SCENE YI
HEYBENS, MADAME LACORTE
HETBENS. — Vous êtes très documentée.
MADAME LACORTK. — Nécessairement.
HETBENS. — Continuez. C'est très intéressant. Alors, M""*" Ernstein?...
MADAME LACORTE. — Oui, et le jeuue homme avec lequel je caoïsaLs quand mon oncle nous a intenompus, c'est M. de MeiLIan.
HETBENS.
Vous f;tES très BOCrMEN'TÉE.
le prédécesseur do Fonten.ny. celui qui chantait Samson, ce soir, avec ma tante et qui est le ténor qu'elle aime pour l'instant. Naturellement, de Meillan trouve que Fontenay ne sait pas chanter, qu'il a une voix blanche et que c'est l'abomination de la désolation. Quant au Grand-Prêtre, c'est un petit jeune homme qui est aussi amoureux de ma tante et s'est mie à chanter pour l'approcher plus facilement. Il n'a aucune disix>sition et se
couvre de ridicule. D'ailleurs, il perd son temps : c'est une basse, et les basses ne sont jamais aimées... pas plus dans la vie que dans les opéras. La clé de fa n'ouvre pas le cœur des femmes en général, ni de ma tante en particulier.
ERNSTEIN, survenant. — Eh bien! ça marche?... tu mets Heybens au courant?
MADAME LACOKTE, modestement. — Oui, mon bon oncle, je fais de mon mieux.
ERNSTEIN. — Oh ! je suis bien tranquille. (//. tape familièrement sur V épaule d'Heybens.) Je vous le disais bien, vous êtes en bonnes mains.
Il s'en va.
MADAME LACORTE. — Ah ! ah ! C'cst toujours drôle !
A ce moment, il n'y a plus dans le petit salon que Mme Larorte et Heybens et. à l'autre extrémité, près de la porte-fenétre, Freydières et Claire.
HEYBENS. — Vous êtes méchautc, vous.
MADAME LvcoRTE. — • Je suis très gentille, au contraire. Voyons, vous ennuyez-vous avec moi ?
HEYBENS. — Pas uue minute, vous me faites si bien les déshonneurs de la maison. Dites-moi, est-ce que ce n'est pas Freydières, l'avocat, qui ast là, près de la fenêtre?
MADAME L.4COR.TE. Oui, c'ost lui.
HEYBENS. — Avec qui donc cause-t^il?
MADAME LACOTRTE, riont — Ah! lll !
HEYBENS. Quoi dojlC ?
MADAiiE LACOBTE. — ■ C'est Vrai, au fait, vous ne pouvez pas savoir. C'est M™*^ Jadain, la femme de l'associé d'Ernstcin. Je vais vous ra<:-onter ça... Oh! c'est tout un roman; mais ne restons pas là, d'autant plus que .nous devons bien les gêner. Figurez-vous qu'ils étaient amis d'enfance et il paraît que, depuis l'âge de raison, ils saimaient à la folie... Les Jadain sont venus à Paris et naturellement...
Elle l'entraîne tout en Causant. Maintenant le rietit salon est vide. Claire et Freydières restent seuls.