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Le peuple qu'aux détours ténébreux de l'Histoire On aperçoit prenant le milieu du chemin, Et qui soudain, surgi du fond de la nuit noire, Entre dans les rayons du soleil de demain,
On le salue avec un geste d'espérance.
On le salue avec confiance et respect. Car il porte sur lui le sceau de la souffrance Et se dévoile à nous, saint, à son seul aspect.
On marche allègrement dans le sillon qu'il creuse, On suit, le cœur ému, son magnanime effort.
Car il sème après lui sa santé généreuse.
Il paraît au grand jour, superbe, doux et fort.
Car ce peuple a gardé sa loyauté première, Et dans la main de Dieu, ce fils des opprimés Est la flèche qui va, droite, vers la lumière Et blesse, en éclairant, les puissants désarmés.
Le Peuple 107
Ce peuple a le cœur haut, il marche sans colère. Le monde a salué son front jadis penché.
Du vaincu même il est le sauveur tutélaire, Et ne viole pas le droit qu'il a prêché.
Ainsi qu'une marée immense et souveraine Il s'épand à pleins bords sur les âges mouvants ; Il nivèle l'histoire, et son reflux entraîne Au large les débris qui vont au gré des vents.
La voix du peuple alors est imposante et grave, Ses yeux ont un éclair qui dit la vérité ; Il n'est terrible à tous que parce qu'il est brave, Et qu'au succès final il va sans lâcheté.
Et ce peuple est sublime en sa révolte sainte, La voix de Dieu lui-même a réclamé ses droits ; Ses pleurs ont tout couvert, et son auguste plainte Roule comme un tonnerre au front tremblant des Rois.
Mais ce peuple n'a pas la haine sacrilège, 11 ne se livre point à de honteux courroux ; lirait que la vertu mérite un privilège, Et se sent assez fort pour pouvoir être doux.
Il veut être l'honneur augmenté de sa race.
Il brise tous les fers et n'en reforge aucun. Il veut que sa vertu seule marque sa trace.
11 sai; ^ue dans le sang la fleur perd son parfum.
îo8 Les jours sombres
Sur la route qu'il a vers le bonheur suivie,
11 ne veut point laisser de débris attristants ;
11 ne veut que la joie, il ne veut que la vie ;
Ce n'est pas de la mort qu'il fleurit son printemps.
Et vers ce peuple aussi, le Roi, charmé, se penche, Il en met la cocarde au coin de son chapeau ; Il lui donne la main quand son allure est franche, 11 marche sans regret sous son nouveau drapeau.
Oh l qu'il est grand en route ainsi vers la victoire, Le peuple en ses habits de travail et bras nus l Qu'il est aux yeux de tous sublime et méritoire Son élan vers des jours libres enfin venus I
Mais ce n'est point ainsi qu'il apparut à l'heure Où son Roi l'ayant fait lui-même triomphant.
Ses refrains insultaient une Reine qui pleure, Quand il faisait sans cause, orphelin, un enfant.
Le peuple alors, c'était le massacre et l'outrage ; La peuple alors, c'était l'incendie et le sang, Les tombeaux dévastés et l'infernale rage D'une sauvagerie à bénir un tyran !
Le peuple alors, c'était la haine qui se rue Dans l'écume et Thorreur d'un fleuve d'assassins; C'était, palais flambants, le meurtre dans la rue, Aux appels affolés et hurlants des tocsins.
Le Peuple
log
C'était la saturnale et l'ignoble folie
Dont Michelet n'a vu que le décor trompeur ;
C'était l'âpre clameur sous laquelle tout plie,
Et ces hommes dont le Dauphin avait grand'peur.
Pour lui le peuple était Tinsulteur de sa mère, Le monstre qui faisait si lugubre son sort ; Car en ces jours d'angoisse et de tristesse amère, Le peuple ne venait à lui qu'avec la Mort !
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Le bon Louis Seize tenait, Un coude sur la cheminée, A consigner sur un carnet L'événement de la journée.
Un Roi soucieux de son rang Aime à tout noter, tout connaître.
Un feuillet peut-il rester blanc Dans le Mémorial du Maître i*
Mais en ce recueil important L'Etat vraiment tient peu de place.
Le Roi n'y paraît mécontent Que les jours qu'il manque la chasse ; Car il s'intéresse surtout Au succès de son équipage, Et quand il a fait un bon coup, \\ en remplit toute la page,
Rien ! j ij
Les Trois-Ordres sont assemblés, On s'agite dans le Royaume.
Des factieux s'en sont allés Prêter serment au Jeu de Paume.
Le Roi ne semble rien savoir De cette impertinence insigne :
Sur son journal, ce même soir, Ce sont ses « tirés » qu'il consigne I
Le peuple a sonné l'hallali , La meute autour du trône aboie, Et Louis Seize est à Marly :
Il courre le cerf et le noie. Son manteau royal en lambeau.
Il note, insensible aux huées, Non les fougues de Mirabeau, Mais les perdrix qu'il a tuées.
Voit-il du gibier ? tout est bien.
Paris en feu ? quelle vétille !
Sur son carnet il écrit; « Rien... »
Le jour qu'on a pris la Bastille :
Rien ? — Rien ; — cependant on pillait,
Tout cédait à la populace.
— Oui, mais ce quatorze juillet
Le Roi ne fut pas à la chasse I
(La Sautille eôt priôe
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Or, le Quatorze Juillet,
Un Garde Française Sur la place où fourmillait
La foule mauvaise, Héros doublé d'assassin, Criait parmi le tocsin :
La Bastille est prise, O gué:
La Bastille est prise !
Son uniforme en lambeau
Et du succès ivre, Il disait : Le ciel est beau,
Comme il fait bon vivre !
En bon patriote, j'ai Décapité de Launay.
La Bastille est prise, O gué :
La Bastille est prise !
La' Bastille est prise iij
Le soir au Palais-Royal,
Joyeux, en goguette, De l'œil narguant un rival,
Sous une guinguette, Il buvait à sa santé L'amour et la Liberté :
La Bastille est prise, O gué :
La Bastille est prise 1
Voulez-vous finir, fripon !
Lui disait sa belle.
Si Louis Seize est capon.
Moi je me rebelle.
Crois-tu qu'on triomphe aussi Des filles honnêtes, si
La Bastille est prise, O gué :
La Bastille est prise I
Mais quand le dernier quinquet
Fut tombé par terre.
Sur un air qui se moquait,
Le beau militaire Entre deux baisers adroits Lui répondait à mi-voix:
La Bastille est prise^ O gué:
La Bastille est prise I
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(Les Papillons blancs
i*' octobre 1789.
Dans le théâtre de Versailles Fraternisent les régiments ; L'aï mousseux met des grisailles Aux yeux des officiers charmants.
Ils n'ont plus d'allures sévères.
Et montés debout sur leurs bancs, Au Roi tous ont levé leurs verres...
C'est l'heure des papillons blancs I
A leurs chapeaux, les jolis gardes Ont fait faire le demi-tour Pour changer vite leurs cocardes.
Car la Reine entre avec sa cour.
Et parmi les hymnes sonores, Voici qu'aux tricornes galants, Au lieu des roses tricolores, S'épinglent des papillons blancs I
Les Papillons hlaiics it^
11 en vole à travers la salle, On se les jette à gros flocons ; Un parfum de fièvre s'exhale Avec le fumet des flacons !
Leur blancheur a des airs de joie Sous les lustres étîncelants, Et sur tous les fronts se déploie Un rideau de papillons blancs.
En cet automne de l'année.
En cet automne du passé, Où la Monarchie entraînée Jusque dans l'ornière a glissé, Souvenirs d'une époque claire, Insignes chers et consolants, Après la rafale en colère.
Qu'ils sont doux les papillons bkilcs I
A travers la salle enflammée
Au luxueux et fin décor.
Aux pieds de la Reine charmée
L'essaim part et repart encor :
C'est la joyeuse renaissance
Du printemps aux zéphyrs troublants
Qui la caresse et qui l'encense
Dans le vol des papillons blancs.
Vive le Roi l Vive la Reine 1 Vive Monseigneur le Dauphin !
Une musique folle entraîne Les officiers au torse fin }
//6 Les jours sombres
Mais déjà c'est Octobre, il semble Que le froid glace les élans ; C'est à des frimas que ressemble Ce bouquet de papillons blancs 1
O Reine l que rien ne protège, Gare-toi, car ces papillons Ne sont que la première neige D'un lugubre hiver sans rayons.
Ces cocardes à Taile blanche.
Dangereux tourbillons frôlants, Vont fétouffer sous l'avalanche De leurs pâles papillons blancs.
Le peuple ne veut plus d'emblème Qui soit rinsigne du Roi seul, Et ta Royauté ce soir même S'ensevelit dans un linceul ; Tu crois que Tété vient d'éclore, Mais vois, ô Reine aux yeux dolents, Tes cheveux blonds comme l'Aurore Ont déjà leurs papillons blancs !
Regarde, ces cocardes folles Par terre tombent à foison ; On dirait les frêles corolles Des lis fanés de ton blason.
Déjà sur le parquet des salles Leurs pétales s'en vont roulants :
C'est la chute des fleurs royales Cet envol de papillons blancs \
Les Papillons blancs ii'j
Pourtant de la suprême fête, En reine, encor, ce soir, jouis, L'armée à te sauver est prête ; Un soleil nimbe encor Louis.
Avant de voir courir les ombres Et les reflets souvent sanglants Des papillons aux ailes sombres, Cueille tes beaux papillons blancs!
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^a '^eine au balcon