SCENE III
VERSANNES, MORINS
VKUSANNKS. — 11 y a tout de mémo cinq ans qu'oi) ne tj' était vus, mon vieux camarade. Cinq ans! Dites donc, Morins, \ ous n'avez pas l'air de vous en douter.
MoiuNs. — Mais si, puisque j'ai quitté la France presque tout do suite après votre
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vif
VERSANNES. — Il y a tout de même cinq ans..
mariage et je ne m'attendais pais à vous retrouver cultivateur... gentleman-f armer... si vous aimez mieux.
VERSANNES. — Non, VOUS dites bien, cultivateur; c'est un très beau titre.
MORINS. — Vous que j'avais quitté clubniaji, sportsman et spleenman !
VERSANNES. SurtOUt !
MORINS. — Vous avez une exploitation qui marche très bien. Tout à l'heure, en arrivant ici avec Saint-Phoin, nous avons vu des cultures superbes et des vignes magnifiques.
VERSANNES. — Et puis, je fais aussi de l'élevage.
MORINS. — Vous avez beaucoup d'animaux?
VERSANN'ES. — J'ai en ce moment une centaine de bœufs ; je vous montrerai ça demain, si ça peut vous intéresser... vous verrez de grandes bêtes blondes avec des yeux très doux.
MORINS. — Et ça vous amuse ce que vous faites?
VERSANNES. — Ça me passionne.
MORINS. — C'est cxtraordiiLairc !
VERSANNES. — N'est-co pas? Vous vou> rappelez, dans votre petit appartement, au cinquième, derrière les Invalides, quand nous essayions de distinguer à travers nos goûts et les probabilités ce que nous deviendrions, jamais vous ne m'avez prédit, malgré votre clairvoyance et votre sens critique, que je serais un jour le nourricier des bestiaux.
MORINS. — Et pourtant, nous préférions déjà un laboureur à un référendaire au sceau de France. Mais comment l'idée vous est-elle venue de votre nouvelle profession?
VERSANNES. — Ce sont les circonstances... Six mois après notre mariage, noua avons été appelés ici par une lettre pressante et comme opjjressée de mon oncle qui se sentait très fatigué et désirtvit me voii". Nous sommes arrivés pour lui fermer les yeux; mais avant de mourir il m'avait dit : <( Je te laisse la maison, les terres et les métairies ; garde ça le plus longtemps possible, tâche de ne pas vendre... promets-moi de venir ici tous les ans passer deux ou trois mois dans la belle saison. Jure-le-moi. » Et il y avait dans ses yeux, une telle angoisse que sa vieille maison fût abandonnée, ou louée, ou vendue que, pour qu'il mourût tranquille, j'ai juré.
MORINS. — C'est très bien ce que voua avez fait là.
VERSANNES. — Que voulez-vous ? C'était à peu près à cette époque, par une fin d'été très douce, par un mois de septembre mélancolique et doré... la mort de cet excellent liomme qu'était mon oncle, ce pays sévère et tendre à la fois, tout plein des souvenirs do mon enfance et que je n'avais pas revvi depuis un si long temps, tout cela m'a ému et doucement bouleversé... il s'est fait un. changement en moi ; la vie que je menais à Paris me semblait étroite, vide, un peu ridicule ; j'ai eu peur et honte de la reprer.dre, et je me suis définitivement installé ici... J'ai cultivé mes terres... J'accomplissais ainsi le vœu le plus cher de mon oncle. 11 'X avait coutume de dire que c'est une désertion que d'abandonner la terre, et qu'elle est non seulement la nourrice, mais î'éducatrice... et j'ai compris depuis qu'il avait raison.
Un domestiqué annonce.
LE DOMESTIQUE. — M. de Courrczac.
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