SCÈNE III
Les Mêmes, PATOCHE.
PATOCilE, entrant. Voyons, voyons...
qu’est-cc que vous dites de l’autorité , mes petits amours, à la femme de l’autorité, mes petits anges.
MÈRE LELEU. Nous disons qu’ell’ n’aurait pas dû penser à se» intérêts aux dépoods
de l’intérêt général.
PATOCHE. Qu’est-ce i dire , moi, adnai- - nistrateur intègre autant qu’éclairé, oublier l’intérêt général...
MÈRE LELEU. Oui, vous.
PATOCHE. Moi, qui ne rêve que fontaines, canaux, chemins de fer, cailloux, poteaux et autres monumens... car, il faut que je bâtisse j’ai la rage de bâtir, je suis comme le castor.
mère LELEU. Ce qui n’ vous empêche pas d’ favoriser une étrangère au détriment des filles de la commune.
PATOCHE. C’est scandaleux , c’est amer , l’esprit du peuple est plein de fiel !.. je vais répondre... (A sa femme qui s’est placée devant mire Perrin.) Ote-toi de là. tu m’empêches de voir madame!., il n’y a pas de gouvernemens possibles, si i’autonté est sans cesse attaquée!. .comment, magistrat irréprochable, époux d’une des plus belles femmes de l’endroit. Après dix-sept ans de ménage, me trouvant sans postérité... j’adopte une créature , une créature toute faite!., une fille, l’espoir de mes cheveux blancs , et parce que je la marie avec un homme digne de ma position sociale, 1 arrondissement jette les hauts cris... c'est affreux...
Air du Dinar de gerçons.
Lorsque je met» un hahit neuf,
C’est un hourra dans la commune,
Si j* mang* du poulet au lien d' hceof On chuchot te sur ma fortune ,
De tout m'interdire on prend aoin;
Pour calmer c*t humeur inquiète ,
Pauvre adjoint obacar dans mon coin 11 faudrait donc que j’ mangeas*® do foin Ça finirait par être trop bête.
l'autorité bans l’embarras.
NANETTE , d son mari . Voyons , voyons ! | ne le fais pas de mal...
PATOCHE. Ah! ça, mais que veut-on? !
fallait-il la marier à un intru, au violon de la paroisse... un vil ménestrier... Ah! c’en est lait, c’en est fait , la démocratie inonde nos campagne*, la démocratie coule à pleins | bords...
lAJVETTE. Mon Dieu, notr’ homme, ne j t’échauffe pas, et vous autres laisscz-le Iran- i quille, v’ia son jabot tout déplissé.
PATOCIIE, d’un Ion solennel. Qu’est-ce j qu’un jabot, quand des mains envieuses chiffonnent l’ordre social de toutes parts.
MANETTE. Va, va!., laisse-lcs crier, personne ne s’étonnera que Pitrat ait fait choix d’une jeune fille dont la conduite est si méritante.
MÈRE LELEU. Ah! oui... parlons d’ ça... !
manette. Comment , qu’avez- vous à lui j r’prochcr ?..
MÈRE leleu. Oh! rien, son voyage à \ Paris... deux mois avant, son mariage, c’est tout simple, et il n’y a rien à dire... j N Anette. Tiens... six semaines après le ' vôtre ; vous n’y ave* p’t’être pas mené votre mari, vous?..
PATOCHE. C’est positif, vous y avez conduit votre mari, en coucou.
mère leleu. C’est vrai, mais on savait pourquoi, tandis que Mjdme n’a jamais pu aire ce qu’elle y a fait.
NANETTE. Voisine, vous êtes une méchante langue.
MÈRE PERRIN et LELEU. Et vous une intrigante.
NANETTE, furieuse. Intrigante!., moi!
( S'élançant sur la mère Leleu.) Tiens... voilà pour ton intrigante...
PATOCHE, la retenant. Madame Patoehe !
NANETTE Non!., il faut absolument que je calme mes nerfs...
Le* frœnj.-ft Tentent *e prendre aux cheveux , Patoche se jette au milieu d’elles et reçoit les taloches.
PATOCHE , à mesure qu'il reçoit les coups.
Allons, allons, mesdames... allons, femmes respectables! allons vieilles enragées... au secours! au secours!
Oiiflflf ¥ y-Vll.ifcVrf É-m-tt- £ r.ViVY-m-. V1 r-.- ,
SCfiNE IV.
Les Mêmes, OVIDE PITRAT, costuma
de noce.
PITRAT, accourant au bruit. Eh! bien, qu’cst-ce qu’il y a?., me voilà! me voilà! voilà le marié! Ah! mon Dieu ! mon beaupère qui reçoit des taloches.
PATOCHE. À moi! à moi, mon garçon, un coup de main , je t’en supplie, pour séparer le beau sexe qui s’assomme, [aidé de Pitrat, U parvient d séparer les commères, et s'arrête tout essoufflé,) C’est gentil, pour des dames...
pitrat.' Absolument comme les boxeurs anglais qui ont donné dimanche une représentation sur la place de l’Eglise.
Air de Voltaire chez Ninon.
*4 narra.
Vit-on jamais deux Femmes comme ça Plus méchantes, plus envieuses!
Mtax LKLKt , s'ai ançant.
Ah 1 bien ! et vous donc f ftiTOCHI.
Usité là 1
nias lblict.
Non , c’est qu’elle est de» plus hargneuses.
FATOCHE.
Voulex-vous, ôscx’ le plus doux.
Il 'commencer la petite guerre l Bon 1 tuez-vous, assassinez-vous.
Je vous préviens que je vous laisserai faire.
PITRAT. Oui , nous vous prévenous que nous vous laisserons faire.
PATOCHE , le prenant par le bras . Tenez, le meilleur argument contre vos médisances, le voilà...
pitrat. Comment, comment, je suis un argument, yous ferez donc toujours I des caïcmbourgs snrmoi, père Patoche...
j PATOCHE. Tenez, voiçi un habit et un | visage sereins, qui eq disent plus que tous vos bavardages.
pitrat. Costume d’épouseux, quoi...
mère leleu. Oui, oui, nous savonsben que c’est un imbécile.
pitraT. C’est pourtant pas votr’ fille qu’ j’épouse, mère Leleu. ( A part.) Attrape.
MÈRE PERRIN. Qu’est-ce à dire?
PITRAT. Ni la vôtre mère Perrin...
TOUTES DEUX, en colère. L’insolent!..
PITRAT. Non , mais , c’est que vous prétendiez <jue j’étais un imbécile..,
PATOCHE. Silence!., voici la mariée,* cessez vos turpitudes, j’oublie les coups j donnés au magistrat , par bonheur j’étais ; sorti sans mon écharpe, car si je l’avais eue, elles étaieut lletries les malheureuses...