IL DEMANDA S’IL N’Y AVAIT POINT DE LA POLENTA
Il commença de ne plus douter que miss Jean n’y fût point, quand on lui remit, au contrôle, deux cartons crasseux contre le prix de son entrée et d’un fauteuil. Il craignit d’étonner la caissière s’il ressortait dans l’instant même qu’il venait de faire cette dépense. Mais, quand il vit qu’il pouvait regagner la rue sans passer devant le bureau, il s’esquiva. Il s’arrêta dehors un instant, à regarder un placard qui était collé à la porte et qui n’annonçait pas le spectacle du soir, mais un autre spectacle très prochain. Une tête de femme, bien plus grande que nature, ornait ce placard ; et d’abord, il la trouva fort laide, puis s’aperçut que, ramenée aux proportions ordinaires, elle devait être fine et jolie, et enfin qu’elle lui rappelait des traits connus. Il lut alors le texte, qui annonçait des représentations de la chanteuse russe Mimi Kroutchine,
Il revit à déjeuner, le lendemain, les trois anges enfin réunis. Il méditait de faire grise mine à l’infidèle Jean ; mais n’alla-t-il point se figurer qu’elle savait ses manœuvres d’hier soir, son inconvenante poursuite? Au lieu de lui présenter un visage sévère et digne, il parut couvert de confusion. Il la trouvait maintenant ressemblante à un autre ange, à celui que le Seigneur plaça devant la porte du Paradis après en avoir chassé notre premier père, et qui brandissait un glaive flamboyant. Cette image lui suggéra une crainte vague d’avoir perdu en" effet son paradis ; il pressentit la fin de son triple amour. Miss Jean n’avait pas seulement un air guerrier et terrible ;
Têtes d’Anges.