‹ L'automne des lysChapitre 7 sur 13 · Ô Les beaux jours · texte numérisé non relu

Ô Les beaux jours

Nœuds bouillonnes, cadre enlaçant D'une heureuse et frêle clôture La tête au profil ravissant D'un Fragonard miniature ; Nœuds compliqués comme un secret A la serrure de l'armoire ; Nœuds de secrétaire discret, Qui du cœur fermez le grimoire !

Nœuds de rubans, nœuds de faveurs Qu'ont mis aux blancs panneaux des portes Les menuisiers, et les graveurs Aux quatre coins de leurs eaux-fortes; Nœuds qu'à leurs chapeaux les pastours Ont mariés aux pâquerettes, Nœuds dont les dames en atours Ont fait bouffer leurs collerettes 1

Nœuds aux cœurs serrés à l'excès, Minces et fins comme la taille Des Duchesses aux longs corsets Qu'on voit aux galas de Versaille ; O jolis noeuds qui chiffonniez, Par amour d'étranges contrastes.

Comme des robes à paniers Vos ailes aux coques trop vastes.

Nœuds galants, les amours narquois Aimaient à vos rosettes fraîches Suspendre leurs mignons carquois, Leurs flambeaux, leurs arcs et leurs flèches.

Le Nœud ^/

Ils y pendaient aussi, vainqueurs, Gomme font les glaneurs leurs glanes.

Quelquefois un bouquet de cœurs Cueillis au hasard des pavanes !

Nœuds d'amour, au coin des boudoirs Accrochant vos coquets trophées.

Nœuds aux enivrants nonchaloirs Fleurant Tidylle par bouffées.

Vous êtes le symbole heureux De la folle et charmante joie D'un temps où les amants entr'eux Ne tenaient qu'à des fils de soie 1

Nœuds des moutons de Florian, Nœuds de lambours, nœuds de houlettes, Qu'à sa crosse nouait Rohan Et Werthmuller à ses palettes ; Nœuds Louis Seize, papillons Des jolis salons de verdure, Comme çn ses âpres tourbillons Vous enleva la saison dure 1

O nœuds ! chaîne des cœurs épris, Joug des colombes attelées.

Rênes des conques de Cypris, Nœuds aux volutes ondulées !

Votre mode trop peu dura ; Au front de la grâce française Hélas I qui donc vous renouera, Nœuds élégants, nœuds Louis Seize ?

^e %)ampire

Tout le jour, en été, du bassin de Latone L'eau pesante, d'étage en étage descend, Et sous les plafonds bas du palais monotone, La Reine attend le soir clair et rafraîchissant.

Or la nuit maintenant épand des ombres fraîches, Un zéphyr qui s'éveille anime les bosquets, . Et comme on voit rosir, aux espaliers, des pêches, Des groupes, aux berceaux, fleurissent en bouquets,

La Reine s'est assise au coin de la Terrasse, Un fichu de linon fronce à son cou charmant.

Sa robe, ainsi qu'on voit dans l'ombre une cuirasse Met un point lumineux au décor, chastement.

Quand sur elle un rayon joue à travers un arbre Et dessine indécis encor son profil blanc, On dirait une sœur de ces Vénus de marbre Dont a voulu semer son parc un Roi galant.

Le Vampire ^j

Le front bas et pensif de Versailles Tombrage, Les charmilles au loin sommeillent; Tair est doux, Au ciel bizarrement troublé des soirs d'orage Les lumignons fumeux mettent des reflets roux.

Et les nuages ont un aspect très étrange :

Le vent les a drapés en lugubre manteau, Et la Reine croit voir les deux ailes de fange D'un immense vampire au-dessus du château.

Le monstre peu à peu sur elle se déploie Comme un vaste éventail aux montures d'acier... La musique royale attaque un air de joie.

Une femme minaude avec un officier.

La Reine a ramené ses yeux sur les allées, Toute sa cour près d'elle a fait cercle en causant ; Les noires visions alors s'en sont allées Aux accords des archets qu'elle écoute à présent.

Les dames ont semé sur leurs vastes coiffures Des frimas précieux aux flocons étages, Pour en ébouriffer les soyeuses frisures, Monuments de caprice et de perles chargés !

Et, comme un papillon pâmé sur une rose, Dans un bruissement qui froisse le satin, L'éventail palpitant sur leurs lèvres se pose Pour cacher leur sourire à l'aveu libertin.

44 ^^^ beaux jours

On entend de légers murmures, et la Reine, Tranquille, suit des yeux ces manèges d'amour ; Dans la sécurité de cette nuit sereine Un souffle harmonieux semble bercer sa Cour.

Hélas ! si vous saviez à quoi plus d'une songe Sous la gaie impudeur de l'éventail discret.

Quel roman contre vous y narre le mensonge, O Reine qui riez, le cœur vous saignerait !

La calomnie avec ces fins causeurs respire.

Vous avez repoussé Besenval, l'autre soir ; Or l'éventail, là-bas, qui joue, est un vampire Dont cette bouche fine est le mortel suçoir.

Le venin dangereux du couplet qu'il distille Pour vous défigurer contre vous jaillira.

Et c'est le mot semé par la marquise hostile Que la poissarde, héias lun jour recueillera !

Quand on vous parlera plus tard des « Nocturnales » Où sombrait dans l'orgie, ô Reine, votre honneur, Remontez à ces soirs dont les tiédeurs vernales Ne vous avaient laissé qu'un frisson de bonheur 1

C'est en ces soirs joyeux que la paix illumine, Dans ce parc, aux côtés du Roi même, qu'est né Et que de groupe en groupe et les mordant, chemine Jusqu'à votre vertu le monstre empoisonné.

Le Vampire 4^

Le monstre... ou plutôt mille ! En rondes empestées Ils vous frôlent ; suivez dans leurs balancements, Suivez dans le remous des plumes pailletées Cet essaim d'ailerons aux furtifs battements.

Tout à l'heure, ils dormaient sur la gorge des femmes; Mais Lauzun a passé, tous prennent leur essor : Les voici voltigeant, les vampires infâmes.

Avec les éventails aux légers manches d*or !

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(La cMouchej?

Lasse autrefois de se bercer Sur les marais, ailes décloses, La mouche aimait à se fixer Sur la chair exquise des roses.

Quel est aujourd'hui son dédain ?

Pas un roi même qui la touche.

Quelle audace en France soudain A pris la mouche 1

Sur la nacre du sein replet, Sur la nuque aux frisures folles, Chez la Reine, c'est où se plaît La mouche infidèle aux corolles.

Et c'est même la joue en fleur.

Ou le coin rose de la bouche, Qu'ainsi que ferait un voleu* A pris la mouche !

La Mouche ^7

Sur les visages veloutés Du fin duvet de la jeunesse, Rien à Theure des privautés De plus galant que je connaisse; Ce petit carré de velours Fait que le moins frivole louche.

La femme pour parler aux sourds A pris la mouche !

I a mouche est le prix de Tamour Et le Roi seul, un soir d'ivresse, A vu celle que Pompadour Avait au bras, Tenchanteresse !

Heureux le jeune libertin, Victorieux dans l'escarmouche, Qui sur la gorge de satin A pris la mouche !

Le joli siècle où, sans colliers Et souriant à sa toilette, Causait avec ses familiers La Reine Marie-Antoinette !

Le ciel était bleu, bleu de Roi, On raillait le peuple farouche...

Mais le peuple, en un jour d'émoi, A pris la mouche 1

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dîners en public

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Aux temps où l'étiquette aux ordres de Noailles Réglait tout aux palais, la Reine, en diamants, Pour les soupers publics des galas de Versailles Prenait place au milieu des grands appartements.

Elle touchait à peine aux multiples services. Près d'elle tournoyait, en papillons, la Cour, Et la foule attachée au long cordon des suisses. Pour la voir se haussait sur les pieds tout autour.

Les fleurs de lis s'ouvraient — une et deux — au cartouche. Les lustres scintillaient au jeu des fins cristaux. Et Ton voyait passer les chevaliers de bouche Avec des çhs^ssçlas sur l'argent des plateau^.

Dîners en public 4^)

Et les princes très bas s'inclinaient à la ronde, Cassant les galons d'or de leurs habits moirés ; La poudre avait neigé sur leur perruque blonde, Leurs talons se miraient dans les parquets cirés.

Et les dames, aux pieds de la Reine de France, Dans un geste très lent penchant leurs jolis fronts. Autour dès tabourets faisaient là révérence . - En pinçant leurs paniers semés de liserons.

Et la Reine, tout bas taquinant Louis Seize, Miniature au front du fastueux décor.

Balançait son aigrette et buvait, riant d'aise, L'eau de Ville-d^*Avray dans un gobelet d'or 1

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(Epigramme en dentelles

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Auguste, Torfèvre royale De Louis Sei2e avait ciselé la couronne.

En l'essayant, le Roi dit : « Qu'on la lui redonne,

K Elle est mal faite et me fait mal I »

Tout bas la Cour trouvait l'arrêt du prince injuste, Quand un vieux courtisan, pour plaire au Roi buté « Sire, il est vrai ; pourtant la couronne d'Auguste Doit toujours convenir à Votre Majesté I »

(Les '^als de la 'Œ{einej>

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Au temps des menuets galants Qu'on dansait chapeau sur la tête, Avec des gestes longs et lents, C'était à Versailles grand'fête, Eblouissement merveilleux.

Vision charmante et sereine Pour le cœur comme pour les yeux, Quand s'ouvraient les bals de la Reine ;

Les bals en grands habits parés Sous les plafonds dorés d'Hercule, Où parmi les danseurs titrés Sa Majesté passe et circule.

Car ce jour-là, des plus altiers L'étiquette est la souveraine :

Il faut avoir tous ses quartiers Pour danser aux bals delà Reine«

5 5 Les beaux jours

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Aussi quel trouble dans Paris Quand, de par la Reine, les pages Viennent chercher les favoris En magnifiques équipages 1 Quel succès sur ses ennemis, Et pour les amis quelle aubaine :

Entre mille autres être admis,

Etre admise aux bals de la Reine !

On ne visait pas d*autre honneur Que de vivre à la Cour de France, Même y végéter, quel bonheur !

Bien vivre ailleurs, quelle souffrance 1 Perdu dans la neige et Tennui, De Ligne écrivait en Ukraine ; « Hélas l c'est peut-être aujourd'hui Que s'ouvrent les bals de la Reine ! »

Etre du bal ! le doux émoi

De la princesse au jeune garde !

Y pavaner devant le Roi,

ijui, ne dansant pas, vous regarde.

Dans la gaze et les falbalas

De sa robe étaler la traîne,

Avec gaieté « sauter le pas »

Quand s'ouvraient les bals de la Reine

Mais on ne danse pas toujours :

Le château pillé se referme ; Voici venus les mauvais jours.

Et la prison eh est le tei*me.

' Les Bals de la Reine . , , , . j^^

La Noblesse est nombreuse encor; Un tourbillon soudain Tentraîne :

Il n'y faudrait que le décor Pour se croire aux bals de la Reine !

Avec les mêmes airs galants,

Avec la même grâce exquise,

Au bas des escaliers branlants

Le marquis mène la marquise ;

Il esquisse un salut joli.

Elle répond, blémie à peine :

On ne fut jamais plus poli

Quand s'ouvraient les bals de la Reine !

Et voici que sur Téchafaud, Malgré les cris de la canaille, Marie-Antoinette, front haut.

Reçoit ses danseurs de Versaille, Sur ses pas a marché sa Cour ; Dans son sillage elle l'entraîne, Comme naguère à pareil jour Quand s'ouvraient les bals de la Reine !

(La oN^eigej^

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A l'étiquette aussi la nature soumise Aux caprices du jour asservit les climats, Et comme Louis Seize à la mode s'est mise...

La Neige a saupoudré tout Versaille à frimas.

Le château, courtisan, a pris perruque blanche Et chargé ses frontons d'épais et lourds rouleaux ; Sous la coiffure énorme, il semblerait qu'il penche; Des marquis ont ces airs penchés, sur les tableaux.

Sur les rides cachées de son royal visage, La Neige éparpillée en vaporeux flocons Se houppe avec adresse, et d'un léger nuage Estompe mollement le relief des balcons.

Chaque aile du château sous la blancheur s'enfonce Comme sous la dentelle un joli bras sans gants. Et la Neige aux degrés des perrons s'enfle et fronce, Comme fait la batiste aux jabots élégants.

La Neige 55

L'or glacé d'un rayon, au court reflet polaire Moire un ruban d'azur dans le ciel qui sourit, Et semble mettre au cou du château qui s'éclaire Le large cordon bleu des Croix du Saint-Esprit.

Et, le givre poudrant leurs sveltesses charnues. Les ormeaux alignés dans les vastes décors Semblent monter la garde en longues avenues.

Gomme un piquet géant de beaux gardes du corps.

Au milieu des bassins que le froid glace et lisse Ainsi que les parquets d'une salle de bal, Les déesses de marbre ont pris une pelisse Pour écouter l'Hiver leur faire un madrigal.

Dans le fond des bosquets aux frisures perlées, La Neige a rembourré le bois de chaque banc, Et l'on dirait le Roi qui vient par les allées En habits de satin fourrés de velours blanc.

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^a T^endule de iJ^émorin

Dans le boudoir qu'elle préfère Aux fastueux appartements, A son goût la Reine a fait faire De très champêtres ornements ; Plus de cartels pour frapper l'heure, D'iin bruit nasillard et chagrin.

C'est d'un son léger que l'effleure La Pendule de Némorin !

La Pendule a pris la toilette Des héros du derniers roman.

Elle a les rubans, la houlette Et le chapeau de Florian.

Sur le velours de ces demeures, Dans un chant au timbre serein, Elle sonne gaiement les heures, La Pendule de Némorin l

La Pendule de Némorin $y

A la belle laitière on joue, On rentre les foins au grenier, Le Roi va voir tourner la roue Du moulin dont il est meunier.

On goûte aux fromages, aux beurres, On monte un théâtre forain, Cependant que sonne les heures La Pendule de Némorin I

On se moque de l'étiquette, On se fait simples à dessein :

Vaudreuil s'amuse à la raquette, La Reine chante au clavecin.

Ces heures-là sont les meilleures, Mais, suivant le commun entrain, Qu'elle sonne vite ces heures, La Pendule de Némorm !

A pas muets la Reine glisse, Ce jour sera riant encor; Mais parfois un nuage plisse Le front du pastoral décor :

Des secousses intérieures Parfois faussent le tambourin...

Elle sonne vite ces heures, La Pendule de Némorin!

Puis la pendule, un soir, s'arrête Au terme du cadran étroit.

Les bergers ont fui la tempête , On est en octobre ; il fait froid.

$8 Les beaux jours

Et que vois-J€? ô Reine, tu pleures î |

Las I des beaux jours au gai refrain Qu'elle a sonné vite les heures, La Pendule de Némorin !

(Les traîneaux

Voici le temps propice au galant patinage, L*hiver a parqueté de glace les canaux, La Reine joue encore aux jeux de son jeune âge, Après elle, sa Cour vole sur les traîneaux.

Mais la Reine toujours sur les plaisirs raffine : Elle trouve bientôt d'un goût trop allemand Les vieux traîneaux du temps de la Grande Dauphine, Sans sculpture et sans art, utiles seulement.

En voici de coquets, aux lignes torturées,

L'or en a souligné les cambrures ; chacun

A sa forme : aigles noirs^ monstres, conques sacrées,

Que font évoluer Adhémar et Lauzun.

Et tous sont duvetés de fourrures sans taches Que paillette la neige au vent des fous galops. Les chevaux, lamés d'or, agitent leurs panaches Et se cabrent aux sons argentins des grelots.

6o Les beaux jours

Mais les traîneaux soudain s'écartent... Cest Lamballe Qui passe à grande allure au milieu de la Cour. Un murmure a flotté ; sa beauté triomphale D'un jour triste d'hiver ferait un joyeux jour.

Gomme une fleur de neige au pied des monts éclose. Edelweiss de Savoie off*ert à Trianon, Sous la martre et Thermine on dirait une rose : Richelieu, de Venus a murmuré le nom !

Veuve, on dirait encor la vierge en pleine grâce, L*air avive son teint où se fondent les lis ; C'est la beauté suave et sereine qui passe.

Le cœur sans passions comme le front sans plis.

Son vaporeux visage émerge d'un calice Que l'eider moelleux à son col a plissé, Et son traîneau rapide ainsi qu'un rêve glisse, Mettant le feu d'amour au cœur le plus glacé.

Elle était séduisante et craintive et frileuse, Avec l'attachement sans feinte et sans raison. Passant dès ce temps-là comme une nébuleuse Mélancolique sur l'or du royal blason.

Et mia pensée au fil de l'histoire entraînée, J'aperçois, au delà de ces pompeux décors, La Fontaine du Temple, où, toute une journée, Tête et seins arrachés, a traîné ce beau corps.

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^a ^Inme

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Lauzun, le beau fat, dont le sang Devant la Reine en vain s'allume, Portait au bal, d'un air galant.

Une plume de héron blanc.

La Reine a remarqué la plume...

Et Lauzun, sous l'œil de la Cour Tout rayonnant de cette aubaine, Des grands salons a fait le tour.

Sans pouvoir attendre le jour Pour offrir sa plume à la Reine.

Et la Reine, surprise un peu, Mais s'amusant dé l'aventure, Sans croire se brûler au jeu Ni provoquer ainsi l'aveu, A mis la plume à sa coiffure.

02 Les beaux jours

Elle a dit même à Polastron :

« Je n'ai point perdu ma soirée :

« La belle plume de héron !

« Je ne serais pas d'un fleuron « Plus à mon goût vraiment parée ! »

Mais l'histoire s'arrête là ; Lauzun seul, selon sa coutume, D'un orgueil éperdu s'enfla, Et chez la Reine, un jour, alla Réclamer le prix de sa plume.

Lauzun croit qu'on l'aime et qu'il plaît, L'audace amoureuse l'emporte.

Tandis qu'à la Reine il parlait, Comme elle aurait fait d'un valet, La Reine le mit à la porte I

La honte au front, Lauzun ressort ; La colère en lui monte et fume.

Et jusque par delà la mort Sa haine poursuit sans remord La Reine, des traits de sa plume.

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(La '^erle

Monsieur le Prince à sa belle marquise

A fait tenir un poulet parfumé.

Il est troussé d'une manière exquise ;

Monsieur le Prince aime, il veut être aimé :

« Venez goûter les plaisirs et la flamme

Du sentiment que je vous ai gardé.

A Chantilly si vous couchez. Madame,

Vous dormirez dans le lit de Condé.

Les soirs sont doux, nous irons sans mystère

Par les canaux, à l'Ile de l'Amour.

On peut d'ici s'embarquer pour Cythère,

Vénus a fait de Chantilly sa cour I

Le Roi de France est lourd, la Reine est sage ]

Versaille a pris des vertus de bourgeois.

Mais c'est Eros qui dicta le message

Qu'à vos beautés porte un page de choix !

A votre esclave aussi veuillez permettre

De vous offrir ce modeste bijou :

Cette émeraude est le sceau de ma lettre,

64 Les beaux jours

Elle fera très bien à votre cou !

Laissez un peu Polignac et Versailles, Et que mon heurne soit pas retardé ; Souvenez-vous qu'en toutes les batailles Fut la victoire aux ordres de Gondé ! »

Et dans sa lettre enrubannée et close Le Prince a mis Témeraude de prix.

Il sait qu^avec la clef dont il dispose On peut ouvrir les grottes de Gypris.

Mais la marquise, en hautaine coquette,

Répondit vite à son brillant vainqueur :

« L'or n'a jamais assuré de conquête.

G'est le cœur seul qui peut payer un cœur,

£t je n'ai pas besoin de riches gages.

Gondé jamais n'assiégea rien en vain :

Je rends la place, armes avec bagages,

Monseigneur règne en moi de droit divin !» {

Hélas 1 ce tour et ces galanteries Ont disparu dans l'émigration...

Et, cachetant av^c ses armoiries L'acte formel de sa reddition, Au Prince; heureux de son succès insigne Elle adressa son cœur et ses appâts, Et renvoya la per4e, comme un signe Qu'avec l'amour on ne marchande pas 1

Mais, comme alors une galante idée Ne restait pas sans réponse un seul jour,

La Perle . 65

Le Prince sut à sa noble accordée Avec esprit riposter à son tour.

Il fit broyer la perle en poudre fine, Et recueillant la poussière de prix.

Il en sabla gaiement, comme on badine.

Deux mots d'amour à la marquise écrits.

AUTOMNE DES Lld

4jl 4^ 4|tr 4jl 4jtr iÇrJpM^^

'^abei la bouquetière

Au pinceau de Natoire Les mythes rajeunis Ont doté notre histoire D'un charmant Adonis :

C'est Babet, après boire,.

Mais avant, c'est Bernis.

Bernis était d'église ; Mais si vite il flambait Que Voltaire, qu'il grise De son joyeux caquet, Lui disait par méprise :

Viens me baiser. . . Babet l

Babet la bouquetière, Bernis l'ambassadeur.

Pendant leur vie entière Ont mis la même ardeur A se faire litière De grâce et de splendeur.

Babet la bouquetière 67

^^^t/\/W>/V/S^WW>M^W .

Dans les soupers du Temple, Avec Gentil-Bernard Babet prêchait... d'exemple.

Sans sermons et sans fard.

Mais en robe plus ample, Bernis prêcha plus tard.

Babet eut front de rose Et Bernis eut cœur d'or; Babet, pimpante pose, Bernis grave décor.

Bernis l ta vie est close Mais Babet vit encor I

Babet la bouquetière, En petits vers galants, Bernis, la plume altière, En traités excellents, Glissent dans leur carrière Sur les sujets brûlants.

Prince qui s'accrédite Malgré son nez fripon, Abbé de commandite..

Chape, mais pas... capon^ Aimant, l'Hermaphrodite, La robe et le... jupon.

C'est Babet à Versaille Qui chantait Pompadour ; C'est Bernis qui travaille Contre ses plans de cour, Et son chapeau de paille Fut chapeau,. • rouge, un jour l

68 Les beaux jours

En ces temps que regrette Fragonard aux abois, La crosse et la houlette S'enlaçaient quelquefois.

Prêtre, on était poète ; Berger^ pasteur de Rois !

Oh ! la grâce légère De ce siècle idéal, Où la Reine est laitière Et, sans penser à mal, Voit Bernis bouquetière Et Babet cardinal !

(Le ^oi-'Sohil

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La neige à gros flocons a recouvert la ville, La Seine coule noire au-dessous du ciel gris ; Mais un nouveau soleil dans les frimas rutile Et tombe en louis d*or sur le front de Paris.

Car le Prince est toujours fidèle à son emblème, Astre national fécond et réchauffant.

Quand au ciel, le soleil du grand Dieu devient blême, Le soleil du grand Roi sur terre est triomphant.

Quand le soleil de flamme éteint son disque et plisse Son front dans un sourcil épais de blancs frimas. Le soleil de métal ouvre le sien et glisse Par l'étroite fenêtre au fond du galetas.

Quand Dieu ne sourit plus dans sa chaude lumière, Le Roi monte au zénith de son orbe élargi, Et recevant toujours la chaleur coutumière.

Le pauvre ne sait plus quel soleil a surgi.

'jQ Les beaux jours

Quand Dieu n'exauce pas, il a pris l'habitude

D'aller prier le Roi qui l'exauce en son lieu, |

Et confond dans la même et douce gratitude.

Pour le soleil qu'il voit toujours, le Prince et Dieu.

Il sait bien qu'il n'est pas inférieur au nombre, ^

Il dompte la disette ainsi que l'ennemi.

Comme Dieu même, il fait un jour gai d'un jour sombre ; |

Il suffit que son astre éclose au ciel blêmi. 1

Le Roi, comme Dieu, vit dans la gloire divine.

Il les voit tous les deux dans le même décor. !

Le ciel, comme Versaille à ses yeux s'illumine,

Orbe de feu là-haut ; ici-bas, Louis d'or 1

21 JanvieiO

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Devant la Colonnade ouverte sur la place

Où salue à cheval Louis le Bien-Aimé,

Un vingt et un janvier, bourgeois et populace

Autour d'un monument, à grands cris, ont clamé.

Le peuple a fait son œuvre et la ville s'empresse, Malgré Tâpre rigueur d'un hiver inclément, Pour voir la silhouette auguste qui se dresse Au faîte de l'étrange et nouveau monument.

Sur un socle plus blanc que le marbre et l'albâtre Une statue, au geste accoutumé, sourit.

Blanche aussi, dessinant sur l'horizon blanchâtre Son profil bourbonien que le peuple chérit.

La neige qui tomba du ciel rude et morose A fourni la maquette avec le piédestal ; Sous les doigts, elle s'est modelée à la pose Du Roi lorsqu'il écoute un joli madrigal.

7 2 Les beaux jours

On le reconnaît bien: c'est son front que découvre La perruque à rouleaux en arrière fuyant, C'est son port, un peu lourd, tel qu'on le voit au Louvre, Mais si simplement bon qu'il en est attrayant.

La neige l'a vêtu d'un long manteau d'hermine. Plus blanc qu'au sacre même, et plus immaculé, Et sa face, au soleil de janvier s'illumine De tout le franc bonheur d'un peuple consolé.

Les pauvres n'ont dressé qu'un monument de neige.

Mais il n'a pas coûté de larmes ni d'impôts.

Et le Roi, lumineux, reçoit le long cortège

Qui passe et lance au ciel des chants et des chapeaux.

L'inscription du socle est énergique et juste. Le monument doit plaire au prince généreux.

Dans sa grandeur naïve et sa grâce un peu fruste. Plus qu'un marbre arrosé des pleurs des malheureux.

La foule au piédestal se bouscule et s'attache. Elle baise les pieds du monarque glacé; Dans son marbre nouveau la statue est sans tache, Et pure comme l'or que le prince a versé !

Emblème de l'amour charmant du populaire.

De son ingratitude, hélas ! emblème aussi.

Un autre monument par un peuple en colère Ne fut-il pas dressé, neuf ans plus tard, ici ?

21 Janvier yj

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Emblème aussi du Roi fragile et sans défense Comme la neige, pur, comme elle inconsistant : Le grand Roi l'aurait pris pour une insigne offense ; Louis Seize, au contraire, en parut très content.

Un vingt et un janvier, on vit aussi des femmes Au pied d'un monument se ruer tour à tour.

La neige avait fondu, comme avaient dans les âmes Fondu la piété, le respect et l'amour.

Et sur un autr« socle, à cette même place,

A pareil jour le Roi monta col nu, front blanc.

Il ne semait plus d'or ; pourtant la populace

A ses pieds recueillait quelque chose... son sang.

C'était le même peuple et la même effigie, Sous le même soleil malade de janvier :

Un éclair froid brilla ; la terre fut rougie Et la tête du Roi roula dans le gravier.

Neige d'antan si chaude au cœur du Roi naguère. Manteau qu'avait le peuple offert en son élan, Sur ce martyr couché sans un drap dans la bière, En linceul pur, tombez au moins, neige d'antan !

^'t^nf de 'Pâques

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Madrigal à une Dame.

Ne méprisez jamais un œuf à coque pleine :

Qui sait quels longs regrets puniraient vos mépris ? C'est d'un œuf qu'autrefois sortit la belle Hélène ; Et quel homme depuis n'a jalousé Paris?

(L'(Enfant du temple

Artois, pour recevoir sa royale convive, Du château de Vendôme a pillé les celliers... Le teint frais, les yeux clairs et que la joie avive, La Reine soupe au Temple avec ses familiers.

Pour regagner Paris, elle a laissé Versailles; Le Chapitre, en drap d'or, l'a reçue au Parvis ; A Notre-Dame elle a fêté ses relevailles.

Un second prince est né ; les peuples sont ravis.

Le « bon petit Normand », second Dauphin de France, Dans son berceau doré repose en ce moment.

Et d'Artois dans un toast à la frêle espérance. Fait vibrer à son nom l'austère monument.

« Il est comme moi, Charle, il aura le cœur tendre. « C'est un heureux métier qu'être frère du Roi. « Puisse le Temple, un jour, l'accueillir et l'entendre « C'est un endroit charmant où l'on est bien, ma foi.

7 6 Les beaux jours

« Au Temple, on a toujours excellent majordome, o Sans peine on resterait prisonnier dans ce lieu ; « C'est ici maintes fois que s'est grisé Vendôme, « Et qu'en vers amoureux s'est oublié Chaulieu.

« Quand il sera plus grand, Madame, je souhaite « Voir au Temple avec vous notre gentil neveu. « Le jour qu'il y viendra sera grand jour de fête, « On illuminera malgré le couvre-feu I

« C'est bien ici qu'il faut saluer sa naissance. « Il aura dans ces lieux un endroit réservé, « On l'y fera traiter avec magnificence ; « C'est là qu'il sera Roi, si je n'ai pas rêvé.

« Je veux qu'en ce décor sévère on le contemple. « 11 y viendra souper, si Dieu m'exauce, un jour: « Ce frêle enfant, plus tard, sera l'Enfant du Temple. « Je ferai réparer pour lui la grosse Tour! »

A l'augure joyeux porté sur ce doux être La Reine bat des mains et pince au creux du bras Lamballe, dont le front s'encadre à la fenêtre, Tandis que la clameur du peuple chante en bas.

(La ^omme de terrcj^

Dans les jardins de Versaille Où fleurit le lis altier, Un jour Monsieur Parmentier, Glorieux de sa trouvaille, Présente au Roi, Tair malin, Modeste fleur violette.

Sais-tu quelle fleur, Colette, Sais-tu quelle fleur, Colin?

Elle a figure minable, Le front jaune de souci.

Elle est triste et pâle aussi Et penche un front lamentable.

C'est vraiment fleur de vilain ; Demi-deuil est sa toilette.

As-tu vu la fleur, Colette ?

As-tu vu la fleur, Colin ?

7 5 Les beaux jours

« Sire, dit-il, je vous offre De mettre sous bon verrou Et d'enfermer le Pérou, Avec ces fleurs, dans un coffre ; De Vienne, Londre et Berlin, Nous ferons une omelette,

Le Prince ouvrait l'œil, Colette.

Le Prince ouvrait Tœil, Colin l

— Et, dit-il, comment se nomme Votre merveilleuse fleur ?

— Immense en est la valeur.

Sans pommier, c'est une pomme.

Le peuple, son chapelain, A baptisé la pauvrette :

Pomme de terre, Colette, Pomme de terre, Colin.

Nourri de ce tubercule Que j'ai cultivé pour lui.

Le bon peuple, votre appui, Deviendra fort comme Hercule. » Au bonheur du peuple enclin Le Roi dit : J'en fais l'emplette.

Je veux en manger, Colette.

Je veux en manger, Colin.

Les lis sont fleurs de parades, Belles aux soirs de galas.

Celles-ci font les bons plats Qui font les bons camarades*

La Pomme de terre 7 g

Chaque dimanche, au moulin, Au pot, moi, je veux qu'on mette

Pomme de terre, Colette, Pomme de terre, Colin !

Et le bon Roi qu'on regarde Dit : « Ce bouquet est fort beau.

Je le mets à mon chapeau Près de ma blanche cocarde. »

La Monarchie au déclin Du peuple a pris la fleurette,

Pomme de terre, Colette, Pomme de terre, Colin 1

^a ^eine des fient s de l}^s

Lilium inter lilia I

Sous la floraison très blanche Des houppes aux fins replis, Eclose à peine, elle penche Comme un lis parmi les lis,

La Reine des Fleurs de Lys !

Sa coiffure est un calice Aux cent pétales jolis Que déplisse et que replisse Gomme des bouquets de lis

La Reine des Fleurs de Lys !

Une grâce autour voltige; Et sous les zéphyrs mollis Se balance sur sa tige, Vivant et suave lis,

La Reine des Fleurs de Lys I

La Reine des Fleurs de lys 8i

Elle scintille et fleuronne Sur les ors déjà salis ; Au bandeau de la couronne C'est elle le plus beau lis,

La Reine des Fleurs de Lys !

De son âme très sereine

La page est intacte : lis!

Et des vertus elle est reine,

Gomme est roi des fleurs le lis,

La Reine des Fleurs de Lys !

Elle eut robe liliale Dans l'honneur et le mépris, Avec Tarome elle exhale L*âme pure aussi d'un lis,

La Reine des Fleurs de Lys !

Et nouvelle reine Blanche, Les yeux de pleurs embellis, Ton sang rouge qui s'épanche Blanchit quand même les lis,

O Reine des Fleurs de Lys !

Ton échafaud nous attire, Et de piété remplis.

Aux palmes de ton martyre Nous entrelaçons tes lis,

O Reine des Fleurs de Lys !

AUTOMNE pES LIS

82 Les beaux jours

Et sur cet autel suprême, Comme à Versailles, les lis Sont ton pur et chaste emblème ; Deum ora pro nobiSy

O Reine des Fleurs de Lys !

(tgnoôcenda...

Elle fut vraiment pardonnable La Reine à l'espoir obstiné, A qui le sort abominable Autrefois n'a rien pardonné.

C'était la grâce souveraine...

Elle eut des rêves irritants ?

Mais songez donc qu'elle était reine^ Reine de France à dix-huit ans 1

On a dit qu'elle était frivole

Et qu'elle aimait les bons danseurs.

Bon Dieu, le crime ! une parole...

Du rouge, un peu ! quelles noirceurs 1

Mais elle avait l'âme sereine,

Elle s'ouvrait comme au printemps.

Et puis songez qu'elle était reine, Reine de France à dix-huit ans 1

8^ Les beaux jours

Elle suivait de près la mode, Et pour plaire aux plus élégants, Sur sa chevelure en pagode Coiffait des poufs extravagants.

Mais toujours la modiste entraîne La cliente aux désirs flottants.

Et puis songez qu'elle était reine, Reine de France à dix-huit ans !

Lasse de la plus belle cage

Qui fût sur terre, un certain jour,

D'un parc elle fit un bocage.

Et d'une charmille, une cour.

En elle avait fleuri la graine

Que Rousseau semait, dans le temps.

Et puis songez qu'elle était reine, Reine de France à dix-huit ans !

Elle croyait vraiment parfaite Comme elle était, la Royauté ; Le Roi seul, avec elle, au faîte, Le reste avait Tégalité...

Oui, mais elle était née à Vienne Chez les Césars omnipotents...

Et puis songez qu'elle était reine.

Reine de France à dix-huit ans!

Contre une incessante cabale Elle se fit le chaperon De Polignac et de Lamballe, De Diane et de Polastron,

Ignoscenda... 8^

Mais qui donc en son cœur refrène Ses vives amitiés, longtemps ?

Et puis songez qu'elle était reine, Reine de France à dix-huit ans !

De France ! et quand cela veut dire Le plus beau royaume qui soit.

Auquel le Roi, « pour un empire », N'aurait jamais cédé son droit.

C'est ainsi, je sais, qu'on égrène Les fleurons les plus éclatants,

Oui ; mais songez qu'elle fut reine, Reine de France à dix-huit ans !

Et dites-moi, quelle est la femme Qui sur cette Reine pourrait Jeter la pierre de son blâme Sans se lapider en secret?

Qu'elle aille, sa contemporaine.

Grossir les rangs des mécontents...

Mais pour juger, qu'elle soit reine, Reine de France, à dix-huit ans !

y^HÉ^i^HÉ^ i^HÉ^ i^HÉ^ ^^ÊÊf I^HÉ^ i^HÉf l^HÉ^ I^HÉ^ I^HÉ^ UhH^

^a /b//e Journée

Ce fut une époque très folle, Faite de contrastes charmants.

On réforme et Ton batifole, On change d'idée et d'amants.

Tout se mêle et gaiement s'embrouille, Le Prince ressemble au bourgeois, La Reine a repris la quenouille, Suzon cherche l'Esprit des Lois !

On a des coiffures étranges

Qui vous mettent avec efforts

Sur la tête des ailes d'anges

Et la tête au milieu du corps ;

Une abeille qui meurt vous touche;

Ou cause avec ses jardiniers;

Pour plaire aux gens, on prend la mouche,

On porte à la Cour ses paniers.

La folle Journée 8 y

Jadis, pour gagner les suffrages, L'artiste sans détours soudains Au cordeau traçait ses ouvrages, Comme Le Nôtre ses jardins.

Masquant partout la perspective De son parc et de ses amours.

Au but maintenant on n'arrive Qu'après mille et mille détours.

La soubrette a la mine altière Et répond net au suzerain :

La Reine est très bonne laitière Et bat le beurre avec entrain.

C'est un carnaval véritable :

Voltaire est à présent colon.

Le Talon Rouge est à Tétable Et la bergère est au salon !

Dédaignant les fines dorures Qu'on jalouse autant que ses droits, Le Roi fabrique des serrures, Le peuple fabrique des lois.

On a la science ironique, Et sans savoir où l'appliquer, Chacun apprend la mécanique Quand la machine va craquer.

Grâce à Florian nul ne doute Que les beaux jours ne soient venus, Où sans s'écorcher, sur la route, On va pouvoir aller pieds nus

88 Les beaux jours

Voyez ! le tourtereau roucoule, L'homme s'attendrit aux beaux vers, Le peuple est doux, bonne est la foule.

Ouvrez la cage à Tunivers !

Galonné, épris de l'impossible,

Fait des dettes... pour s'enrichir.

Rousseau dit que l'homme est sensible,

De tout joug il faut Taffranchir.

Et dans la séance suprême

Où le sort du Roi fut voté,

Le Girondin, pour sa mort même.

Vote « avec sensibilité » !

De son essor, la France fière Groyait pouvoir monter très haut.

Sans penser qu'à la montgolfière 11 faut renouveler Pair chaud.

Gomme des Roziers à la côte Vit choir son ballon dégonflé, La belle et folle aéronaute Tomba de son rêve étoile !

Desmoulins cueille sa cocarde Aux arbres du Palais-Royal, Et Mai, sous la Terreur mignarde, Prend le manteau de Prairial. Des marches de la guillotine, Quand le sang coule ainsi qu'il veut, Attentif, Fabre d'Eglantine Ghante : Rentre, Bergère, il pleut !

La folle Journée 8g

Le Roi, très faible, laisse écrire Des mémoires très hasardeux; Les grands seigneurs pâment de rire Quand Figaro se moque d'eux ; La Noblesse, au gouffre entraînée, Dansa jusqu'au bout du chemin.

Ce fut bien « la folle journée », Sans précédent, sans lendemain !

lendemain d'orage

«^««MAAM^^tMAM

J'aurais voulu faire un léger poème

Habillé de gaze et de frais satin,

Plus pimpant que ceux de Florian même

Et qu'on eût chanté sur un air mutin.

Car je trouve exquis le gai bavardage

Qui faisait jadis un nid d'un château,

Et j'adore assez le marivaudage

Qui va chiffonnant de longs plis Watteau.

Or il est un siècle aux nuances claires, Plein de politesse et d'urbanité, Qui riait au nez des censeurs colères Avec tout l'esprit d'un enfant gâté.

Délicats plaisirs, grâces raffinées, En ce siècle-là toujours ont vaincu.

Qui n'a pas vécu ces belles années, Plus d'un nous l'a dit, n'a jamais vécu.

Lendemain d'orage gi

Une Reine alors en sa maisonnette Cueillait les œufs frais de son poulailler, Dans les parcs peignés faisait place nette Et ne perdait point ses soirs à bâiller.

Jusqu'à Trianon je voulus la suivre, Pour elle laissant désert TCEil-de-Bœuf.

Dans un rêve au moins je crus pouvoir vivre Comme elle vivait vers quatre-vingt-neuf;

Mais si loin qu'en mer se fasse un naufrage, L'épave en revient avec le reflux.

Le soleil peut bien luire après Torage, Mais les fruits tombés ne mûrissent plus ; Et quand on retourne au riant asile D'où même un seul jour Tâme s'exila, Il peut reparaître intact et tranquille, On sent que la mort a passé par là.

Du corps le plus cher quand l'âme est ravie, Qu'importe pour nous le tombeau doré ?

Nul homme ne peut redonner la vie Au cadavre froid du temps expiré.

Sur le frais pastel une trace sombre Me gâte un portrait jadis sans défaut.

Le trône du Roi, sous le jeu de l'ombre, Prend parfois le soir des airs d'échafaud.

J'ai bien retrouvé plus d'un frais emblème, Des rosiers en fleurs, des bouquets de lis.

Semés comme on sait que Boucher les sème ; Mais le vent les a tristement pâlis.

9 2 Les beaux jours

J'ai bien retrouvé de galants trophées Sur le bois sculpté des étroits trumeaux, Chapeaux de pastours, houlettes de fées Qu'un nœud de faveurs lie aux chalumeaux.

Un décor charmant partout m'environne :

Sur les panneaux blancs court un filet d'or, Des carquois croisés sous une couronne D'une écharpe rose y pendent encor ; Des festons toujours s'enlacent aux frises ; Mais, hélas, pour moi, masques et pipeaux.

Souvenirs fanés, ont les teintes grises Qu'après un spectacle ont des oripeaux!

Dans la galerie en danse frivole Je vois bien partir les gais courtisans ; Mais des violons un soupir s'envole, C'est pour moi le glas des agonisants.

Car on brisera ces grâces mièvres, Beaux insouciants déjà condamnés, Le sourire fin qu'esquissent vos lèvres Se fige en rictus de guillotinés.

Le rouge aujourd'hui plaque votre joue,

Vous avez bistré vos yeux avec art ;

Mais je songe au jour proche où dans la boue

Votre sang sera votre dernier fard.

Les fleurs que tressait un rêve idyllique

Tomberont avec le rêve, du front,

Et ces fins cheveux, autour d'une pique,

O frêle Lamballe, un soir, boucleront !

Lendemain d'orage g y

L'émeute a couvert les airs de musique, On ne revit point les jours révolus; Le temps a rompu le charme magique, Trianon fermé ne s'ouvrira plus.

De ce temps qu'avec regrets on célèbre, Plus d'un beau sceptique, un jour convaincu.

Sans mentir a fait l'oraison funèbre :

Tous ceux qui vivaient alors... ont vécu!

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