SCENE IV
VALENTINE, VERSANNES, L'ABBE BLOQUIN, MAKIE, PIERRE
l'abbé bloquin, suivi des enfants, apparaît couvert de poussière. — Bonjour ma ohère enfant. Bonjour, monsieur Versanne;-.
VALENTINE. — Boujour, moiisicur le curé. Oh ! comme vous avez chaud !
l'abbé bloquin. — Je dois être tout blanc... je parle de ma soutane, car mon visage doit être fort rouge et ruisselant de sueur... j'ai la gorge Jiéchée à force d'avoir avalé de la poussière et pour comble de disgrâce, je crois que je n'aurai pas assez de pétrole pour rentrer à la ville.
VALENTINE. — Je VOUS €n donnerai.
l'abbé bloquin. — Vous en avez?
VALE.NTiNE. — Mais certaincmeni. Voulez-vous vous rafraîchir ?
l'abbé BLoyuiN. — Très volontiejcî.
VALWN'riNE. — Qu'est-ce que vous voulez boi re ?
l'abbé Bi.ogriN. — Si vour> voulez bien, vous me ferez donner de l'eau bien fraîche dans laquelle on aura versé urne petite cuillerée de pétrole... d'eau-de-vie... (Aux enfants qui rient.) Ça vous amuse, hein? Je pense toujours à ma machine, que voulezvous?
VALENTINE. — Marie, va dire à Amélie de te préparer un verre d'eau avec du cognac, du sucre, un plateau.
PIERRE. — Et nous l'apporteroru» nousmêmes.
valenti.ne- — Oui, prenez garde de rien renverser.
MARIE. — Oh ! non, mère chérie, sois ti-anquille.
Les enfants sortent.
l'abbé bloquin. — Ah! j'en ai des misères avec cette malheureuse machine.
a'ersannes. — C'est difficile à régler.
l'abbé bloquin. — Ce n'est pas ça ; mais on trouve très mauvais en haut lieu, c'est à l'évêché que je veux dire, qu'un curé aille à pétrolette. Il paraît que monseigneur qui ne s'était alarmé jusqu'à présent que des ecclésiastiques cyclistes fait depuis quelques temps des allusions aux prêtres chauffeurs ; mais comme je le faisais observer à l'abbé Champagnac qui me rapportait la chose, si j'ai acheté une pétrolette, ce n'est pas pour établir des records, mais pour pouvoir visiter plus de pauvres dans la même journée. Enfin, que voulez-vous?
versannes. — C'est une invention encore un peu neuve. Dans cinq ans, monseigneur lui-même viendra peut-être en automobile donnei- la confirmation dans les églises des plus humbles villages de son diocèse.
l'abbé bloquin. — Pourquoi pas? Nous .sommes destinés à voir des changements extraordinaires.
Cependant les enfants avec les plus grandes pré cautions ont apporté, sur un plateau, de l'eau, du cognac, un verre, etc.
VALENTINE. — Posez C'a là... c'est trèf bien... maintenaait, allez repasser votre le- (.■on. M. le curé vous interrogera tout s l'heure.
l'abbé BLOQUIN. — Et VOUS, madame, vous
Le Torrent
étiez souffrante, hier soir. Comment êtesvous aujourd'hui ?
VALE.VTLNE. — Mieux, beaucoup mieux.
l'abbé bloquin. — En somme, ce n'était rien. A la bonne heure. (A Versannes.) Et votre chère femme n'est pas souffrante... Je ne hi vois pas.
VERSANNES. — Mais non, elle va très bien, je vous remercie. Elle est allée visiter la paipeterio avec nos axiiis.
l'abbé bloquin. — Très bien ! Très bien ! Et vous êtes resté pour tenir compagnie à M^'» Lambert?
\'ERaANNES. — Mon Dieu, oui.
l'abbé bloquin. — Parfait ! Parfait !
Morins apparaît pendant ces derniers mots.
Il faut un tour de main spécial... il faut remuer tout le temps pour donner l'illusion d'une mouche qui va et vient, se pose et se repose, et même quand c'est très bien fait, on ee demande qui est le plus habile de la truite qui prend la mouche ou du pêcheur qui prend la truite. iTirant sa vwntie.) Je crois qu'il est l'heure de monter auprès de ces chers enfants.
VALENTiNTi. — Si VOUS permettez, monsieur le curé, j'assisterai aujourd'hui à la leçon.
l'aubé bloqiin. — Mais... avec plaisir... Les enfante sont là-haut ?
VALENTiNE. — Oui, oui, je moute avec vous.
l'abbé bloquin. — Messieurs, à tout à l'heure.
11 sort, suivi de Valentine.