‹ L'automobile est-elle une richesse?Chapitre 63 sur 87 · ICARIE ET SON FONDATEUR ETIENNE CADET · texte numérisé non relu

ICARIE ET SON FONDATEUR ETIENNE CADET

à acoqpter, par les fenêtres, rinsuffisante pitance que Ton veut bien lui allouer.

Ces démêlés et ces batailles achèvent d'indisposer la population tranquille de Nauvoo, qui comptait alors 17.000 imes, plus du double de Chicago. La destitution de Cabet est prononcée ; et il est réduit à partir, avec la minorité qui lui est restée fidèle, pour Saint-Louis, oii il ne tarde pas à mourir.

La foi, il faut le reconnaître, ne meurt pas dans tous les cœurs avec le prophète qui l'avait allumée. Malgré la misère qui est grande, on trouve le moyen de lui faire d'honorables funérailles et, plus tard, de lui ériger une tombe d'un grand caractère. C'est un de ses principaux disciples, Mercadier, qui, par son admirable énergie, soutient le courage de ses camarades, fonde une imprimerie, les installe dans un ancien établissement de bain, le domaine de Chetelham, à quelque distance de la ville, et parvient à les faire vivre en attendant le résultai d'un appel aux amis du monde entier. On demande un million. (Le chiffre des sommes envoyées n'a pas paru digne d'être mentionné.) Mais le pays est fiévreux ; il n'offre point de ressources. La guerre de Sécession qui vient d'éclater prive la pauvre colonie de l'insuffisant marché qu'elle trouvait à Saint-Louis. Les jeunes gens valides vont s'engager dans les armées du Nord. Il faut songer encore à transporter ailleurs Icarie errante. C'est dans l'Iowa, près de Corning, où depuis trois ans les restes de l'ancienne majorité de Nauvoo étaient allés retrouver quelques-uns de leurs aventureux prédécesseurs, que se décident à aller, reformant ainsi Tunion qu'ils avaient rompue, les restas de la minorité.

Là, pour la première fois ou à peu près, I2 succès semble promis à la persévérance des Icariens. Ils «ont sur un beau domaine de plus de trois mille acres, qui leur fournit des céréales, du fourrage, des fruits, et, grâce à cette guerre de Sécession, qui leur a été contraire dans le sud, ils font de bonnes affaires, vendant à hauts prix leurs produits aux troupes de passage et aux fournisseurs des armées. Cette prospérité aurait-elle duré si l'on a^ait su continuer à vivre en bonne harmonie, ou devait-elle fatalement sombrer, comme il arriva, par suite de cet esprit de jalousie et de malveillance mutuelle qui, dès le début de 1» première expédition, et parmi <c la crème de la crème », s'était déjà manifestée comme le constate M. .Prudhonimeaux î Deux partis, une fois encore, se forment : celui des anciens, relativetneot assagis par les épreuves qu'il avait supportées, et plus spéciale-

ment attaché à TexploitatioD agricole» qtd vient do réaaÙT, et ■celui des jeunes, qui, gagnés par Tesprit aventureux des dernières recrues, voudrait qu'on s'adomiAt davaatage à l'industrie et surtout, peut-être, qu'oa lui laissât prendre la direction de la communauté.

Un incident d'assez maigre importanoe au premier abord, mais qui montre bien eoBunent Thydra de la propriété trom^ra toujours moyen de pousser de nouvelles têtes, eostribue à envenimer les relations. Autour des habitaticHM, entre ksqnelks était disséminée la population, on avait attriboé à «eux qui les œcupaient de petits lots de terrain, de (c petits jardins », osmme on les appelait. Et ces petits jardins n'avaient pns tardé à être garnis non senl^cnent de âeurs, mais de légumes, d'arbres froxtiers et de vignes ; et du fruit de ees arbres et de ces vignes, ceux qui les avaient plantés s'étniwit imaginé qn'ils pourraient en jouir personnellement. Us ssaigeaient leur raisin, ils en faisaient même ou vin, qu'ils serraient dans leurs caves, et qu'ils avaient T impudence de boire eux-mêmes. Boire son propre vin, quel crime iatolérahle en Icarie ! Il fallait y mettre bon ordre. £t le plus simple, puisque l'on vendait des fruits et du vin au dehors, c'était de commencer par celui de ces faux frères. Ce fut le signai de la guerre. Elle fut vive, envenimée, en outre, par des questions personnelles, à l'ooca8i<m de membres de la famille de Pierre Leroux, qui ne tardèrent pas à aller fonder, en Californie, avec quelques nonveanx vmus, une I caria- Speranzay bientM^ apfMlée à démentir son nom. Après une réconciliation panagèie, qui suivit k d^art de ces agitateurs, la disaolntioB de la connmnattté est prononcée par la Circuii-Couriy et la liquidation s'iniMee. On partage la vaisselle et le mobilier, et l'on fait du domaise deux parts. Les jeunes, après des tentatives d'innovations qui ne réussissent point, s'en v<mt à Icaria-Speranza^ où ib végètent peiHlaKt «ne conj^le d'années, dans un état de denûooomnnanté. Les vieux Icariens, soutenus par leurs €onvicti<»a persistantes, et soucieux de payer leurs dettes, eootinaent à travailler, et finiraient peut-être par assurer la prospérité de lenr exploitation si, décimés p«r l'Âge, lei forces nécessaires ne lenr manquaient.

£n 1886, enfin, tout se termine par une liquidation volontaire, 'Oonûée aux teins de l'un des principaux survivants, Bettnnier, qui, ainsi «que quelques antues, accepte de la terne en paiement de rapport qui devait être reabonraé aux sortants. Et de^vsuis.

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