‹ L'autre dangerChapitre 53 sur 88 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

CHARLOTTE, MORINS, SAINT-PHOIN, puis LAMBERT

CHARLOTTE. — Voiis regardez les photographies ?

MORINS. — Oui, je feuillette volontiers les a.lbuiiis de photogiaphies dans les familles.

CHARLOïiii. — Je comprends ça, c'e^t toujours cocasse.

MORiNï*. — Je ne trouve pa.s, il s'en dégage au contraire une mélancolie dont je m'enivre.

CHARLOTTK. — C'cst plus amusaut quand on connaît les gens.

MORINS. — Je ne connais personne de ces personnes.

CHARLOTTE. — Qu'à cela ne tienne, je vais A^us les présenter. {Avec emphase.) Celui-là, c'est mon père, {l'ius simple.) Ça, c'ast maman quand elle s'est mariée : on portait des crinolines! Là, c'est papa pendant le siège... il était garde national à l'état-major ; mo)i oncle, quand il était lieutenant de vaisseau; il vient d'être nommé vice-amiral. Là, c'est ma sœur qui evst morte... elle est morte d'une péritonite, ù, la suite d'un bébé.

MORINS. — Elle était jolie.

CHARLOTTE. - — Oli ! oui, elle ét-ait très jolie... en face, c'est mon beau-frère.

HAiNi-i'HOiN. — Tiens! un toréador.

CHARLOTTE. — Oui... c'cst le famcux Lagartijo...

SAiNT-PHOiN. — C'evst votre parent?

CHARLOTTE. — Non, je ne sais même pas pourquoi il est là.

MORiN.s, yravement. — Parce qu'il doit y être ; il y a toujours, dans les albums de famille, le portrait d'un homme célèbre et qui n'est pas parent ; mais c'est rarement un toréador, c'est plutôt un artiste lyrique ou un prét-3nda.nt au trône de France.

.sAiNT-i'iioiN. — C'a été longtemps le prince impérial, vous êtes trop jeune pour avoir vu ça.

MORINS. — Tiens! voilà de jolies personnes.

CHARLOTTE. — C'cst toutes mcs amies du cours. Celle-là, c'est Amélie Savourde : elle était jolie, mais bête ! Quand elle récitait V.-irt poétique, on n'a jamais pu lui faire dire le Tasse... elle disait toujours la Tasse. Seulement, comme elle était très belle fille, clic a passé tout de même ses examens. C'est dégoûtant !

MORINS. — Connnent s'appelait votre cours? Je parie que c'est en deux noms.

CHARLOTTE. — Justement! C'était le cours Langlois-Boutinot.

MORINS. — Tous les cours chics de jeunes demoiselles sont en deux noms.

SAiNT-piioiN. — Très juste!

CHARLOTTE. — Me voilà à tous les âges, depuis le maillot jusqu'à nos jours. Là, c'e*;t quand je me suis mariée. Dire que j'ai été coiffée comme ça!... regardez donc, Saint- Phoin, c'est déjà grotesque. Etiez-vous à mon mariage, à Saint-Augustin?

MORINS. — Mais oui, il y avait un monde fou! Et pendant le défilé à la sacristie, un suisse monumental avertissait : Prenez garde à vos poches !

sAiNT-PHOiN. — Oui, oui, jo uic rappelle, à cause des pickpokets... C'était un beau mariage.

CHARLOTTE. — Il y a déjà quatre ails.

MORINS. — • Vous n'avez pas d'enfants?

CHARLOTTE. Noil.

MORINS. — Vous ne voulez peut-être pas en avoir?

CHARLOTTE. — Ah! grand Dieu, non.

MORINS. — • Vous avez toit.

CHARLOTTE. — Je crois bien, pour co que ça vous coûte, cher monsieur.

MORINS. — Je ne comprends pas.

CHARLOTTE. — Ecoutcz, j'ai uue de mes amies qui a eu un bébé juste au bout de neuf mois de mariage et qui. depuis ce temps-là, passe sa vie sur une chaise longue. Et puis, ma sœur est morte d'une péritonite dans les mêmes circonstance.s, comme je vous l'ai dit tout à l'heure; vous comprenez que lorsqu'on a do pareils exemples près de soi, dans sa famille, ça n'est pas excitant...

LAMBERT, qu'i cst suvcenu à ces dernier-: mots. — Monsieur Saint-Phoin, j'ai perdu; si vous voulez aller me remplacer.

SAINT-PHOIN. — ■ J'y vais.

MORINS. — Vous ne remplissez pas votre mission ou si vous aimez mieux votre fonction.

SAiNT-PHOiN. — Vous êtes bréhaigne!

CHARLOTTE. .Et VOUS ?

SAINT-PHOIN. — Moi, je suis célibataire. Il va rejoindre Versanncs à la table do jeu.

LAMBERT. — Ah! moiisieur, vous lui di<-^^j- '^aus doute ce que je ne cesse de, Vui 'répéter : il lui faudrait des en ^ ,ts à cette jeune fomme-1?..

CHARLOTTE. — O'.i ! je Aous eu prie, vous n'allez pas commevicer.

T.A:MnER,T. -^ V{ien que deux, tenez, ce n'est pourta.nt j.as la mer à boire.

Charlotte. — \'ous regardez

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