THÉORIES BIOLOGIQUES ET MÉCANIQUES
Les théories pathogéniques de l’autothérapie pleurale ont passé par deux phases distinctes. Au début, le principe même qui avait guidé Gilbert, Scarpa, Breton, fournit une théorie biologique qui parut alors satisfaisante.
Puis, lorsque les insuccès furent publiés plus nombreux, lorsqu’aussi on montra que l’autothérapie pouvait s'étendre à des liquides pleuraux ou ascitiques non tuberculeux, une théorie mécanique tendit à se substituer à la première.
1° Théories biologiques
Pour Landouzy, Debove et J. Renault, Gilbert (de Genève),l’exsudat tuberculeux contient une sorte de tuberculine atténuée qui, injectée dans la circulation générale, agirait à la façon de la tuberculine de Koch.
En somme, d’après Gilbert l’autothérapie pleurale agirait « par le passage dans le sang d’un liquide contenant des produits biologiques du bacille de Koch, des substances antitoxiques bactéricides etc.,
et en provoquant la formation de substances de R. Charpentier 2
défense, d’anticorps spécifiques qui aideraient à neutraliser la toxine virulente et à limiter le processus tuberculeux envahissant (René Gaultier, Bull. gén. de Thérap., 8 sept. 1909, p. 334).
Mais alors, comment expliquer les alternatives de succès et d’insuccès dans des cas cliniquement identiques ?
J. Courmont (1) répond à cette objection qu'il y a différents liquides pleuraux possédant les uns des propriétés favorables, les autres des propriétés défavorables. Pour être curatif le liquide pleural doit posséder des propriétés particulières bactéricides, agglutinantes et non anaphylactisantes.
« Ce sont probablement dit-il, les liquidesles mieux fournis en ces substances utiles, anticorps.ou autres, qui sont curalteurs par eux-mêmes ouen déterminant dans l’organisme la production d’autres substances analogues (antitoxines, etc.). Or, ces propriétés humorales favorables se rencontrent surtout à la période où la séreuse a fourni son maximum d'effort défensif,que nous pourrions appeler période de maturalion de l’épanchement. A ce moment, l’auto-inoculation a les plus grandes chances de produire d'heureux effels : 1° à cause de la nature du liquide injecté ; 2° parce que [a maladie est précisément à ce point où elle va guérir spontanément et où tout réussit. »
€ D'autre part, si on inocule au porteur ua liquide
1. J. Courmont, Soc. méd. des Hôpitaux de Lyon, 18,janv. 1910.
DR
pleural hypertoxique, anaphylactisant, dépourvu de propriétés agglutinantes, bactéricides, on n'obtient qu'un insuccès : 1° parce que le liquide est nocif; 2° parce que la pleurésie est à la période d'augmentation ».
Ge ne sont malheureusement là que des hypothèses ingénieuses et Gilbert lui-même abandonna la théorie purement spécifique pour lui substijuer une hypothèse non moins fragile :
L’exsudat pleural injecté agirait en déterminant un appel leucocytaire intense « qui par son apport plus considérable d’alexines dans un milieu riche em sensibilisatrices, entrave, arrête la marche du processus infectieux en augmentant les moyens de défense naturels de l'organisme » (1).
Marcou (2) enfin suppose la formation d’une antipleurite ou d’une antisérose. De son aveu même « ce
raisonnement n’explique rien ».