‹ L'autorité sociale [microforme]Chapitre 3 sur 6 · M UT · texte numérisé non relu

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‘‘ forme, le pouvoir public ne cesse

‘pas de tenir à sa source éternelle.

Mais ce que l'Eglise nie, ce qu’elle frappe de ses anathèmes, c’est la prétendue souveraineté inaliénable de la nation. Cette erreur séduisante est devenue, pour un grand nombre, un

dogme social:

elle exerce sur la multi-

tude une fascination d'autant plus dangereuse que le peuple n’en comprend ni les principes faux, ni les désastreuses conséquences.

D'après la théorie de Rousseau, le peuple serait toujours et nécessairement souverain. Seul possesseur du pouvoir dès l'origine de la société, il en demeure le seul maître tant

qu’elle dure.

un ou à plusieurs le pouvoir exécutif,

Il peut bien confier à

mais non le pouvoir législatif qui demeure dans la nation et est, de sa pature, incommunicable. Les lois que portent les chefs du gouvernement sont donc nulles de plein droit, hor-

mis qu’elles

n’obtiennent l'’assenti-

ment au moins tacite de la muititude. Représentant le peuple et son organe, l'Etat gouverne par lui; il n’a pas d'autre autorité que celle du peuple, de qui il dépend d’une maniè-

re absolue.

Poussant à l'extrême la

théorie de la souveraineté du peuple,

l’école radicale montre le peuple com-

me souverain absolu, la source unique de tout droit et de tout pouvoir, le possesseur intangible d’une puissance indépendante de Dieu dans son origine, comme dans son exercice, ‘“ Existe-t-il un Dieu souverain dans “le Ciel? Nous l’ignorons,” a dit un des chefs de cette école. ‘ Ce que “us savons, c'est qu'il y a un peu- ‘“’ple souverain sur la terre... Oui, “la raison l’a proclamé, et ce cri a ‘‘ fait pâlir les prêtres; le Dieu vi- “vant, c'est le peuple.’

Que le peuple puisse, lorsqu'une société se forme, désigner ceux qu:

doivent exercer le pouvoir, fixer la forme du gouvernement, les limites de l’autorité du souverain et le mode de sa transmission, pourvu que ces déterminations laissent intacte l’autorité sociale, telle que la demandent la nature et la fin de la société ;

Que le peuple, lorsque le pouvoir vient à disparaître, soit de nouveau libre et souverain, qu’il ait alors le droit, pour des causes légitimes, de changer la constitution de la société, de continuer ou de transformer le régime politique, de le transférer même à une autre dynastie :

Enfin, que le pouvoir puisse résider à la fois dans le peuple et

dans les chefs de la nation, quoiqu'à des titres différents ;: que le peuple ait le droit d'élire ses députés, et que ces derniers soient responsables à la nation de leur mandat ; voilà autant de points que l'Eglise n'a jamais contestés en matière de souveraineté du peuple.

Mais, on l’a dit avec raison, autre chose est de reconnaître au peuple une part plus ou moins grande à la souveraineté, autre chose est de proclamer la souveraineté inaliénable du peuple, c'est-à-dire de déclarer, comme je l'ai exposé, que le pouvoir ne peut jamais appartenir qu’au peuple, et que celui-ci ne peut pas s'en départir.

Grégoire XVI, dans l’encyclique MIRARI VOS; Pie IX dans le SYL- LABUS, et Léon XIII, dans l’encyclique IMMORTALE DEI ont condamné la thèse de la souveraineté inaliénable du peuple comme contraire aux droits essentiels du pouvoir, à l’ordre public et au progrès social. “Quant ‘à la souveraineté du peuple. . .que ‘“‘l'on prétend résider de droît natu- ‘“‘rel dans le peuple, dit Léon XIII, ‘si elle est éminemment propre à ‘‘ flatter et à enflammer une foule de “passions, elle ne repose sur aucun

‘fondement solide et ne gaurait ‘avoir assez de force pour garantir ‘‘la sécurité publique et le maintien ‘ de l'ordre. En effet, sous l'empire ‘de ces doctrines, les principes ont ‘’ fléchi à ce point que pour beau- “coup c'est une loi imprescriptible ‘en droit politique, de pouvoir légi- ‘timement soulever des séditions.

‘* Car l'opinion prévaut que les chefs ‘du gouvernement ne sont que des ‘‘ délégués chargés d'exécuter la vo- ‘* lonté du peuple.”

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