‹ L'autre aventure du joyeux garçon;Chapitre 31 sur 43 · JE REVIENDRAI TE VOIR DE TEMPS A AUTRE, EN AMIE · texte numérisé non relu

JE REVIENDRAI TE VOIR DE TEMPS A AUTRE, EN AMIE

plus qu’à se retirer. Elle n’eût pas demandé mieux ; mais pouvait-elle sortir en plein midi, rue Jacob, vêtue d’une tunique de gaze plissée accordéon et trouée de toutes parts?

— Ne t’inquiète pas de moi, dit-elle, sors, va-t’en à tes affaires. Je vais envoyer chercher un tailleur (elle voulait dire un costume tailleur), et quand tu rentreras ici, tu ne m’y trouveras plus.

Elle ajouta gentiment :

— Je reviendrai te voir, de temps à autre, en amie.

lui de l’athiète et de fempereur romain. Il avait le même air de candeur, avec un peu plus de froideur et de gravité. Il était parfaitement honnête, comme Davy Pipe, et il n’avait pas moins de bon sens. Son jugement était prompt et sûr, et il tranchait les cas de conscience comme Alexandre faisait le nœud gordien ; c’est probablement la meilleure des casuistiques.

Il desservait une chapelle voisine de l’Etoile. Il demeurait tout à côté, à

Davy Pipe.

l’hôtel. Davy le chercha d’abord dans son église, ne l’y rencontra point, et monta droit à sa chambre, dont il savait le numéro. Il frappa, ouvrit, et vit l’abbé qui expédiait sa correspondance, assis devant un de ces meubles à deux fins qu’on trouve dans les hôtels, qui servent aux hommes de table à écrire et aux femmes de table à coiffer.

Pipe et Smith se souhaitèrent le bonjour, s’interrogèrent simultanément et réciproquement sur leur santé, et négligèrent l’un comme l’autre de répondre à cette question. Puis le prêtre demanda au jeune homme s’il y avait quelques nouvelles.

— Mon oncle est mort, dit Davy Pipe.

— Réellement? dit l’abbé.

Ces deux répliques furent proférées machinalement et sans émotion. Après coup, Davy Pipe prit un air sérieux, mais point cafard, ni même triste. L’abbé lui secoua la main, et ils se turent vingt secondes, par convenance. Ensuite ils changèrent de place, et s’assirent l’un vis-à-vis de l’autre aux deux coins de la cheminée.

Davy reprit, sans faire de phrases superflues :

— Il me laisse toute sa fortune.

— Bien, dit l’abbé.

— Il souhaite, fit Davy en rougissant, que je poursuive mes études de peinture jusqu’à l’âge de vingt- six ans et demi.

L’abbé, qui scrute des âmes du matin au soir, pensa bien que ce n’était point cela qui faisait rougir Davy Pipe, et il attendit la suite, en regardant son interlocuteur dans les yeux.

— Il souhaite également, reprit Davy en rougissant encore plus, que j’obtienne, à cet âge, une mention honorable au Salon des Champs-Elysées.

Il y eut un silence presque pénible.

Davy dit enfin, d’un ton énergique, mais modeste, qu’il pensait être capable d’obtenr cette récompense dans le délai prescrit.

— Je pense ainsi, dit poliment le prêtre, qui continuait d’envisager Davy Pipe, et d’attendre.

Davy trouva le moyen de rougir encore, mais ne put baisser les yeux pour dire :

— Enfin, il souhaite que je m’abstienne des femmes jusqu’à ce même âge de vingt-six ans et six mois. Je fais le ferme propos de m’en abstenir, mais je dois avouer que je ne m’en suis pas abstenu jusqu’à présent. Suis-je responsable?

— Cela dépend, dit l’abbé Smith.

Vous êtes responsable à l’égard de Dieu, dont vous avez transgressé le commandement sept ; mais vous n’êtes pas responsable à l’égard de monsieur votre oncle, dont vous ne pouviez prévoir le testament.

— Vous pensez donc que je ne suis pas déchu de mes droits à la succession?

— Je le pense absolument, répondit l’abbé Smith sans la moindre hésitation.

Mais il ajouta :

— Il serait bon toutefois d’effacer le passé.

— Par la confession? dit Pipe.

— Oui, dit l’abbé Smith.

— Je suis prêt, dit Pipe, en s’agenouillant devant le fauteuil du prêtre.

Il fit lés prières d’usage, énuméra ses péchés, et quand l’abbé prononça les paroles qui délient, il se sentit positivement soulagé d’un grand poids.

Il se releva en souriant. Son visage avait une expression d’innocence et de puérilité, avec un rien de malice. Il remercia en fort bons termes l’abbé Smith, qui venait vraiment de lui rendre un signalé service, et lui dit « adieu » en français.

— Au revouër , répondit l’abbé, usant de la même langue, mais avec un terrible accent.

— Non, adieu, fit Davy Pipe. Parce que mon oncle a mis une troisième condition à l’héritage, c’est que je devienne protestant. Je ne dois donc pas vous revoir. Je regrette. Excuse me.

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