‹ L'autre aventure du joyeux garçon;Chapitre 35 sur 43 · A QUOI EMPLOIES-TU TES SOIRÉES · texte numérisé non relu

A QUOI EMPLOIES-TU TES SOIRÉES

délibération fut close. On tira au sort qui prendrait, le soir même, le premier tour de semaine.

Ce fut un Parisien de Paris, nommé Jean Romarin, qui avait le nez en trompette, un rien de moustache en brosse, beaucoup de cheveux blonds mal coiffés, de petits yeux perçants, et qui était fort laid, mais fort drôle.

Davy

lui paraissaient indispensables, dont Romarin ni les suivants de la semaine ne se fussent jamais avisés tout seuls.

Il prétendait même, selon le goût de chacun, modifier l’arrangement des bibelots. Il passa le temps, jusqu'à plus d’onze heures, à décrocher et à raccrocher des cadres. Il ne laissait pas de s’interrompre fréquemment pour fabriquer et pour déguster des cocktails.

Les saillies de Davy Pipe tenaient Romarin éveillé, mais les coektails avaient un effet contraire. Il se glissa entre les toiles : Davy Pipe prit son banjo, s’assit sur le pied du divan, et se mit à pincer les cordes en chantant à plein gosier, comme un nègre. Cette musique n’empêcha pas Romarin de ronfler au bout de deux minutes. Mais les voisins avaient le sommeil moins facile, et ils donnèrent des coups de poing dans la cloison, qui firent taire Davy Pipe, sans réveiller Jean Romarin.

Davy considéra la sentinelle endormie à son poste, et fut tenté de lui faire une bonne farce. La seule bonne farce était de filer. Pipe n’avait guère envie de sortir ; mais, pour la drôlerie de la chose, il s’y résolut.

Il passa dans sa chambre à coucher, revêtit son habit noir, car il était correct en toute circonstance. Il traversa le salon, où Romarin dormait de tout son cœur, sortit sur la pointe du pied, ferma la porte à double tour, dégringola ses quatre étages, et se trouva sur le trottoir de la rue Jacob, bien empêché de ce qu’il pourrait faire : car que faire, même à Paris, environ minuit moins un quart, quand il y a une chose qui serait si naturelle à cette heure-là, et qui est rigoureusement défendue?

Mais, pour rien au monde, Davy Pipe ne serait rentré avant l’aurore. Il n’était nullement noctambule, et n’aimait point de se promener pour se promener, sans but, surtout à pied : il prenait plus volontiers des voitures. Cependant, pour passer le temps, il s’en alla de son pied jusqu’à la place de la Concorde, jusqu’à la rue Royale, et sans le faire exprès, jusque chez Maxim. Quand il se trouva devant la porte de cet établissement, il se dit, sagement, que l’on peut jouer avec le feu, mais pas à ce point-là, et il poursuivit son chemin.

A l’autre bout de la rue, il s’arrêta encore devant la porte de Durand, qui ’ n’est pas si dangereux. Il n’y pensait rencontrer aucune figure de connaissance; mais, comme il ne voulait négliger aucun moyen de tuer le temps, il entra. Il fit, d’un air un peu solennel, le tour des salons, et il aperçut le grand peintre qui vient une fois par semaine donner des conseils aux élèves de l’atelier Fergan, et qui lui avait témoigné, l’autre jour, une sollicitude particulière. Comme le terme de grand peintre peut s’appliquer

Pipe.

à trop de peintres et n’est pas plus distinctif qu’une décoration, le moment paraît venu de révéler que ce grand peintre-ci s’appelait Jules Dupont.

Jules Dupont (de l’Institut) sortait de la Comédie-Française, où il avait assisté à une première, en compagnie de madame Jules Dupont, son épouse ; de mademoiselle Diane Dupont, sa fille, et d’une nièce orpheline, Colette Dupont, qu’il avait recueillie et qu’il élevait. Les Dupont avaient rencontré à la Comédie- Française le docteur Paturot, qui est si occupé toute l’après-midi qu’il ne fait guère qu’un repas par jour sur le coup

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