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NATURE, NECESSITE ET ORIGINE DE L'AUTORITE SOCIALE

1, NATURE, — L'autorité civile est le droit de gouverner la société et de la diriger vers sa fin: le bien

temporel de la nation. L'autorité s0ciale peut revêtir des formes multiples et prendre différents noms:

il n'importe. Qu'elle réside dans un seul ou dans plusieurs: qu'elle s’appelle monarchie ou république, aristocratie ou démocratie: qu'elle soit élective ou héréditaire, absolue ou constitutionnelle, elle est l'autorité:

elle a le droit de légiférer, de juger et de punir.

Toutes les formes du pouvoir sont en effet justes et légitimes en ellesmêmes, pourvu qu’elles respectent les droits naturels des individus, des

familles, des diverses associations dont le groupement donne naissance à l'organisme social lui-même.

L'histoire est là pour attester que l'Eglise catholique s’est toujours ac- Ccommodée aux divers Pouvoirs qui ont régi les peuples chrétiens: et cela, non par faiblesse, par courtisannerie ou par Opportunisme, mais ben pour rester conforme à sa foi et à son enseignement.

La forme politique la plus désirable pour une nation est celle qui répond davantage à son Caractère, à ses moeurs, et à ses institutions, à ses besoins et à ses légitimes aspirations, à son degré de civilisation, de culture intellectuelle et morale.

Remarquons seulement en Passant, qu'un régime peut porter le nom de république, de constitution libérale et démocratique, et n'être en réalité, par suite de l'abus du pouvoir, qu’un odieux césarisme, un gouvernement tyrannique opprimant les consciences, violant les droits les plus sacrés, attentant, au nom de la souveraineté du peuple, à toutes les libertés.

2. NECESSITE DE L'AUTORITE SOCIALE.— Quelle que soit sa forme, quelle que soit l'étendue de ses

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prérogatives et de ses pouvoirs, l’autorité est nécessaire à la société. La simple étude de la nature de la s0ociété, de sa fin, de ses exigences, donne une conviction profonde de ce dogme fondamental de la science s0ciale. Sans l'autorité, il n'y a plus de sécurité, plus de paix, plus d’ordre, plus de protection de la personne et de la propriété des citoyens, plus de justice, plus de liberté : ‘ Là ‘où tout le monde peut faire ce qu’il ‘veut, dit Bossuet, nul ne fait ce “qu'il veut; Jà où il n’y a point de ‘ maître, tout le monde est maître:

“là où tout le monde est maître, ‘tout le monde est esclave.” L'autorité est donc le principe constitutif de l'être social, sa forme propre, la source de sa conservation et de son développement, l'élément indispensable de son action et de son progrès. L'autorité ‘ naît avec la société; avec la société elle grandit et elle meurt.” Selon la belle pensée du Père Monsabré, ‘“ le pouvoir public retire les forces individuelles d’une action trop égoïste et les applique par ses lois à un but unique: le bien commun: le pouvoir nublic protège la liberté de chacun contre les froissements de la liberté de tous:

le pouvoir public comprime les des-

potismes infinis des passions pour ouvrir un champ libre à la raison et à la conscience; le pouvoir public assure, avec la liberté publique, la stabilité de l’ordre public: le pouvoir public rend la société féconde et lui fait produire, suivant la marche ascensionnelle du progrès, le bien public; le pouvoir public est le principe vital de toute société et le Sage a bien dit: Là où il n'y a pas de maître qui gouverne, le peuple croulera.” (Carême de 1872.)

3. ORIGINE DU POUVOIR. — Le pouvoir civil est-il, comme l’a prétendu J. J. Rousseau, une simple convention des hommes ? une résultante des volontés particulières conver- &eant vers une volonté générale? Estil, suivant la théorie moderne de l’évolution, le fruit nécessaire des ‘seules transformations de la force “physique faisant sortir des brutali- ‘‘tés du fait accompli la majesté du “droit”? Vient-il au contraire, d’une source supérieure à toutes les contingences humaines, à tous les pactes des citoyens, à tous les calculs de l’égoïsme, de l'ambition ou de la violence ? Pour nous, catholiques, le doute n’est pas permis. La foi a donné une solution claire au problème de

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l'origine du pouvoir, problème troublant qui depuis l'antiquité remue et passionne les écoles philoscphiques. “C’est par moi que les rois ‘règnent, que les princes comman- ‘‘ dent et que les puissants rendent ‘‘la justice,” lisons-nous au livre des proverbes (VIII, 15-16). ‘ Prêtez “l'oreille, vous qui gouvernez les ‘“ multitudes et qui vous complaisez ‘“ dans les troupes des nations”, dit 'a ‘* Sagesse ‘‘parce que la puissance ‘‘ vous a été donnée par le Seigneur 2‘ “ la force par le Très-Haut (Sag. VI 3-4). ‘‘ Que toute âme soit soumise au pouvoir public,” écrivait saint Paul aux Romains, ‘‘car tout pouvoir vient “de Dieu... C’est pourquoi, qui ‘‘ résiste au pouvoir, résiste à l’ordre ‘de Dieu...’ (Rom. XIII).

Aux yeux de la Tradition tout entière, l'autorité civile est une image de la puissance de Dieu, un reflet de sa gloire, une participation de son suprême domaine. Dès les premiers siècles de l’Eglise, S. J ustin, Clément d'Alexandrie, Tertullien, S. Irénée, et plus tard S. Augustin, S. Jeaen-Chrysostôme, S. Grégoire de Nazianse et bien d'autres Pères ont répondu victorieusement à ceux qui calomniaient la religion chrétienne, en la représentant comme l’ennemie de la ma-

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gistrature civile et du pouvoir séculier. Défenseurs intrépides de la vérité catholique, ils ont confessé que Dieu, auteur de la société civile, est, par le fait, la cause première de la puissance publique, et qu'obéir aux lois, c’est se conformer au bien, respecter l'ordre voulu de Dieu, obéir à Dieu lui-même, et non à l’homme.

Sur ce point, l'Eglise n'a jamais varié, ne peut pas varier. La pensée et ‘e langage des Papes du dernier siècle sont la pensée et le langage des premiers Papes.

“ L'Eglise,” dit Léon XIII dans sa mémorable Encyclique IMMORTA- LE DEI, *: enseigne avec raison que “ l'autorité politique vient de Dieu, ‘ car elle trouve cette vérité claire- ‘ment attestée dans les Saintes Let- ‘tres, dans les m . ments le l’an- ‘‘tiquité chrétien. a outre, on ne ‘peut concevoir une doctrine plus ‘conforme à la raison, plus d'accord ‘avec Île salut des princes et des ‘’ peuples.” Hier encore notre auguste souverain, le Roi Edouard VII, ne reconnaissait-il pas publiquement, dans un télégramme adressé au Président et aux Pères du Premier Concile Plénier du Canada, que la loyauté au pouvoir civil est conforme aux

meilleures traditions de l'Eglise catholique.

Le dogme chrétier de l'origine divine du pouvoir ennoblit singulièrement l’obéissance, ‘“‘et peut seul expliquer la facilité avec laquelle il ‘ l'obtient ‘’ nonobstant tant de motifs que l’homme aurait, laissé à ses passions et à ses désirs déréglés d'émancipation et de liberté, de s’y soustraire et d’en secouer le joug. Une telle obéissance ne courbe pas l’homme, elle le relève... ‘Me soumet- ‘‘tre à un homme parce qu'il est ‘‘ fort, ce serait m'’avilir; me soumet- ‘tre à lui parce qu’il représente ‘ Dieu, c’est proclamer que je suis de ‘‘ race royale et que nul n’est au-des- “sus de moi que le Très-Haut.” Ces belles paroles de Mgr d'Hulst ont été, ces années dernières, comme l'écho des paroles non moins éloquentes que prononçait jadis, sous les mêmes voûtes de Notre-Dame de Paris, son illustre prédécesseur, le R. Père Lacordaire : ‘“ L'Evangile avait posé ‘ce principe que l’homme est trop ‘misérable pour être vénéré de ‘l’homme par sa propre substance et ‘sa propre vertu... mais qu'il faut ‘‘ obéir à Dieu dans l’homme, Lais- ‘sant de côté les questions de forme

‘‘et de choix au cours des événe- ‘“‘ ments, il avait dit aux nations:

“ mettez à votre tête un consul, un ‘‘ président, un roi, qui vous voudrez, ‘mais souvenez-vous qu’au moment “où vous aurez assis votre magistra- ‘“tuie suprême, Dieu viendra de- “dans.” (Conférences de Notre-Dame, 55e conférence.)

4.—TRANSMISSION DU POU- VOIR.—SOUVERAINETE DU PEU- PLE.— L'Eglise n’a jamais défini comment se transmet le pouvoir: si Dieu le confère directement aux princes .t aux chefs élus par le peuple, ou s’il le confie à la société elle-méme pour que celle-ci le communique ensuite à ceux qui doivent l’exercer.

Elle laisse le champ libre aux opinions et aux controverses. En pratique, la chose importe peu, car dans l’un et l’autre Cas, l’autorité sociale émane de Dieu; dans l’un et l’autre ‘as, ses dépositaires ne sont que les ministres de Dieu, les délégués de sa suprême puissance. “Sortie des entrailles fécondes du Dère et de la mère,” remarque avec raison un auteur Contemporain, ‘“ la vie n'est pas ‘à proprement parier leur don...

“De même, passant par le canal ‘’ d’une société qui se forme ou se ré-

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