‹ L'autre dangerChapitre 32 sur 88 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

CLAIRE, FREYDIERES

CLAiRJ<:. — Comme vous voilà songeur, tout d'un coup !

FREYDiÈRKS, sc rftournont, surpris. — Vous étiez là ?

CLAIRE. — Que disiez-vous donc à Madeleine de si intéressant? Vous étiez tellement occupé que vous ne vous êtes pas aperçu que j'étais là depuis cinq minutes avec* Ernstein; mais vous parliez avec une animation!...

FREYDIÈRES. — Votre fille ne voulait plus danser et je lui disais qu'elle devait tenir au moins les engagements qu'elle avait pris.

CLAiiiE. — Je lui aurais donné le même conseil... (Un silence.) Je viens d'avoir une conversation des plus sérieuses avec Ernsteiu. Il veut marier ma fille.

FHEYDIÈRKS. — Ah!

CLAiiiK. — Il m'a même parjé d'un jeune homme qui revient d'ïndo-Chine... un gar- Von d'un très grand avenir, paraît-il... 11 s'a.pi)elle Heybens, vous le connaissez:'

FKEV'DiKRKs. — Il nie semble que je con- Jiais ce nom-là... Et il vous l'a présenté-'

CLAIRE. — Non, il me l'a montré... il m'a paru bien, très bien même, Ernstein doit nous faire dîner avec lui la semaine prochaine. Ce n'est d'ailleurs qu'un projet vague... il faut avant tout que ça plaise à Madeleine, n'est-ce pasP Mais cette conversation avec Ern-stein a été pour moi une brusque révélation.

FREYDiÈREs. — Uue révélation?

CLAIRE. — Oui... évidemment, je savais que j'avais une fille à marier... je savais qu'un jour ou l'autre il faudrait m'en séparer... J'avais souvent pensé au mariage de Madeleine; mais il m'apparaissait indéterminé, lointain, et voilà que, tout à coup, il est question d'un mariage, comprenezvous ?

FREYDIÈRES. — Oui, je Comprends. CLAIRE. — On me montre un monsieur comme un gendre possible... J'ai une fille à marier; depuis tout à l'heure, c'est un fait précis, immédiat, et alois, brusquement, j'ai compris avec une netteté singulière et tardive, que j'étais mie femme très imprudente.

FREYDIÈRE.S. — Comment cela?

CLAIRE. Oui... Il faut peuiser que plusieurs partis vont se présenter pour Madeleine... ce soir, elle fait sensation... je le dis sans fausse modestie, elle est éblouissante. Si ce n'est pas M. Heybens, ce sera un autre. Les parents intéressés prendront des renseignements sur la famille dans laquelle doit entrer leur fils et, si l'on apprenait que vous êtes mon amant, songez donc, c'est épouvantable, car c'est à l'établissement de ma fille que ça pourrait faire le plus grand tort.

FREYDIÈRES. — Mais vous paraissez bouleversée... il semblerait vraiment que cette idée que notre liaison puisse être connue vous a surpriise subitement.

^ CLAIRE. — Xon ; mais, jamais, elle ne m est apjxirue aussi menaçante que depuis un moment. C'est à ce point que j'imagine que notre liaison est, ce soir, le sujet de toutes les conversations...

FREYDIÈRES. — Pourquoi voulez-vous ?...

CLAIRE. — Enfin, ça ne se discute pas, ça ne s explique pas., c'est une impression, un pressentiment... une femme, vous savez ce que c'est.

FiŒYDiÈREs. Vous ne pourrez jamais empêcher les gens de parler, étant donné surtout que je suis reçu constamment chez \ous et dans la plus grande intimité.

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