LE TOUT EST DE S’ENTENDRE
Mademoiselle Colette Dupont, qui avait dit, un peu vulgairement, à Davy Pipe : « Fais de moi ce que tu voudras », le quitta sur une autre banalité :
— Maintenant, dit-elle, en l’étreignant avec passion, maintenant, je suis toute à toi.
Il était assez grand pour s’en apercevoir.
Davy ne fut point fâché de la voir partir, mais il demeura seul dans un état bien singulier. Heureusement, il n’avait guère l’habitude d’anatomiser son âme; car il ne s’y serait point reconnu.
D’abord, il avait envie de chanter, pour la même raison que les coqs chantent, à certaines heures où il ne s’agit point de faire lever le soleil. Il était la nature même, et les joies de l’amour ne le mettaient point dans la tristesse. Avec cela, il regrettait infiniment ce qui venait
Davy Pipe.
d’arriver. Non qu’il éprouvât des remords : il avait le sentiment de la justice, comme les enfants et les sauvages, et il sentait bien qu’en l’espèce il était la vraie victime. C’est la jeune fille qui avait commencé : c’est toujours elle qui commence. Il ne lui avait donné l’assaut (pour employer l’expression anglaise) que par respect humain, par politesse, et faute de pouvoir se dérober décemment. Il ne reconnaissait point qu’il eût de responsabilité, et il ne plaignait aucunement mademoiselle Colette Dupont ; mais il se plaignait soimême, et déplorait la perte de sa fortune.
Il n’était point homme d’argent, en ce sens qu’il n’était point avare ; mais,
procure souvent pour rien. Il avait le sentiment de la vraisemblance, non moins vif que celui du juste et de l’injuste, et il