LES FAITS
Debove et Rémond, les premiers, en 1891 (2), injec- tèrent sous la peau d’un malade atteint de péritonite tuberculeuse 5 centimètres cubes de son liquide d’ascite, préalablement filtré à travers bougie Chamberland. Mais c'était seulement pour rechercher si les exsudats ba- -cillaires ne constituaient pas une lymphe analogue à la tuberculine de Koch et produisant les mêmes symptômes. De fait ils constatèrent, comme après les injections de tuberculine, une réaction générale et fébrile, laquelle fit défaut chez un sujet bien portant et chez un cancéreux avancé ayant reçu chacun une injection identique ; par contre la réaction se produisit chez un lupique, accompagnée même d’une congestion intense de la lésion avec suintement abondant. En somme leur procédé ne s’adressait qu'aux exsudais bacillaires et ne paraissait avoir d’intérêt qu’au point de vue de la pathologie générale et du diagnostic. Toutefois ils tentèrent aussi d'utiliser les injections dans un but thérapeutique, non pas à l'égard de la
(1) On trouvera à la fin de ce travail, in exlenso, les observations qui font ’objet de ce chapitre.
(2) Dssove et Rémonn. Soc, médic. des hôp., 23 mars 1891.
péritonite productrice de liquide, mais bien du lupus qui avait réagi à la première injection, cherchant à réaliser de la sorte une hétérosérothérapie. Les résultats d’ailleurs furent peu concluants et la méthode abandonnée. Toutefois c’est elle qui suggéra, en 1894, à Gilbert (de Genève) l’idée de son autosérothérapie des épanchements pleuraux:
Les travaux de Gilbert (de Genève) ont directement inspiré les tentatives d’autothérapie ascitique.
Le premier, Marcou, en septembre 1909 (1), publiant 82 résultats, la plupart favorables, d’autothérapie pleurale et déniant à cette méthode toute action spécifique antituberculeuse, déclare « se proposer de soigner des ascites de toute nature par le même traitement ».
Mais c’est Audibert et Monges qui publièrent, en novembre 1909 (2), le premier cas traité par cette méthode (3) : il s’agissait d’une ascite cirrhotique, peut-être sous la dépendance d’une variole antérieure, en tous cas sans antécédents éthyliques et sans stigmates de tuberculose (inoculation au cobaye et ophtalmo-réaction négatives) ; les auteurs l’ont finalement rattachée à un syndrome de
(1) Marcou. Presse médicale, n° 71, 4 sept. 1909, p. 627-698. ù
(2) Auniserr #T Monces. Soc. de Biol, (Section de Marseille). Séance du 16 nov. 1909. (Pages 610-611 des comptes rendus.)
(3) Cependant Mongour (Précis des maladies du foie, collection Tesrur), signale Bayo-Vilauvre comme ayant traité, dès 1903, (dans El Jurado med. pharmac.) différents cas de cirrhose hépatique, biliaire ou vasculaire, par des injections sous-cutanées de liquide ascitique fourni par le malade. Ces injections auraient provoqué une abondante diurèse, la disparition de l’épanchement et l'amélioration rapide des autres symptômes, Nous n'avons pu retrouver ces observations. En tous cas, il est hors de doute que ce sont les communications d'Audibert et Monges qui ont inspiré les expérimentateurs
venus ensuite.
LAS Le Ta f Banti. Cette ascile réagit merveilleusement à des injections
sous-cutanées de 3 à 10 centimètres cubes, pratiquées pendant deux mois tous les six jours. « Ponctionné très régulièrement, depuis six mois, tous les quinze jours (10 à 12 litres), l’abdomen diminua progressivement sous l’influence des piqûres plasmatiques, au point qu’à dater de la première, ce fut fini des ponctions.» Il n’y eut de réaction ni locale, ni générale, mais une énorme polyurie, les urines passant après les injections de 800 à 2.100 centimètres cubes, pour se maintenir entre 1.500 et 1.800. En même temps les forces de la malade étaient revenues. Cependant l’autothérapie n’avait fait qu’enrayer la marche de l’ascite, elle n'avait pas guéri l’affection hépatique et, quelques mois plus tard, la malade revenait mourir à l'hôpital.
A peu près vers la même époque, Jeunet publiait un succès dans une ascite asystolique.
Depuis ces tentatives, des essais d’autothérapie ont été faits pour des ascites de toutes natures. Plutôt que de les signaler par ordre chronologique, nous allons les grouper par variétés.
Ascites par cirrhose alcoolique. — Les résultats sont loin d'être favorables : un cas négatif de Pron, un de Roger et Chauvin, deux de Roqueet Cordier, trois de Le Play, six d’Audibert,un de M'*Z0olotareff, concernant cependant une forme hypertrophique, tel est le bilan des insuccès publiés. Et sans aucun doute bien des expérimentateurs, tentés par la simplicité de la méthode, en ont fait usage et n’en ayant rien obtenu, ont passé la chose sous silence. Notons cependant la diurèse qui s’est établie dans les cas de Le Play.
A cette série négative, nous ne trouvons à opposer que le résultat très relatif et fort discutable obtenu dans un cas par Roque et Cordier : léger éloignement des ponctions à la suite du traitement, et surtout les succès de Limouri, de Le Clech et de Godlewoski. Encore dans le cas de Le Clech le diagnostic est-il demeuré hésitant entre upe cirrhose alcoolo-tuberculeuse et une cirrhose des gros mangeurs. Quoi qu'il en soit, le résultat fut qu’en cinq mois, après traitement autothérapique, 22 litres seulement furent retirés par ponctions, alors que dans les six mois qui avaient précédé, on en avait retiré 127 ; la diurèse s'était établie avec les injections. |
Le cas de Godlewoski concerne une cirrhose hypertrophique, forme plus curable on le sait : il y eut diurèse, diminution du ventre, possibilité de reprise des occupations habituelles.
Plus favorable encore paraît le cas de Limouzi concernant, lui, une cirrhose de Laënnec typique, et où le traitement produisit une disparition presque totale du liquide.
Ascites asystoliques. — Ici les résultats favorables et les résultats négatifs s’équilibrent davantage ; les cas négatifs sont celui de Cordier et Roque concernant une asystolie à répétition, ceux d’Audibert ayant trait à deux asystolies irréductibles, celui de Godlewoski dans une asystolie généralisée; les cas favorables sont celui de Jeunet : asys- tolie réductible, (avec en outre association au traitement autothérapique du repos, du régime lacté, de la théobromine et de la digitale),les deux de Godlewski concernant : des foies cardiaques, celui enfin de Ponthieu, qui fut une autothérapie spo ntanée par une plaie herniaire non cicatrisée,
PA
Les différences dans les résultats sont bien en rapport avec les différences cliniques que présentent les cas d’asystolie.
Ascites hépato-rénales. — Un seul cas à été publié, celui de Godlewski, où le traitement amena la diurèse, mais où le liquide se reproduisit et qui se termina par la mort du malade.
Ascites tuberculeuses. — Jusqu'à l'apparition de la thèse de P. Carbou, il paraissait assez incertain que l’autothérapie pût être d’un grand secours dans le traitement de l’ascite tuberculeuse. Un cas négatif de Roque et Cordier ne pouvait que confirmer cette opinion. Chevrier avait bien publié un cas très favorable, mais où, l’autothérapie se trouvant associée à toute une série d’autres traitements médicaux et chirurgicaux, il était difficile de savoir quelle part lui revenait dans la guérison. Par contre P. Carbou publie une série d'observations d’apparence si probantes qu'il est difficile de ne pas en être impressionné. Mais ces résultats ont besoin d’être confirmés par de nouvelles observations. Or, dans deux cas tout récents, Godlewoski a eu des échecs complets.
Ascites cancéreuses. — Les quelques tentatives d’autothérapie faites par Roque et Cordier, par Audibert et par
* Godlewoski n’ont eu, est-il utile de le dire, aucun résultat
appréciable.
AUTOTHERAPIE ASCITIQUE PAR INJECTIONS MASSIVES INTRAVEÉINEUSES : LES FAITS
En présence des résultats disparates obtenus par les expérimentateurs précédents à la suite d’injections souscutanées de quelques centimètres cubes de liquide ascitique, résultats, il faut l'avouer, peu encourageants dans leur ensemble, du moins en ce qui concerne l’ascite par cirrhose hépatique alcoolique, nous avons eu l’idée, avec notre maître, ie D' Sicard, d'abandonner à la fois les doses minimes et la voie d'introduction hypodermique, pour recourir aux injections massives intraveineuses. Nous avons été précédé dans la voie des doses massives par Castaigne, qui relate, sans plus amples détails d’ailleurs, avoir pratiqué des injections sous-cutanées de plusieurs centaines de grammes répétées chaque jour (1). Quant à la voie intraveineuse, nous n’en avons pas trouvé de précédents.
Voici d’abord, in extenso et avec courbe des poids confirmative, l'observation que nous avons brièvement résumée à la Société Médicale des Hôpitaux, dans la séance du 10 février 1911, et que nous avons continuée depuis
(1) J. CasrarGxe. L’ascite des cirrhotiques.Ses nouvelles méthodes de {raitement : Journal Médical Français, n° 11, 15 nov. 1910, p. 500,