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I. — Ascite par syndrome de Banti

V.Auni8ErT ET F. Monces. Presse médicale, n° 10,2 février 1910, p. 81-82.

Une femme, âgée de 41 ans, se présente en Janvier 1909, à l'Hôtel-Dieu de Marseille, avec le syndrome complet de ia cirrhose de Laënnec : ventre énorme, douloureux dans la région hépatique, circulation collatérale à prédominance sus-ombilicale, ascite très mobile, pas de troubles digestifs, pas d’œdème des membres inférieurs, léger souffle systolique mitral, teint jaune anémique, adynamie. Ces phénomènes ont débuté deux mois aprés une variole qu’elle eut en décembre 1906, et qui dura trois semaines, sans complication. C’est, du reste, la seule tare pathologique que nous trouvons dans son passé. Pas la moindre trace d’éthylisme. Ses antécédents héréditaires sont nuls.

Donc, le 10 février 1907, brusquement, en bonne santé apparente, hématémèse et mélæna qui ne s’accompagnèrent d’aucun trouble digestif et ne laissèrent aucune suite ; trois mois après, en mai 1907, ictère avec décoloration des fèces qui-dura un mois.

En décembre 1907, deuxième hématémèse très abondante. La malade se plaignait alors de suffocation. Elle conserva, par la suite, de la pâleur du teint, mais pas de troubles généraux de la santé.

En juillet, poussée hémorroïdaire. Pendant plus d’un an,rien.

En novembre 1908, nouvelles hématémèses. En décembre, pour la première fois, le ventre grossit,

En janvier 1909, le volume de l’abdomen était tel qu’elle fut obligée d’entrer à l'hôpital.

Dix jours après, ponction abdominale copieuse : liquide citrin qui se reforme rapidement et nécessile une deuxième ponction dix jours après.

Les ponctions se répètent, ensuite, régulièrement, tous les quinze jours jusqu’à fin août, époque à laquelle nous commençons nos recherches.

Disons qu’en dépit de tout traitement les urines variaient entre 500 et 700 centimètres cubes par vingt-quatre heures; elles ne contenaient ni sucre, ni albumine.

Ajoutons encore que la malade a toujours eu une diarrhée abondante qui n’a jamais cessé.

Le 31 août, nous mettons la malade au régime lacté. Malgré cela, les urines sont rares et varient entre 400 et 800 grammes.

Le 3 septembre, dernière ponction el injection à un cobaye de 10 centimètres cubes de liquide ascitique ; deux mois après, ce cobaye était bien portant. D’ailleurs, l’ophtalmo-réaction fut négative.

Le 5 septembre, la malade qui mangeait un peu en cachette, est mise au régime lacté absolu.

Le 8 septembre, nous commençons les injections sous-cutanées abdominales de liquide ascitique.

Technique de la méthode. — Antisepsie de la peau, anesthésie au chlorure d’éthyle et ponction avec une seringue de Luër dans le flanc gauche de l’abdomen. Lorsque le ventre était peu tendu par suite de la diminution de l’épanchement, nous faisions appliquer les deux mains d’un aide sur la paroi abdominale que l’on déprimait fortement. Sans retirer complètement l'aiguille, nous réinjections le liquide dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Nous n'avons jamais eu ni douleur, ni accident, ni réaction locale.

Résultals. — Bien que nous continuions à suivre cettemalade, nous la prenons en ce moment, du 1° septembre 1909 au 15 novembre 1909, soit deux mois et demi.

Pendant cet intervalle de soixante-seize jours, nous avons fait:

douze injections de liquide ascitique, soit une injection fous les six jours environ. Nous avons commencé par 3 centimètres cubes, puis progressivement nous avons continué par à centimètres cubes, par 7 centimètres cubes, jusqu’à un maximum de 70 centimètres cubes que nous n’avons pas dépassé.

Lorsque nous avons fait la première injection, le 8 septembre, les urines étaient à 600 centimètres cubes; le lendemain, sans aucun traitement, elles atteignent 800: centimètres cubes. Le surlendemain, elles sont à 1.400 centimètres cubes; trois jours après, à 1.700 centimètres cubes.

La seconde injection fut faite ce jour-là, c’est-à-dire le 11; le lendemain, les urines étaient à 2.000 centimètres cubes, et le surlendemain à 2.100 centimètres cubes.

Il était extraordinaire que ce taux se maintint; les urines redescendirent, en effet, à 1.200 centimètres cubes.

Troisième injection : les urines remontent en six jours jusqu'à 1.700 centimètres cubes.

Quatrième injection : mêmes phénomènes et ainsi de suite pour toutes les autres injections.

Nous avons noté un fait un peu particulier : la polyurie ne s’est jamais manifestée, au maximum, le jour même de l’injection, sauf pour la première et la seconde. C’est ainsi qu'après la troisième injection, faite le 17 septembre, alors que les urines étaient à 1.500 centimètres cubes, on constata, le lendemain, et le surlendemain, que les urines étaient à 1.200 centimètres cubes. C’est seulement dans les trois jours suivants qu’elles atteignirent 1.700 centimètres cubes. De même, la quatrième injection fut faite le 24 avec 1.300 centimètres cubes d'urine, qui descendirent à 1.100 centimètres cubes le lendemain et remontèrent dans les trois jours à 1.700 centimètres cubes. Pour la cinquième, faite le 30, les urines, à 1.450 ceutimètres cubes, descendirent, le lendemain, à 1.200 centimètres cubes et remontèrent dans les cinq jours à 1.800 centimètres. Ainsi de suite, les mêmes phénomènes biologiques se reproduisirent,

11 semble donc qu'après une injection de 5 centimètres cubes de liquide ascitique, le rein ne répond pas lout de suite à l’in-

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citation, Son activité n'apparaît que vingt-quatre heures après. Qui sait s’il n'y aurait pas là une méthode capable de rendre des services dans l'étude de l'insuffisance rénale? C’est un point que nous comptons étudier lout particulièrement.

Quoi qu'il en soit, un grand fait n’en persiste pas moins, savoir une polyurie constante. Une malade n’évacuant jusque-là que 500 à 800 centimètres cubes d'urine par jour éliminera, sous l'influence de notre traitement, une moyenne de 1.200 à 1.800 centimètres cubes.

La polyurie énorme des premiers Jours ne s'est pas maintenue, cela s'explique aisément : il s’est fait d’abord une décharge, puis s’est établie une balance à peu près invariable. Mais jamais les urines ne sont redescendues au faible taux où elles se tenaient depuis des mois.

On peut dire, schématiquement, que la sérothérapie ascitique a fait passer les urines d’un demi-litre à un litre et demi. Tel est le fait capital qui nous a d’abord frappés.

Parallèlement à cette polyurie, l’éfaf général s’est considérablement amélioré. La dernière ponction abdominale, de {5 litres environ, fut faite le 3 septembre. Au 15 novembre, il n'avait plus été opéré de paracentèse. Ce résultat est d’autant plus remarquable qu'avant la série des injections on avait élé obligés de ponctionner l'abdomen tous les quinze jours depuis six mois.

A mesure que la polyurie s’installait, nous relevions successivement, comme périmètre abdominal, 94, 93, 91, 89, 88 centimètres Jusqu'au 18 octobre.

A ce moment, nous avons alimenté la malade au moyen de pâtes et de purées déchlorurées. Il était intéressant, en effet, de ne pas laisser trop longtemps notre malade au régime lacté absolu et de voir sil’amélioration se maintiendrait malgré la nourriture. Or, nous eûmes le regret de constalerun développement du ventre presque instantané. Les mensurations indiquèrent successivement 88, 92, 93, 94 et 96 centimètres. En présence de ce résultat, nous décidâmes d'augmenter la quantité de liquide sérothérapique. Le 20 octobre, nous injections 7 centimètres cubes. Nous eûmes alors la satisfaction de voir les urines, qui

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étaient descendues jusqu’à 1.100 centimètres cubes, remonter à un taux de 1,500 et 1.800 centimètres cubes. Nous avons continué les injections et l’abdomen n'a plus augmenté de volume ; vers le 15 novembre, il avait même tendance à diminuer, Les mensurations, en effet, redescendaient d’une facon sensible.

Ainsi donc, l'alimentation produisit un arrêt dans l’amélioration générale. Nous ne l’avons pas cessée pour cela. Nous avons simplement forcé la dose des injections et la maladie a repris une marche décroissante puisqu’à l'heure actuelle (fin décembre) le ventre mesure 87 centimètres et qu'il n'a plus été pratiqué de ponction.

La courbe des chlorures s’est maintenue entre 1 gramme et ,

1 gr. 90 environ pendant la période de régime lacté absolu. Depuis l'alimentation, elle varie entre 2 et 3 grammes, preuve évidente que, malgré la déchloruration, la malade absorbe encore pas mal de chlorure. L

La sérothérapie ne semble donc pas influencer notablement la chlorurie. Rien d'étonnant à cela. Celle-ci est, avant tout, fonction de l'insuffisance rénale, Or, notre malade n’en a jamais présentée.

La courbe de l'urée a varié entre 7 et 10 grammes. Cela se conçoit puisque la malade était privée d’alimentation. azotée. Il n’y a donc rien de particulier à signaler, à ce point de vue.

Enfin, nous aurons terminé, lorsque nous aurons dit que la courbe fébrile n’a suivi aucune influence.Comme on l’a vu dans notre observation clinique, nous avons eu affaire à une hépatite chronique atrophique post-variolique. L'évolution a été constamment subfébrile, et, très régulièrement, nous avons noté des températures oscillant entre 27° et 37°7 en moyenne. Ces températures n’ont ni baissé, ni augmenté, soit au moment des injections, soit dans les jours qui les ont suivies.

V.AupiBerT. Journal médical français,n° 11,15 nov. 1910, p. 489. (Fin de l'observation précédente.)

Cette femme est rentrée à l'hôpital, quelques mois après, dans un état lamentable, Quel régime et quelle thérapeutique a-t-elle

suivis? Je l’ignore. Elle nous raconte, cependant, qu’elle ne fut plus jamais ponctionnée, mais qu’elle eut des hématémèses abondantes. Son teint était terreux, décoloré, l’anémie extrême, l’état général très mauvais.La mort arriva au bout de trois jours. En dépit de tous nos efforts, il ne nous fut pas permis de pratiquer l’autopsie. ;

La plasmothérapie avait donc enrayé la marche de l’ascite,elle n'avait pas guéri l'affection hépatique.

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