‹ L'automobile est-elle une richesse?Chapitre 12 sur 87 · DE L1ETRANGER · texte numérisé non relu

DE L1ETRANGER

Sommaire. — Nuova Antologia : Les professeurs des 'universités ita^ liennes. Les agitations agraires. La cherté de la vie en Italie. La Bassegna Nazionale : L'intégralisme. Les femmes électrices. L'indemnité parlementaire. VBconomista : "Les conflits du travail. Les syndicats de fonctionnaires. GiomcHe degîi Economisti : Les assurances contre les accidents du travail. L'arbitrage obligatoire. Berista italiana di sooioîogia : Le socialisme dans la Perse ancienne. L'attraction des grandes villes. Vltalia moderna : Une colonie socialiste en Italie. La capitalisation de la terre. El Economista. La politique économique de TEIspagne. La hausse des prix. Espaûa Economica y Financier a : Le commerce de l'Espagne. La production du vin en Espagne. Bevista de Economica y hacienda : Le commerce des Philippines. Qui a profité de la protection en Espagne ? Bevi^ta social : Les syndicats ouvriers. El Economista Mexicano : Le commerce entre la France et le Mexique. La Gaceta Economica : La cherté des subsistances à la Havane. Le remède. The Contemporary Beview : La politique des craftsmen. The Nation: Le déboisement aux Etats-Unis. Le prix du blé. The Economist : L'éclipsé du Socialisme. The Journal of PoUtical Economy : L'intérêt bien entendu des Trades-Unions.

Jahrhuch filr Gesetzgehung, Verwaltung und VolkswirtschxiftslehTe, Le Principe de la Rente et son rôle dans la distribution. La crise de la librairie en Allemagne. La Philosophie de la Souveraineté. Spinoza et le droit public contemporain en Allemagne. L'assurance contre le chômage. La dégénérescence physique du peuple anglais. Zeitschrift far Volkswirtschaft, Sozialpolitik und Verwaltung. L'hémisphère du Pacifique. La législation et la répartition des revenus. La première session de VUnion économique de V Europe Centrale.

Nuova Anlologia. — Les professeurs des universités italiennes cherchent à améliorer leur condition. Leur Association nalio-

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nale a tenu ime première ABseooblée -eti 1W5 et une seconde en 1906, dans lesquelles les Maléreeeés oirt exposé leurs doléances- Les IrailemeiUs des professeuTB ne peuvent pas dépasser la limile de 8.000 fr. au bout de 33 ans d'-c^séignemenl. Ces traitements n'ont pas varéé depEis Fwiification, bien que la teneur de vie et le .prix de tous les prodoits nécessaires à l'existence aient cwisidérablemeat augmenté. La situation n'est donc pas très briUanle.

Si renseignecifinit «upérieur était une profession libre, l'offre se proportioQoerait d'«lle-mème à la demande et les traitements atteindnaiBnt leur taux normal, comme dans les autres professions libres, proportion gardée. Mais... renseignement universitaire est un service privilégié. Il en résulte qu'il y a trop d'univOTfiités et trop de chaires dans chacune d'elles, et celles^ aii^naeirfaat chaque jour, observe M. Zanichelli, ce qui "ûpli(jue que, dans la coulisse, il y a beaucoup de candidaîts qui soUicilent les emplois de ce genre.

A ce mal, quel remède ? C'est ce que cherche M. Zanichelli dans b Xuova Antologia du l*' avril. Il y a trop de chaires, dit lauteur, parce qu'elles coûtent trop peu à fonder. Il faut se retenir ; il vaut Toieux rétribuer pl'ue convenablement les professeurs afin qu'ils fassent bien leur service et en diminuer le nombre, restreindue le nombre des chaires. « On de\Ta comenir que l'augmentation des traitements dans une mestrre raisonnable ne mettra pas en péril les finances de l'Etat et ne constituera qu'une surcharge insensible pour le budget ».

Toutes ces petites afugmentations, prises une à une, sont insensibles, mais réimies elles forment des milliards. N'y auraitil pas mieux à faire ? Il y a trop de chaires parce qu'elles coûtent peu à fonder. Pourquoi coûtent-elks peu à fonder ? Parce qu'il y a beaucoup de solliciteurs qui assiègent les autorités compétentes. Pourquoi y a-t-il beaucoup de solliciteurs ? A moins qu'ils ne tombeat des nues, c'est parce que les " universités en produisent trop. Si l'on augmentait les traitements, le nombre des -soHiciteurs augmenterait aussi^ Si l'on réduisait le nombre des professeurs, que deviendraient les candidats évincés ?

— Les paysans, comme de simples professeurs, trouvent aussi que leurs salaires ne sont pas suffisants. Ils s'agitent et M. FraBcesco Guicofardini étudie, dans la Nuava AntologUi du 16 avril, cette question des agitations agraires 'cn Toscane. M. Guiccmrdtni montre fort bien que Jaccpies Bonhomme est toujoni»

la dupo des améliorations « sociales ». L'assistance sanitaire gratuite n existe pas pour le colon, à plus forte raison pour le braciant, mais ils paient leur part des frais. Beaucoup d'autres lois bien intentionnées tournent dans le même sens. Il ne faut donc pas être surpris qu'il y ait des agitations agraires.

Et pourtant, elles n'auraient peut-être pas lieu si les paysans n'étaient pas poussés à la révolte par les socialistes. Qu'est-ce qui permet aux socialistes de prendre de Tinfluence sur les ruraux ? C'est l'absentéisme. « Les propriétaires sont trop éloignés de leurs colons, trop désintéressés de ce qui les regarde, ils restent trop étrangers à leur vie morale et politique. Il est nécessaire et il est temps qu'ils reprennent leur fonction de patronat envers eux. »

Je veux bien croire que voilà la moitié du problème résolu, mais la moitié seulement. Les socialistes fomenteurs de troubles, d'où proviennent-ils ? Où iront-ils, que deviendront-ils si les propriétaires reprennent leurs fonctions ? Je me demande si les socialistes et autres politiciens ne sont pas des fruits des universités trop nombreuses qui, ne pouvant obtenir de chaires, cherchent à se faire des tribunes. Qui sait si ce ne sont pas les propriétaires eux-mêmes, transformés en lettrés, qui viennent ameuter les paysans ?

Quoi qu'il en soit, nous ne saurions trop tenir compte des observations de M. Guicciardini, surtout en ce qui concerne les multiples et lourds impôts, qui pèsent tant sur les ruraux auxquels ils profitent si peu. Puisque l'Italie a des excédents budgétaires, le meilleur emploi qu'elle en pourrait faire serait de réduire les taxes sur le sel, le pétrole, le sucre, etc. La consommation augmentant, ce serait peut-être même une bonne affaire et une bonne action. C'est le principal vœu émis par Ai. Guicciardini.

— Vœu d'atitant plus urgent à réaliser que tout le monde en Italie se plaint du renchérissement de la vie, comme on peut le voir par ce qu'en dit M. Boggiano dans la Nuova Antologia du r' mai. Celui qui pense, dit l'auteur, à cet immense arsenal de tourments fiscaux qui pèsent sur le peuple italien et surtout sur les petites gens ne peut que s'émerveiller de ce que, malgré tout cela, le pays puisse progresser, ou seulement vivre en paix. Il existe deux moyens d'augmenter l'aisance, ajoute M. Boggiano ; ce sont : le développement de la production nationale et par suite l'augmentation des gains et des salaires ; la diminution

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des impôts. « Ont tort ceux qui, ne regardant qu'un seul côté du problème, demandent uniquement une politique de travail ou seulement une politique de dégrèvements. »

Il faut donc demander les deux, mais ce n'est pas si difficile à réaliser qu'on pourrait le croire : moins l'Etat entreprendra de choses, plus il pourra dégrever, et plus la production nationale libre se développera.

La Rassegna Nazionale. — Le socialisme ne sait plus guère sur quel pied danser : réformistes et syndicalistes sont de plus en plus éloignés de s'entendre. Les révolutionnaires excluent du parti les réformistes comme les catholiques excommuniaient les huguenots. Les Italiens ont trouvé un moyen terme tendant à réconcilier les deux frères ennemis, c'est Vinlégralisme, L'intégralisme a fait les principaux frais du dernier Congrès tenu à Kome et dont M. Francesco Magri résume les travaux dans la Rassegna Nazionale d'avril.

Ce nouveau parti donne lieu aux appréciations les plus diverses. Pour l'un, l'intégralismc est à la fois une pieuse intention et une grossière équivoque ; pour l'autre, il est appelé à guérir les sept plaies du socialisme. Pour celui-ci, l'intégralismc n'est pas un concept, c'est un simple état d'âme ; pour celuîlù, c'est un socialisme sans miracle, qui n'a recours ni aux barricades ni aux majorités parlementaires. Autre opinion : l'intégralisme ne pourra jamais rien intégrer; avec la prétention d'être plus pratique que le syndicalisme, il ne peut devenir qu'un idéalisme pire encore que le réformisme. En voici un autre qui dit : « l'intégralismc doit bien se persuader qu'il n'existe pas. » Allez donc vous mêler d'introduire la paix parmi les hommes de bonne volonté ; car tous les socialistes sont, des hommes do bonne volonté. Que serait-ce si leur volonté était mauvaise ?

Au Congrès de Rome il a été prononcé de beaux et longs discours : Labriola a parlé plus de 4 heures ! Qu'en est-il sorti ? Du son, dans les deux acceptions du mot, pas la moindre farine. « Les résultats de ce congrès ont été une chose bien misérable. On est resté au point d'où l'on était parti. » Néanmoins l'ordre du jour intégraliste a obtenu la majorité, 26.947 voix, tandis que le syndicaliste n'a recueilli que 5.278 voix. Pourquoi l'intégralismc a-l-il obtenu un si grand succès ? Parce que les socia-

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listes ont voulu échapper aux périls d'une profesBion de foi tropprécise.

— L'accessioa des femmes à TéleGlorat politique ne rencontïe pas en Italie autant de sympathie de la part de» intéreesées* qu'en Angleterre. Les italiennes, dit M. Roberto» Comiani, (danslà Rassegna Nazionale du 16 mai), tiennent plus à conquérir leurs droits civils que les droits politiques. Avant tout elles demandent, et avec beaucoup de raison, la pleine jouissance des mêmes droits civils que les hommes ; elles veulent que soient supprimés les articles du code qui établissent pour elles une véritable infériorité juridique. M. Corniani indique ces articles. Biles veulent ensuite, bien avant Télectorat politique, obte* mr Tèlectorat administratif.

Donnez-n0Ud, diaentrelles, la libre disposition de notre patrimoine personnel, et quand vous nous Taurez accordée, donnez-nous les moyens de contrôler l'administration du patrimoine •communal et provincial auquel nous contribuons par les impài», autant et quelquefois plus* que les hommes.

M. Corniani trouve ces demandes beaucoup plus rationnelles que celles de Télectorat politique. Les femmes sont trop impulsives, dit-il, pour intervenir utilement dans la politique, tandis qu'elles sont réllexives, prudentes, presque timides dans le m»jû^nent de l'argent et qu'elles savent l'augmenter par Téconomie et une judicieuse administration plutôt que par des entreprises hasardeuses.

— La même Revue contient une étude de M. Emilio Pagliano sur rindcîinnité parlementaire dans les divers pays. Signalons Tusage établi en Grèce. Seloa la constitution du 16-28nov€mbre 1864, les députés qui ont accompli leur mandat doivent recevoir une indemnité de 2.000 dragmes pour toute la session ordinaire ; en cas de sessions extraordinaires, ils ont droit seulement aux dépenses d'aller et retour. Les députés qui, à titre de service civil ou militaire ou autre, reçoivent un traitement du trésor, n'ont droit qu'à la différence entre celui-ci et l'indemnité. La règle a été modifiée un peu dans la pratique. Les députés reçoivent la moitié de leuF indemnité au commencement de la session et l'autm moitié à 1» clôture. Il n'en reste pas moins que cette question est réglée par la constitution ei non abandonnée à l'arbitraire, comme cela se voit dans quelques pays civilisés. M« Pagliano remarque que le mouvement eu faveur de

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l'indemnité parlementaire va aujourd'hui CEOtaaantid/anlant plus qu'il entre dans lea Cbcuabi^Sr plu3^ de dâtiuiliiaiaf)partenaiii em ' parti ouvrier. L'indemnité est démocratique.

L'Kconomîsfa. — Pour admettre une intervention rationnelle de l'Etat dans les conflits entre capital et travail, il faudrait, dit M. de Johannis, que l'Etat fût représenté par un Gouvernement pour tous et non par un gouvernement de parti, et encore moins par un gouvernement dé classe. Que pourrait faire le gouvernement si l'arbitrage étant obligatoire, l'une ou l'autre des parties ne voulait ou ne pouvait pas accepter sa décision ? Il serait impuissant soit pour empêcher les patrons de fermer leur établissement, soit pour forcer les ouvriers à y rentrer ou les empêcher d'aller ailleurs. Donc, lors même que l'Etat serait éclairé, impartial, l'arbitrage obligatoire ne pourrait avoir d'efficacité. Mais peut-il être éclairé et surtout équitable tant qu'il ne sera que le représentant d'un parti ou d'une chose ? Evidemment non.

Pour exercer une pareille fonction, il faudrait donc que le gouvernement fût un gouvernement de tous. Mais, alors, s'il n'y avait ni partis, ni classes, si tout le monde était d'accord sur tous les points, l'arbitrage obligatoire serait inutile, le gou* vemement lui-même n'aurait pas de» raison d'être. Quand on songe qu'il faut dépenser du papier et de l'encre pour démontrer ces ckoses^ à des gens qui, pourtant, ont subi Tinstruction obligatoire, on se demande si la raison n'aura pas émigré don»^ d'autres orbes avant la. fin du siècle.

— Au!-« question non moins^ palpitante : les syndicats de fonctionnaires. M. de Xohannis montre que les opinions sur ce sujet changent avec la situation des gens* Eles-vous candidat, avez-vous envie de devenir député, sénateur, ministre, si vous êtes bon politicien, vous- serez partisan du syndicalisme fonctionnariste. Etes-vous parvenu, au portefeuille ministériel ? Tout change ; des syndicats de fonctionnaires, il n'en, faut plus.

Les reproches qiUie ML Jaurès adresse à ses anciens collèguesen socialisme devenus ministres sont donc bien' fondés ; mais qu'on le mette à/ leur place, il fera comme- eilx» et subira les mêmes objurgations de lai parti de ses ancien» collègues en arriviaaie;

Pour poser la question sur son vrai terrain, il faut remonter à la source du syndicalisme. Pourquoi a-t-on fait la loi de 1884 ? Parce que, par hypothèse (indémontrée et indémontrable), les patrons exploitent les ouvriers et gardent pour eux la plus-value. Or, l'Etat n'est pas dans le cas supposé des autres patrons ; le pauvre ! il ne réalise jamais dans ses entreprises que des. moinsvalues. Les syndicats de fonctionnaires manquent donc totalement de raison d*être.

Que pourraient faire ces syndicats ? organiser des secours, mutuels ? créer des coopératives ? Ils feraient double emploi. Manifester leur opinion sur la manière dont est conduite leur administration, sur les taxes des lettres, des télégrammes dans les postes, sur les tarifs des voyageurs et des marchandises sur les chemins do fer ? Tout cela est réglé déjà par des gens qui sont ou devraient être responsables, tandis que le syndicat de fonctionnaires ne pourrait et ne voudrait pas Têtre. Que les syndicataires disent donc bien nellemont quel est leur but et quels sont les moyens qu'ils veulent employer pour ralteindre. Une quoslion bien poséo...

Giornale degli Econnmlsli — L'Elat, plus puissant que Dieu, (qui n'a pas pu créer le monde, d'après ce que nous enseigne la Science), crée de nouvelles industries sans le vouloir, sans le savoir. C'est ainsi (lue la loi sur les accidents du travail a donné naissance à trois professions qui rendent déjà de grands services au genre humain : celle des assureurs, celle dos médecins et celle des avocats exerçant ou exploitant la spécialité des accidents. M. Papafava nous donne un aperçu des hauts faits de ces jeunes industries dns le Giornale degli Eeonomisii,

En 1905, la Caisse nationale contre les accidents a eu à Xaples 82 procès sur 3.30G accidents ; à Rome 181 sur 2.595 ; à Palerme, 230 sur 1.204. Les avocats (presque toutjours les mômes), sont intervenus dans presque tous les cas, (92 0/0) d'incapacité permanenle. Sur 463.329 fr. payés pour indemnités, il a été dépensé, pour avocats et médecins, 81.850 fr., soit 12,Gi 0/0 poulies avocats et 5,32 0/0 pour les médecins. Quelquefois la part des avocats atteint 25 0/0 de l'indemnité.

Quant aux sociétés privées d'assurance, l'Anonyme accidents^ en 1904, a eu 89 causes dans toute l'Italie, dont 31 à Rome. A Milan, elle a eu, la même année, 42 pour 1.000 de cas d'invalidité

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permanente et 51 pour 1.000 en 1905. A Rome les cas d'invalidité permanente montent au triple : 126 p. 1.000 en 1904 ; 152 en 1905. « Accroissement fictif dû à l'abus et à la simulation. » El l'œuvre des spéculateurs va en augmentant. « En conséquence de ces vols larvés, le bilan de l'Anonyme s'est clos pour Rome avec 55.800 fr. de perte en 1901 et 154.900 en 1905.

La situation des assureurs n'est pas très brillante. Ils ne sont pas seulement en butte aux attaques des avocats et des médecins: les magistrats, mus par le sentiment, sont portés à considérer l'ouvrier comme opprimé par les sociétés d'assurance et leurs sentences partent souvent plus de leur cœur que de leur cerveau. Il y a plus : le patron, qui devrait rester indifférent, appuie plus ou moins ouvertement l'ouvrier contre l'institut assureur, tl est si doux de faire du sentiment quand il n'en coûte rien !

Les experts tendent aussi à donner raison ù l'ouvrier contre la société d'assurance, non seulement par philanthropie, mais aussi parce que, si la Société gagne, l'expertise devrait ôlre payée par l'ouvrier, généralement insolvable, tandis que si l'ouvrier l'emporte, c'est la Société qui paie Texpertise. Dans beaucoup de cas les dépenses d'expertise payées par les Sociétés ont atteint une somme supérieure ù celle de l'indenuiité en contestation. Ainsi, sur une indemnité de 972 fr. pour invalidité temporaire, la Société d'assurance a dû payer 1.600 fr. d'expertises ; ainsi, pour une question de 53G fr., la Société a eu 1.515 fr. de frais judiciaires, sur lesquels 375 pour expertise médicale.

On voit que le législateur travaille efîicacement à l'amélioration des mœurs. Encore quelques lois comme celle-là, nous deviendrons tous des saints et Ton sera obligé de rallumer les lumières du ciel pour nous introduire dans le paradis.

— Voici précisément une autre loi du même genre en préparation : l'arbitrage obligatoire entre patrons et ouviers. M. F. Coletti examine, dans le Giornale dcgli EconomisU de mai si cet arbitrage est possible dans l'agriculture. Si ce vœu était réalisé, dit l'auteur, il donnerait lieu à la désillusion. Les paysans accepteraient l'arbitrage quand il ieur serait avantageux et le refuseraient dans le cas contraire. Si les ouvriers ruraux se sentent les plus faibles, ils estimeront plus profitable un arbitrage coaclif que le recours à la grève. Ce seront alors les patrons qui s'opposeront à l'arbitrage obligatoire.

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M. Coletti nous apprend que la Socdété des agricukteurs italiens reconnaît que, dans Tétat présent des choses, l'arbitrageobligatoire ne serait ni convenable ni utile et très probablèmenl servirait à augmenter les conflits qu'on» voudrait prévenir ; il faut donc $e contenter de créer des arbitres volontaires et conventionnels.

Revista iialiana di Sociologla, — M. Pizzi nous présente un aperçu des essais de socialisme qui furent faits en Perse de Tannée 226 où les Sassanides montèrent sur le trône à l'amiée €50 où les Arabes conquirent la Perse. Ces teirtadives se firent sous la direction des rois et n'en réussirent pas mieux. Le roi généreux et bon, mais illusionné et inexpérimenté, qui conduisit la première croisade socialiste, mourut obscurément et l'on ne sait pas bien de quelle façon. Après la «onqtiéte de la Perse par les Arabes, — qui fût peut-être bien- facilitée par le socialisme, — le mouvement ne s'arrêta pas. TJn Bâbec, au commencement du 9* siècle, prêchait encore la communauté des biens et des femmes, et il eut de nombreux partisans. Entre 864 et 874, un pauvre peysan, nommé Quermata, reprit le mouvement et fut suivi par une foule de désespérés qui désertaient les campagnes et avaient ordinairement les femmes et les: biensen conmiun.

A ces sectes persanes on pourrait assiaiiler en Occident les slradiols, routiers, brabançons, pastoureaux, etc., qui professaient les mêmes idées et observaient les mômes pratiques. Rien ne se perd. Tout se transforme.

— M. Mortara, dans la même Revue, étudie la force d'attraction des grandes villes. Le développement des grandes villes, dit l'auteur, ne provient pas de la fécondité naturelle de leur population, mais de l'affluence de forts courants migratoires attirés par le progrès de l'industrie et du commerce. L'accroissement naturel des populations urbaines est presque nul, soit à cause du» toux élevé de la mortalité infantile, soit surtout par l'effet de la limitation des mariages et de la procréation légitime. A Milan, par exemple, la plus grande partie de la poputatiom économiqueraent productive n'est pas native de cette ville : on y compte en moyenne 70,2 0/0 d'immigrés, dont 78.4 0/0 d'hommes et 72 J^ 0/0 de femmes.

M, Mortara examine la force d'attraction des villes sous tot^-

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les ses faces : si la migration des populations rurales vers le ce!rtre urbaiiv se fait par sauts ou par degrés, si raitraciion s'exerce plus sur un sexe que sur l'autre. Il semble, dit-il, ((ue cette attraction s'exerce avec plus de force sur le sexe féminin dan» les territoires immédiatement voisins des villes, et sur le sexe mascidinr <lans les- zones plos éloignées. Cela tient peut-être à ce que le gouvernement se donne la peine de transporter les* bonmes militairement.

Vltalia Moderna, — Les démocrates nous enseignent que les rois ne sont bons à rien ; ce qui ne les empêche pas de se jeter à plat ventre devant les monarques qui font aux Républiques rhonnew de les visiter. En réalité les rois valent bien, à peu près, les antres hommes. Ils sont remplis de boimes intentions. >ioas venons de voir des rois de Perse socialistes. M. Stefano Stefani novs^ raconte l'histoire d'une colonie socialiste dans le royamie des Bourbons, fondée par le roi Ferdinand à San Leucio. Il s'agit d'une colonie industrielle, créée pour faire concurrence aux fabriques privées de soieries.

Comme il convient, les prêtres jouissent d'une grande autorité spirituelle et temporelle dans cette colonie. A l'ombre du trône et de l'autel, on y vivait dans une égalité parfaite, à peu près comme à la colonie paraguaïenne des^ Jésuites. Le roi ordonne dfîie le vêtement soit égal pour tous et que personne ne soit assez hardi pour se faire appeler « don », ce titre élant réservé aux seuls ministres du sanctuaire en marque de respect et de vénération. Cette colonie qui fut toujours passive, soit par l'ineplc administration, soit pour d'autres causes, a vécu... tant qu'on l'a fait vivre.

M. SlefanF trouva beaucoup d'analogie entre les institutions de Ferdinand et les idées utopiques de Morelli et de Rétif de la Bretonne. Les courtisans considéraient leur roi comme un législateur bien supérieur à Lycurgue. Je crois que les deux se valent bien.

— M. Angelo Quarto di Palo propose de capitaliser la terre. L'agriculture doit devenir une industrie. L'auteur montre quelle fonction remplit la terre dans l'industrie agricole; quelle fonction y remplit le travail; quelle doit être l'organisation du travail agricole et celle du capital terre ; à qui doit appartenir la propriété. €e dernier point amène l'auteur à se poser la question : La terre

doit-elle être unie au travail, comme le veulent les socialistes et une foule d autres réformateurs sociaux, ou doit-elle être unie au capital ?

M. di Palo démontre, par des arguments qui. ne manquent pas d'intérêt, s'ils ne sont pas à labri de toute critique, que la terre doit être unie au capital plutôt qu'au travail. Donc, « ca pitalisons la terre. »- Nous laissons la parole aux socialistesterrianisles pour répondre à M. di Palo et démontrer qu'il faut laboriser la terre.

El Eeonomisla (do Madrid) se plaint de ce que dans le discours du roi d'Espagne à l'ouverture du Parlement et dans celui de M. Maura à la nouvelle Chambre il n'y ait pas un paragraphe qui se réfère à l'économie nationale, aux finances, aux traités de commerce, à la situation précaire de certaines provinces dont les populations émigrent, etc. En tout ce qui concerne les problèmes économiques, ces discours se tiennent dans un vague voulu ; pas de déclarations franches, mais des assertions dans lesquelles on évite de se compromettre.

Il y a pourtant un point sur lequel on s'est prononcé assez catégoriquement : c'est celui des dépenses militaires et maritimes que Ton se propose d'augmenter sans rien demander de plus aux contribuables. C'est là un problème économique et financier que le premier venu n'est pas capable de résoudre. Il est vrai que les gouvernants proposent quelquefois d'une façon et disposent d'une autre.

— Les prix sont en progression constante en Espagne depuis 1902. C'est ce que nous apprencnt les index numbers des principales marchandises publiées par la même Revue :

Dales Total index nuiubcr

Décembre 1902 2.003

Décembre 1903 r.l97

Juin 1904 2.130

Décembre 1904 'Z.IS6

Juin 1905 2.163

Décembre 1905 2.342

Juin 190G 2.362

Décembre 1906 2.499

Janvier 1907 2.494

Février 1907 2.621

Mars 1907 2.516

PRINCIPALES PLDLICATIOXS ÉCONOMIQUES DE l'ÉTRANGER 61

On voit que la hausse est incessante et plus intense à mesure que se suivent les années et les semestres. El Economisla en conclut que la crise que l'on redoutait n'apparait d'aucun côté et que, probablement, nous attendrons longtemps avant qu'elle surgisse, car « ni les bilans des banques, ni les statistiques de la production, ni celles des bénéfices industriels et des émissions ne fournissent d'éléments de nature à la faire prévoir ; au contraire, l'activité économique s'intensifie chaque jour. » Nous enregistrons l'augure sans le garantir : les prophéties sont si rarement justifiées par les faits.

Espafia Economica y Financiera, — Qui perd gagne. L'Espagne a perdu le reste de ses colonies et, depuis lors, elle a repris sa marche en avant dans l'industrie et le commerce. Nous venons d'en voir quelques preuves, en voici d'autres. Le chiffre atteint par le commerce extérieur espagnol en 1905 est le plus élevé que Ton ait enregistré dans les six dernières années, et il est la conséquence naturelle du développement acquis par l'industrie. La somme totale du commerce de la péninsule en 1905 s'élève à 1.087.661.îfô3 pesetas à l'importation et à 993.871.315 à l'exportation. Le chiffre le plus fort enregistré de 1900 à 1904 a été de 986 millions à l'importation et de 956 à l'exportation ; il en résulte une différence de plus de 100 millions à l'importation et de 37 à l'exportation. Le volume du commerce extérieur est arrivé à 4.620.578 tonneaux à l'importation, et 12.448.122 à l'exportation.

Les principales marchandises importées sont : matières premières pour 437 millions ; articles fabriqués, 257 ; denrées alimentaires, 354. L'activité pour Tachât de matières premières est un bon signe. La quantité des produits fabriqués est peu impartante. Quant aux denrées alimentaires, il faut bien importer quelque chose, si l'on veut exporter.

La situation est donc satisfaisante et d'autant plus que, si l'on en croit VEspagne Economique et Financière, l'année 1906 s'anponce encore meilleure que 1905.

— L'Espagne cherche à profiter de la leçon de choses que lui donnent les viticulteurs français. La surproduction n'existe pas an delà des Pyrénées, le phyloxera y a mis bon ordre ; mais YEbpagne Economique et Financière conseille à ses compatrio-

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tes de ne pas imiter les FnanQais^ de no pas même TeconsUiucr dans son intégrité le vignoble espagnol. A «ce conseil «onjséfiliqtte que le surplus de la production p<»urra être eKpmtàé à Tétoanger. Ce n'est pas si facile qu'on le croit, surtout étastidânné que to«ès les pays s'efforcent de pj?oduire eux-mâaies leuiîs vins. A noire avis, dit Pauteur, ceux qui rêvent de placer iiors de d'Espagne un* énorme quantité de vins sont dans rerrcur ; c est le marciic national qu'il faut surtout viser ; or les Espagncils ne sont pas encore assez riches pour l>oire beaucoup de vin« lûepieiidaiiti'Aillemagne, avec ses 60 millions d'iiabitants .poucca lètDe un naju:chc fructifère pour les viticulteurs espagnols ; mais il ne faut pas perdre de vue que le vin est «n article de luxe pour la grande majorité de la population allemande.

Revi&ia de economia y hacienda. — Le commerce dos iPliiiippines n'a pas acquis le développejnent que Ion avait escompté lors de l'annexion de ces îles aux Etats-Unis ; ton peut s'en rendre compte par les chiffres suivants :

En 1901, le commerce extérieur des Philippines a été de lOi; rllions 933.164 livres sterling ; en 1902, il s'est éievé à 12 mîllious 402.813 ; en 1903, à 13.241.625 ; en 1904, à ll.743.44f) ; en 1905 à 12.701.064 ; ce qui donne en 5. ans une augmentation de 1.767.900. L'augmentation est beaucoup plus considérable pour C*iba. La Revista donne le détail du commerce des I^ilti)pine& avec les divers autres pays ; mais elle ne dit pas à quoi tient l'état stationnaire du commerce philippin ; elle donne seulement de bons conseils aux industriels et négociants espngnails, qui ne tirent pas de «ce marché le parti qu'ils en tpourcaient tirer.

— La môme Revisia n'est pas contente des travaux de lo nou velle Chambre espagnole. L'assemblée récemment élue, dit M- Ribera, a été, comme les précédentes, stérile et inutile. EUe a démontré une fois de plus les barrières qui séparent les producteurs du littoral de ceux du centre ; elle a mis en évidence l'intransigeance de ces deux groupes. Le moment était opportun pour discuter avec calme et sans préjugé les moyens de fortifier l'économie publique; mais en aucune discussion on n'a pénétré au fond du problème ; on est entré dans une seconde période protCfCtionniste.

PRINCIPALES PUBLICATIONS ÉCONOMIQUES DE l'ÉTRANGER fô

M. Ribera trouve qu*il serait temps de se damandor quels bénéfices a donnés la première période du régime ,proiecteur. Celte première période, dit-il, a profité aux tissus, aux iers, au sucre et au papier ; c'est-à-dire aux industries qui sontt situées dans les grands centres industriels ^ oaiais elle a été «lérile et môme préjudiciable à l'agriculture. U y a 14 ans, les récoltes étaient insuffisantes, elles le sont encore. On in^porlait pour 60 millions de pesetas de blé par an ; en ces dernières ainaéfâs, on en a importé pour 150 millions en moyenne. Où est donc l'efficacité du tarif ? Nous la rencontrons dans la cherté du pain et non dans l'amélioration des cultures.

La protection ayant, profité à l'industrie et nui à l'agriculture, il en est résulté que les populations rurales ont émigré, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur. Les habitants des villes y perdent donc doublement : 1** l'affluence des paysans dans les villes fait baisser les salaires ; 2® leur émigration des campagnes fait hausser les prix des denrées. Autre résultat : la surproduction industrielle. Le marché intérieur est trop pauvre et trop limité pour absorber tous les produits des fabriques, et ces fabriques ne sont pas de force à soutenir la concurrence sur le marché mondial.

L'expérience se joint à la raison et au bon sens pour condamner le système protectionniste, mais ce système a la vie dure, ou bien les gouvernant n'ont ni bon sens ni raison et ne tiennent pas compte de l'expérience.

Reiisla social (de Barcelone). — M. Noguer y traite des associations professionnelles ouvrières, autrement dit, des syndicats. Quelle conduite doit-on tenir à leur égard ? Si Ton con sidère que les syndicats sont fauteurs de grèves, de sabotage, de désordres divers, on est porté à dire qu'il faut les faire avorter avant qu'ils naissent, les étouffer dans leur berceau quand ils sont nés, les détruire s'ils ont échappé aux mesures précédentes.

M. Noguer n'est pas de cet avis. Malgré tous leurs inconvénients, les syndicats ont leur raison d'être et sont même de pre mière nécessité. D'abord, on ne peut empêcher les ouvriers de s'associer ; l'association est une condition essentielle de la vie sociale ; aussi la tendance syndicaliste est-elle universelle. Ensuite, les ligues de patrons contre les ouvriers ont pour consé-

quence naturelle el contre-partie les ligues des ouvriers contre les patrons.

On objecte que les ouvriers ne sont pas mûrs pour Tassociation ; ils sont trop ignorants et trop turbulents. Ce n'est pas là une raison pour leur interdire l'association. Il faut, au contraire, les éduquer, et, précisément, un des meilleurs moyens d'éducation est l'association même ; à une condition toutefois, c'est qu'au lieu d'être socialiste, l'association ouvrière soit chrétienne et qu'elle soit un centre de culture intellectuelle et religieuse.

Comme la plupart de ceux qui traitent cette question, M. Noguer n'envisage que deux faces d'une question qui en a trois : 1® faut-il interdire les syndicats ; 2** faut-il les encourager en leur octroyant une législature spéciale ; 3** faut-il les laisser libres, sans protection ni persécution cl responsables de leurs actes individuels ou collectifs comme le sont tous les autres citoyens ?

Jusqu'à présent on n'a usé que des deux premiers moyens ; il serait peut-être temps d'essayer du troisième. Je conviens qu'il ne ferait pas les affaires des courtiers en grèves, mais on ne l)eut pas contenter tout le monde.

El Economisla Mexicano nous donne des renseignements sur le commerce entre la France el le Mexique. Ce commerce, eu 1906, est en augmentation de 4.746.735 fr. sur 1901. La valeur des exportations a été supérieure à celle des quatre années précédentes, comme on le voit par les chiffres suivants : 1902, 41.772.756 fr. ; 1903, 39.273.320 ; 1904, 49.009.284 ; 1905, 51 millions 015.604 ; 1906, 55.762.339. Les importations du Mexique en France ont aussi augmenté progressivement dans la même période ; en 1902 elles montaient à 8.266.000 fr. ; en 1903, ù 11.272.000 ; en 1904, à 15.622.000 ; c nl905, à 21.631.000 ; soit dans ces quatre années une augmentation de 13.365.000 francs. El Economisla trouve que les circonstances sont très favorables au commerce entre ces deux pays et qu'il peut prendre encore de plus grands développements ; il indique aussi quels sont les principaux produits importés et exportés el dans quelle quantité ils le sont.

PRINCIPALES PUBLICATIONS l'XONOMIQUES DE l'ÉTRAXGER 65

La Gacela Economica (de la Havane) se plaint de la cherté des subsistances et estime que la vie a enchéri de 40 0/0 sans qu'aucune cause justifie cette augmentation des prix, si ce n'est « la lyrannic des commerçants sans conscience et sans foi ». Pendant que tout augmente, depuis le loyer jusqu'au pain, le travail seul est déprécié et les salaires baissent.

La Gacela ne se rend pas clairement compte do ce double phénomène. Cependant elle reconnaît que beaucoup de dispositions législatives sont préjudiciables au commerce, — ce qui doit nécessairement avoir son contre-coup sur les consommateurs et les travailleurs, — et que les tarifs douaniers sont arrivés a un tel degré de complication que, non seulement le commerce importateur, mais les fonctionnaires eux-mêmes ne savent pas à quoi s'en tenir. Chaque jour surgissent des doutes et des difficultés pour la bonne marche de l'administration et poin* les intérêts du commerce, ce qui brise les bonnes relations qui devraient exister entre le fisc et les contribuables.

il n'y a donc guère lieu d'attribi.er la cherté de la vi) à la tyrannie des commerçants sans conscience et sans foi, puisqu'ils sont tyrannisés eux-mêmes par le fisc,

— Un ouvrier de Cuba, Carlos Garcia Ortega indique h ses collègues un moyen d'échapper à la tyrannie des commerçants. Ce moyen consiste à abandonner les villes pour aller cultiver les champs et y vivre indépendants. Le travail est rare dans les villes, la concurrence est grande, il y a pléthore de bras, tandis que l'agriculture en manque.

Malheureusement, il faut pour cela, paraît-il, l'intervention du gouvernement. Le gouvernement pourrait peut-être donner aux ouvriers des terres à cultiver, mais peut-il leur infuser les connaissances techniques nécessaires ? Le projet Ortega risque donc beaucoup de rester à l'état de projet.

The Contemporary Review. — Les collectivistes ont la vue an peu courte. Ils ne découvrent dans les sociétés modernes que deux classes : ouvriers et patrons, travailleurs et capitalistes. Leurs spéculations ne portent qus sur les usines et mnnn-

TOMB XV. — JUILLWr 1907. ^

factures où de gros capitaux et de nombreux ouvriers se trou vent concentrés. En réalité, il y a bien d*a»tres classes non moins importantes : sans parler de la classe agricole, qui n'a que peu d*intérôts communs, au point de vue collectiviste, avec la classe usinière, sans parler de la classe des fonctionnaires dont les cadres augmentent chaque jour, il y a dans la classe des travailleurs elle-même, une soûs^lasse non moins imporlante que la classe, qui a des intérêts tout différ«[ils et qui suit une tout autre politique. Cette sous-classe est celle des artisans et des artistes.

M. Orage expose quelle est et doit être la politique de cette classe. Défendue déjà par Ruskin et Morris, dont les collectivistes et les fabianistes font trop peu de cas, la sous^lasse des artistes a fondé récemment un Fabian Arts Group, avec lequel fabiens et collectivistes auront à compter, car les tendances des artistes et des artisans diffèrent essentiellement de celles des manufacturiers. Les hommes des arts et des métiers veulent le rétablissement des gildes. Cette réforme, dit M. Orage, entraînerait d*énormes changements politiques tout opposés à ce que veulent les collectivistes. La gilde, c'est le règne de l'individualité au lieu de la collectivité. « Le principe essentiel du Gild System a toujours été le self government, chaque profession étant au fond un « mystère » dans le sens que les seuls initiés en ont une exacte compréhension. »

Les gildes ont pu exister dans des sociétés peu compliquées, où les besoins étaient peu variés, la division du travail peu avancée. Pourrait-on les rétablir dans les sociétés modernes ? Comment les middlemen, les négociants et les capitalistes non initiés s'arrangeraient-ils de ce système ? Et, s'ils ne peuvent s'y adapter, que deviendra la civilisation dont nous sommes si fiers ? Il est donc peu probable que le système des gildes se rétablisse. Il l'est encore moins que le collectivisme prévale. La gilde est une institution du moyen-âge ; le collectivisme est une institution de l'antiquité. L'histoire ne se répète pas.

The Nation. — Les Américains s'inquiètent du déboisement de leur pays. On use, non seulement absolument, mais relativement, de plus de bois que jamais. De 1880 à 1900, la population s'est accrue de 52 0/0, et la consommation de bois s'est accrue de

PRINCIPALES PUBLICATIONS ECONOMIQUES DE l'ÉTRANGER 07

^ 0/0. Où l'Europe ne dépense annuellement que 60 pieds cubes par lôle, TAmërique en dépense environ 400. On détruit les foréls et on ne les reconstitue pas. Les coupes de forêts produisent au moins 20 billions de pieds cubes de bois. Pour reproduire celle quantité et ne pas diminuer la réserve, il faudrait, sur les 700 millions d'acres de forêts replanter chaque année 30 pieds cubes par acre ; or la moyenne annuelle est moins de 10 pieds cubes par acre.

Si l'on continue ainsi, la terre sera chauve prématurément et elle s'enrhumera si on ne lui met une perruque.

— Un article du 23 mai sur le prix du blé va-t-il nous rassurer sur les risques de disette ? Un peu. A \ew-York, à Chicago, le prix du blé et de la farine ont monté très sensiblement, mais l'auteur incline fort à croire que l'amour de la spéculation y a élé pour beaucoup. La crainte d'une mauvaise récolte a probablement eu moins à faire avec la violence de la hausse que la passion du public pour la ^éculation. La hausse provient de causes psychologiques plutôt qu'économiques.

Les protectionnistes peuvent donc se rassurer : on ne suspendra même pas les droits d'entrée. Quant aux consommateurs, bons enfants, pour qu'ils ne crient pas trop, on n'élèvera pas le prix du pain, on leur donnera simplement 360 grammes à la livre au lieu de 500 ;et s'ils veulent du pain pesé, on leur donnera des balayures de greniers bien saturées d'eau et mal cuiles. Et tout le monde sera content.

The Economisl enregistre l'éclipsé du socialisme dans les principaux pays d'Europe. En Allemagne, le parti Social Deinocral souffre de dissentions intérieures. Les conditions politiques t'I économiques de l'Allemagne paraissaient toutes en sa faveur Tannée dernière, et cependant il a élé battu aux élections. En France, il a subi de sérieuses défaites, et le bloc, dont les socialistes étaient considérés comme un élément indispensable, a élé démoli. En Italie, la grande expérience de la nationalisation des chemins de fer, sans être essentiellement socialiste, a élé une concession au socialisme ; or, les conditions d'exploitation sont devenues pires que jamais, tant pour le public en général que pour le personnel des voies ferrées. En Espagne... en Ruï^sie... Restons en France.

La grève des éleclriciens a produit une 1res mauvaise impression, augmentée encore par la proleslation de M. Jaurès à la Chambre en leur faveur. Le public devient de moins en moins sympathique aux grévistes. La législation sociale que l'on a promise, parait maintenant impraticable pour des raisons financières ou iiuhes. Heaucoup de députés, qui en étaient partisans, seraient très contents si elle était ajournée. L'expérience italienne a calmé l'ardeur des racheteurs de l'Ouest.

Bref, les socialistes ont été graduellement contraints de reconnaître deux vérités : P que la structure de la société existante a de plus grandes réserves de force qu'on ne le croyait ; 2® qu'une société dont les membres seraient tous dépendants du gouvernement — fut-il démocratique, — se trouverait sous unediscipline de fer — la vraie loi d'airain — que les peuples civilisés ne supporteraient pas deux jours de suite.

The Joiunal o[ PolUical Economy- — Le trade-unionisme es^ puissant et, comme tel, il se trouve au-dessus des alleinles de la critique, car, en général, la critique n'est pas audacieuse, elle ménage les forts. Les juges ne sont pas moins poltrons que lescritiques, ils acquittent — il s'agit des Etats-Unis — les tradeunionistes qui sont traduits devant les tribunaux, quand môme ils sont coupables. La science est encore plus couarde que la magistrature et la critique : qu'a-l-elle à gagner ou à perdre? El pourtant elle n'ose plus soutenir, elle renie même des principes dont l'évidence a été depuis longtemps démontrée et qui n'ont jamais été réfutés. En un mot, quand il s'agit du lahor problem,. nous assistons à une sorte de couardise intellectuelle et de sel[stulli[icaliom. Telle est l'opinion de M. John Cummings, et nous devons dire à sa louange qu'il fait exception à la règle et qu'il ne ménage pas les vérités au trade-unionisme.

r>a critique du trade-unionisme, dit-il, n'implique ni justification ni condamnation : elle doit être scientifique et impartiale. La question doit être envisagée au point de vue politique et au point de vue industriel. Le trade-unionisme, tel qu'il existe, est essentiellement une organisation dirigée non pas contre l'employeur, mais contre le public et contre les non<-unionisle?. Chaque trade-union est, en fait, une organisation d'un mélic? contre les autres métiers, organisés ou non. Los unionistes donnent pour excuse qu'ils ne font qu'imiter les politiciens. La rai-

PRINCIPALES PUBLÏCATIONB ÉCONOMIQUES DE l'ÉTRAXGER C9

son est trop bonne pour être bonne. Tout alors deviendrait excusable et légitime.

Après avoir fait la critique du Irade-unionisme, avec une vigueur peu commune, M. Cummings indique quel doit être le programme do Tinlérôt bien compris (enlightened selfishncss) des Irades-unions. « La trade-union apparaît dans le monde industriel moderne comme une institution devant négocier la vcnic du travail sur un marché libre ; en effectuant cette vente, sur les bases les plus favorables au travail, elle rend un service utile, » Mais en imitant les politiciens, elle ajoute un mal à un autre, ce qui n'est pas le moyen d'assainir le milieu social. Nous ne pcuvons donner ici qu'une faible idée de l'article de M. Cummings, il doit être lu entièrement.

René Breton.

Jahrbuch {ùr Ge9etzgebung, Verwaliung und Volkswirlschali. — Dans la seconde livraison de cette année, M. Schumpeler termine son étude sur le Principe de la Rente et son rôle dans la distribution. Comme M. de Bôhm-Bavverk dans la Zeitschri{t (autrichienne) {ùr Volkwirtschaltj il critique à ce propos les idées du groupe d'économistes américains rangés autour de M. Clark, qui considèrent que tous les revenus quelconques ont une même base et qu'une « loi de rente » (a law of rent) règle tout le mécanisme de la distribution. Ainsi que M. de Bôhm-Bawerk, M. Schumpeter admire l'esprit ingénieux et la puissance d'abstraction de M. Clark, mais refuse de le suivre jusqu'au bout de ses déductions, tout en concédant que la loi des rendements décroissants joue un rôle important dans les phénomènes économiques. Quant à l'ancienne théorie de la rente, il la relègue au magasin des antiquités.

Avec M. Koppel, qui, lui aussi, achève un travail commencé dans le fascicule précédent, nous descendons des hauteurs de l'empyrée théorique pour scruter les causes de la discorde qui sévit dans le camp de la librairie allemande. Tandis qu'en France nous avions la crise du livre, en Allemagne se déchaînait une crise frappant les intermédiaires, où le public avait coutume de s'approvisionner : pour les libraires détaillants (sortimenter), il s'agit de savoir s'ils seront ou s'ils ne seront plus. On sait que l'ensemble des branches de la librairie aile-

70 «HJftNAL DÈS ÉCONOMISTES

mande s'est groupé en Un 8<yèr^nverein qui, sauf exception en faveur des bibliothèques publiques, a fait voler une forte réduction des rabais accordés aux acheteurs. Les grandes maisons d'édition en ont profité pour réduire de 33 l à 25 % la remise qu'elles font aux sorlimenler ; d'autre part, ceux-ci se plaignent de l'élévation de leurs frais et de la concurrence désastreuse que leur font les maisons achetant en gros des soldes et les maisons de librairie ancienne (aniiquariats) puissamment organisées et qui, les unes et les autres, offrent à vil prix des ouvrages de publiceition récente.

Leur bénéfice net se réduit à environ 8 % sur un chiffre d'affaires annuel variant de 30.000 à 50.000 marcs ; si Ton envisage les risques qu'ils courent et les connaissances qu'ils doivent posséder, on peut leur concéder qu'ils ne sont pas à la fêle^ Ils ont formé une Ligue protectrice (Schulzverein) où quelquesuns n'ont pas hésité à réclamer Tinstitution d'un brevet de capacité analogue à celui des pharmaciens et la limitation du nombre des librairies de détail, ce qu'ils n'obtiendront assurément pas; du reste, les efforts de la Ligue sont restés impuissants. En somme, le cartel qui a nom Boersenvercin de la librairie allemande, s'est mis d'accord pour imposer au consommateur son prix de vente, mais au sein môme du cartel, les petits se plaignent que les gros ne leur laissent que des os à ronger r cela s'est déjà vu ailleurs et se verra encore. Cependant il serait désagréable au public d<3 se passer des librairies de détail ; M. Koppre leur conseille de se spécialiser davantage et de joindre à leur profession propre quelque autre commerce accessoire (par exemple, la papeterie), qui n'entraînerait pas d'augmentation de frais généraux. U semble aussi que, particulièrement pour les ouvrages scientifiques venant de paraître, certaines grandes maisons d'édition méritent le reproche de faire à leurs modestes auxiliaires une concurrence directe d'une correction douteuse.

Dans l'article sur la Philosophie de la Souveraineté, M. Georg Simmel constate que tout groupe social subordormé parv^enu à l'égalité avec les classes qui lui étaient supérieures, s'efforce invariablement de les dominer à son tour ; « dans la pléonexie sociale, l'égalité n'est qu'une étape au passage de la subordination à la superordination ». C'est ce qu'en 1848, exprimait, d'une façon moins savante la domestique citée par lui-même : « Madame, s'écria cette naïve personne, maintenant que nous sommes égales, je porterai les robes de soie et vous les seaux

PRINCIPALES PUBLICATIONS ÉCONOMIQUES DE l'ÉTRANGER 71

de charbon. » Il vaudrait mieux viser ane coordination se ma- Aifes4ant par un partage de supefordination et de subordination, chaque classe ayai^, suivant ses aptitudes, son lot de Tune et de i'autre.

Mais comment reconnaître la personne ou le groupe digne d'être investi de la « superordination » et surtout de la souv^ raineié ? Faute de mieux^, on se contente de présomptions, dont aucune ne résiste à Tépreuve d'une critique minutieuse.

La solution pratique est peut-être fournie par Spinoza déclarant que tout pouvoir souverain est» en fait, légitime, tant qu'il se maintient. Les pages de M. Adolf Menzel, qui suivent l'article de S. Simmel, ont précisément pour objet de montrer avec textes à l'appui combien deux éminents publicîstes allemands contemporains, Seydel et Ihering, sont, en matière de droit public, les disciples directs de l'auteur de VEthique et du Traclaius theologico-poUiicus. Peut-être le sont-ils sans le savoir, car ils ne le citent jamais, malgré la concordance de leurs doctrines.

M. Oldenberg termine une étude très travaillée sur les différents systèmes âi'assurance contre le chômage, par une profession de foi générale que nous tenons à résumer. Les amis du bon vieux temps de la liberté déclarent que les mobiles du libre jeu des forces économiques seront peu à peu desséchés par une législation « pétrifiante ». Cette perspective ne doit pas effrayer l'économiste moderne . Il sait que les jours de la concurrence sont comptés, et il lui suffira que, dans le régime compliqué et nouveau de cartels étatico-socialistes, qui remplacera inévitablement celui de la concurrence, un réseau d'assurances entrelacées conserve une ombre d'existence à ces forces libres hors d'usage et un reste de l'ancienne liberté personnelle des individus. Cependant M. Oldenberg lui-même ne peut se défendre d'un certain malaise ; d'autres l'éprouveront à im plus vif degré.

Quand les hommes auront goûté de cet altruisme à outrance, universel et obligatoire, le retour à l'anarchie primitive pourrail fort bien sembler le port de la délivrance.

M. Henri Merkner analyse les travaux do la commission instituée en 1908 pour trancher la question de la DèUrioraiion physique du peuple anglais. Les rapports des agents du recrutement militaire avaient été alarmants, mais elle rappelle que Tarmée anglaise se recrute dans un milieu spécial et tout à fait inférieur. Bref, l'enquête conclut qu'au point de vue du niveau physique, la race n'a pas reculé, et cela malgré les ravages

7S JOURNAL DES ÉCONOàllSTES

de ralcoolisme et de la syphilis, la détestable alimentation de la classe ouvrière due à la crasse ignorance et à Tinsouciance invétérée des ménagères anglaises, le travail industriel des femmes, enfin l'atmosphère viciée des grands centres urbains et des logements insalubres et surencombrés. A ces derniers maux, M. Herkner aperçoit deux remèdes pratiques : l'éducation ménagère des mères de famille et l'institution de magistrats municipaux professionnellement exercés à l'administration des villes, à l'instar des Oberbuergemeisler allemands. Toutefois, sa sincérité l'oblige à confesser que la mortalité infantile est encore plus élevée dans les grandes villes d'Allemagne que dans les districts anglais les plus mal notés.

ZeUschri[l (ûr volk8wirischa{l, SozialpoliiUi und Vcrwallung^ vol. XVI, fascicules II et III. La livraison s'ouvre par un travail sur la situation politique et économique de Y Hémisphère du Paci(iqHe, dû à M. \ on Inama Sternegg ; il a également paru, traduit en français, dans la Revue Economique Internationale de Bruxelles, où nos lecteurs pourront en prendre connaissance et en apprécier le mérite.

M. von Philippovich fait le bilan résumé de la politique d'intcrvenlion collective en honneur depuis un quart do siècle, politique qui, en dernière analyse, prétend régler la répartition des revenus selon des principes d'une justice supérieure à ceux du passé. Cette politique a-t-elle vraiment mis un frein à l'exploitation de monopoles abusifs ? Le protectionnisme a-t-il favorisé les petits revenus ? Le petit commerce et la petite industrie se sentent-ils fortifiés et rassurés ? A toutes ces questions, la réponse de l'économiste autrichien est plutôt négative. Les mesures en faveur de la classe ouvrière ont seules, d'après lui, porté des fruits ; encore ont-elles agi de façon plutôt indirecte par le relèvement de son Standard ol lile, M. von Philippo vich n'est pas l'adversaire irréductible de cette législation ; loin de là. Mais il conseille la modération, rappelle que l'élévation proportionnelle des revenus dépend surtout des prix de vente et constate que les groupements collectifs jouent un rôle de plus en plus accusé dans la fixation de ceux-ci. Les autres articles traitent de questions purement autrichiennes : les lois sur la navigation, l'élévation de la taxation directe des capitaux à Vienne et dans les villes de l'Empire, la loi sur le col-

PRINCIPALES PUBLICATIONS ÉCONOMIQUES DE l'ÉTHANGHR 73

portage, la disette de viande et l'élevage dans les régions alpines, etc.

Signalons encore le compte rendu sommaire de la première conférence du Mitteleuropûischer Wiri8cha{lsvevein, c'cst-ù-dire de rUnion économique de l'Europe centrale (Allemagne, Au- Iriche et Hongrie), qui s'est rassemblée à Vienne au mois de novembre dernier. Les débats ont roulé sur l'arbitrage douanier, sur la circulation internationale des lettres de change et sur la constitution d'un réseau téléphonique international. Une fois de plus, on s'est plaint de l'esprit de chicane douanière qui sévit aux Etals-Unis aux dépens des infortunés importateurs d'articles européens.

Nous avons appris avec regret que la Nation ^ la vaillante publication libérale de M. Théodore Barth, a cessé de paraître ; par contre, nous appelons l'attention des personnes qui s'intéressent à la Finlande économique sur le Mercaior, publié à Helsingfors avec des articles en allemand et en anglais.

74 iOUlUUL DC8 ÉCONOmSTBS

fii, oomme le proclament à Tenvi© un grand nombre des iatéretaës, la crise violente du midi est «Kclusivemeat économiqve, nullement politique, il faut avouer que la mentalité de bob con* cit<q«ns des trois départements fédérés n'est pas d'une élératicm extrêose.

Us oat eu confiance dans les protectionnistes au pouvoir, qui, par les droits élevés frappés à l'entrée sur les vins étrantçers, leur ont effectivement assuré le marché national Français. Sur la foi de oe bon billet à La Châtre, ils ont replanté force vignes sur leur terroir, obtenu des quantités énormes de vin du midi, puis ont sommé la France de boire et de payer oe vin.

La France n'a pas voulu boire ni rien payer. Les prix du vin du midi sont tombés très bas décevant tout à fait les producteurs naïfs et roublards.

Ce vin, fruit d'une culture très soignée, aurait-il quelques défauts inconnus du public ?

Un de mes amis traversant en chemin de fer la région de Béziers pendant la dernière grande manifestation, écoutant avec bienveillance les lamentations grandiloquentes de ses voisins de compartiments laissa par mégarde tomber ces paroies indiscrètes: c< Le vin que vous fabriquez est-il de bonne qualité 1 » Il regretta bien vite son étourderie et dût s'estimer heureux de sortir vivant de cet entretien ultra-volcanique sans avoir pu tirer au clair la question posée.

Cette question fût posëe devant moi, il y a bientôt vingt ans, par quelques Parisiens, honnêtes, bienveillants, et connaisseurs réunis autour d'échantillons de vin du midi envoyés par k D' Ferroul lui-même.

L'aréopage reconnut les efforts des cultivateurs pour transformer en vin clair et limpide un liquide plat et sans goût agréable. A l'unanimité, il déclara, que le^ méridionaux en poursuivant cette industrie faisaient fausse route.

LETTRE DE PROVINXE 75

Sur la fol d^s protectionnistes aveugles, les borgnes volontaires du midi s'enfoncèrent de plus en plus dans kur erreur. Aujourd'hui ils en subissent toutes les conséquences et veulent forcer les Français à payer d'une façon ou de Tautm k vin que vie force on n'a pu leur faire ingurgiter.

C'est que ces gens du midi se considèrent comme ayant des droits sur les économies du restant des Français ; ils ont la mentalité inférieure qui convient à toute peuplade protectionniste. Les calmes gens du nord, cultivateuïs de betteraves et autres ne sont pas indemnes de cette maladie normale et dans beaucoup de régions de la France on trouverait des gens disposés à toucher ainsi les revenus du voisin, sans son autorisation, mais dans la plénitude du calme de la conscience.

Ce n'est point que tous ne reçoivent des faits de sévères avertissements pour les conâéquenoes inévitables de leurs actes.

Depuis les industriels du nord, que veulent rançonner les syndicats ouvriers, jusqu'aux Bordelais qui ont eux-mêmes sacrifié leur clientèle mondiale pour conserver l'ombre du marché national, bien des gens boivent avec amertume le fiel de leurs mauvais calculs et de leurs malveillantes intentions pour leurs compatriotes.

Que d'industriels français ont les yeux tournés vers la funeste commission des douanes au lieu de regarder du côté de leur clientèle et de chercher à bien servir celle-ci, de tout ce qu'elle désire et au plus bas prix.

lU recherchent les bénéfices très limités obtenus par une loi injuste et négligent les grands bénéfices des ventes très étendues sur les marchés libres. Ils récoltent la haine, l'envie et l'insécunx/é dans l'avenir.

Leur clairvoyance ne va pas au-delà du bénéfice immédiat.

Leurs députés, qui ne sont plus les députés de la France, mais les mandataires d'un groupe de mendiants attendant des fragments toujours plus gros des biens d' autrui, n'ont pas une mentalité différente.

A la suite des socialistes unifiés qui demandent la main-mise sans indemnité sur toutes les industries florissantes, tombant en conflit avec les syndicats ouvriers, ne voit-on pas déposer des projeta de loi pour détruire les rndustries d© la céruse et de l'absinthe, comme on a déjà vu détruire les distilleries de maïs ?

Parmi les multiples projets mis en avant pour donner un secours d'assistance publique aux pauvres mendiants armés du

midi, r infatigable commission des douanes ne propose-t-elle pas d'élever largement les droits d*entrëe sur le pétrole. Le remède en effet est très simple, il suffit d'interdire aux Français de sa servir du pétrole, en les obligeant à le payer des piix inadmissibles. C'est en vain que le prix du chauffage d'hivor, de la cuisson des aliments augmente chaque jour pour les Français riches et pauvres. Ne seront-ils pas trop heureux de reporter ce surplus de dépense dans Tescai-celle des distillateurs d'alcool du Nord et du Midi, chargés désormais de pourvoir à l'éclairage, au chauffage et à la force motrice?

Les socialistes actuellement au pouvoir se réjouissent en voyant aocumuler tant de malveillance pour les humbles consommateurs par des hommes qui n'ont en véiité aucun sentiment de justice, d'équité, ni respect du bien d'autrui. Mais les socialistes collectivistes attendent le chambardement général, leurs alliés inconscients auront-ils les yeux ouverts par le facile développement des troubles du Midi 1 C'est douteux !

Socialistes de toutes formules, viticulteurs, betteraviers, industriels protégés, fonctionnaires innombrables ne seront arrêtés sûrement dans l'extension de leurs appétits que lorsque le cordon de la famine les étranglera en même temps que le restant des Français.

Quand donc un gouvernement éclairé s'efforoera-t-il de mettre sous les yeux des électeurs les conséquences de la politique philanthropique, mais ruineuse que les députés de droits et de gauche, serviteurs des intérêts locaux obligent à suivïe 1

Quand donc les Français éclairés daigneront-ils porter euxniêmes ces questions devant leur entourage ?

Faudra-t-il, suivant l'expression de Léon Say, attendre <f l'inévitable catastrophe » qui donnera subitement do l'expérience à chacun et à tous ?

En attendant que la raison reprenne ses droits dans ce pays entraîné dans la voie du banditisme armé, une oeconde maladie se développe dans les idées publiques.

Toute personne qui fait une modification au mode de travail courant devient un fraudeur.

Le viticulteur qui met du suci o dans un vin qui manque d'alcool devient un fraudeur.

Le commerçant qui réduit le degré d'akool au chiffre que dési'"> son client devient un fraudeur.

Le maître de chai qui travaille le résultat de sa vendange autre-

4uent que le maître de chai d'Algérie ou de l'Hérault devient un f'i'audeur.

Le négociant qui offre de Thuile à plus bas prix que ses voisins devient un fraudeur.

Celui qui emploie le sel dea marais salants ou des mines de TEst pour faire un produit apprécié pai* le public devient un fraudeur, etc., etc.

Celui qui achète le pétrole, le charbon, le coton, les vins, le café, tous les produits de l'étranger pour le revendre à ses compatriotes, devient un fraudeur.

Celui qui vend de la céruae ou de l'absinthe à ses compatriotes est un criminel.

Celui qui possède des capitaux est un criminel.

Celui qui fait travailler est un criminel.

L'usine qui exploite et tue, est une œuvre criminelle, etc., etc.

Tout un vocabulaire de contre-vérités s'enfonce avec force dans les esprits simplistes de France et ils sont nombreux !

Pendant ce temps, industriels, viticulteuis, socialistes et autres demandent des lois pour rançonner leurs compatriotes .

Tous sont les victimes d'un point de départ faux.

Les hommes doivent vivre de leur propre travail, beaucoup d'électeurs français veulent vivre sur les fruits du travail d'autrui fallut-il proclamer le droit au travail et à l'assistance publique, droit qui s'exerce comme chacun sait aussi bien au coin de la porte d'une église, qu'au coin d'un bois désert, aussi bien devant une tribune de parlement que devant une préfecture qui flambe.

Pour éclaircir les idées, quelques hommes vont répétant : « A l'aurore de l'humanité la guerre n'existe pas. L'hcmme, comme du reste tous les autres animaux, naît pacifique et la société seule, par nécessité, le rend guerrier. »

Quel malheur que la morale des gens civilisés, les lois des pays civilisés empêchent de prendre les rédacteurs de pareils propos, de les maintenir de force dans une eau fréquentée par les requins ou par les vipères, ou de les abandonner nus et sans armes dans les forêts vierges remplies de fauves et de reptiles, ou de les livrer à certains sauvages très nature et bien connus, voire aux anthropophages d'Afrique, ou seulement aux apaches des bords de la Seine, qui sont tout à fait « nature ».

Ils apprendraient peut-être à discerner entre le vrai et \e laux 7

J.-L. Courcelle-Seneuil.

78 iOVUSAL DES ÉCONOMISTES

Les Douma rtuses se suivent mais malbeureusement elles diffèrent trop peu entre elles, voilà la dernière qui vient d'être enterrée, la troisième doit naître en novembre prochain, mais afin de prouver elle aussi, aelon toute probabilité, l'incapacité du peuple russe à se servir du régime parlementaire pour édifier et consolider un gouvernement constitutionnel ; nous nous en sommes un peu douté, Thistoire et le sort de la troisième Douma pourront être considérés, dans un sens, comme une expérience décisive. C'est que en politique comme en toute chose, on chercherait vai- •oement en Eussie le juste milieu, Téquilibre, le sens du réel et du possible, la mentalité du peuple russe est faite de tous ks extrêmes et de toutes les contradictions, un parlement russe ne pourra être que servilement soumis au gouvernement ou aux révolutionnaires.

Aussi bi€fn dans la première que dans la seconde Douma il ne s'est poi'nt trouvé un seul groupe qui méritât le nom de parti politique ; à gauche une foule composée d'êtres tout à fait incultes ou n'ayant que cette demi-culture qui déchaîne l'imagination laissant endormies les facultés de réflexion et d'inhibition. Les réformes qu'ilo demandaient se réduisaient à peu de chose, la légalisation du vol à leur profit, l'impunité du crime, en un mot, la destruction complète de ces quelques misérables assises de l'orr dre social qui existent encore en Russie et cela avec une inconscience qui désarmait toute critique. Ce furent là les quelques notes qui revenaient dans tous leurs discours avec une monotonie obsédante, les mirages qu'on avait évoqués dans ces cerveaux, les hantaient avec une fixité et une force d'autant plus grandes, qu'ils les occupaient à eux seuls.

A droite les gens de l'ancien régime, n'ayant eux non plus « rien appris ni rien oublié », satisfaits de l'état des choses tel qu'il est, contraires à toute réforme et entièrement dévoués au gouverne-

LETTRE DE POLOONE 79

mcni qu'ils coinpromettent par Tezoès de leur lèle, uAe facile à comprendre. C'est que c'est danir leurs rangs que se recrutent les membres du mandarixiaty les tchinorniki grands et petit», ks véritables maîtres abattus et tout puissmis de Toutes les Russies. A eux les plaœs, les sinéouree, ke pensions, une autorité souTent sans limites, les droits d'interpréter les lois et d'en faire au besoin; quant aux abus, leur impunité était assurée, il suffisait pour cela d'avoir un bcm dos à Péterebourg et, Dieu sait s'il en manquait « de bons doa ». La classe des tehinoTniki finit ainsi forcément par fcnrmer une caste, ils ne se leerutaient que daais leurs familles, par suite de la difficulté qu'il y avait à trouver des gens d'une instructicHi élémentaire d'un coté, et l'augmentation croissante du nombre des fonctionnaires de l'autre. C'est cette carapace qui l'étouffé que le peuple russe, peut-être inconsciemment tend à rompre et h rejeter» La résistance qu'il rencooh tre Inexpliqué facilement, ks mandarins défendcfnt leur monopole et Tabsolutisme qu'ils coupent en morceaux pour le dévorer; ce ne sont pas là ks moindres ennemis d'un ordre social fondé sur la justice. Une certaine liberté donnée à la presse et la crainte de l'opinion publique ks ont retenus ces temps dernkrs quelque peu au respect de leurs devoirs, les quinze jours qui nous séparent de la dissolution de la Douma et le vent de réaction qui a soufflé ont suffi pour leur faire relever la tête.

Au «entre de la Douma défunte se trouvaient les démocratesconstitutionnels dits csddets, groupe nombreux mais malbeureusement faisant seukment son apprentissage politique. La première fois les Cadets se présentèrent k verbe baut mais avec un programme n'ayant aucune valeur pratique, un programme te d'arrivistee » vissmt uniquement la conquête du pouvoir et à cet effet s'efforçant de séduire et de se concilier les partis extrêmes par les promesses les plus engageantes bkn qu'impossible à tenir. Celles-ci furent prises à la lettre et l'anarcbie croissante qui s'en suivit dans k pa^ ei dégénéra en aimpk brigamdage, semble avoir ouvert les yeux aux Cadets sur les dangers de certaines alliances. Leur attitude à la dernière Douma fut différente. De la gauche ik passèrent au centre, donnèrent des preuvei? de modération et s'éloignèrent de plus en plus des partis révolutionnaires. Leur programme rest» cependant jusqu'à la fin, peutêtre vol<mtairement indéterminé, ik semblèrent explorer k terrain pour fonder un parti du gouvernement, mais kur radécision dura trop longtemps, une majorité «table ne put se former et le gouvernement, profitant d'une occasion fournie par l'extrême-

80 JOVBKkL DES ÉCOMOMISTES

gaocbe, dont plnslean membres se compromirent dans des complots révolatioanairesy prononça U dissointion. Parmi ces partis en état de nébakuaes il s'en est trouvé un qui dès les premières séances se distingua par sa cohésion, sa maturité politique et la formule claire et franche de son programme» ce furent les Pc^onais. lis allèrent à Pétersbourg pour demander avant tout, comme c'était leur devoir, l'abolition des lois persécutrices de notre nationalité, des mesures d'exception appliquées à notre égard arbitrairement par les autorités locales et l'octrcH d'institutions au tcmomiques qui nous permettraient de nous redresser, de développer nos forces naturelles et de vivre stfns nous courber pour nous mettre au niveau d'un peuple d'une culture inférieure. C'est à ce prix que les Polonais s'engageaient à soutenir le gouvernement dans son travail de réorganisation politique de l'Etat, aussi longtemps que celui-ci serait guidé par les principes de justice et de saine liberté. Pendant toute la durée de leurs fonctions, nos représentants restent fidèles à leurs devoirs envers leur psr trie, d'entière bonne foi et d'une loyauté parfaite vis-à-vis de leurs adversaires. S'étant trouvé le seul groupe parlementaire nettement cristallisé, les Polonais attiraient à eux forcément les nébuleuses des autres partis, ce qui fit qu'ils furent plusieurs fois les maîtres de la majorité et c'est ce crime qu'on nous fait expier en réduisant le nombre de nos représe*atants de trente-six à douze. Cette vengeance nous fait honneur, elle prouve que la présence de nos députés dépareillait la Douma russe, qu'on nous trouve d'une culture politique trop élevée pour prendre part aux tâtonnements dans les ténèbres de cet embryon de parlement ; en effet, les beaux discours de nos représentants, si éloquents, si mesurés et si profonds détonnai€fnt étrangement dans son enceinte. On n'a pas besoin de «nous, c*e«t ce que nous font entendre avec une franchise entière les paroles du Manifeste du 16 juin. On y lit entre autre ce qui suit : « La Douma créée pour fortifier l'Etat -russe doit être également russe par son âme et les autres nations qui font partie de Notre patrie doivent avoir dans la Douma des représentants de leurs besoins, mais ils ne doivent point venir et ne viendront pas assez nombreux pour avoir une voix décisive dans les affaires purement russes. »

Voilà le divorce politique des deux nations hmitement prononcé en principe, nous voilà avertis, on n'a besoin ni de nos conseils ni de notre collaboration pour conduire les affaires de Tempire russe ; c'est parfaitemet juste. Mais ce qui ne Tesf pas c'est qu'une Douma oii on nous juge de trop, dispose de notre sang, de

notre travail et de notre liberté, conduise no6 affaires à nous et nous gouverne, ceci est d'une évidence qui se passe de commentaires.

Quelles seront les suites de la disgrâce qui vient de nous frapper ? Nous le suurons sous peu ; si elle signifie le retour à la politique de persécution, nous* la supporterons. C'est de luttes et de souffrances que notre vie nationale est faite depuis eent ans, nc«a ennemis disposent de tous les moyens que donnent le pouvoir, la force et Tabsence de scrupules, nous n'avons avec nous et pour nous que la justice et pourtant nous ne sommes 'ni vaincus ni découragés et noub* durons toujours. Les coups qui nous frappent, les crimes qu'on commet envers nous au nom de la raison d'Etat, tout cela augmente notre courage et excite notre résistance. Cette fois on nous menace d'une coalition de nos ennemis de l'Est et de ceux de l'Ouest pour nou6? écraser; s'ils le croient possible, ils se trompent, on n'a point trouvé jusqu'ici le moyen de faire mourir un principe juste.

Il est bon de philosaplter et de politiquer mais avant cela il faut vivre et la vie s'annonce dure et chère pour l'année agricole qui commence. L'industrie, après l'ouragan d*anarchie qui a soufflé sur 'notre pays se ranime avec peine, les terribles' leçons que nc« ouvriers se sant infligées eux-mêmes, semblent leur avoir profité et le calme revient, mais les champs de bataille sont couverts de victimes et de ruineer et ce qui est perdu ne se retrouve plus. La terre, elle aussi nous est un peu dure cette année, en prévision d'une mauvaise récolte le prix du blé s'est élevé d'un tiers depuis six mois. C'est le froment qui a srurtout souffert chez nous des grandes gelées survenues trop tôt et surprenant les champs dans leur couverture de neige. Même dans les gouvernements fertiles comme la Podolie, la Volhynie et ceux du Sud les blés ont péri et les nouvelles qui nous viennent de l'étranger ne sont pas meilleures. Chez nous grâce à un printemps favorable, les petits blés et les pommes de terre s'annoncent très bien, nous pouvons donc nous attendre à une année moyenne comme récolte grâce aux pommes de terre qui sont notre blé de réserve ; quant aux prix, on les verra monter à la suite d'une augmentation d'exportation.

Ladislas Domanski.

TOMK XV. — JUILLET 1907.

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