‹ L'automobile est-elle une richesse?Chapitre 35 sur 87 · EN LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

EN LANGUE FRANÇAISE

SoMMAiBB. Bévue des Deux-Mondes : L'impôt sur le revenu. Le commerce international. Le reboisement. Le Correspondant : L'Eglise libre. Les assurances contre les grèves. La Bévue : Le budget colonial allemand. La Tunisie. Bévue Générale : Les progrès de Timmoralité. La Bé forme sociale : L'impôt sur le revenu. L'assurance contre le chômage. La Science Sociale : Le Play et sa doctrine. L* Association catholique : La décentralisation. Bévue d'Economie politique : Morale et sociologie. Le socialisme de la chaire. Bévue politique et parlementaire : Les syndicats de fonctionnaires. Bévue Economique Internationale : Le Brésil. La République Argentine. Bévue socialiste : Le socialisme juridique. Le Mouvement sodaliste : Le prétendu socialisme juridique. Les instituteurs et le syndicalisme. Bévue Economique de BordecMX : L'impôt unique au xviii« siècle. La Paix par le Droit : Le rapprochement francoallemand. Le Bentier : Le projet de budget de 1908. La démocratie financière. Le Courrier automobile : Réflexions mélancoliques.

Le principal prétexte donné par ses promoteurs en faveur de rimpôt sur le revenu est que cet impôt existe dans d'autres pays tels que TAngleterre, rAUemagne, la Suisse, et que nous ne pouvons mieux faire que d'imiter ces modèles.

On peut répondre qu'il y a d'autres pays où cet impôt n'existe pas ; il y en a môme où il a existé et où il a été supprimé. Pourquoi, dès lors, imiter les uns plutôt que les autres î

On peut encore répondre : S'il convient d'imiter les autres peuples en matière financière, pourquoi pas aussi en matière politique? Quelle raison y a-t-il d'emprunter Vincome-iax à l'Angleterre plutôt que son roi î Pourquoi ne nous imposeriezvous pas un empereur, comme en Allemagne, avec ou sans impôt sur le revenu î Votre prétention est donc purement arbitraire. On peut aller plus loin et dire : Si tous les peuples doivent

s'imiter les uns les autres au point de vue fiscal, autant les réunir tous sous un seul gouvernement, organiser le trust du gouvernement ; on réduirait ainsi dans une forte proportion les frais d'administration politique et sociale ; on n'aurait plus besoin, ou du moins bien peu, de soldats, de diplomates, de fonctionnaires de toutes sortes, de députés, de sénateurs ; on pourrait fermer les écoles militaires et les autres écoles destinées au recrutement du personnel gouvernemental, etc.

M. Paul Leroy-Beaulieu présente plusieurs de ces objections dans la Revue des Deux-Mondes du 15 mai ; puis il montre que cette prétendue innovation n'est que du vieux-neuf, et que ce ji'est pas un progrès, mais un recul. Loin d'être scienii(iques, comme on le prétend, « les impôts personnels et généraux sur le revenu ne sont aucunement, comme l'imaginent les personnes peu expertes en la matière, le fruit de la réflexion et de l'esprit de combinaison ; ils ont simplement leurs racines dans la fiscalité du moyen-âge et des débuts du temps modemo. Ce sont des taxes empiriques qui ne se sont proposé aucun idéal social. »

Les peuples qui supportent ces impôts n'en sont pas si contents qu'on se l'imagine, et ne les conservent que pour des raisons particulières qui n'ont rien de commun avec la science financière. « C'est rimpossibilité ou la difficulté pour certains pays d'avoir un système de taxes directes rationnelles qui les a fait se résigner à un genre d'impôts qui, bien loin de comporter une supériorité quelconque sur notre système de contributions, offre relativement à lui d'incontestables infériorités. »

M. Paul Leroy-Beaulieu admet que, « par une concession, mais qui doit être contenue dans des limites assez étroites », l'impôt soit dégressifs c'est-à-dire qu'on accorde une immunité aux échelons tout à fait inférieurs et des modérations aux échelons moindres que moyens ; mais l'impôt ne doit jamais être progressif. « Le principe fondamental en matière d'impôt condamne absolument la progressivité. »

Je me demande si le principe fondamental en matière d'impôt ne condamne pas également la dégressivité, ou si la dégressivité n'entraîne pas comme conséquence, dans l'intérêt même du dégressé, la restriction de ses droits politiques ; mais ce n'est pas ici le lieu d'examiner à fond ce problème.

W. Paul Leroy-Beaulieu analyse les principaux projets français d'impôt sur le revenu et. naturellement, les trouve tous défectueux et dangereux. Le bloc enfariné des eommissioDS de

taxation ne lui dit riea qui vaille, « Comment sont composées ces coDunissions ? Du percepteur, agent technique, du maire et de quatre personnes désignées par le préfet. Ainsi, c'est la politique qui déterminera la cote que Ton devra payer ; le préfet, chacun le sait, est par-dessus tout un agent politique auquel on demande de faire triompher dans les élections le parti gouvernemental ; le maire est souvent aussi un homme de parti ; les infortunés contribuables seront livrés, pieds et poings liés, à des politiciens. »

Quoique l'impôt sur le revenu soit mort et enterré, ces considérations ne sont pas superflues, car cet impôt renaît souvent de ses cendres. Le phénix met, dit-on, 500 ans ; on peut supprimer les deux zéros et dire que l'impôt sur le revenu est un phénix quinquennaire.

— Il paraît que nous sonmies dans la période des vaches grasses. M. Jacques Siegfried nous montre, dans la Revue de» Deux- Mondes du 15 juin, que le commerce est en progrès dans tous les pays, même en France, quoi que la reine des nations soit descendue du deuxième rang au quatrième, sous le rapport du commerce extérieur. « Le plus grand obstacle au développement de nos affaires extérieures, dit M. Siegfried, est que nous ne formons pas assez d'hommes bien préparés à cette œuvre. Dans l'intérêt de l'avenir de ma patrie, je prends donc le taureau par les «(Mues et ne crains point de déclarer la guerre à notre Université, à cette Aima mater que tous les peuples nous envient, disent quelques-uns, mais qu'ils prennent de moins en moins pour modèle. ]»

Un autre obstacle est que la France est restée bien arriérée en ce qui concerne les lois qui s'appliquent aux affaires, notamment les lois sur les sociétés commerciales, a Les pénalités exagérées et surtout le luxe des formalités qui \isent à protéger les ignorants, n'aboutissent qu'à entraver les honnêtes gens et n'arrêtent que fort peu ceux qui ne le sont pas. »

M. Siegfried préconise les Offices du commerce extérieur, les ée<des commerciales, les musées commerciaux, les attachés commerciaux près des consulats ; mais il rencontre un dernier obstacle, peuirêire le pire : c'est l'exode des capitaux français vers l'élranger. « A part quelques industries rendues en quelque sorte oUigadoires par les progrès de l'électricité et par l'inventioB des automobiles, on ne construit plus de nouvelles fabriques en Fnaice. »

Le collectivisme, qui escompte depuis si longtemps la nalionalisalion des capitaux, trouvera-l-il donc les coffres-forts vides quand arrivera le Grand Soir ? Quelle déception ce serait pour les prolétaires et surtout pour leurs chefs !

— Les forêts exploitées trop hâtivement diminuent partout ; elles ont depuis longtemps cessé de sufflre à la consommation nationale et, pour alimenter en bois d*œuvre les nations civihsées, on déboise le monde entier.

Ce cri d'alarme, répété par M. Paul Descombes, dans la Revue des Deux Mondes du 15 juin, a déjà été jeté bien des fois et loujours sans résultat. « L'Etat a dépensé près de cent millions; ses travaux sont admirés du monde entier ; toutes les puissances étrangères les ont imités et, malgré cet immense effort, le reboisement diminue au lieu de s'accroître ; les montagnes sont de plus en plus dénudées, les inondations de plus en plus désastreuses, les plaines de plus en plus desséchées, les rivières de moins en moins navigables et, pour combler la mesure, l'approvisionnement de houille blanche est de plus en plus compromis. »

Puisque l'Etat est impuissant, si Ton s'adressait à l'initiative privée ? C'est ce qui commence à se faire, d'après ce que nous dit M. Descombes, notamment dans les Pyrénées et dans l'Est. El il paraît que cette industrie n'est pas ruineuse. « On a cité le curieux exemple d'un particulier qui, après avoir acheté des pentes incultes dans les Pyrénées pour une vingtaine de mille francs et avoir, pour se distraire, dépensé moins de 10.000 francs en semis et en plantations, laissait, 45 après, à ses héritiers stupéfaits, une propriété magnifique, contenant pour 270.000 francs de bois ! »

Dans les montagnes où l'on a reboisé, on a pu transformer les chèvres et les brebis en vaches et établir des laiteries, des fromageries. Bref, « si l'on considère qu'une forêt bien soignée, plantée d'essences résineuses à croissance rapide, donne du rapport après 25 ans, on peut prévoir combien, dans l'espace de 50 ans, les revenus de telles plantations seraient rémunérateurs. Donc, financièrement, le résultat ne peut être douteux. »

Si l'intérêt guide les hommes en matière économique, il n'y a donc qu'à laisser faire, laisser passer^ pour que le reboisement s'opère. En accordant des droits de douane aux producteurs de blé et de vin, l'Etat a encouragé les défrichements et les déboisements. Qu'il supprime ces droits et Ton verra les arbres pousser.

El alors, les oiseaux qui les habiteront, mangeant les insectes nuisibles, on verra du même coup disparaître les maladies de la vigne, des pommes de terre, des châtaignes, etc., etc.

M. Descombes conseille aux banques, aux sociétés d'assurances et autres propriétaires impérissables d'employer une partie de leurs réserves en reboisements. Sans exclure personne, on peut dire que les propriétaires périssables, même les octogénaires, d'après la fable, sont assez portés à planter pour qu'on se repose sur eux du soin de reboiser. Il suffit de ne pas les en détourner par mille appâts trompeurs qui attirent leurs capitaux et leur activité en pure perte pour la société et pour eux-mêmes.

La séparation est déjà de l'histoire ancienne ; le public ne s'y intéresse plus. Le gouvernement ne paraît pas en prendre volontiers son parti, mais les catholiques semblent disposés à l'accepter. C'est ce que leur conseille M. Thureau-Dangin dans le Correspondant du 10 mai. L'Eglise, dit-il, doit chercher les moyens de remplir sa mission, non plus dans une alliance telle qu'on avait pu la concevoir autrefois, mais dans l'obtention d'une liberté loyale et complète. S'attarder aujourd'hui à poursuivre et rêver un nouveau concordat serait perdre un temps qu'il importe de mieux employer.

Si la séparation a ses petits inconvénients momentanés, — comme tout changement — elle présente aussi des avantages que les catholiques commencent à reconnaître ; le clergé y trouve deux grandes compensations ; « la liberté de se réunir et la suppression de l'intervention du pouvoir dans leur nomination et dans leur administration. »

Nommés par le pape, les évêques ne risquent-ils pas de perdre aussi bien leur indépendance que par l'intervention du pouvoir civil î M. Thureau-Dangin ne le pense pas. « Le droit suprême du Pape d'instituer les évêques est hors de question. Mais son choix peut être aidé, non limité, par des désignations locales, faites avec la connaissance proche et directe des hommes et des choses. On assure qu'en fait, dans la plupart des choix récents, le Pape s'est guidé sur les désignations demandées aux évêques de la province ou d'une région plus étendue. » Le pape sera même d'autant plus intéressé à procéder de la sorte, que toute la responsabilité des nominations retombera sur lui seul.

— Bien naïfs ont élé les guides des prolétaires, s'ils ont cru que leurs syndicats et fédérations de syndicats n'auraient pas

pour conséquence les syndicats et les unions de syndicats de capitalistes, ce qui ramène les choses au même point que s*il n'y avait pas de syndicats du tout. M. Pierre Saint-Girons nous montre, dans le Correspondant du 25 mai, que les assurances patronales contre la grève s'organisent de plus en plus et de nûeux en mieux en Allemagne. Us possèdent une organisation hiérarchique très complète; ils se ramifient en branches et groupes locaux ; ils s'unissent môme entre eux» au point que nous verrons bientôt des Confédérations du capital en face des Confédérations du travail.

a Au-dessus des sociétés primaires fonctionne, depuis le 1** juillet 1906, la société d'indemnisation de l'Union des syndicats patronaux allemands. Sa création répond à un besoin véritable. Elle donne à l'assistance contre la grève une extension difficilement réalisable dans une société primaire, composée ^'une seule branche d'industrie ; elle établit un lien étroit entre des professions différentes et soucieuses à la fois de garder une organisation particulière répondant à leurs conditions propres et de jouir des bénéfices de la solidarité. »

De ces denx armées, laquelle remportera la victoire? Que pensent les socialistes des assurances patronales contre la grève? Les patrons sont moins nombreux, mais ils sont plus riches, et si l'argent est le nerf de la guerre, les ouvriers pourraient bien avoir le dessous.

Vous n'y êtes point, disent les socialistes : c Laissez naître ces unions patronales, laissez-les croître et multiplia ; qu'elles se relient les unes aux autres et qu'elles se concentrent. Elles font notre jeu ; elles agissent dans le sens du socialisme. Grâce à elles, la société capitaliste s'oriente vers cette lutte des classes, véritable agent transformateur d'où sortira, après une répétition mécanique des mêmes phénomènes, la société future. Le jour où le patronat n'aura plus qu'une seule tête et qu'un seul chef, le jour où un syndicat unique coordonnera les efforts ouvriers, ce jour^lâ, le socialisme n'aura plus qu'un pas à franchir. L'antithèse sera nettement posée entre ces deux partis dressés l'un contre l'aiiire et la synthèse sera le socialisme réalisé. »

Le jour où un syndUai unique coordonnera les e(forts des ouvriers. On voit que les socialistes escomptent leur unification. Or, ils n'ont jamais pu la réaliser, étant peu nombreux ; ils le pourront de moins en moins à mesure que leur nombre augmentera. La « société future » n'est donc pas près de voir

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le jour, oa bien ce sera une société toute différente de ceUe ^que révent les collectivistes.

Le budget colonial allemand s arrondit peu à peu. Le D' Lo> wenthal (Revue des Revues, 1*' juin), nous apprend que, en dix ans (période 1897-1006) par une prc^pression de plus en plus accentuée, à laquelle participent toutes les colonies sans exception, le budget colonial de dépenses est passé de 18.5 à 156.6 millions de marks, soit un accroissement de 800 0/0. Le total des dépenses ressort, pour la dernière période décennale, à •flfl&.é millions de marks. Sur cette somme, 475 millions de nfarks, soit 70 0/0, représentent des dépenses militaires, des dépenses improductives.

« En résumé, on peut affirmer que Foccupation, Tadministralion, la pacification et la mise en défense de ses colonies, a coftlé à FAllemagne, depuis la mémorable année 1884, plus d'un milliard et demi de marks, «oit deux milliards de francs. Or, les colonies ne constituent pas toute la politique coloniale : les constructions navales en forment le complément nécessaire. Lorsque sera accompli le programme tracé par Tamirauté allemande en. 1904, il ne restera rieo du tribut de 5 milliards de francs prélevés à la France en 1871. )i

En revanche, TAIlemagne aura sans doute un empire colonial où eDe pourra placer le surplus de sa population, de ses capitaux et de la surproduction de ses cartels T

Il n'y a mille apparence qu'il en advienne ainsi. « Chose très caractéristique et qui montre combien s'accroît la méfiance des Allemands à l'égard de leurs cokmies : le nombre d'immigrés y diminue de plus en plus... Après un essai loyal, bien que timide, les émigrés allemands reviennent à leurs premières amours : à leurs colonies, ils préfèrent de beaucoup les Etats- Unis, le Brésil, le Canada, et même les pays surpeuplés, tels que l'Angleterre, la Belgique, la Hollande, la France. »

Les capitaux sont peut-être plus dociles que les hommes aux injonctions des colonialistes ? Non. Le manque de confiance à l'égard des cdkmies se manifeste, avec non ukmus d'évidence, dans la classe capitaliste.

m les produits f Un des facteurs essentiels du nKMivenient colonial en Allemagne a été la surproduction sans cesse croissante et le besoin de débouchés nouveaux. QoeUe est donc, povr le connofïeree allemand d'exportation, la valeur intrinsè-

que du marché colonial ? m Dans la période 100&-1905, elle atteint à peine — moyenne annuelle — 15 millions de marks ; elle l'a dépassée à peine en 1906. »

Quelle ingratitude de la part du peuple, du capital et de l'industrie l Les gouvernants, les diplomates, les militaires, les marins, les fonctionnaires se donnent un mal du diable pour conquérir, défendre, administrer les colonies et... on les laisse faire I

— Les colonialistes français ne sont d'ailleurs pas plus heureux dans leurs entreprises que leurs confrères allemands. En Tunisie, la plus voisine et la plus prospère de nos colonies, M. Ch. Géniaux nous apprend, dans la Revue du 15 juin, qu'au bout de 25 ans d'occupatron, « nous n'avons guère plus d'un millier de vrais colons cultivant eux-mêmes leurs d<Mnaines et peut-être trois mille Français, contremaîtres, chefs de culture, mécaniciens, ingénieurs agronomes, etc. Dans un pays conttoe la Tunisie, c'est une goutte d'eau dans une cuvette. »

Et il n'y a guère apparence que ce nombre augmente, car les fonctionnaires de celte colonie — comme des autres — sont les premiers à dire : « Lorsque je reçois de France la lettre d'un cultivateur me demandant des renseignements sur la Tunisie, j'écris aussitôt : « Ne faites pas cette folie. Il n'y a rien « à récolter que la misère dans ce maudit pays. »

Malgré tout, M. Géniaux croit qu'il y a quelque chose à faire, que les paysans exploitant eux-mêmes peuvent gagner de 30à 50.000 francs en une dizaine d'années. La conclusion de l'auteur est que « la grande colonisation est malade. Elle a fait son temps... La petite colonisation semble aujourd'hui prendre le dessus dans les régions fertiles. Les paysans remporter<»it plus tard sur les grands domaines bourgeois primitivement formés. » Ne décourageons personne.

Estrce une conséquence des manuels d'éducation morale et civique dont nous inondons notre jeunesse? Un fait certain, c'est que l'immoralité progresse au moins aussi rapidement que la moralisation. Les optimistes disent que l'immoralité a existé dans tous les temps ; ils citent Molière, Rabelais, Martial, Juvénal, Aristophane et disent : « Vous voyez bien que ce que vous appelez l'immoralité est vieux comme le monde et n'est

qu'une forme de l'art qui doit pouvoir tout représenter et tout dire, i»

Cet argument ne satisfait pas M. Henri Jaspar. Il n'y a aucune similitude, dit-il {Revue Générale d'avril), entre ces œuvres isolées, qui virent le jour à des époques lointaines, où elles demeuraient l'apanage de quelques privilégiés et l'énorme diwitèle assurée de nos jours à toute production littéraire. « De période en période, et presque d'année en année, la corruption de la littérature, de la presse et du théâtre s'est intensifiée. »

On n'ose même plus critiquer les mauvais livres et bl&mer leurs auteurs. « Ne lisons-nous pas parfois, même dans les revues et les journaux catholiques, des éloges à peine atténués et des encouragements mal dissimulés à l'endroit de certaines de ces œuvres dont ils ne devraient parler que pour les flétrir, tant le respect humain est contagieux ! »

Ce qu'il y a de plus fort, c'est que le contenu du sac littéraire ne vaut pas l'étiquette. « Souvent la couverture promet beaucoup plu6 d'indécences que le livre ou la brochure n'en contient. » C'est comme dans les baraques des foires. Vous voyez la parade, vous entrez, croyant qu'à l'intérieur on vous montrera quelque chose de mieux encore, mais... Puisqu'on établit des inspecteurs pour les aliments du corps, ne pourraiton en instituer aussi pour les aliments de l'esprit? Ce serait un moyen de procurer de l'occupation aux diplômés sans emploi et de les détourner de faire des livres — • ou plutôt des couvertures de livres — pornographiques.

M. Jaspar fait appel à tout le monde pour lutter contre l'immoralité ; il expose ce que l'on a fait à l'étranger dans ce sens. La « National Vigilance Association » de Londres a fait merveille ; son simple avertissement suffit pour mettre fin à une exhibition obscène, sans qu'il lui faille désormais întei-venir judiciairement.

En Hollande la liste s'allonge chaque jour des publications dont l'abonnement, le transport et la distribution ne sont plus admis à la poste et au chemin de fer ; d'autre part, toutes les cartes postales sont jetées au rebut.

En France, je ne dirai rien des cartes postales, mais pour les livres et brochures, je parle des bons, il paraît que les postiers ont grand'envie de s'instruire, car il est bien rare que ces envois arrivent à leur adresse s'ils ne sont pas recommandés. On se plaint de ce que les facteurs sont surmenés et, pour deux malheureux sous, on double leur travail, car il faut qu'ils mon-

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lent les étages et qu'ils reviennent si vous n'êtes pas là, pour, vous faire signer.

Le projet dUmpôt sur le revenu n'est pas ce qu'un vain peuple pense, dénué de toute raison d'être. Il présente deux avantages très appréciables et sans doute très appréciés par les foiictioiinaires et les aspirants : 1^ II maintient en place le personnel existant ; 2* il nécessite un nouveau personnel. Les anciennes contributions directes sont maintenues pour les sommes qu'elles rendent actuellement aux départements et aux communes, ce qui veut dire qu'il conserve l'organisation actuelle avec tous ses frais pour lui faire produire la moitié de ce qu'elle donne maintenant. Et puis il érige à côté toute ime organisation nouvelle qui coûtera cher, car les fonctionnaires en exercice ne pourront suffire à la tâche. Ils y suffiront d'autant moins que la fraude s'exercera sur une échelle immense et qu'il faudra une armée d'agents pour la prévenir et la réprimer.

M. Hubert- Valleroux, qui constate ces avantages dans la Ré- (orme sociale de mai, en indique plusieurs autres non moins dignes de considération, notanmient celui de préparer la voie au socialisme. « Pour ceux qui songent au but final du socialisme : l'attribution à la collectivité des propriétés privées, quelle meilleure préparation que cet inventaire de toutes les fortunes particulières ? Les inventaires ne sont-ils pas, à notre époque, le préliminaire des spoliations par voie administrative. »

Il n*'est donc pas surprenant que fonctionnaristes et socialistes soient partisans de cet impôt; mais les autres, quel intérêt y ont-ils ? Quel mobile peut les pousser à proposer ou accepter cet impôt? L'altruisme, le solidarisme ont-ils fait en eux assez de progrès pour les déterminer à courir au-devant di* sacrifice? M. Hubert- Valleroux ne le pense pas. « Au point de vue financier, dit-il, notre Parlement est pour ainsi dire aux abois, la situation financière est lamentable. Les deux derniers budgets n'ont pu être équilibrés que par des emprunts, c'est-à-dire qu'avec les recettes, si grosses soient-elles, on n'arrive pas à couvrir les dépenses. Or, ces dépenses ne peuvent que* s'accroître, le seul fcwictionnemenl des lois déjà votées produit chaque année une augmentation sensible. »

Or, nous ne sommes qu'au début des lois de « solidarité sociale », qui consiste à $uperposer la protection ouvrière à la protection patronale. Tous protégés ! Voilà notre idéal.

PRINCIPALES Pl'BLICATIOllS ÉCOSUMflQUES FRANÇAISES 231

— La Soeiéié d'Economie socèale a discuté Fassurance contre le chômage. M. Philippe de Las Cases, le premier des orateurs^ a dit : « Le chômage étant ea définitive le résultai du jeu complexe de toutes les forces éecmomiques, il en découle que toute réforme tendant à régulariser la production, à régler le marché, à diminuer les à-coups de la concurrence ou de la mode exerce une influence heureuse sur le nombre des chômeurs, h

Le chômage nous parait plutôt résulter des forces anti-économiques, autrement dit des forces protectionnistes, qui découvrent Tun pour couvrir Tautre. D'autre part, si la c<hicih*rence régularise la production et règle le marché, la réforme à opérer pour réduire le chômage involontaire à son minimum De serait pas difficile à inventer.

Tout en convenant que « les subventions de TEtat viennent au secours des travailleurs les plus aisés », M. de Las Cases est d'avis que les pouvoirs publics et le patronat soient appelés à fournir leur appui à l'œuvre de prévoyance des travailleurs ; ce qui revient à dire que le patron réduira le salaire des manoeuvres et que l'Etat augmentera leurs impôts, le tout au profil des travailleurs les plus aisés.

Cette thèse a été combattue par M. Couprie : « Les fonctionnaires appréciant les c<mditions où se trouvent les chômeurs pour dire : ua tel est intéressant ; un tel ne l'est pas, — non, ta vérité, je ne les vois pas bien. »

La Science sociale de mai contient une étude sur Frédéric Le Play, sa méthode et sa doctrine par Edmond Bouchié de Belle. L'auteur s'est proposé de préciser la méthode d'observalion créée par le maître ; d'exposer les vérités que cette méthode lui a permis d'atteindre ; de montrer comment sa doctrine s'appuie sur ces vérités. Ce travail est fait avec beaucoup d'impartialité et de clarté.

La méthode de Le Play tire son origine, en grande partie, de la manière dont il a été élevé. « Soustrait à la c<Hitrainte des internats, son esprit n'avait pas été plié, dès Tenfance, sous la pression des maîtres et des camarades, aux grands articles du credo d'alors. Les premières années de sa vie s'étaient passées sûr les bords de la basse Seine, auprès d'Honfleur, et ses premiers laaîtres avaient été de simples pêcheurs. »

L'enfant qui vit ainsi en contact direct avec la nature ne peut guère faire iiutremcnt que de Fobserver et, par suite, d'ac-

quérir Tesprit d'observation, base de toute connaissance solide.

Ses camarades à l'Ecole polytechnique et à l'Ecole des Mines avaient été élevés bien différemment, aussi ne s'enlendait-il guère avec eux au point de vue des idées. « Les esprits de ses compagnons, façonnés dès l'enfance à l'écart du. monde réel, lui paraissaient des fruits monstrueux de serre chaude. »

Nous venons de dire que l'observation est la base de toute science, mais elle n'est pas toute la science. La méthode de Le Play ne l'a donc pas toujours conduit à la vérité. M. Bouchié de Belle en convient sans peine. Sa classification des familles en trois espèces : familles patriarcales pratiquant la communauté ; {amilles souches transmettant intégralement leur patrimoine à un héritier unique ; lamilles instables fondées sur le partage égal, cette classification n'a pas été confirmée par l'observation plus attentive et plus complète.

Le Play n'a vu la solution de la question ouvrière que par l'application du régime du pcdronage^ c'est-à-dire par une entente spontanée et complète des chefs d'entreprises et des ouvriers qu'ils emploient. « Mais Le Play parlait à une époque où l'évolution économique, qui correspond à l'avènement de Tâge de la houille, n'avait pas encore atteint son plein développement et les faits eux-mêmes sont venus, dans la suite, contredire ce qu'ils avaient d'abord semblé prouver. »

On peut ajouter, semble-t-il, que ce n'est pas seulement ni principalement l'âge de la houille qui a empêché l'entente de s'établir entre patrons et ouvriers : le grand coupable est le protectionnisme. Supposé, en effet, que ce régime profite aux patrons, ce qui n'est pas toujours vrai, il nuit aux ouvriers aux deux points de vue : comme vendeurs de travail et comme consommateurs de produits. Tant qu'on n'aura pas compris cela, il n'y aura rien de fait pour la pcdx sociale^ si chère à Le Play et à ses disciples.

Famille, Profession, Cité sont, d'après ïAssocialion Catholique (livraison de mai), les trois institutions fondamentales de la société. Or, tandis que la Profession est l'objet prépondérant des éludes de l'Association catholique ; tandis que la Famille voit ses conditions de vie reconnues généralement : indissolubilité du mariage, autorité paternelle, bien de famille; la troisième cellule sociale, la Cité, a été jusqu'ici très négligée, et n'a pas été examinée avec toute l'attention qu'elle mérite.

M, Henri Rouzaud veut compléter le catholicisme social par le régionalisme, c'esl-à-dire en adjoignant à la Famille et à la Profession ce qui se rapporte à la Cité. Qu'est-ce que la Cité î C'est le groupement local, fondé sur le lien de voisinage, se superposant au groupement familial et au groupement professionnel. Les progrès dans les moyens de transport ont beaucoup relâché le lien qui unit les habitants d'un môme lieu, mais ils ne l'ont pas rompu ; on peut considérer la Cité comme ayant gagné en étendue ce qu'elle a perdu en cohésion.

« Plus la gestion des intérêts est voisine des intéressés, plus elle a de chance d'être faite avec compétence, avec économie, et avec honnêteté. » En théorie, je pense que, depuis Montesquieu et Rousseau, personne n'a contesté ce principe ; malheureusement, la pratique marche à rebours de la théorie ; la centralisation va toujours croissant et, donc, avec elle, l'inccnnpétence, le gaspillage et la malhonnêteté.

Le mal, dit M. Rouzaud, c'est la centralisation, c'est-à-dire l'existence en France ^'un seul centre vraiment important et le maintien des autres centres dans l'impuissance. Le remède est donc la décentralisation qui rend aux organismes locaux la gestion de leurs propres intérêts. « On a renfermé autrefois ce vœu dans une formule très nette : ce qui est muiuicipal à la commune, ce qui est provincial à la province, ce qui est national à l'Etat. » Mais il parait que cette formule n'est pas facile à réaliser, puisque la centralisation progresse sans cesse.

A quoi cela peut-il tenir î M. Rouzaud veut qu'on rende aux organismes locaux la gestion de leurs intérêts. Qui la leur rendra 7 Pas l'Etat, bien sûr : on ne se suicide pas de gatté de cœur, soi, ses parents et ses amis ; le népotisme et le favoritisme sont des moyens d'existence beaucoup trop commodes pour qu'on espère voir ceux qui en profitent y renoncer. On n'a que les libertés que l'on prend. Les organismes locaux ne doivent donc pas attendre qu'on leur rende la gestion de leurs intérêts, ils n'ont qu'à s'en emparer, c'est le seul moyen.

M. Rouzaud et son organe V Association catholique^ ne songent probablement pas à en venir à cette extrémité ; mais estimons-nous heureux qu'ils se mettent en devoir de s'occuper de la décentralisation ; il n'y aura jamais trop de décentralisateurs ; c'est par eux et non par le souverain pontife laïque nommé l'Etat que se fera la décentralisation.

234 JOURNAl. IHBS ÉCONOMISTES

Si la EM>ralité ne progresse pas, il n'en est pas de woëme de la morale. Jamais, dit M. Paroti, Revue dEeonomie politique d'avril, « jamais le problème wgyni n*a suscité plus de redierehes et de travaux que depuis 4 oa 5 ans, et nulle part ailleurs^ dans le domaine de la spéeulalion, ne se dessinent des taidances aussi nouvelles, aussi nettemoit opposées, au moins en apparence, aux concepti<ms traditionnelles ».

Le trait commun à la morale moderne, c'est d'abandonner toute recherche d'un fondement, non seulement théologiqne, mais métaphysique. La morale se présente au savant eomîne une donnée extérieure qu'il peut se proposer de connaître et d'expliquer, rien de plus. L'explication a été cherchée pendant longtemps dans la biologie ; mais cette explication sans doute n'a pa8 -satisfait les savants, ils la cherchent maintenant dans la sociologie, ou plutôt, comsne l'observe M. Paroti, la morale paraît, chez quelques-uns, se confondre avec la soci<rfogie m^tae, ou n'en être qu'une partie.

La sociologie tirant ses matériaux de l'histoire, M. Paroti se demande : « Si les morales ne sont ainsi que des produits historiques, hétérc^ènes et incohérents, auxquels la raison raisonnante n'a eu et ne peut avoir nulle part, tout n*y sera4-il pas contradiction et impjerfecUon ? »

Nos sociologues nous font un peu l'effet de voyager dans un labyrinthe sans se faire accompagner par Ariane. M. Paroti incline à croire que leur idée de derrière la tête est peut-être bien que toute règle socialement imposée est bonne, au moins indirectement, en tant qu'instrument de conservati<m et de cohésion sociale.

Ce serait donc la subordination absolue de l'individu à la société. Une pareille mcNrale ferait bien l'affaire des gouvernants ; quant aux gouvernés, ils ne se trouveront peut-être pas mieux de la morale sociologique que de la morale catholique.

— Le xix" siècle a commencé dans la défiance du gouv^nement et dans l'enthousiasme du public et des publicistes pour la liberté économique. Il a fini au milieu des appels constants à l'intervention de l'Etat dans l'organisation économique et sociale, système que l'on a appelé socialisme d'Etat. M. Ch. Rist recherche, dans la Revue ^Economie politique^ l'origine et les caractères de ce dernier système. C'est à Rodbertus et à Lassalle qu'il en attribue la paternité; mais la manifestation éclatante de ces nouvelles tendances ne s'est produite qu'en 1872 à Eise-

nach. Un Congrès composé principalement, presque unique ment de professeurs, y déclara la guerre à a Técole de Manchester )>. Il proclamait TEtat « le grand institut mat9l d*éducatioo de Iliumanité » ; il lui demandait « d'être animé <i'im grand idéal », qui serait <( de faire participer une fraction de plus en plus nombreuse de notre peuple à tous les biens élevés de la -civilisation ».

Tout cela n'était pas très nouveau et traînait depuis le commencement du siècle dans les programmes Saint-Simoniens et autres. Le socialisme de la chaire risquait donc fort de mourir dans son berceau, si le gouvernement n'était venu à son secours, ce qui se comprend très bien. « Son succès, dit M. Rist, lui est venu peut-être moins de la valeur de ses principes que du concours que lui a apporté l'évolution politique et économique à la fin du XIX* siècle. En Allemagne, son meilleur propagandiste a été le prince de Bbmarck. La théorie du socialisme d'Etat le laissait fort indifférent... »

Une pareille origine ne plaide guère en faveur de la doctrine. Néanmoins il ne faut pas la condamner sans connaître son caractère essentiel. Ce caractère est que l'Etat est la règle et l'organe de la société. « L'Etat, c'est l'hcHnine moins la passion, l'homme à une hauteur où il entre en commerce avec la vérité même, où il ne rencontre que Dieu et sa conscience... De quelque façon qu'il soit constitué, l'Etat vaut mieux que les individus. » Â l'Etat de se regarder dans une glace et de voir s'il se reconnaît.

Le principe statal admis, comment marquer les domaines respectifs de TEtat et de l'individu ? M. Wagner déclare qu'il est impossible de tracer une règle absolue à cet égard. « C'est à l'homme d'Etat à trancher chaque espèce suivant les circonstances de la cause. » L'homme d'Etat juge et partie dans sa propre cause ! On peut compter sur lui pour tracer la règle. Le socialisme d'Etat a fait de remarquables progrès sur la lin du XIX* siècle, il en fait de plus rapides encore au commencement du xx*. Aussi voit-on l'harmonie sociale se développer majestueusement dans tous les domaines. On peut juger do l'arbre par ses fruits.

Dans la Revue Politique et Parlementaire de nùii, M. Fernand Faure examine le projet du Gouvernement sur les syndî-

cats de fonctionnaires. Depuis plus de 15 ans que la question est posée, dit Fauteur, le gouvernement a toujours reculé de vant une solution nette et ferme. De l'autre côté, on a redoublé d'efforts. De nouveaux syndicats se sont formés, de nouvelles unions se sont établies. Le gouvernement s'est ainsi vu dans la nécessité de céder sans céder. Il refuse aux fonctionnaires le droit de se syndiquer, maïs il leur accorde le droit de s'associer. Puissance magique des mots I II interdit aux associations de fonctionnaires de s'affilier à la Confédération générale du travail ; « mais en les autorisant à s'affilier entre eux, il leur donne le moyen de former une confédération plus puissante encore que la C. G. T. et par la qualité de ses membres, et par la masse des 5 à 600.000 fonctionnaires qu'elle pourra embrasser un jour. En face de ce formidable groupement dont la direction passera bien vite aux mains de quelques meneurs habiles et résolus, qui sera capable d'observer, à l'heure dite et sur tous les points du territoire à la fois, la consigne donnée, on peut dire que l'Etat n'existera plus. Il n'y aura plus ni chef, ni directeurs, ni ministres, ni gouvernement, ni Parlement, il n'y aura plus que les Fonctionnaires syndiqués. »

Uassociation des fonctionnaires, tout aussi bien que le syndical, pourra donc organiser la grève générale ; mais elle ne prendra môme pas cette peine. « Il s'en faut de beaucoup que la grève soit le seul moyen d'action permettant aux fonctionnaires syndiqués d'opposer leur intérêt particulier à l'intérêt général que représente l'Etat. Il y en a bien d'autres. Il y a d'abord, et d'après le projet lui-même, la présentation directe aux ministres non seulement de toutes les réclamations relatives aux mesures concernant les nominations et l'avancement, mais encore de celles relatives aux traitements, aux retraites, au travail, à la marche du service... Nous pouvons avoir des ministres sachant opposer un non catégorique à des revendicatitons mal fondées, fussentrclles apportées par un puissant syndicat. Les fonctionnaires évincés ne seront guère embarrassés pour trouver des intermédiaires prêts à renouveler leur démarche et à faire le siège des ministres récalcitrants. Ces intermédiaires, sénateurs ou députés, se feront d'autant moins prier qu'ils sauront avoir à compter avec l'influence électorale par- ' fois décisive de groupements nombreux et fortement organisés. Tout ce qu'on peut espérer, c'est que les fonctionnaires syndiqués s'abstiendront désormais de solliciter des faveurs individuelles. Mais ils solliciteront des faveurs collectives. Et ils les

obtiendront, au grand détriment du bien du service et de la bourse des contribuables. »

Le Brésil est, par son territoire, un des plus grands Etats du monde ; par sa population il se classe parmi les Etats moyens ; par son commerce il vient au troisième rang dans la liste des pays américains. M. Levasseur nous donne, dans la Revue Economique internationale de juin, de précieux renseignements sur la situation économique de cet Etat.

Le commerce extérieur du Brésil a augmenté depuis une vingtaine d'amaées. Pour la période 1844-1849, il se chiffrait en moyenne par 105 millions de milreis, soit 282 millions de francs; vingt ans après, pour la période 1864-1869, il monte à 314 millions de milreis, soit 780 millions de francs ; 20 ans après, pour la période 1886-1887, il passe à 472 millions de milreis, soit 1.180 millions de francs. Pour la période 1904-1905, la moyenne est de 553 millions de milreis, soit 1.565 millions de francs. Plus des neuf dixièmes de Texportation proviennent des plantations et des forêts.

Le Brésil a un tarif de douanes, dont les droits d'importation sont élevés, excessivement élevés même sur certaines marchandises. Il a été établi ainsi dans un but à la fois fiscal et protectionniste. « Fiscal, il est certain que le produit des douanes constitue la recette principale du trésor féSéral ; protectionniste, il n'est pas certain .que le développement des industries protégées profite plus du prix surélevé des marchandises que n'en souffre l'économie générale du pays. »

Quant à la population, elle est cosmopolite, conune dans tous les pays américains ; il est à noter que les Allemands sont venus en nombre dans le sud où le climat leur permettait de vivre en pratiquant l'élevage à la manière des gens de la Plata. Ils forment aujourd'hui le dixième de la population des trois Etats du sud.

Sonlrils sots, ces pauvres Allemands, de ne pas aller dans les colonies que leur gouvernemient leur prépare avec tant de solUcitude et à si grands frais !

— En République Argentine, M. Lewandowski nous apprend (même Revue), que la population est une mosaïque composée d'Anglais, d'Allemands, de Français, d'Italiens, d'Espagnols.

Le « gaucho )i a été supplanté peu à peu par le cultivateur étranger, le colon ; aussi est-il actuellement submergé par le flot des immigrants, qui ont envahi la campagne et conlribueût à la formation de cette race nouvelle s'adaptant si parfaitement au sol argentin.

La principale source de la richesse de l'Argentine est la terre. L'Argentine est une contrée exclusivement agricole, dont les grandes richesses scmi les céréales et les produits de l'élevage. La charrue ne rencontrant nulle part Tobstacle d'une colline, d'une forêt, d'une roche, ni môme d'un caillou dans le sol, l'agriculture peut s'exercer sur une grande échelle. La superficie des « estancias » (exploitations), varie de 5.000 à 75.000 hectares.

L'immigration, qui s'était ralentie, a repris vigueur en ces derniers temps : elle a fourni pour les onze premiers mois de 1906 un appoint de 311.000 nouveaux venus, arrivant principalement de l'Italie et de l'Espagne.

Pour l'année 1905, l'exportation a été de 1.600 millions de francs, et l'importaticm de xm milliard. L'Angleterre y achète pour phis de 200 millions de francs ; ses achats portent principalement sur les céréales, les peaux et la presque totalité des viandes congelées.

On se lasse de tout à la longue, même des mauvaises choses. Le ccJlectivisme a vu venir à lui de nombreux adhérents hypnotisés par la perspective de la révolution sociale, dont ils escomptaient les bienfaits à la mode de Perrette. La catastrophe n'arrivant pas, le réformisme a tendu son hameçon et Ton y a mordu. Les réformes ne venant guère plus que la révolution, ou n'ayant pour résultat que d'empirer la condition de ceux qui espèrent en profiter, on commence à en avoir assez. C'est donc le moment d'amorcer une autre ligne, et c'est ce qu'on a fait. La nouvelle ligne s'appelle le socialisme juridique, inventé par Auton Menger et préconisé par Jean Neybour dans la Revue socialiste d'avril.

Le socialisme juridique, dit l'auteur, c'est l'adaptation à l'idéal marxiste, d'après une méthode d'interprétation particulière, des textes juridiques, codes, lois ou décrets en vigueur aujourdTiui. « Le socialisme juridique n'est pas un idéal, c'est à proprement parler un moyen, le moyen d'arriver le plus rapidement à Torganisation sociale de la production. »

Si faî bien compris, le socialisme juridique se propose de retourner les codes et les loi^ contre leurs auteurs. C'est ce que M. Neybour appelle la « transformation de l'Etat de force en on Etal de justice ». Si les codes et les lois ont été jusqu'ici des instmments de l*Etat de force, on ne voit pas comment, en changeant de mains, ils deviendraient des instruments de justice. Mais les lumières font de si rapides progrès, depuis qu'on les a descendues du ciel, que la jeune école peut seule com- ■ppcndre «es mystères; nous autres, vieux, n'y comprenons lien. Tout vieox qne nous sommes, il est probable que nous verrons le socialisme juridique aller bientôt rejoindre le réformisme et le révolutionnarisme dans Tarsenal des mots usés.

Je ne croyais pas être si bon prophète. Voici déjà, dans le Mouvcmenl socialiste d'avril, que M. Sorel prononce la condamnation du prétendu socialisme iariiique. < Nous n'avons pas besoin, dit-il, d'être grands clercs en philosophie po«&r comprendre que le socialisme juridique, imité des plus mauvaises pratiques de l'Ancien R^me, aboutirait, comme celles-ci, à renforcer la domination de l'Etat, en <:réant autour de lui une caste de maîtres qu'aucune considération morale, juridique et :scienti&que ne retiendrait. »

L'Etat de force serait donc transformé, non en état de justice, mais en Etat de jésuitisme.

On sait que M. Sorel et le Mouvement socialiste sont syndicalistes, c'est-à-dire partisans do l'action directe, de la grève générale, donc de la révolution. S'il fallait choisir, jo préférerais ceux-<^i à ceux-là ; on sait du moins à qui l'on a affaire.

— Les instituteurs subissent de plus en plus l'attraction du syndicalisme, et celui^i les paie enfin de retour. En deux ans. dit M. Laurin, dans la même Revue, le chemin parcouru par les instituteurs syndicalistes est immense : ils paraissaient vouloir, à cette époque, entrer dans le mouvement ouvrier pour le diriger, lui donner une autre orientation ; aujourd'hui, il n'en est plus ainsi, et ils se sont aperçus que les syndicalistes ouvriers n'avaient pas besoin du tout de conseils et qu'ils étaient assez grands, assez conscients pour faire eux-mêmes toute leur besogne. « Ainsi, en pleine action, en pleine lutte contre le pouvoir, les syndicats d'instituteurs méritent les encouragements

de tous les syndicats ouvriers qui ne leur marchanderont pas leur concours. »

L'autorité, l'Etat de force n'a donc qu'à bien se tenir. La confédération du syndicalisme universitaire et du syndicalisme ouvrier vont lui porter de rudes coups. « Les persécutions qui commencent et que l'on peut déplorer comme des événements immédiats malheureux, auront peut-être d'heureuses influences sur le développement d'institutions qui ont à accomplir une œuvre si considérable pour la ruine d'administrations autoritaires et surannées, et pour préparer l'organisation impersonnelle des choses. »

Dans la Revue Economique de Bordeaux de mai, M. J. Lescure rappelle le projet d'impôt global et progressif émis par Roussel de la Tour en 1763, dans son opuscule : La Richesse de VEiat. Cet impôt devait être unique. L'impôt unique est une réaction bien naturelle et bien logique contre l'extrême complication et multiplication des impôts de toutes sortes au xviii® siècle. Un système à peu près semblable à celui de Roussel avait été proposé vers 1720 par La Jonchère et beaucoup d'autres publicistes ont préconisé sinon l'unicité, du moins la simplification du nombre des impôts afin d'en réduire les frais de perception.

L'idée de l'impôt unique n'a pas été abandonnée depuis lors ; on sait qu'Emile de Girardin en fut chaud partisan ; mais en vain. Tant que l'Etat aura de nombreuses attributions, il lui faudra de grandes ressources, et tant qu'il lui faudra beaucoup d'argent, il ne pourra l'obtenir que par ruse ou par force. Ce n'est donc pas l'impôt qu'il faut discuter, c'est l'Etat.

M. Lescure observe que Roussel de la Tour ne croyait sa réforme possible qu'autant qu'elle serait comprise et voulue par le peuple. L'impôt unique devait être consenti et réparti par les contribuables eux-mêmes. Pour encourager les contribuables à y mettre de la bonne volonté, l'auteur du projet propose d'accorder des remises à ceux qui paient d'avance et d'imposer des amendes aux retardataires.

Le succès de la Richesse de VEtat fut considérable, dit M. Lescure. Trois éditions se succédèrent rapidement et furent accompagnées de Développement et de Dé{ense du plan intitulé Richesse de l'Etat. Mais ce fut un succès purement théorique.

La Paix par le Droit a fait une enquête sur le rapprochement franco-allemand et en publie les résultats et conclusions. D'une façon générale, dit M. Henry Babut, l'accord est remarquable et à peu près complet sur tous les points. Le rapprochement appareil souhaitable à tous les correspondants sans exception. Quelques-uns conseillent à la France de se rapprocher do l'Allemagne..• contre l'Angleterre ; mais on assure qu'il n'y a pas, en Allemagne, de parti de la guerre, pas de parti qui cherche à susciter la guerre contre la France, ou contre un autre Etat, quel qu'il soit. « L'Empire allemand, dit le professeur Polsen, est le plus pacifique de tous les grands Etats. »

Le curé Hans Jacob croit même que ceux qui poussent à la guerre habitent en France, non en Allemagne. « Tandis que chez nous, personne ne pense à faire la guerre à la France, de nombreux Français espèrent et désirent une guerre de rcvan< che contre l'Allemagne, guerre qui précipiterait la France dan» un nouveau désastre. »

M. Babut ne croit pas que les Français belliqueux soient si nombreux qu'on le suppose ; il convient cependant qu'il y a une question de l' Alsace-Lorraine qui ne doit pas rester dans le statu quo. En attendant qu'elle en sorte, « le terrain qui nous demeure conunun, c'est rAj4)itrage international substitué à ïuUima rtxtio de la guerre ». Il importe surtout de se mieux connaître. Le moyen d'arriver à ce but est l'échange des idées et des marchandises.

Les projets de budgets sont toujours ce que l'on pourrait appeler, en style catholique, des actes de ferme propos. Celui de 1908 ne fait pas exception à la règle. M. A. Neymarck, qui en fait l'analyse dans le Rentier, réduit ces propos à trois : Etablir l'équilibre V par le seul produit des impôts existants, ^ans en créer de nouveaux ; 2® par une compression des demandes de crédit pour des dépenses nouvelles ; 3® par l'adoption de miesures pouvant assurer une meilleure perception des impôts actuels.

n est relativement facile de se contenter des impôts existants... en ajoutant au principal des centimes additionnels, c|ui se chiffrent maintenant par francs. La compression, il est plus que douteux qu'on y arrive par le suffrage universel. Quant à la perception, il est certain que l'art financier a fait des pro-

TOMB XV. — AOOT 1907. 16

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grès et que nous ne somnies phis sous TAncren Régime ; mais les frais de perception ne peuvent ptos guère être comprimés. Ce n'est donc pas par oe moyen qu'on étabîira l'équilibre.

Après avoir critiqué le projet de budget, M. Neymarck se demande pourquoi nos Iwtdgets sont si difficiles à équilibrer. Ije budget idéal, dit-41, n'existe pas «t n'existera jamais, tant (juc (les dépenses ioafjirévues, inévitables, \iendroiit, trop souvent, bouleverser de fond ea comble les diiffres les mieux établis. « Nos budgets sont et seront ciiaque aimée de plus en plus difficiles à établir tant quo le Parlement votera des dépenses et des crédits sans fourmr les ressources correspondantes. »

Or, le Parlement votera toujours <ies dépenses tant que les électeurs l'ai ea demaïkieront. On petit compter sur lui pour cela.

— Au surplus, les éiedeurs n'ont pas besoin de lésiner avec TEtat : ils sont tous riches, plus ou moins, mais tons capitalistes. € Sur 10 milUons d'électeurs, nous apprend M. Neymarck, dans un autre article, l'armée de l'épargne française se compose de 9 millions de petits détenteurs de titres, petits propriétaires fonciers, petits propriétaires cTune maison, d\in chalet, d'un arpent de terre, d'une vigne. )> Et tous ces petits riches ne demandennt qu'à s'enrichir davanta^. C'est sans doute dans ce but qu'ils élisent des partisans de l'impM progressif sur le revenu, qui sera payé par les millionnaires ^ retombera en douce rosée sur les petits épargneurs, à moins que, dans la descente, le produit de cet impôt ne s'égare en route, ou que la progression ne descende elle-même des grands aux petits.

Un Ctmrtkr de TAvUopwbik^ revwe sur l'automobile et les industnies qui s'y rattacheait, était à prévtrir et a été prév« par M, L. Perreau, 6t le i^coès en a •ôbé éoorme. « L'apparition des premiers wuœéros du Courrier Au^emohiie « entraîné une telle demande de collections, qu'à notre grand regret, il non» a été C(naplèteanent imipossibk de donner eittièrie salisfivctidD aux noidbrenx inléi>e9sés qui s'adressneM à nous. »

Comment les aatomobilistes peuvent-ils trouver le ten^s de lire leur Comrier? Je les entends, jo^r «l nuit, sans *900Bflinuer, eux et leurs rintocs, — par ironie sans doute, — router,

corner, empoussiérer, écraser bêtes et gens. Cela devient une véritable automobilomanie.

Si tout ce roulement, ce brouhaha avait un but utile, ik)us n'y trouverions rien à redire, ou du moins pas grand'chose : une plus grande rapidité et l'exactitude de certains services, du service des postes, par exemple, ne serait pas pour nous déplaire. Mais les neuf dixièmes de ces roulenrs ne roulent que pour rouler, par snobisme ; ils croient probablement faire de Fart pour Fart.

On arrête quelquefois — oh ! pas souvent, ce sont de trop puissants électeurs, — mais on arrête quelquefois les Apaches qui, allant par groupes, assomment ou tuent les gens isolés qu'ils rencontrent.

Je serais curieux de savoir ce que leur répondrait le magistrat qui, venant de faire une course échevelée, sans but, sans motif raisonnable, arrive au Palais et revêt sa toge pour les juger, le criminel lui disant : Je vous imite. Monsieur le Président. Je n'ai pas d'auto pour écraser les gens, mais j'ai de bons poings et j'aime mieux m'en servir pour assommer les gens que pour travailler. Je conviens que je suis très loin de rivaliser avec vous pour le massacre des innocents, mais je fais de m^n mieux. Procurez-moi une auto, je vous rendrai peut-être des points.

ROUXEL

Le (c Congrès des Deux Billions ». — A propos de la défaite du bill des primes à la marine marchande. — Les occupations des femmes — La question du logement des ouvrières et employées dans les grandes villes. — Le budget de Greater ^ew-York.

Le Congrès qui vient de se terminer ses deux dernières années de service, et auquel son enthousiasme aussi bien que son ardeur législative avaient valu le surnom de a Roosevelt », a plus de chances de passer à la postérité sous celui de a Two Billon Dollar Congre ss ».

S'il est vrai, en effet, qu'il a brisé tous les records en remplissant de ses uiscours 17.000 pages du Congresêional Recorà^ il a également dépassé tous les précédents en inscrivant au budget, en 1906 et 1907, pour près de deux milliards de dollars de dépenses — environ dix milliardé quatre cent millions de francs.

C'est dans sa première année d'existence que le 69* Congrès a accompli le plus de bonne besogne. Coup sur coup, il a doté le pays de la fameuse Rate Law sur les tarifs des voies ferrées, de la loi sur les Produits Alimentaires (Pure Food Law), de celle sur l'Inspection des Viandes ; enfin il a admis l'Oklahoma au nombre des Etats. La deuxième siession a eu des hauts et des bas : à côté de bonnes mesures, il s'en trouve qui trahissent des efforts faite pour plaire à certaines catégories d'électeurs. D'une part on a donné au goavernement fédéral le droit limité d'i4[>pel en matière criminelle ; octroyé aux fermiers le privilège de fabriquer librement de l'alcool dénaturé ; limité à seise le nombre d'heures consécutives de travail pour les employés des chemins de

fer. En outre une loi, que le pays entier a bien accueillie, a prohibé la ccmtribution aux fonds de campagnes électorales par les banques dites nationales et les corporations financières. Enfin les législateurs ont repouiasé le bill des primes à la marine marchande.

D'un autre côté, les congreesemen se sont montrés généreux, pour ne pas dire faibles, à l'égard des vétérans en leur accordant une augmentation de pensions de quinze millions de dollars, et pour les employés des postes dont les salaires sont élevés d'une somme totale de neuf millions de doilars.

Ils ne se sont pas oubliés, d'ailleurs, dans la distribution et ont voté avec un ensemble touchant un modeste accroissement à leurs propres émoluments.

Considérée dans son ensemble, toutefois, l'œuvre du défunt Congrès est très satisfaisante ; et l'on devra s'estimer heureux si le successeur de celui-ci est aussi travailleur et aussi raisonnable.

Un des faits qui font certainement le plus d'honneur au Congrès, est d'avoir repoussé le bill sur les primes maritimes. Il est vrai, que la proposition de loi en question, n'était pas bien méchante. C'était de toutes petites primes, très exceptionnelles qu'il s'agissait. Mais c'était aussi un petit coin que le sénateur Oallinger et ses collègues essayaient d'enfoncer dans le budget. En tout cas, la chose est enterrée avec tous les sacrements, et elle ne peut revenir sur le tapis avant deux ans. En vain les auteurs du bill prédisent a un mouvement général d'opinion » qui obligera le CcMigrès à agir, le public commence à se rendre compte de l'inefficacité des subsides.

Sans aucun doute il est regrettable de voir tomber si bas une marine marchande qui jadis était la première du mcmde. Tous les Américains regrettent que 91 ®/o de leur commerce avec l'étranger se fasse par l'intermédiaire de vaisseaux étrangers. Mais à qui la faute f Un membre du Cabinet, lui-même, M. Root, a été obligé de convenir que le régime protectionniste a avait porté un coup funeste » à la construction maritime. Sous un triple rapport, en effet, l'action de la protection a été néfaste ? d'abord en rendant les placements dans les industries manufacturières infiniment plus rémunérateurs que ceux effectués dans l'industrie maritime ; ensuite, en mettant des droits très forts sur les matériaux de cons-

traction ; enfin en créant une élévation artificielle de ga^es et de salaires. Avec une étonnante désinvcdture^ les républicains demandent les primes comme compensation du mal fait par leur propre politique douanière. Pourquoi tous ces détours quand il serait si facile de délivrer simplement le commerce maritime dex entraves dont il est accablé (1) 1 Supprimer les droits d'entrée des matériaux ; permettre aux bâtiments construits en partie de matériaux étrangers de faire le cabotage tout le long des cètes : rapporter les dispositions législatives qui forcent Farmatair à payer un droit de 50 % sur les réparatioofl à leurs bâtiments effee* tuées à rétranger : ces mesures et quelques autres analogues seraient les meilleures subventions qu'on pût accorder à la marine marchande. (2)

Parmi les lois récentes, une, mérite de nous arrêter quelques instants : c'est celle voyant un crédit de $ 300.000 pour permettre au Burecm of Labor de faire une enquête sur les conditions du travail des femmes et des enfants. L'historique de ce bill est assee intéressant, en oe sens que la proposition de loi a été due à Pinitiar Uve de quelques dames de Chicago, lesquelles, avec une louable obstinatioÉi, après des années d'études et de démarches, ont réussi à intéresser à leur cause un grand nombre de Women Clabi et à obtenir l'appui du président Boosevelt. L'enquête susdite est rendue nécessaire par l'énorme développement acquis par œ genre de travail dans ces dernières années. D'après le XII* Beeenaernent» le nombre officiel de femmes et d'enfants réçtUièrement engagés dans des oocupations rémunérées s'élève à 5.319.326, dont 8.005.449 en service personnel et domestique, et 3.223.878 daoa les manufactures, l'agrioultui^ le commerce, ete. De 18fi0 à 1900 le taox d'angmentaticm du noiûbre des femmes gagnant leur vie a dépané

(1) Ces mêmes manifestations, dont les seîdes au Congrès ont supporté le Subsidy Bill au nom du patriotisme, demandent à îemn eo»patrioteê, pour les plaques d'acier, 30 0/0 de plus qu'ils né preanent à leurs clients d'Europe ou d'Asie I

(2) XI est à noter que nombre de ccMnpagnîes de navigation, sont les premières à réclamer, avant tout, un abaissement des droits sur lec matériaux, l'acier par exemple, afin, disent-elles, d'obliger le SUel Trust à baisser ses prix pour les Américains.

le Uux d'a^Hiroiaieiueiii de U |M)piilstH>n féminine (1). II est curieux de remarque? qu'on ne trouTc plus anjourd'btu que hmt occupations, sur les 30a cataloguées par le leeenscnaent^ que ke femmes n'aient pas envahies : cee prolesnoDS sont celles de soldat dâ Farmée de terre et de rinfanterîe de marine, matelot, sapenr pompier» motcyrman ou cocher de traoïwaj, apprenti et aide (3) de couvreur ou chaudronnier*.

£ii revanche, oe n'eai paa sane étonnement que nous relevons le terrain perdu par ke lenunes dana les ocenpaiions ecuseidérées . comme essentieUement fémininee. En dix ans, al^rs que ke tailleurs pour dames augmentaient de 150 % les eouturières n'avanliaient que de 17,8 %. Même pretpertion pour les modistee : hoanneB, 340 % ; ienuaes 40^ %. OéU ne 8emUe4-il pas étrange quand on voit, dans reasemble des magasine de eommeree et des ioduatries de transport, le beau scce gagner 120,3 % tandis que Télément masculin atteint avec peîiie d7,e ""f^.

Nous disions un peu plus haut qu'il était urgent de faire une enquête sérieuee sur ka conditioits dans lesquelles s'exerce le travail des femmes et des enfanta En ce qui eonoeme ces demiers, on peut se rep<Mrter aux eiq>li€ations de notre Lettre du mcMS d'août 190$. Pour les femmes, l'enquête découvrira, dans les grandes villes, des abus, euxtcfuisons le rapport de hk situation matérielle des ouvrières dans les ateliers et sweat shops. Mais nouis croyons aussi que cette action légale sera utile au point de vue moral, à l'égard des trop nombreux employeurs qui, sachant les femmes faciles à opprimer, ne se font aucun scrupule de les tromper pécuniairement partotes les nH^rens possibles. Tel célibataire, par «mnple, qui paie scmpulsiiBenhent les noies de son taillesr, kquel pourrait le poursûvici en justice, n'hésite pas un instant à différer de nois en mois le versement du salaire de s» femme de ménage — laqudle, eortainement, est incapable de l'attaquer derant les tribunaux. Quieoncpw sonnait la vie à New- York, Boston ou Chicago^ sait combien les osa de ce genre wmt fréquenib. Quant aux petits maanfaeturiers, anx fabricants en chambre, cfest une dwee courante panmi eux de ne payer à la fin de la se-

(1) On peut consulter sur ce point un article très instructif publié par miss Breckenridfid et miss Abbott, de Chicago, dans The Jfmmal of Political Economy (1905-1906).

iSt) Uftâde, peur eea professions, est Fouvrior chargé de la partie du trsrail edgéant des efforts physiques sans cennaissanées particulières (nnskilled labor).

maine qu'une portion — parfois la moitié — du salaire de leurs ouvrières, en reportant le solde à la semaine suivante ou au moôs suivant. Il en résulte inévitablement une telle complication dans les comptes que l'employée se trouve toujours lésée, sans compter les déboires où la plcmge ce système de paÂ^nents différés : on conçoit que le propriétaire, le boucher, les autres fournisseurs ne sont pas d'humeur à accepter longtemps des acompteer ou des promesses d'une simple ouvrière. Tout ceci ne date pas d'hier. Il y a quarante-trois ans que cet état de chdsies a amené l'initiative privée à organiser, à New- York City, une Worhing Woman Proteetive Union^ dans le but d'aider les ouvrières et les employée^ à obtenir leur dû. Cette institutiotti, qui agit surtout par intimidation sur les employeurs, a produit d'excellents résultats. Par exemple, durant l'exercice 1905, elle a réglé 300 affaires et fait payer à ses clientes environ 30.000 francs, dont elles n'auraient pae touché un liard sans l'assistance de l'Union (1).

Il n'est pas probable que l'Etat eût pu mieux faire. Toutefois, étant donné l'extension formidable du champ d'action des femmes dans le commerce et l'industrie, il est certainement utile, nous le répétons, de montrer aux employeurs des diverses catégories que les pouvoirs publics ne se désintéresent pas plus du sort des travailleuses que de celui des travailleurs.

Mais il y a bien d'autres points sur lesquels devrait se porter la sollicitude des personnes qu'intéresse la condition matérielle des femmes qui travaillent. Par exemple, dans les grandes villes, la question du logement et de la nourriture. Il va sanïi dire, que nous ne voulons pas parler de celles qui gagnent au minimum tme quinzaine de dollars (75 francs) par semaine. Avec un peu d'économie et de prévoyance, les typewriters — qui à elles seules forment à New- York une petite armée : 20.000 employées — ; les couturières à la journée; les tailleuses, etc., peuvent se tirer d'affaire. De même, il n'y a pas lieu de s'inquiéter par trop des ouvrières de la plus basse catégorie qui vivent avec leurs parents ou

(1) Depuis sa création, TUnion a fait aboutir environ 20.000 réclamations, portant sur un total de 660.000 francs environ. L'opération n'entraîne aucun frais pour la plaignante.

leur mari dans des tennement houses — sauf, bien entendu, en ce qui concerne la salubrité des dits tennements. Les femmes qui souffrent vraiment de Tëtat des choses dont nous parlons 8<Mit des ouvrières et employées de la catégorie moyenne, vendeuses de magasins, lingères, modistes, parmi lesquelles on c<Mnpte beaucoup de filles ou de veuves devant subvenir à leurs propres besoins (self supporting). Pour celles-ci, dans les villes comme New- York, Chicago, Philadelphie, la pensicm d'ouvriers est impossible par suite de la promiscuité avec des travailleurs de bas étage et des immigrante. Les boarding houses réguliers sont trop dispendieux. Pendant longtemps il ne restait à ces femmes que la ressource des « Homes », institutions charitables dont le caractère clérical, les règlements étroits, l'atmosphère peu égayante sont généralement incompatibles avec l'esprit d'indépendance ou les aspirations légitimes de ces jeunes femmes. On peut être pauvre, sans pour cela consentir à recevoir la charité, fût-elle déguisée sons la forme d'une diminutiotn de prix de pension. D'ailleurs, le nombre de ces c< Homes » ne suffirait à abriter qu'une infime minorité d'employés.

Depuis quelque temps, on a fait des efforts pour créer des pensions spéciales, à l'usage des personnes dont nous parlons. Il est assez curieux de relever que ces entreprises sont dues à l'initiative de philanthropes féminins plus riches de cœur que d'argent. Les philanthropes du sexe masculin qui se sont occupés de cette question sont d'ordinaire des financiers ; on dirait que s'ils consentent à ne rien gagner dans l'affaire, ils sont bien décidés à ne rien perdre. Aussi leurs établissements sont-ils excessivement milsérables, et les prix — cinq dollars par semaine — trop élevés pour des femmes recevant seulement neuf ou dix dc^lars de salaire hebdomadaire.

A Chicago, Miss Bobertson, i^près bien des difficultés, est arrivée à équilibrer le budget de ses deux hôtels (Eleanor Hôtels n^ 1 et n^ 2) où les travailleuses ne paient pour deux repas et le logement que de $ 2,75 à 3,25 (14,75 à 16 fr.). Ces deux établissements abritent à peu près 200 femmes. C'est peu, comme on le voit. A New- York, jusqu'ici, on n'a pas encore réussi à abaisser les prix au-dessous de $ 4,50 à 5 par semaine .Le modèle du genre, dans ces prix, est la Trowmart /fin, fondée par le propriétaire de l'Hôtel Martinique, M. Martin. C'est un véritable hôtel, avec tous les conforts modernes — ascenseurs, salles de bain notaibreuses, soirées dansantes trois fois par semaine, etc. Contrairement à ce qui se passe dans les hôtels ordinaires, les pensionnaires ont la

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faculté de faire leur keBive» repassage^ etc. dans des ealkft organisées à œi effefc.Geci certes est un pxQgrèt,niajs le prix reste trop haut pour la boorae de biea des CMàvnères : $ 6 âw nûiiimum (1). Le même reproche s'adresse au (( Club des TrcHs Arta »» destiné aux lemmea étudiant Taort dramatique, la peinture et la musique. Cellea^ peuvent y préparer leur propre breakfaet, mais elles paient $ 5 par s^naine pour le logis et le dîner.

Par oe qui préeède il est facile de se rendre oompt» de la pénurie d'installation pour les cluvrièrea, empli^y>éea, et étudiantes pauTxea de New-York. Peut-être doit-on regretter que M. Carnegie ou M. Bockeieller, qui ont dépensé tant de millions pour ks besoins intellectuel des classes peu aisées, n'aicoit pas songé davantage au coté matériel, autemposeL

Tout récemment, un mouvement s'est organisé à Ne|v-Yoià| sous ks auspices de la Cii^ FédércUi4m of Women Clubt^ afin de créer peu à peu dans les divers quartiers de la ville des hd^i^ pour femmes,avec chambre et deux r^as pour $ a»50 par semsine. Le système adopté a été la formation d'une société par actions. Il est fort probable que les actions ne seront pas rémunératrices Id'ici à bien longtemps. Mais elles ont été souscrites par des personnes qui ont en pcMrtefeuille un grand nombre d'autres titra, infiniment plus profitabks... Si l'on peut arriver à rendre le premier de ces établissement self ênpporUng^ il nera plus facile d'obtenir un aocroissemeoct de capital social, car on aura alors la perspective de bénéfices futurs par suite de la possibilité d'opérer des adiats de matériel, d'aliments, etc.» en plus grandes quantités.

En somme, ce mouvement philantiiropique, quoique embrjronnaire encore» mérite d'être signalé. U sera intéreosant d'en voir les développements ultérieurs.

En terminant, mctitionnonB racoroiasement considérable du budget municipal de New-Toi^ City. Celui-ci s'élève actuellement à $ 130.000.000 (soit: 676 millions de francs), une augmentation de 14 millions sur l'exercice précédent. Quelque élevés que soient ces

<1) Le minimuTn «st $ 4.30 par personne dans une dkambre à dess, avec breakfa&t et dîner. Mais il faut ajouter à cela le prix du IsA- ^hecm^ repas qui se prend nécessairement en dehors de Hiôtel.

chiffres, ils sont loin de satisfaire les cinq présidents de horaughs {arrondissementB), car, les obligations pesant sur la ville se sont accrues d'une façon formidable depuis la réorganisation de la municipalité en 1898 (1). On comprendra combien les différentes allocations laissent encore à désirer, e^ remarquant que le préfet de police, par exemple, n'obtient que 800 des 2.000 polioemen supplémentaires qui sont indispeûsables au maintien de l'ordre ou à la surveillance des prescriptions sanitaires.

Qeorgbs Nestler TnicocHE.

(1) Budgets de

« Greater New-York

» depuis 1898 :

Augmentation totale depuis 1898 : $ 53.000.000.

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