subconscient, quenous avonssignaléschezles malades. Seulement la distraction peut provenir chez l’homme bien portant de rai=« sons différentes : tantôt elle est due, comme chez le malade, à un è rétrécissement du champ de la conscience due à la ftieus ou à un demi-sommeil : « Journée de misère et d’abattement extrême, » écrit Maine de Biran dans ce journal si curieux où il fait sur lui-« même des études de psychologie expérimentale, j'ai diné chez le chancelier, je me suis trouvé dans un état de trouble, d’embar-w ras, de surdité momentanée.. Je suis comme un somnambule au milieu de ce monde gai et léger, mécontent des autres parce“ | que je le suis de moi-même?. » Mais la même distraction pourra | être due à une concentration excessive de la pensée, d’un autre côté, à une grande puissance d'attention qui sans retrécir lan pensée véritablement déplace le champ de la conscience. « Jen suis presque toujours, écrit encore le même auteur, comme“ dit M. Deleuze en parlant du somnambulisme, en rapport avec moi-même et je vois trop en dedans pour bien voir au dehors.» Mais, dans l’un et l’autre cas, un certain nombre de phénomènes psychologiques sont abandonnés à eux-mêmes et se développent selon les lois de leur propre automatisme.
Dès que les phénomènes sont ainsi isolés, soit par l’attention extrême, soit par la distraction, ils amènent la rêverie, quelque-” fois même l’hallucination. On entend dans le bruit des cloches. des paroles scandées, on voit les personnages auxquels on pense, ou bien on fait des gestes brusques et l’on parle tout haut. Tous ” ces réflexes psychiques ont été étudiés ailleurs quand ils étaient isolés et grossis, il suffit de rappeler qu’ils jouent aussi un rôle considérable dans l'attitude et la physionomie de l’homme le plus normal. C'est à des activités de ce genre qu'il faut rattacher | les actes instinetifs qui sont assez rares chez l’homme, tandis «
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‘ Garnier. Facultés de l’âme, 1, 325. 3 * Maine de Biran. Journal intime, 242.
* Maine de Biran. Journal intime, 145. — Cf, Ribot. Psychologie de l’attenlion, 115.
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© CHAP. IV. — LA FAIBLESSE ET LA FORCE MORALES 463. qu’ils jouent un rôle important chez l'animal. Il est impossible de supprimer la conscience dans l'instinct et d’en faire un pur
mécanisme, mais on ne peut pas non plus en faire un acte intelli-
gent et volontaire. C’est bien, comme le disait M. Lemoine, quel-
que chose d’intermédiaire entre lemouvement dela matière brute etceluidela volonté humaine. L'instinct se rapproche entièrement des actes obtenus par suggestion et, de même que ceux-ci n'étaient que la manifestation d’un phénomène de perception, on peut dire que l’instinct c'est l’activité dirigée par des perceptions nettement conscientes chez l’animal et formant même la totalité de
son esprit, presque toujours subconscientes chez l’homme dont
l'esprit est rempli par des phénomènes plus élevés ?.
L'activité automatique s’est concentrée chez l’homme dans les phénomènes d'habitude ou de mémoire. Nous ne recherchons pas, comme nous l'avons déjà fait remarquer, si nos souvenirs subsistent toujours en nous d’une manière consciente, ce qui n'est pas invraisemblable, mais ce qui dépasse nos expériences*. Recônnaissons seulement que nos habitudes et nos souvenirs amènent des actes, des liaisons d'idées que nous constatons plus que nous ne les produisons réellement, qui sont souvent en dehors de notre conscience et toujours en dehors de notre volonté. Les phénomènes concients ne sont pas supprimés, car nous pouvons retrouver la conscience des choses que nous conservons dans le souvenir, ou qne nous faisons par habitude, mais elle est négligée, comme si ces phénomènes suffisamment exercés pouvaient être sans inconvénient livrés à eux-mêmes. « L'habitude semble émousser l'organe, disait très bien Jouffroy, ou elle l’aiguise ; le fait est qu’elle ne l’aiguise ni ne l’émousse. L’organe reste le mème, les mêmes sensations s’y reproduisent, mais lorsque ces sensations sont intéressantes pour l’âme, elle s’y applique et s’accoutume à les démèêler; lorsqu'elles ne le sont pas, elle s’accoutume à les négliger et ne les démêle pas ?. » Ces idées confiées au souvenir et à l’habi-
: Lemoine, Habitude et instinct, 137, 150.
# Cf. Espinas. L'évolution mentale chez les animaux, Revue philosophique, 1888, I, 20.
8 Cf. Colsenet. Inconscient, 229.
1 Joufiroy. Mélanges philosophiques, 229.
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tude sont plus nettes quelquefois que celles de la conscience
même et pour trouver l'orthographe d’un mot que nous igno-.
rons, nous laissons notre plume écrire automatiquement, à peu près comme le médium interroge son esprit. Cet oubli des phénomènes livrés à la mémoire automatique nous permet de penser consciemment à autre chose pendant qu'ils s’accomplissent tout seuls avec une régularité parfaite. « Je me rappelle, écrit Erasme Darwin, avoir vu cette jeune et jolie actrice qui répétait sa partie de chant, en s’accompagnant du forte-piano sous les yeux de son maître, avec beaucoup de goût et de délicatesse ;
j'aperçus sur sa figure une émotion dont je ne pus définir la
cause; à la fin, elle fondit en larmes; je vis alors que, pendant tout le temps qu’elle avait employé à chanter, elle avait contemplé son serin qu’elle aimait beaucoup, qui paraissait souffrir et qui, dans ce moment, tomba mort dans sa cage'.» Que d’ac-
tions intelligentes simultanées; je ne compte pas, comme fait l’auteur, les battements du cœur et les mouvements de la respira-
tion qui continuaient pendant tout ce temps, mais cette personne chantait, s’accompagnait sur le piano; jouait des deux mains des notes probablement différentes etcependant employait toute son intelligence conciente à suivre les phases de l’agonie de son serin ; les médiums, ni les somnambules, ne nous ont rien montré de plus compliqué. Cette facilité que nous donne l’habitude pour accomplir des actes intelligents sans perception personnelle nous permet de faire de nouveaux progrès et d'employer notre intelligence à des œuvres plus élevées : cet automatisme psychologique est la condition de nos progrès.
L'étude de l'habitude amène si naturellement à la notion des actes automatiques et subconscients, que beaucoup d’au-
teurs ne peuvent la décrire qu’en se servant de l'hypothèse 4
des deux personnalités simultanées. La description donnée par Gondillac est surtout intéressante pour nous. « Ainsi, ditil, il y à en quelque sorte deux moi dans chaque homme : le moi d'habitude et le moi de réflexion ; c’est le premier qui touche, qui voit, c’est lui qui dirige toutes les facultés ani-
males, son objet est de conduire le corps, de le garantir de.
tout accident, de veiller continuellement à sa conservation. Le second, lui abandonnant tous ces détails, se porte à d’au-
‘ Erasme Darwin. Zoonomie, 1, 332.
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