‹ L'automatisme psychologiqueChapitre 80 sur 90 · LE JUGEMENT ET LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT ET LA VOLONTÉ

=. Ce qui sépare l’homme normal de ces individus à l'esprit affaibli, c’est qu’il posséde un autre activité surajoutée à cette activité automatique qu’il a en commun avec eux. L’automatisme forme toute la vie des personnes suggestibles en état de misère psychologique, il n’existe chez nous que dans certains actes inférieurs, habituels ou passionnels; il est maintenant complété et dépassé par la volonté. Nous n'avons pas à étudier en elle-même l’activité supérieure ou volontaire, nous devons seulement faire constater son existence et montrer en quoi elle se distingue des activités précédentes.

Il est fort difficile, je ne dis même pas d'expliquer la nature de la volonté, mais même de reconnaître et de décrire un acte volontaire, car les psychologues sont loin d’être d'accord sur les signes qui le caractérisent. Une première définition fort simple se trouve fréquemment répétée. « La différence'entre un mouve-

ment volontaire et un mouvementinvolontaire de la jambe, disait

Spencer, c’est que, tandis que le mouvement involontaire se produit sans aucune conscience antécédente du mouvement à faire, le mouvement volontaire ne se produit qu'après qu'il a été représenté dans la conscience... !. » « La caractéristique subjective que nous avons du mouvement volontaire, écrit Wundt, c’est qu'il est précédé, dans notre conscience, d’une sensation quel-

1 Spence r. Psychologie, 1, 539.

conque qui nous parait comme la cause interne du mouvement *. » C'est dans le même sens que beaucoup de physiologistes, comme Bastian, disent qu'un acte volontaire est simplement précédé par l’idée ou la représentation du genre de mouvement à exécuter. Si on admet cette définition, tous les mouvements possibles exécutés par un être vivant seront des mouvements volontaires : ainsi que toutes nos études l'ont démontré, il n'y a pas d'action même chez les somnambules, même chez les cataleptiques, qui ne soit précédée ou mieux accompagnée par la représentation de l'acte à exécuter, car c’est précisément cette représentation qui amène l’action et les mouvements.

Dira-t-on, comme M. Romanes dans son ouvrage sur l’intelligence des animaux, ou comme M. Delbœuf?, qu’il y a, entre l’idée et l’acte qui la suit, un intervalle de temps plus considérable quand il s’agit d'un acte volontaire que lorsqu'il s’agit d’un acte automatique, et fera-t-on consister la volonté uniquement dans l'hésitation ? Il suffit de remarquer alors que certains actes franchement automatiques, comme ceux que l’on a suggérés aux somnambules, peuvent s’exécuter très lentement, à cause des résistances qu'ils rencontrent. L’hésitation provient simplement de Ha lutte de plusieurs idées qui s'opposent les unes aux autres avant que la plus forte n’ait triomphé, et cette lutte peut exister dans les actions mécaniques comme dans les autres.

La plupart des psychologues se sont servis alors de la théorie bien connue du sentiment de l'effort: il ya, disent-ils, en nous,un sentiment, particulier, celui de l'effort qui existe dans l’action volontaire et qui n'existe dans aucune autre. « Si c'était une cause étrangère, disait déjà Rey Regis au xv° siècle, qui donnât le mouvement à mon bras... je ne sentirais pas plus d'influence ou d'effort de la part de mon âme que si quelqu'un, de mon consentement s’amusait à le remuer. Or, j’en appelle à l'expérience, si quelqu'un remue mon bras ou si je le remue moi-même, ne sens-je pas quelque chose de tout différent, surtout si je tiens un corps pesant à la main *? » On sait que Maine de Biran et, plus tard, un très grand nombre de philosophes ont fondé toute une

“Wundt. Psychologie physiologique, 1, 23.

* Revue philosophique, 1881, II, 516.

3 D’après Paul Janet, Revue philosophique, 1882, IT, 370.

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