CHARLOTTE, HUBERT
CH.\RLOTTE. — Si qu'ou s'asseoirait, pnr terre, on serait encore plus bien. Là, je suis on ne peut mieux dans le creux de cet arbre... Maintenant, vous allez me faire la cour.
HUBERT. — Je ne vous ferai pas la cour... vous vous moquez de moi.
CHARLOTTE. — Si l'ou peut dire...
HUBERT. — Voilà cinq années que vous me nionez en bateau et je suis las d'un jeu qui n'en vaut pas la chandelle.
CHARLOTTE. — ■ Vous êtcs grossier...
HUBERT. — Je ne suis pas grossier... je vous dis que l'heure a sonné des décisions viriles : m'aimez-vous?
CHARLOTTE. NoU.
HUBER.T. — Alore, vous ne fûtes pas loyale.
CHARLOTTE. — En quoi, s'il vous plaît?
HUBERT. — Il ne fallait pas m'encourage r, me laisser espérer.
CHARLOTTE. — Mais vous n'êtes qu'un ingrat ! Vous me reprochez de vous avoir laissé espérer, c'est-à-dire d'avoir illuminé votre existence de vieux garçon au fond de votre triste province! Car, vous vous ennuyiez à crever, avant que j'arrive ici... pour vous, j'ai été la fantaisie, le roman, la femme mariée, l'adultère possible... et vous me demandez aujourd'hui de me décider?...
HUBERT. — Vous ue peusiez pas que ça pouvait durer éternellement.
CHARLOTTE. — Mais si... je le pensais... ma parole d'honneur, je le pensais... c'était si gentil.
Le Torrent
HUiuiET. — Il y aurait quelque chose de bieu plus gentil.
CHARLOTTE. — Quoi doilC ?
HLBERT. — Vous lo savez bien.
niAiiLOTTE. — Non, je ne le sais pas.
uuuERT. — Oh! avec ça... vous n'allez pas mo faire croire...
amuseriez pas du tout. Et puis, vous y tenez donc tant que ça à cette chose-là?
HuiiERfT. — Moi! je n'y tiens pas du tout. Pour qui me prenez-vous?
CH AU LOTTE. AlorS?
HUBERT. — Je vais vous dire... je crains d'être ridicule, qu'on se moque de moi... ù
ROBERT. — Je xe vous ferai pas la cour...
CHARLOTTE. — Ah! j'y suis maintenant...
Oh! je vous en prie, ne prenez pas cet air fin... vous êtes effrayant! Eh bien! non, il ne faut pas y compter, j'aime mieux vous le dire tout de suite... mais je n'ai rien d'une amoureus-e... iTion imagination est froide comme celle d'un serpent... vous ne vous
la ville, mes amis m'accablent de quolibets et de brocards... alors, j'aurais voulu au moins qu'on puisse le croire...
CHARLOTTE. — Dites donc !
HUBERT. — Et pourtant je ne peux pas vous forcer à faire ce qui ne vous convient pas.
Le Torrent
CHARLOTTE. — Je pense bien ! Mais uon, restons donc comme nous étions, soyez mon flirt, rien de plus, c'est encore ce qu'il y a de plus avantageux.
HTBEBT. Pour VOUS?
CH.\RLOTTE. — Parblcu ! Tous m'avez demandé d'être franche, voilà! vous ne m'en voulez pas?
HUBERT. — Pas le modiis du monde, au contraire... Seulement, il est inutile de vous compromettre davantage, je ne vous ferai plus la cour.
CH.\RL0TTE. — Mais nous restons bons amis?
HUBERT. — Certes.
CHARLOTTE. — Alors, douncz-moi la main pour me relever. D'ailleurs, nous allons nous remettre en route. Dites donc, vous chargerez encore les fusils, comme tout à l'heure, moi je tirerai.
HUBERT. — Non.
CHARLOTTE. — Comment, non?
HUBERT. — Puisque je ne vous fais phus la cour... je vais cha.sser pour mon compte... je vais chas.ser pour m'étourdir, c'est bien
le moins.
Il part.
CHARLOTTE. — • Eh bien ! je vous retiens, vous.
HUBERT. — Vous avez beau me retenir, je m'en vais.
Elle le regarde s'éloigner en riant.