RÉORGANISATION DU SERVICE DE STATISTIQUE
Art. l*'. — Les travaux de la statistique générale, le dépouillement du recensement général de la population et les enquêtes y afférentes sont exécutés par un service annexe du ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. Ce service, qui portera le nom de a statistique générale de la France », est rattaché à la direction du travail.
Art. 2. — Il est institué auprès de la statistique générale de la France un conseil technique dont les membres sont nommés par le ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, sur la proposition du directeur du travail.
Ce conseil est composé de :
Deux membres de l'Académie des sciences morales et politiques.
Trois membres du conseil supérieur de statistique.
TOMB XV. — SEPTEMBBB 1907. 27
Un membie dwL eonaeil supérieiiz du traTsil.
Un membre de la Chambre de commerce de Paris.
Le profeaienr de statistique à la Faemité de drqit de Pirâ.
Un iKrofessenr de scîenceB de rUnÏTersité de Parâ on d'une dct grandes écoles.
Le directeur du travail.
Le chef dui service de la stati&tiqne générale 4^ la France.
Les fonctions des membres du conseil sont g^atuitea.
Art. 3. — Le fùkei du service de la statistique générale cet chargé, sous Tautorité du directeur du travail, de diriger lei travaux de la statistique générale, du feoenscmezit ei des- enquêtes annexes. Son traitement est fixé de 10.000 à 14.000 fr.
Art. 4. — L'efEectif et les traitements du personnel commissionné du service sont fixés camme suit :
2 statisticiens recevant de 5.400 à 10.000 francs par an.
3 statisticiens adjoints, de 3.000 à 6.000 francs. 1 chef de travaux, de 2.700 à 5.400 fr.
4 secrétaire-oomptaJble et calculateurs, de 2.100 à 4.500 fr. 9 contrôlear8> de 1.800 à 4.20» fr.
6 vérificatrices, de 1.200 à 3.600 fr.
6 garçons^ de LdOO à 2.400 fr.
1 concierge^ 300 fr. par an.
Art. 5. — Le peraonnel non commissioiiné du service eoiaprend un aide-comptable, des dames employées à la bibliothèque oa aux copies, des dames classeuses ou compteuses, des aides-contrôleurs et classeurs, des journaliers.
L'aide-comptable et les dames employées à la bibliothèque ou aux copies sont rémunérées au moyen d'indemnités mensuelks, les dames classeuses ou compteuses, les aides-contrôleurs ou classeurs sont rémunérés au moyen d'indemnités horaires et de primes.
Le taux et le mode d'allocation des indemnités mensuelles et horaires sont déterminés par arrêtés ministériels.
Le nombre maximum des dames et des aides est de soixante.
Art. 6. — Le chef du service de la statistique générale de la France est nonmié par décret du Président de la RépubliquCr sur la proposition du ministre du. Travail et de lik Prévoyance sociale et après avis du conseil technique de la statistique générale de la France.
Le ministre du Travail nomme, sur la proposition du directeur du travail, à tous les autres emplois.
Le cooseil techntqtfô prévu à rarficTe 2 est appelé à formuler son avis en ce qui concerne les nominations aux emplois de sta^ tisticien, statisticien adjoint, chef de travaux.
Art. 7. — Les statisticiens sont choisis parmi les statisticiens adjoints comptant au moins six ans d'ancienneté dans cet emploi.
Art. 8. — Sous ïéBBTYB de la dispe^hion inscrite à ^article précédent, et à l'exception des aides et des garçons de service, journaliers, concierge, nul ne peut être admis dans les cadres du personnel du service qu'à la suite d'un concours dont le programme et les conditions sont fixés par arrêté ministériel.
Art. 9 — Dans chaque catégorie d'emploi du personnel commissionné, et après un stage d'un an dans la dernière classe 4& l'emploi, lee avancements de classe ne pemwnt être aoeordé» qu'à des agents de la classe immédiatement inférieure comptant au moins deux ans de service dans ladite classe.
Art. 10. — Des avrêtés ministériels détermineront le nombre des classes dans chaque grade, les conditixMs de passage d'une catégorie d'emploi dans une auti^e, ainsi que des mesures disciplinaires.
Art. 11. — Les agents da service de la statistique générale qui voudront se constituer une xetvsâte conformément à la loi du 20 juillet 1886 auront droit à une bonificsAion allouée par l'Etat, qui ne pourra déj^aesef 5 p. 100 du montant annuefl de leur traitement ou salaire, à charge par eux verser à la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse une retenez de même importance.
Toutefois le traitement du chef de service demeure soumis aux retenues fixées par la loi du 9 juin 1^53.
Des arrêtés ministériels détermineront le mode d'exécution de ces dispositions.
Art. 12. — Le ministre du Travail et de la Prévoyance sociale et le ministre des Finances sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.
A. FAËLlfeReS;
Par le Président de la République : Ze ministre du Travail et de la Prévoyanet Boeiale, René Vivuni»
le miniHre des Travaux publics, des postes et des Télégraphes^ chargé de Vitnérim du ministre des Finances ,
Louis Babthou.
Questions ouybièbes et industrielles en France sous la troisième RÉPUBLIQUE, par E. JLiEVASSEUR, membre de Tlnstitut (1).
En terminant la seconde édition de son Histoire des classes ouvrières et de V industrie en France, qui s'arrête en 1870, M. E. Levasseur annonçait un complément qu'il vient de publier sous ce titre : Questions ouvrières et industrielles en France sous la Troisième République,
M. E. Levasseur a achevé le monument qu'il s'était propoeé a édifier. C'est la magnifique conclusion de toute une vie de travail inlassable et fécond.
M. Levasseur a rendu un très grand service à la littérature économique, en mettant à la disposition de tous les chercheurs une pareille ma^se de faits historiques, admirablement présentés et soigneusement contrôlés. Nul n'était mieux préparé par les conditions de son existence à une œuvre de ce genre. Fils d'un bijoutier de la rue Saint-Denis, il a su^ dans sa jeunesse, manier le burin, il a connu les ouvriers autrement que par ouï-dire, il a vu de près la vie de l'atelier. Sorti de l'Ecole Normale supé rieure, il prit pour sujet de thèse : Recherches historiques sur le système de Law, Il publia ensuite un volume sur la Question de Vor, Il entreprit en 1854 et acheva en 1868, son grand ouvrage d'histoire économique. Il l'a refondu dans une nouvelle édition, terminée en 1902. Son dernier livre est un tableau des conditions de la vie industrielle de la France depuis la chute de l'Empire.
Dans la première partie, M. E. Levasseur étudie les progrès et les vicissitudee de l'industrie française depuis 1870, les moyens
(1) Armand Rousseau, édit., un vol. grand in-8^ de 968 pages
COMPTES RE>a)US 421
de communication, la population française. Ce sont les éléments matériels.
Dans une seconde partie, il étudie l'instruction primaire et professionnelle, l'évolution des doctrines économiques et socialistes, leurs conséquences qui se manifestent dans les lois ouvrières. Ce sont les éléments intellectuels et moraux.
Il montre les résultats de tous ces éléments dans Tétude des salaires, du coût de la vie, de la fortune des Français, des grèves et syndicats. Il examine les institutions de prévoyance et de patronage, et il termine par une psychologie des ouvriers dans l'atelier et hors de l'atelier.
Le chapitre de l'évolution des doctrines économiques et socialistes nous intéresse tout spécialement.
M. E. Levasseur considère que l'économie politique est une science morale, tandis que certains économistes, dont je suis, la considèrent comme amorale. Les phéncnnènes qu'elle étudie sont bien le résultat de l'activité humaine ; mais l'homme ne peut pas plus en modifier les rapports qu'il ne peut empêcher deux quantités égales à une troisième d'être, dans tous les temps et dans tous les milieux, égales entre elles. Pour nous, pas plus que l'arithmétique, la science économique n'est ni libérale, ni antilibérale. Mais, au point de vue où se place M. E. Levasseur, il peut opposer l'école libérale aux écoles interventionnistes, socialistes, paternalistes, etc. J'ajoute que l'école libérale est la seule école économique qui puisse avoir un programme d'enseignement ; car si on supprime la propriété, l'échange, la concurrence, résultats de forces et de combinaisons individuelles, que lui reste-t-il ? Autant vaudrait enlever à l'enseignement médical l'anatomie et la physiologie.
M. E. Levasseur cite, à la tête des logiciens du libéralisme économique, « M. de Molinari, aujourd'hui le vétéran des économistes, qui, dans le Journal des Economistes qu'il dirige, s'est constitué le théoricien et le champion de la liberté individuelle, s' opposant radicalement à toute gestion des affaires économiques par l'Etat ».
M. E. Levasseur constate que, dans la seconde moitié du xix« siècle, « l'éconwnie politique française est devenue moins abstraite, moins déductive et plus évolutionniste dans sa méthode. Science d'observation, elle a multiplié ses investigations. Les critiques qui prennent à partie telle proposition des maîtres du commencement de ce siècle comme des preuves de la faiblesse de la doctrine ac-
422 JOURNAL Des ÉCONOMISTES
ttteUQ fi'^zpofieojb à de fiiaguliers anmolksoBiameB ». Il n'y a point d'économie orthodoxe, il y a une science qui a dégagé certains principes d'une vérité constante «t universelle ; mais comme toutes les sciences, elle est eu perpétuel état de développement. M. Emile Levasseur ramasse dans la phrase suivante, toites les accusations lancées contre « TEcole libérale ».
« On lui a reproché d'être une doctrine « l)ourgeoise », parce qu'elle défend résolument la propriété individuelle, Fintérèt du capital qui intéressent particulièrement la bourgeoisie ; d'être optimiste, parce qu'elle croit que l'essor lîbce ées activités individuelles procure en général à la société un résultat économique plus avantageux que des canalisations factices ; d'être individualiste, parce qu'elle affirme, au nom de la liberté, le droit de Tindividu ; d'être matérialiste, parce que la richesse est la matière dont elle traite ; enfin d'être égoïste et dure, voiie même eruelle, parce que, lorsqu'elle analyse des faits et qu'elle em induit des lois, elle n'affiche pas tout d'abord la prétention de supprimer les misères de rhumanité. »
Le marchstnd d'orviétan social annonce, lui, qu'il les supprime, et il tire bénéfice de ses promesses, tandis que l'économiste est traité d'ennemi du peuple.
Contre l'école libérale se dresse l'Ecole éoonomioo-histerique qui s'inspire des Katheder-socialisten allemands (1). « Insistant aajburellement sur le côté juridique, beaucoup sont enolins à attribuer à l'action des loifi positives une grande vertu efficiente pour le progrès économique ; en conséquenee, ils penchent souvent vers l'interventionnisme, comme MM. Bourguin, Jay, Paul Pic, etc., et vers le protectionnisme comme M. Cauwès. M. Charles Gide reconnaît l'existence de lois économiques, mais il réclaipe l'action de l'Etat qui est « la forme nécessaire de la coopération de tous pour chacun ».
L'interventionnisme logique aboutit à la fois au socialisme et au protectionnisme. Certains professeurs de rEc<de éeœiûcnio historique, comme MM. Bourguin et Cauwè», ont cru que l'Etat pouvait créer de la valeur en multipliant les pièces d'argent M. Méline a réclamé un enseignement protectionniste, et il a trouvé quelques professeurs qui l'ont fait. Seulement, ils seraient bien embarrassés d'en fixer le prog^^amme.
(1) V. mon article du 15 mai 1907 sur la Banqueroute du Socialisme de la chaire.
coiiFTES rbudus 433
M. Eaûje Levaa^our passe ensuite en revue divers «groupes : ^
« L'école d'ëcooomie sociak, fille de l'é<x»le sentimentale dont Sismondi avait été ea France le coryphée sous la Restauration, n'a pas de doctrine scientifique qui lui* soît propre ; ses disciples s'échelonnent, suivant leurs tendances personnelles, du libéralisme au socialisme. » La société d'ËccAomie sociale suit les inspirations de Le Play.
n A côté de ce groupe prend place celui des démocrates chrétiens dits aussi catholiques sociaux, dans lesquels on retrouve souvent les mêmes personnes. Quelques-uns vont jusqu'au socialisme. « Ce qu'on appelle productivité du capital, disait l'Association catholique ^883-1886), n'est que l'appropriation des fruits du travail par ceux qui possèdent les instruments de travail. »
« La plupart s'efforcent de développer sous diverses formes le patronage et de constituer un régime corporatif, « régime naturel de la société humaine », fondé sur la liberté, soutenu par le concours de l'Etat, en vue de la moralisation et du bien des classes déshéritées. »
« L'Ecc^e étatiste, est interventionniste à forte dose.
n Beaucoup de juriconsultes et d'administrateurs inclinent vers l'étatisme, par tendance pn^essionnelle ou par système raisonné ; tels MM. Arthur Fontaine et Paulet au ministère du Commerce, M. Bourguin et surtout M. JTay à l'Ecole de droit.
ce Leur ssrstème fait de l'Etat dans certains cas un industriel ; il en fait même un monopleur quand il interdit la concurrence, n A son dernier stage l'étatieme confine au socialisme. »
M. Bourguin demande « à l'Etat de protéger l'ouvrier dans l'atelier et même dans son domicile privé, de réglementer le travail, de favoriser Tassoeiation ouvrière. »
Ensuite viennent les sc^idaristes qui reprennent un vieux mot de Pierre Leroux dont les socialistes de 1848 s'étaient déjà servis. Pariant de 1' « Etat tuteur », Louis Blanc disait, en 1848 : f( Notre principe c'est celui de la solidarité humaine », et Proudiion (dans Le Peuple) : « Nous voulons que la solidarité devienne un fait. M
En 1902, M. Léon Bourgeois a rajeuni l'acception de ce terme, en donnant une entorse au Code civil, qu'a relevée M. d'Eichthal.
Chacun naît avec une dette sociale : et les solvables doivent payer pour les insolvables.
M. E. Levasseur dit : « Ce qui parait inquiétant aux libéraux, c'est l'affirmation d'une obligation légale, par suite le droit con-
féré sans limite à l'Etat d'en exiger T acquittement. Les socialistes, s'arnyant du principe de l'obligaticm, en déduisent, comme conclusion, que cette dette envers la société donne à la société le droit de socialiser les capitaux 6t la production. Ils dépassent certainement la borne où l'inventeur du solidarismie voudrait l'arrêter. Mais cette borne, on ne l'aperçoit nulle part. « La théorie du solidarisme pourrait servir de pont au socialisme pour faire passer peu à peu, au moyen de lois imposant le paiement d'une dette indéfinie en quantité et en durée, tout le revenu des Français dans la main du gouvernement. »
M. Levasseur mentionne encore : (c La Sociologie, nouvelle venue qui se propose pour objet l'étude des frais généraux relatas à la formation, à la constitution et au développement des sociétés et par suite se donne pour mission de créer la synthèse de toutes les sciences sociales par la découverte des lois générales qui régissent les rapports sociaux et qui dirigent la marche de l'humanité et le développement de la civilisation à travers les âges : tâche intéressante, mais immense et ambitieuse. »
Où prendre les doctrines socialistes ? M. Levasseur essaye de les dégager des congrès socialistes, et dans les brochures de la Confédération générale du Travail, il trouve le programme suivant :
(( Le capital créé par le travailleur (c'est-à-dire l'ouvrier) est accaparé par l'exploiteur (c'est-à-dire le chef d'établissement) qui le possède ainsi au moyen d'un vol. Il y a donc en présence dans la société l'immense majorité des volés et l'infime minorité des voleurs. Les voleurs ont profité de l'ignorance du peuple pour se maintenir par la fCrce en organisant l'armée. Mais le syndicat peut mettre la force du côté des volés qui ont déjà pour eux le droit ; il arrivera à l'expropriation du capitalisme par la grève générale d'abord et ensuite par la prise de possession des capitaux quand l'armée aura été désorganisée par la propagande antimilitariste. C'est une doctrine révolutionnaire inspirée autant par Bakounine que par Karl Marx et aboutissant à un communisme anarchique. Sa devise est : c< A chacun selon ses forces, à chacun suivant ses besoins ; travail libre sans contrainte, sans salaire ; consommation libre suivant les goûts, échange sans monnaie ; pas de gouvernement ni d'autorité. »
M. E. Levasseur estime que « quand les écrivains socialistes nous assurent qu'ils rendront l'individu plus libre, c'est qu'ils comprennent la liberté, liberté du travail et de la propriété, autrement que les économistes » ; et il ajoute : « Entre l'utopie de l'in-
dividualisme absolu et l'utopie du coilectivisme pur il y a cette différence, démontrée par l'histoire, qu'e la première n'a jamais empêché les hommes d'Etat, les administrateurs et les entrepreneurs d'industrie d'accomplir leurs fonctions et que la seconde, séduisant les esprits par la perspective d'une chimère, en fait des révoltés contre l'ordre social réel. »
Il y a encore une autre différence : personne n'a formulé la doctrine de l'individualisme absolu (1).
M. Levasseur conclut :
« Entre les deux doctrines, l'interventionnisme occupe aujourd'hui dans le parlement fratf^&is la position prépondérante. Les institutions de 1789 l'avaient cantonné dans un rôle subalterne. Il s'étendra dans la législation, dans l'administration centrale et municipale. A quelle limite s'arrêtera-t-il ? Par exemple, dans la législation chaque écrivain ou orateur pose la borne, non d'après un principe — car il n'y en a pas en cette matière, — mais d'après son sentiment personnel ; les plus prudents n'en posent pas, estimeuit que l'extension dépend surtout des besoins des peuples et des tendances des gouvernants. Le collectivisme la recule à l'infini, décidé à pousser l'intervention toujours plus avant, sans être arrêté devant le droit individuel qu'il nie. »
M. Bourguin se félicite que ce mouvement « fasse pénétrer plus de communauté dans nos sociétés individualistes » ; le respect du travail libre dont il reconnaît la fécondité est sa borne. Mais voici qu'un socialiste ajoute aussitôt : u La société actuelle succombera sous les assauts des masses ouvrières qu'elle avait pensé désarmer par sa législation. » C'est dans cette foi révolutionnaire que nous venons de définir qu'est surtout le danger, non le danger d'une révolution complète, mais celui de la perpétuité de l'agitation, conséquence des espérances trompées.
L'interventionnisme est-il aussi incoercible que le suppose M. Levasseur ? J'espère que non. L'expérience de la loi sur le Repos du Dimanche a prouvé qu'il avait des limites. Les individus ne paraissent point disposés à déposer leurs revenus sur l'autel du fisc.
Beaucoup de Français disent : Le socialisme ! C'est la faute de la République. Ils oublient qu'en Allemagne, le parti socialiste allemand a recueilli 3.251.000 voix aux élections de 1906.
Est-ce que le gouvernement de Louis-Philippe avait supprimé
(1) V. Yves Gujot. La Démocratie individualiste.
JOURNM. OEfi BCOWAttSTES
le flocialkiite 1 Ce iuib «au œj-^me ^ii'il gra^dii^ et te déveloptpa pouiT faire eK|>loftÛNi eo IfiéB.
M. GL de Moliacci ooDameûçait 1& pséfftOQ <ie4Ma limae : Z« imi t^em^rU socùUiêie tt les réunions pubUques avant la £évaltUion du 4k septembre IBTùf par oea mots : « L'irruption violentent BoadAïae des doctrines socialistes en latôf en «emant TépwiyaAte pcdrnn les classes ptrqpriétaires, a rendu possiUe TétsUisfieBieat d'une dictature. >»
Mais c>ette dictature ne les supprima paa. » Quedfe a été notre stupéfaction, dit M. G. de Koliuari, de lee letîcauver, daoB les réunions publiques ouvertes en veortu de la loi de 1S68, exACtement au point oii nous les avions laÔBsées dix-sept ans auparavant ! »
M. de Molinari montrait les orateuxa des réunions pnkliquet eondiunnant la société actuelle, attaquant la propriété et le capital, dénonçant l'exploitation de l'iioflame par l'homme, déclamant contre le salariat, en se servant des mêmes mots et «n arrondÂssant les mêmes phr-ases que les orateurs des clubs de 1S48. U faisait la ccmstaiation suivante :
(( Sur dix ouvriers, s' occupant d'autre chose que de boire et de mangea*, neuf sont socialistes ou en train de le devenir, comnse sur dix chefs d'industrie, neuf sont protectionjûstefi, ce qui est leur manière à eux d'être socialisées. » (p. 28.)
Sotts l'Empire, la plup&rt des bourgeois «t des ouvriers n'avaient rien appris de la science éoonomique,et ik oat entiietesiu leur ignoraaee sous la S^épubliqne. Tout le mooide en parle et pen de personnes l'étudient, -et parmi ceux qui renseignent et l'étudient, il y etn a beaneoiq> qui n'y cherchent pas la vérité, mais les bénéfiœs personnels qu'ils peuvent en retirer.
Quelques-uns de ceux-ci pourraient éprouver quelqtKs déceptions. J'ai reproduit ici (1) les alarmes du prolaasenr Wagner. Des Allemands perspicaces Ofut fini par s'apercevoir qne les aocialifites de la chaire non seulement ne guériseaient pas la « socialdémocratie », mais la propageaient.
Les interventionnistes bourgeois ne donneront jam&ia satisfaction aux socialistes. Le Conseil supérieur du travail ne pèche poisi par timidité dans l'intementionnisme, et du parti pris «oaitre les pririlègas que réclament les avocats des ouvriers. Cependant, constate M. Levaeseur, au mois d'août 1906, au moment oii les organisatioitt ouvrières allaient renouveler le miandatt de leurs
Cl) La Banqueroute du eocialismc de la chaire^ 16 mai 1907.
<;aMPtr£S kendub 4X1
repréâeiita9tB (iftHft oe Ccnsail^ Ia,<Gân£édécatiM^9é&érale du traysâl A dédAxé, par T^rgane de fes dieK. <|i>e aette iastitutioii, composée en xuajeuxe partie de pstroofi €A ëe paârkmentaiDN^ ne pourra jamaiâ iaiie œuvre utile pour le pgolétariafc, qu'elle n'a jamais fait qu'euregistrer les réforaies arisacèée^ de ha^« lutte au Capital «et qu'elle n'est créée que pour sedrvix de dérivatif aus revendications ouvrières.
La législation ouvriàse est la mis^.en j^rati^ue de ces tlnéorwa interventionnistes qui, en fait^ méritent le nom de soeialisteSi
On a éommonoé par la loi du 19 mai 1674 sur le travail des enfants. Les enfants étant des incapables^ on peut admettie en principe l'intervention de la loi poux les protéger ; mais, comme Ta montré Charles Comte (1), si Thumanité ne s'était conservé» que grâce aux mesures légales prises pour obliger les parenis à élever leurs enfants, elle ne serait jamais arriva à un état de civilisation où la question aurait pu se poser. M. Wolo^wski demanda, dès 1872, la limitation du travail des fenmieB qui fut repoussée. On commença par créer quinze inspecteurs divisiotinaires, dont la surveillance était plus nominale que réelle. Mais on institua, dans chaque département, des commissions locales composées de cinq membres au moins et de sept au plus, nommés par le préfet, sur une liste de présentation arrêtée par le Conseil général. Ces commissions locales « visiteront les établissements industriels, ateliers et chantiers ». C'est T assujettissement d'établissements privés à des comités de police.
En 1900, M. Miller and a incité les inspecteurs de travail à se mettre en rapport avec les syndicats ouvriers et M. Yiviani a renouvelé, en 1906, cette invitation pour l'application des lots ouvrières. Il a déposé, en outre, un projet de loi, instituant par groupe de cent ouvriers dans chaoue usine un « délégué salarié élu », sur les dénoneiatioiHs duquel l'inspecteur du travail dresserait ses procès-verbaux et ferait ses rapports.
On n'a pas cessé d'augmenter les attributions des inspecteurs du travaiL
En 1874, il ne s'agissait que des enfants ; mais en 1883, on chargea les inspecteurs et les o<wunissaires de faire exécuter la loi du 9 septembre 1848, fixant à douce heures la journée de l'ouvrier dans les manufactures et usines, mais non dans les ateliers. Naturellement, on constata que le nombre des inspecteurs divi-
(1) Traité de la Législation, T, I. Lîr. H, Ch. XVIIÏ.
sionnaires était insuffisant^ et en 1885, on le porta à vingt et un. Maintenant il est de 168y ayant à visiter ôll.ouO établissements !
Quand une loi de oe genre est votée, immédiatement commence une agitation pour l'aggraver. Dès 1881, elle revient en discussicm.
En 1890, l'empereur d'Allemagne voulut faire de la législation sociale internationale. Il réunit la conférence de 1890. II n^'a pas renouvelé la tentative. Seulement l'œuvre de police internationale du travail se continue par la voie de l'Association internationale de la protection du travail.
On arriva en France, à la loi du 2 novembre 1892. M. Jules Roche était alors ministre du Travail, et il parlait avec un beau dédain de ceux qui invoquaient la liberté du travail !... <( Est-ce que vous n'avez jamais touché à la liberté de l'ouvrier ni à celle du patron 1 »
Voilà l'argument du <( précédent » : il est invoqué chaque fois que des mesures de ce genre sont proposées au Parlement, et toute nouvelle loi de police ou de spoliation constitue un précédent qui sert à justifier des mesures à venir, devant toutes avoir pour résultat de supprimer cette vieille règle : (( Où est la responsabilité, là doit être l'autorité. » La législation industrielle a pour but hautement avoué par les socialistes, de remplacer la direction de l'industriel par la direction du délégué ouvrier et du syndicat. On mettra ainsi peu à peu le chef d'établissement à la porte, en le poussant tantôt doucement, tantôt violemment. H^te une seule question généralement négligée : le chef de l'établissement parti, qui en assumera les charges ?
Les lois de 1892 et de 1900, la loi de 1898 sur les accidents ont déjà eu un résultat : c'est de mettre les enfants et les petits ouvriers à la porte des ateliers (1). On reconnaît de toutes parts que l'apprentissage disparaît. Les enfants des ateliers sont d«j recrues pour les prisons. Mais on ne songe pas un seul moment à supprimer les causes de cette grave menace, non seulement poiur l'industrie française, mais encore pour notre état social. On fait de gigantesques et dispendieux projets pour des écoles professionnelles.
Des députés, qui se croient perspicaces, dennandent, en ce moment, que tous les contrats d'apprentissage soient écrits. En 1906, il n'y en avait, dans l'industrie de l'ameublemtent, que 20
(1) V. Levasseur, ihid. p. 867 et 868.
d'écrits sur 900. Le chef d'établissement ne veut pas se lier; et, plus on voudra le lier, plus il se dégagera.
La loi sur les syndicats de 1884, très mal faite d'aifleurs, a-t-elle donné les résultats qu'en attendait son véritable auteur, M. Waldeck-Bousseau ? Elle a institué des associations de combat de salariés et de salariants, les uns contre les autres, et des industriels contre le consommateur.
Les Bourses du travail, dont M. G. de Molinari avait donné la formule éconcHnique, sont devenues des centres de guerre sociale, payés et entretenus aux frais des contribuables. On connaît les résultats de la loi sur la conciliation et l'arbitrage : le mot grève est devenu synonyme d'émeute.
M. Levasseur parle (p. 887) u du manque d'énergie créatrice d'établissements nouveaux. On voit trop souvent l'héritier d'une fortune renoncer à la faire valoir directement par son travail... >i £st-ce que notre législation et nos pratiques sont de nature à atténuer « cette timidité d'entreprise » 1
Quels que soient sa modération, sa prudence, son éloignement de la polémique dans un ouvrage de ce genre, M. £. Levasseur croit cependant devoir appeler l'attention de ses lecteurs sur la gravité oe la situation, (c Un des points noirs de l'avenir, dit-il, est l'influence qu'exerce la propagande socialiste sous sa double forme légale et révolutionnaire. Légale, elle aspire à conquérir au moyen du suffrage universel le pouvoir dans les communes et dans le département, afin de transformer la société actuelle fondée sur la liberté individuelle en société collectiviste ; elle est dangereuse à cause des illusions qu'elle crée et des espérances qu'elle entretient, et qui, ne pouvant jamais être complètement réalisées, entretiendront le mécontentement dans l'esprit des ouvriers. Bévolutionnaire, elle se propose de détruire, par tous les moyens de force et de violence dont les masses populaires sauront user, la société actuelle ; étant antimilitariste, elle conseille la désertion aux soldats, et même l'assassinat des officiers ; étant antipatriote et très imprégnée d'anarchisme, elle travaille à dissoudre les sentiments qui sont le lien social. »
Ce sont là des dangers auxquels on n'échappe pas parce qu'on refuse de les voir. Il est bien de la part de M. Levasseur de les avoir signalés aux optimistes qui croient trouver le salut dans une politique d'optimisme aveugle et béat.
M. Levasseur dit très finement que « le libéralisme est une doctrine qni exige une certaine éducation de l'esprit et un tempéra-
43U JOURNiUL BSa ÉCOflOtaSTES
ment modéré. La démoeratie framaitte n'en a pas «n général le sentiment^ parce qu'elle a peu k xeq^ect de la liberté de ceux qa'elk crnuBubàre comme des adTeKHÔres ou dea olistaeles. £He «si autoritaire, et elle attend beanoeop de la loi et éa gocrvemement, tout en voulant être elle-même libfe. » C'est ee sentiment, ce be*aoÎA de liberté, partagé par chacun, qui peut nooa raeeurer contre les entreprises interventionnistes et socialietes.
Dans son épilogs», M. £. Levasaeuv affirsae nettement qae la Bépublique a devant elle une d«rée înd^hnie. Cette affirmeftioci est non seulement utile encore pour T étranger, mais elle n'est pas superflue pour certaines personnes. Il faut qu'elles en pTennevt leur parti : elles vivront en République ; par conséquent, elle» doivent non pas essaji^r de la renverser, mais faire tous leur» efforts pour qu'elle soit auesi bien gouvernée que possible. A la fin de son livre, M. £. Lsvaaieur pose quelques quesfioi» troublantes auxquelles il ne donne pas de réponses. Fa^ pkhvh ii^vt nient ^ ditil. Mais les destins ont souvent trouvé de si mauvaises routes qu'on ne peut avoir en eux une foi bien ferme. Je compte plus sur le développement intellectuel de l'individu, sur l'atmosphère scientifique qui r imprégnera de plus en plus, sur la nécessité de la morale professionnelle, quoique je sache combien les hommes sont réfractaires aux expériences les plus probantes et les plus sévères.
Je n'ai pu donner dans ces quelques pages qu'une impression d'un des aspeets sous lesquels se présente ce volume. Je n'ai pas parlé de la partie technique et statistique qui y tient cependant une place considérable.
Que ce livre soit néoessaire à tous ceux que préoeeupent les questions industrielles de notre temps, cela ne fai4( aueun doute.
Mais combien y a-t-il d'hommes qui, au lieu et répéter toujours les mêmes lieux communs,, ce qu'ils appellent des arguments de bon sens, ont une capacité d'étude suffisante pour absorber non pas tout cet ouvrage, mads les parties essentielles qui Tes touchent plus spécialement ? Voilà une nouvelle q»estd<Hi que pose le livre de M. Levasseur. Elle n'est pas la nvoine trooèlante^ L'étendue de son succès y répondira.
Yvsa Gknrov.
COmrVE9 HENDUS 431
Avarie. ALOOouiHB. Tuberculosb. Le péril de la rmcti par ëmilb PiERMT (I»-1S, Librairie Acad^mdqae Penrin, Pari», 1W7).
Le titre de Touvrage de M. Pîerret annonce bien nettement le sujet triple qu'il va traiter : et ce n'est pas une qualité toujours si fréquente, que de trouver un titre qui réponde au contenu du livre, ou inversement. CTest, de plus, un ouvrage de documentation encore plus que de doctrine ; et Tauteur nous fait admirablement connaître ce qu'il appelle les œuvres sociales, destinées à combattre les trois maux qu'il considère comme les plus redoutables pour la race, autrement dit pour la nation. Et il commence, ce dont on ne saurait trop l'approuver, par attirer l'attention sur les dangers de la charité « curative » ; et non seulement sur cette Assistance publique de la Ville de Paris, qui possède un énorme budget avec lequel on fait la charité au ha> sard, et qui compte 30 à 40 0/0 d'employés par rapport aux assistés ; mais aussi sur les œuvres privées, où, suivant son expression, l'argent versé par les gens charitables, se pulvérise en un trop grand nombre de mains, avant d'arriver à sa destination définitive. Il préfère les œuvres préventives, les œuvres sociales, qui sont économiques et préviennent le mal. Il préfère la prophylaxie à la thérapeutique, et il a raison. La préface du livre est excellente, parce qu'elle pose les bases logiques de la vraie charité, et aussi qu'acné montre comment les « bourgeois » ont intérêt à fréquenter le peuple et inversement, que de ces rapprochements naissent des affections, et que le remède au mal social ne se trouve point dans une formule politique ou dans une législation compliquée, mais dans la culture par chacun des vertus doroestiques.
La première partie de cet ouvrage est consacrée à l'avarie, autrement dit la syphilis, dont Fauteur accuse les ravages sans fausse pudeur, mais avec une saine franchise. Pour lui, le grand péril est dans ^ignorance où l'on maintient les jeunes gens, et du danger et de l'urgence qu'il y a à le combattre, et aussi dans la légèreté avec laquelle on traite ces questions. Kous critiquerons au passage M. Pierret, de montrer une certaine indulgence pour la prétention des médecins de faire une race supérieure d'hommes : cela nous amènerait vite aux (( diplômes pour gens à marier >». Miûv nous recommanderons ce qu'il écrit sur la
Société de Prop^hylaxie qui existe et est peu connue, et sur l'envahissement de l'Etat, « qui menace de tout écraser de son poids inerte et suffocant ». Ce qui nous permet de noua étonner qu'il ait quelque conûance dans une « bonne » réglementation de la prostitution. Par eotitre, nous le suivrons bien volontiers, quand il demande l'établissement formel d'une responsabilité pénale pour transmission d'une maladie vénérienne.
L'alcoolisme constitue, malheureusement, une section beaucoup plus développée du livre. L'auteur suit d'abord les progrès de r alcoolisme dans les différents pays, avec une documentation de bon aloi, qui prouve, hélas! que nous sommes vraiment une nation d'alcooliques. On trouvera dans cet ouvrage d'excellents renseignements sur les désastres causés par l'alcool, et sur ce que M. Pierret estime être les causes favorables chez nous à l'alcoolisme. Il s'élève contre l'Etat, dont l'intérêt est que Ton conscmmie de l'alcool, contre les cabarets, contre le bouilleur de cru, qui sont des protégés. Et il en vient à dresser un plan de campagne : il désire la limitation du nombre des cabarets, mais sans s'illusionner sur Tefficacité de cette mesure, et il insiste avec raison sur les avantages de l'initiative privée. Il passe en revue toutes les sociétés qui se sont créées pour lutter contre l'alcool ; mais nous ne pouvons songer à résumer cette partie de son livre.
La troisième partie du volume traita de la tuberculose ; et dressant d'abord le bilan de la terrible pourvoyeuse de nos cimetières, M. Pierrat insiste sur le rôle de l'hygiène et la nécessité de mettre l'organisme en état de résistance. A ce propos, nous nous étonnerons qu'il ne s'élève pas contre les droits protecteurs, puisqu'il relève si bien Tironie de ce conseil des médecins de (( manger beaucoup ». C'est aux aliments à bon marché que lui procure le libre-échange, plus qu'à la réglementation hygiénique, que l'Angleterre doit, croyons-nous, sa faible mortalité tuberculeuse. Examinant l'intervention de l'Etat en matière de lutte contre la tuberculose, les sympathies de notre auteur vont aux œuvres diverses, et fondées par des initiatives particulières, qu'il énumère longuement, et qu'il étudie en parfaite connaissance de cause. Nous sommes heureux de les mieux connaître grâce à lui, et voudrions que beaucoup de gens lisent son livre, et se laissent entraîner à une sympathie active pour ces œuvres de vraie solidarité et de défense mutuelle, où l'intérêt personnel ïïien entendu ne perd pas ses droits.
Daniel Bellbt.
-Album graphique de la statistique générale de la France (liésultats itCLtiêtiqueê du recensement de 1901. Mouvement de la population ; résumé rétrospectif de /'Annuaire statistique), publié 4)ar le ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, 1 vol. in-4^, Paris; Imprimerie nationale, 1907.
Les services du recensement et de la statistique générale de la France se sont proposé d'illustrer par une ample série de tableaux graphiques les principaux résultats consignés dans l'amas -de chiffres qui remplit les volumes du recensement général de la population effectué le 24 mars 1901. D'autres tableaux y ont "été joints, reproduisant des documents qui avaient figuré à diver- €es expositions et représentant le mouvement d'un grand nombre de faits sociaux ou économiques d'après les résumés rétrospectifs de y Annuaire statistique. Ce recueil décrivant les faits statistiques par l'image sera souvent consulté plus facilement que les tableaux de chiffres. Il met en relief les particularités remarquables que les documents numériques exposent avec plus de précision, mais ne révèlent qu'au prix de longs efforts.
Le directeur du Travail, M. Arthur Fontaine, et son collaborateur, M. Lucien March,directeur des services de la statistique de France, tous deux polytechniciens, sous la direction desquels ont été construits les tableaux graphiques de l'album, ont donné à leur œuvre une allure scientifique. Nous ne trouvons pas ici de ces images où un petit bonhomme haut de quelques millimètres, voisinant avec un géant, nous révèle l'accroissement de la circulation sur les chemins de fer. Cette statistique amuse l'œil, mais elle est insuffisante comme instrument de travail. La statistique de MM. Fontaine et March n'use que de graphiques et de cartogrammes. Elle exprime géométriquement les variations successives des choses. C'est très savant ; peut-être le serait-ce un peu trop, et les explications paraîtraient-elles assez arides à beaucoup de lecteurs qui ne sont pas ingénieurs si la nature même de leurs études n'obligeait pas loe statisticiens « littéraires » à se faire une instruction mathématique-
Un des hommes qui ont en ces matières une compétence universellement reconnue, M. A. de Foville, a présenté sur la construction des planches de Y Album quelques observaticms intéressantes. Il trouve discutable l'extrême souci de rendre tous les graphiques mathématiquement comparables entre eux. « Le respect de la proportionnalité, dit-il, aboutit à l'infiniment petit. » Pour voir com-