ROLE DE LA TENSION SUPERFICIELLE
En présence de l'insuffisance des hypothèses émises par
les auteurs pour expliquer l’action de l’autothérapie asci-
tique, nous avons fait dans ce sens un certain nombre de recherches. C’est le résultat de ces recherches que nous allons exposer maintenant. Nous entendons bien d’ailleurs en limiter la portée aux cas que nous avons étudiés, cas d’ascite par cirrhose de Laënnec, sans prétendre qu'ils s’appliquent indifféremment à tous les autres.
L:— Bien qu’une théorie mécanique nous parût, comme à Audibert, plus susceptible d'expliquer les résultats de l’autothérapie dans une variété d’ascite qui, malgré tout, semble principalement ressortir de troubles. mécaniques, nous avons voulu éliminer une hypothèse, à la rigueur admissible : l'existence d’un pouvoir précipitant du liquide ascitique à l'égard du sérum sanguin, entraînant la possibilité de modifications dans la transsudation de ce sérum en un point quelconque du système porte, peut-être au niveau de ses origines radiculaires.
A cet effet nous avons préparé in vitro des mélanges divers de sérum et de liquide ascitique, (celui-ci préalablement défibriné pour éviter une cause d'erreur dans l’appréciation des résultats).
MY Fu
Le tableau suivant indique le protocole d’une de nos expériences :
Nos
des à MÉLANGES
tubes 1 Ascite non traitée : 25 gouttes + Sérum de la malade : 75 gouttes 2 — 50 — + — 50 — 3 Si NRERC RE IE Je. GALL RE 4 Ascite traitée : 25 gouttes + Sérum de la malade : 75 = 5 = SON ERER DONS 6 { = 75 NL RE — 25 7 Ascite traitée : 25 gouttes + Sér. d’un suj. normal 75 2 8 Æ 60 APE ; ES SOUL 2 9 sie
— +75 = Se — 25
Après vingt-quatre heures de séjour à l’étuve à 37°, nous examinions si dans certains des mélanges s’étaient formées des précipitines. Nous n'avons jamais rien constaté de positif à ce point de vue.
IL. — Nous avons alors recherché si, suivant l’hypothèse d’Audibert, les résultats de l’autothérapie ne pouvaient pas s’expliquer par des modifications osmotiques ; mais si, contrairement à cel auteur qui admet que ces modifications sont secondaires à la diurèse, elles ne pouvaient pas se produire primitivement.
On sait, d’après les recherches récentes de Gilbert et Philibert (1), qu’il semble exister dans les cas d’ascite une résorption constante du liquide compensée par une transsudation continue, en un mot que le liquide ascitique est circulant et non stagnant et que l’ascite constitue un processus de suppléance à l'hypertension portale.
(1) GizserT er ParziserT. Loco citato.
PRE) EE Dès lors il nous paraît légitime de supposer que l’augmentation de la quantité de liquide dans la cavité péritonéale peut s'expliquer, suivant la rapidité du phénomène, soit par un défaut de concordance entre la vitesse de résorption et celle de transsudation, soit par une véritable
interversion du courant osmotique, interrompant la cireu-"
lation.
L'action de l’autothérapie serait ainsi, soit d'augmenter la vitesse du courant osmotique, soit, s’il est renversé, de le rétablir dans son sens normal. |
Or trois conditions régissent les phénomènes d’osmose (1) :
1° La nature de la membrane cellulaire ;
2 La tension osmotique des deux solutions situées de part et d'autre de la membrane, c’est-à-dire leur concentration moléculaire ;
3° La différence de tension superficielle entre les deux liquides, qui varie, non suivant la quantité, mais suivant la qualité des molécules.
L’autothérapie ne peut influer bien entendu sur la nature de la membrane.
Influe-t-elle sur la concentration moléculaire des liquides? Elle le pourrait de deux façons : c’est à savoir en modifiant leur teneur respective soit en chlorures, soit en matières albuminoïdes.
Les modifications dans le taux des chlorures ne sont pas sans importance pour le traitement de l’ascite. Olmer et Audibert (2), et d’autres après eux, ont bien montré les
(1) Voir Lyon-Caen. Thèse de Paris, 1910, p. 42. (2) Omer er Aupisenr. Les chlorures dans l’ascite d’origine hépatique,
Marseille Médical, octobre 1903, et Soc méd. des hôp. de Paris, nov. 1903.