‹ L'automobile est-elle une richesse?Chapitre 11 sur 87 · Chemins de fer · texte numérisé non relu

Chemins de fer

Garantie d'intérêts 40 39 89 38

Anmiités à la Cie de TEst . . 321 319 316 310

Ohligections du Trésor:

Court terme 774 216 37 63

Long terme 59 — — —

Divers 1.037 818 883 950"

2® Dette pour travaux de Chemins de fer:

Annuités 1.258 1.580 1.622 1.902

30 Dette flottante 999 1.291 1.055 1.171

Total général .... 29.913 30.465 29.981 30.284

On voit, par ces chiffres, que la Dette publique a, de 1890^ à 1895. augmenté de 550 millions environ ; de 1895 à 1900, elle a décru de 500 millions ; puis, de 1900 à 1907, elle a remonté de 300 millions. Somme toute, de 1890 à 1907, c'est un accroissement de 370 millions, soit de 22 millions par an.

a Depuis 1895, dit le ministre des Finances, la dette a diminué, et nous ne saurions trop répéter que c'est la première fois, depuis un siècle, que pareil fait se produit en un espace de douze années. Nous dégagerions des résultats plus satisfaisants encore, si nous distinguions, comme on le fait de l'autre côté de la Manche, la dette de poids mort et la dette qui a pour contre-partie un actif productif, si nous mettions en œuvre une idée que nous avons souvent développée, à savoir que les obligations émises par les Compagnies de Chemins de fer pour l'extension de leurs réseaux et remboursées au moyen d'annuités inscrites au budget des travaux publics, ne constituent pas des dettes d'Etat, à proprement parler. Nous ne nous las-

serons pas de le répéter : ces empnmts rentrent dans le cadre de tout un enst«nble d'opéraiions financières accomplies et poursuivies par ks Compagnies de Chemins de fer, et si celles-ci peuvent être considérées comme s'endettant pour le compte de l'Etat, aussi bien d'ailleurs lorsqu'elks empruntent pour acquérir du matériel roulant que lorsqu'elles émettent des obligations pour construire lies voies nouvelles, elles amortissent également à l'avantage du Trésor, quand elles remboursent leurs litres. Mais nous ne voulons pas ouvrir un nouveau débat à ce sujet ; il nous suffit de remarquer que la dette pour travaux de Chemins de fer, qui a un caractère tout particulier — nul ne le contestera — a seule été en augmentant, tandis que la dette de poids mort diminuait de plus de 400 millions entre ISOO et 1907. )>

Ne rouvrons pas non plus le débait. Faisons seulement observer qu'ainsi toute somme qui peut, un jour ou l'autre, diminuer le chiffre de la dette, ne devrait pas être comprise dans son montant. Mais, d'autre i>art, en suivant cette méthode, il semblerait assez nMurel d'y faire figurer celles qui sont susceptibles de venir l'augmenter et surtout celles qui l'augmentent déjà. Serait-il bien étonnant que certains emprunts, comme les Emprunts Tunisiens 3 % d'Annam et du Tonkin 2 1/2%, de Madagascar, 2 J Vo et 3 %» àe l'Afrique occidentale 3 %, qui sont garantis par l'Etat français, mais dont le service des arrérages est fait par les colonies intéressées, ne retombent quelque jour à la charge de la Métropole ? Et même celle-ci pourrait-elle se désintéresser, le cas échéant, des Emprunts, bien que non garantis, de l'Indo-Chîne, de l'Algérie et de la Tunisie ? Il est vrai qu'il sera toujours temps de les faire figurer dans le tableau de la Dette, et si j'en parle ici, c'est pour dire simplement que l'idée de M. Caillaux n'a pas lieu de s'appliquer aux annuités pour travaux de Chemins de fer plutôt qu'à ces emprunts coloniaux dont il ne parle pas.

Il y a des sommes, ai-je dit, qui déjà augmentent actuellement la dette, et je veux parler ici de la dette viagère qui pèse d'un poids fort lourd et qui, sans cesse, va s'accroissant. Elle était, en 1907, de 285.841.556 francs. N'est-ce pas là une dette de poids mort ? Je ne vois pas. la contre-partie. Cependant, M. Caillaux ne la fait pas figurer dans son tableau.

J'ai parlé assez explicitement, il y a trois mois, de l'impôt

sur le revenu qui semble inspirer de plus en plus de répugnance. Je ne reviendrai sur la question que pour signaler les conséquence^ qui résulteraient de son vote pour la population parisienne.

Au mois de mai dernier, M. Chassaigne-Goyon, dans une étude qu'il présentait au nom de la première Ck)mmission du Conseil municipal, évaluait la surcharge d'impôls pour Paris, du fait de Timpôt sur le revenu, s'il était voté, à plus de 30 millions.

La uireclion des finances de la Ville, qui a aussi étudié la question, arrive à un chiffre beaucoup plus élevé. L'augmentation des charges ne serait pas moindre de 41.589.500 francs. Elle établit que :

P Dans les 690 millions de francs d'impôts à supprimer, les Parisiens paient aujourd'hui 166.880.000 francs, soit 24.18 %.

Dans le nouveau système, sur 09i millions de francs, les Parisiens paieront 208.470.000 fr., soit 30 V« ;

2* La taxation des revenus du travail à partir de 2.500 francs aurait pour conséquence l'inscription sur les rôles de nombre de contribuables qui n'y figurent pas actuellement au titre de la contribution mobilière.

La statistique des loyers de 1904 fait ressortir qu'il y avait, en 1904, à Paris, déduction faite des vacances, environ 120.000 loyers de 400 à 499 francs. Le loyer moyen ressortant à 437 fr., si on multiplie ce chiffre par le coefficient 6, comme dans lo projet Cochery, on obtient un revenu de 2.622 francs, sur lequel 122 francs seraient imposables. Du reste, si l'on suppose un ménage où le mari gagne 8 francs par jour et la femme 2 francs par jour, ce qui est fréquent à Paris, pour 300 jours de travail par an, on arrive à un revenu total de 3.000 francs, notablement supérieur au minimum imposable. Or, la plupart des ménages de cette catégorie n'ont pas 500 francs de loyer et, par conséquent, ne paient auiourd^hui aucune contribution.

On estime à 60.000, soit la moitié du nombre ci-dessus de 120.000 loyers de 400 à 499 francs, celui des contribuables nouveaux qui figureraient ainsi sur les rôles.

Il s'ensuit donc que, si les classes moyennes sont les plus atteintes par le projet de M. Caillaux, comme il l'a avoué, les patentables des septième et huitième classes, les plus petits, en seront aussi les victimes.

Co ne sont pas seulement les impôts qui augmentent, c'est aussi le coût de la vie. Il y aurait, selon les statisticiens, sur les denrées de première nécessité, une augmentation de 10 % environ tous les dix ans.

Les expositions décennales, pendant lesquelles la vente des diverses denrées est, pour ainsi dire^ vente forcée, accroissent les cours de ces denrées de 20 % environ. L'exposition terminée, ces mêmes produits, suivant une loi naturelle, tendent à reprendre leur cours normal. Mais il reste, malgré tout, une augmentation très notable de ces différents cours, qui porte à ce chiffre de 10 % environ l'accroissement du prix de la vie.

Ce n'est pas, évidemment, la seule cause d'augmentation. Il faut aussi compter sur la cherté sans cesse croissante de la main-d'œuvre, la température, les droits d'octroi plus ou moins élevés, et, ne l'oublions pas, les droits de douane, etc. Quoi qu'il en soit de ces causes diverses, il est incontestable que le prix de la vie s'élève d'année en année. Ainsi, de 1901 à 1906, le prix moyen de la viande de bœuf a augmenté de 9 % celui de la viande de mouton de 10 %. De même, pour la viande de veau ; et celle de porc s'est élevée de 1 franc à 1 fr. 50. Le pain a passé de 0 fr. 75 à 0 fr. 85 les deux kilos. De 2 fr. 50 le kilo, la volaille est à 4 fr. 50. Sur les fromages, il y a 40 % de hausse. Sur les pommes de terre, 0 fr. 10. L'augmentation est de 1 fr. 50 sur les homards et les langoustes.

Les beurres courants laitiers — de Normandie, de Bretagne ou de Touraine — qui valaient, en 1905, 240 francs, valaient en 1906, 275 francs les 100 kilos. Cette année, cette augmentation s'est maintenue. Même accroissement pour les œufs, qui sont passés de 72 francs en 1905 à 80 francs le mille en 1906. Ce prix s'est à peu près maintenu.

Les conserves ont augmenté de 10 à 15 °/o en raison de la hausse de certaines matières premières nécessaires à la fabrication des boîtes. Le lait coûte 2 centimes J de plus que Tannée dernière.

Le Directeur de l'Assistance publique signale ces augmentations dans son rapport au Préfet pour le budget de 1908. Il les évalue à 650.000 francs sur un budget de dépenses de 25.500.000 francs, soit à 6 ou 7 % en moyenne. Mais l'Assistance publique achète par grandes quantités et profite de certaines réductions. Il semble que, pour le public qui achète au jour le jour et en détail, l'augmentation moyenne et globale soit au moins de 10 %. Et c'est un chiffre, s'il vous plaît, dans les dépenses quotidiennes !

Le Monileur des Intérêts Matériels a publié, comme il le fait chaque année, un tableau des émissions totales faites au cours de Tannée 1906. Voici les chiffres qu'il donne :

Capital des émissions elfecluées en 1906 : (En millions de francs)

EmÎMiont

Total des annéet

Bmprunls dËUt, villes,

provinces

Sociétés

de crédit

Cbcmins

de fer

et

industries

Convertioiis

en 1906

l^ays d'Europe

France et colonies

Allemagne

Autriche-Hongrie

Belgique

Bulgarie

Espagne

Qr. -Bretagne et colonies

Grèce

Italie

Luxembourg ....

Norvège

Pays-Bas et col..

Portugal et col..

Roumanie

Russie

Serbie

Suède

Suisse

Turquie

Hors {TEuropc:

Amérique latine.

Canada

Chine

Congo

Egypte

EUts-Unîs

Japon

Sud-Afrique

Totaux 6.141.9 2.304.8 7.798.8 10.318.9 26.559.4 19.109.4

Rapprochons maintenant les chifltes toUox des trois dernières années :

ifOA 1905 1906

Totaux 0/0 ToUuK O/o Totaux O/o

IlillioDi de francs

Cr.-Bretagne et col.. 2.157 14.93 2.526 13.21 1.947 7.38

Oontment 6.620 45.86 7.599 39.77 18.245 68.69

Afrique 518 8.57 731 3.82 317 1.20

AjBénque ^ 3.657 21>A0 6'.3e6 33.32 5.438 20.47

Chine, Japon 1.479 10.24 1.887 9.88 612 2.31

Voici enfin an tableau complémentaire pour les quatre dernières années, donnant le classement par catégories d'appels au -crédit :

Emprunte d'Etats, de provinces

et de Tiliee 16.05

Ëtajblissements de crédit 7.26

Chemins de fer et Sociétés industrielles 28.94

Conversions 47.75

Le Moniteur des Intérêts Matériels fait observer que les opérations de 1906 sont supérieures de près de 7 J milliards de francs â celles de 1905. Mais, dans ce chiffre, sont compris plus de 10 milliards de conversions qui ne sont pas, en réalité, de nouveaux appels au crédit, tandis que Tannée précédente, 'Oes opérations n'intervenaient dans le total que pour un peu plus d'un milliard et demi. Les émîssimis proprement dites ont donc été, en 1906, légèrement inférieures, comme volume, à celles de

Cependant, ce qui a encore distingué l'année 1906^, c'est l'aetiviié industrielle et commerciale qui a sollicité des capitaux nouveanx nécessaires à son développement. C'est vers Tindtetrie, vers la création de nouvelles forces de production, que Tépargne a été attirée, et qu'elle s'est largement répandue comme une mamie bienfaisante.

Notre mouvement commercial avec l'étranger s'est élevé de

8.953.000.000 francs en 1904 à 9.646.000.000 en 1905, soit une augmentation de 693 millions ou un peu plus de 7 %. Nous rappelons ces chiffres pour aider nos lecteurs à en faire la comparaison avec les suivants qui intéressent le commerce extérieur de TAllemagne, empruntés au Berliner Tageblait, Disons encore que ces derniers concernent Tannée 1906. N'ayant pas, sous les yeux, ceux de la même année pour la France, nous avons pris ceux de 1905.

« Le mouvement commercial avec l'étranger, dit donc le journal allemand, a atteint, en 1900, 14.836 millions de marks conlio 13.277 millions en 1905. Dans les cinq dernières années, l'importation a augmenté de 40 Vo et l'exportation a augmenté de 36 °/o. C'est avec les Etats européens que le commerce a le plus progressé. Parmi les meilleurs clients de l'Allemagne figure l'Angleterre qui lui a acheté pour plus d'un milliard de marchandises et lui en a fourni pour 825 millions. Vient ensuite la France, qui a vendu à l'Allemagne pour 484 millions et lui a acheté pour 383 ipillions. Les exportations allemandes vers les deux Amériques se sont chiffrées par environ 1.140 millions et les importations de ces pays ont atteint 2.133 millions. Les Etats-Unis entrent pour plus de la moitié dans ces deux chiffres. L'Allemagne a importé en 1906 pour 461 millions d'or, contre 207 en 1905, et en a exporté 119 contre 110 l'année antérieure. »

Comparez. La comparaison est instructive.

Nous avons donné, pour cette fois, une grande place dans notre Mouvement aux choses commerciales. Elles sont celles qui, en ce moment, attirent le plus l'attention. Les événements financiers proprement dits n'ont présenté, ces mois derniers, rien de particulièrement intéressant. C'est partout à peu près la même atonie. Il reste encore en Angleterre et aux Etats-Unis, quelques traces du resserrement monétaire qui troublait il y a peu de mois tous les marchés. Mais tout à ce point de vue est calme. Le prix de l'argent est revenu à un taux normal, et rieiï n'inquiète la spéculation, que la situation économique générale,, la fièvre démagogique, la course vers les utopies. Mais cette situation de malaise, où des crises peuvent éclater tout à coup comme dans notre Midi, n'est pas sans peser d'un poids très lourd sur les affaires.

MOUVEMENT FINANCIEU ET COMMERCIAL hO

La Bourse a élé agitée et est resiée faible. Il fallait s'y attendre ^nvec l'approche de la discussion de l'impôt sur le revenu, du rachat de l'Ouest et les événements du Midi. On peut se féliciter qu'il n'y ait pas eu de reculs très marquants sur les cours. La rente, en considérant les cours à fin mars et à fin juin, n'a guère varié. Les fluctuations ont eu lieu au jour le jour sans laisser de traces durables, et l'on semble s'être un peu habitué à l'idée qu'elle peut être imposée avec l'impôt sur le revenu. Celte échéance sans doute est encore assez éloignée. Il ne faudrait pas oublier cependant qu'au commencement de l'année, elle élait encore à 96.25 et qu'elle n'a cessé de baisser. Le Crédit Foncier et le Crédit Lyonnais ont reculé d'une quinzaine de francs. Le Lyonnais a un peu faibli, tandis que le Midi, cepen- <lant plus intéressé dans la crise viticole, a gagné 25 francs. Le Rio a été souvent agité, par suite des fluctuations sur le prix du cuivre. Du reste, fort peu d'affaires, transactions insignifiantes.

Il est à prévoir que le marché restera dans le marasme, au moins jusque dans les derniers mois de l'année.

Les Bourses étrangères n'ont pas une meilleure tenue que -celle de Paris. La même note de faiblesse domine dans les correspondances financières.

Maurice Zablet.

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