SCENE VII
CHARLOTTE, SAINT-PHOIN
SAINT-PHOIN, venant lu rejoindre. Pourquoi riez-vous ?
CHARLOTTE. — Pour rien... j'ai envie de rire, je suis gaie... je suis très gaie aujour- •d'hui...
SAiNT-PHOiN. — Tant mieux pour vous.
Elle se met de la poudre de riz et se regarde dans une petite glace.
CHARLOTTE. — Vous ne me dites seulement pas que j'ai mon chapeau tout de taavere.
SAiNT-PTioiN'. — Vous avcz uu costume de chasse tout à fait exquis.
CHARLOTTE. — Le vôtre aussi est très bien.
SAiXT-PHOiN. — N'est-ce pas? M. de Courrezac a beau se moquer de moi.
CHARLOTTE. — C'est de la jalousie.
SAiNT-PHoiN. — Parbleu ! Il se rend parfaitement compte qu'il a l'air de mon poi'tecarnier.
CHARLOTTE. — VovUcz-vous me tenir un peu ma glace pour que je me rarramjc un peu. Plus haut... je ne vois rien... comme ça, ne bougez pas.
SAiNT-PHOiN. — Vous ne trouvez pas que M™" Lambert n'a pas très bonne mine?
CHARLOTTE. — Valeutine ? Non, je ne trouve pas.
SAiNT-PHOiN. — Vous n'êtes pas du tout à co que je vous dis.
CHARLOTTE. — Je VOUS demande pardon.
SAiNT-PHOiN. — Mais non. vous avez le regard incompréhensif de la femme qui enfonce une épingle dans son chapeau.
CHARLOTTE. — Vous m'avez demandé si je ne trouvais pas que Valentine eût mauvaise mine. Je vous ai répondu que non.
SAIXT-PHOIN. — Alors vous ne l'avez pas regardée.
CHARLOTTE. — C'est parce que nous sommes sous les arbres, lien n'est plus mauvais pour le teint... si vous vous voyiez, vous êtes vert... et, moi aussi, je dois être verte.
SAiNT-PHOiN. — Et puis je la trouve triste, absorbée; vous ne trouvez pas?
CHARLOTTE. — Non, elle est comme d'habitude... vous savez, c'est sa nature, à Valentine, elle n'est pas très olié ! ohé! Dites donc, mon petit Saint-Phoin, vous ne savez pas ce que vous allez faire... {Saint- Phoin fait signe que non.) Vous ne me quitterez pas, et puis quand il y aura un passage de faisains comme tout à l'heure, vous chargerez les fusils et moi je tirerai.
SAINT-PHOIN. — Oh! non, oh! non, chacun son fusil... j'ai horreur de chasser comme ça... ça ne m'amuse pas du tout.
CHARLOTTE. — Vous lî'êtes pas galant.
SAIXT-PHOIN. - — Pourquoi ne demandezvous pas au gentilhomme périgourdin ?... puisque c'est votre flirt?
CHARLOTTE. — Il u'est plus luou flirt-., il m'a mis le marché à la main... alors je l'ai saqué.
SAiXT-PHOix. — Vous avez saqué le Cadet •de Gascogne, très drôle! Seulement, vous auriez dû attendre que la chasse fût finie. C'est uno faute.
CHARLOTTE. — Je n'y ai point pensé...
Eh bien! partons... [Elle va dire au revoir à Valentine.) Au revoir, Valentine, n'oubliez
Le Torrent
pas que nous vendangeous chez M. de Courrcxac... Si vous voulez, nous viendrons vous prendre en voiture à onze heures, puisque c'est sur la route...
VALENTiNE. — Je VOUS remercie... C'est entendu, à onze heures.
CHARLOTTE. — Allons, au revoir, Valentine...
SAiNT-PHOiN. — Au revoir, madame, à demain.
Charlotte et Saint-Phoin disparaissent.