LES JOURS SOMBRES
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^'(Epopée çJ^oite
Je voulais aux sentiers du Hameau de la Reine Cueillir les derniers lis éclos dans le linon, Mais en vain je m'arrête : un souvenir m'entraîne. Le drame m'obscurcit l'anecdote sereine, L'ombre du Temple voile à mes yeux Trianon.
Je ne voudrais chanter que la joie en dentelles, Que tambourins marquant le pas aux pastoureaux, Que Némorins galants auprès de leurs Estelles, Et j'entends sourdre en moi des plaintes immortelles Et le cahot lugubre et sourd des tombereaux.
Les désastres fameux d'un empire qui croule Dans la pitié profonde entraînent la raison.
La poussière héroïque inonde ainsi la foule, Et jusque dans l'Histoire un vers de feu la roule, Comme un astre parfois s'allume à l'horizon.
g8 Les jours sombres
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Et quand rien de la gloire instable ne demeure, Les lieux qu'elle habita sont terribles encor, Et ces Rois qui, vivants, ne brillèrent qu'une heure, Au prisme évocateur d'un poème qui pleure, Rayonnent dans l'éclat d'un éternel décor.
On les a vus, un jour, aux vains tombeaux descendre, Et même leur tombeau n'est pas resté debout.
Les peuples en fureur en ont jeté la cendre : Henri Quatre est pour nous perdu comme Alexandre, Ils ne sont nulle part, et tous deux sont partout.
Comme les Rois tombés que de cités sont mortes ! Atticus a déjà vu Corinthe en débris.
Les Romains, de Carthage ont nivelé les portes. Comme les Rois puissants les villes les plus fortes, Dans un silence obscur tombent malgré leurs cris.
Leurs fastueux habits et leurs brillantes fêtes Avec eux ont été cloués dans leur cercueil ; Mais leur renom parfois est né de leurs défaites. Ilion eut Homère et Sion ses prophètes Pour élever leur gloire aussi haut que leur deuil.
L'ennemi n'en a point laissé pierre sur pierre ; Mais des chanteurs, parmi les ruines assis.
Ont modulé leur râle en sublime prière, Et leur vers enlaçant comme un frêle lierre Protège et rajeunit Içs déçonibres npircjs,
L'Épopée noire 99
Coups de vent imprévus d'un trop précoce automne, Couronnes qui suivez les feuilles dans leur vol, Populaires assauts dont le peuple s'étonne, L'orage, au ciel serein d'août, sur le Roi tonne, Les lis en pleines fleurs sont arrachés du sol.
Ainsi qu'un raz immense a monté la colère, La vague a renversé le trône en un moment, Et dans un tourbillon le remous populaire D'un empire assuré douze fois séculaire.
Jusqu'au faîte engloutit l'antique monument.
Jamais fleurs ne se sont plus promptement fanées. Jamais ne s'est plus vite envolé tout espoir ; D'un beau règne jamais les riantes années Dans l'horreur ne se sont à ce point terminées ; Jamais matin plus clair n'eut plus sinistre soir.
Au vaste champ d'azur du blason pas une ombre, Au zénith l'astre-roi ruisselait dans les ors. Les peuples l'adoraient, — et dans le gouffre sombre La nef des fleurs de lis, au moment qu'elle sombre. Voguait, rameurs chantant, toutes voiles dehors.
Et maintenant le Roi libéral et sincère N'est plus qu'un vil jouet qui va de main en main. L'Histoire semble un jeu d'ironique faussaire ; Chaque jour a son frais ou triste anniversaire, Qa (Joute tour à tour d'hier ou de demain.
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Et ce drame, pourtant, jamais la poésie Sur son aile ne Ta dans un rêve emporté :
Il dort tel qu'il vécut. — La folle fantaisie Pour le transfigurer ne s'en est point saisie, Et THistoire pâlit devant sa vérité.
Car dans le palais que dévaste Après le massacre le feu, Nuit du dix Août, ô nuit néfaste Où riait le ciel clair et bleu !
Quand Louis Seize fut la proie Du peuple ameuté qui le broie. Des malheurs tragiques de Troie Qui viendra nous parler encor?
Ou quel Shakspeare en la nuit noire Fera surgir à la mémoire Une plus infernale histoire Dans un plus luguble décor?
Et dans Ilion toute en flammes Où Priam se traîne à l'autel Sur des hécatombes de femmes, Qui donc a rêvé rien de tel ?
Ce n'est pas un chant d'épopée Dont l'âme française est frappée.
Et qui dans sa douleur drapée Tend le ciel des crêpes du deuil.
Ils ne sont que d'hier ces crimes, Et pour apparaître sublimes, Aux nobles et douces victimes Il n'a manqué qu'un vaste orgueil l
VÉpopée notre ; ô /
Du vieux palais de ses ancêtres Tout à l'heure est sorti le Roi ; On fusille par les fenêtres Et le tocsin hurle au beffroi.
Il a souffert tous les outrages.
Il a subi tous les orages, Dans le plus affreux des naufrages Il tombe avec tout le passé.
Dans rhorrible chute il entraîne, Jusqu'à son échafaud, la Reine.
Ils n'ont fait que passer à peine, Et leur passage est effacé l
O Versailles, pivot de gloire.
Olympe fier et sans pareil, Dans le ciel bleu de notre histoire Epanoui. comme un soleil, En quel lugubre crépuscule Ton astre que rien ne macule Tout d'un coup s'abaisse et recule Au-dessous de Phorizon noir !
Car sous le linceul populaire C'est le passé seiil qui t'éclaire.
Comme un paysage polaire Que voilent la mort et le soir.
On brûle, on assassine, on pille,
On guillotine les enfants.
La mère tombe avec sa fille,
On abat les noms triomphants.
Toute en pleurs, la nuit, et par fraude,
En prison, la Reine ravaude :
102 Les jours sombres
Car la populace maraude Jusqu'à rintimité des pleurs.
Au bout d'une pique, blémie, Vient la saluer son amie...
Quel Homère ou quel Jérémie Saura pleurer de tels malheurs 1
En vain nous chercherions dans Tantique légende Désastres plus touchants et détresse plus grande, Et rêve plus hideux par la haine inventé.
Plus horrible l'histoire est là qui nous obsède,
Et la fable le cède
A la réalité !
Hécube fut heureuse auprès de cette Reine ; En menant par la main Œdipe qui se traîne, Antigone a cueilli les fleurs de l'amitié.
Et les Anglais, tandis que la flamme étincelle,
Sur Jeanne la Pucelle
Ont pleuré de pitié I
Que sont ces visions confuses d'épouvante Et dont le souvenir, même incertain, nous hante ? Ces villes au pillage et ces destins de rois Râlant dans un décor d'horreurs orientales Et qu'en leurs capitales Un vainqueur fixe en croix ?
Paris a deviné tes sombres gémonies, O Rome ! et le secret des lentes agonies.
Et tout ce qu'au plaisir un siècle raffiné
L'Epopée noire loj