CHARLOTTE, MORINS
CHARLOTTE. — • Ce Serait ennuyeux tout de même, s'ils ne nous avaient pas attendus! {Elle va près du piano, elle regarde la musique qui est sur le pupitre.) Robert Schumann : Les amours du poète... L'amnnr d'une femme... Mon cœur, tu frémis, tu doutes... C'est bien pour Valent/ine, cette musique-là... Vous ne trouvez pas?
MOKiNS. — Oui, M™'^ Lambert est très SfliumajiTi... Ah! c'est le musicien de la souffrance, de la douleur dans l'amour.
CH.\RLOTTE. — Vous aimez la musique?
MORINS. — Je l'adore.
CHARLOTTE. — Mais vous devez aimer la musique embêtante, vous.
MORINS. — Ce qui est embêtant pour vous peut ne pas l'être pour moi.
CHARLOTTE. — Enfin, la musique savante, très compliquée.
MORINS. — J'aime celle-là et aussi la musique très naïve, très simple et surtout très chantante... Vous êtes musicienne?
CHARLOTTE. — J'ai appris le piano comme tout le monde, mais je tapote.
MORINS. — Tapoter n'est pas jouer.
CHARLOTTE. — Moi, j'aime la musique capiteuse, vous savez, la musique qui vous donne la sensation d'un champagiie très sec ou d'un vin d'ItaJie très doré. J'adore les tzig.'ines.
MORjNs. — Méfiez-vous-
CHARLOTTE. — Oh! il n'y a pas de danger! J'aime surtout leurs valses, et puis ça me rappelle le temps où j'étais jeune fille, quaind j'allais presque tous les soirs au bal et que je dansais jusqu'au matin. C'était le bon temps.
MORINS. — En somme, vous regrettez ce temps-là ?
CHARLOTTE. — • Oh! Oui.
MORINS. — Vous VOUS euuuyez à la campagne?
CHARLOTTE. — Moi, je u'aimo ni la campasse, ni la montagne, ni la mer... c'est bien simple.
MORINS. — Aimez-vous le ciel?
CHARLOTTE. — Bien sûr... cette question... tout le monde aime le ciel.
MORINS. — Quand on n'aime pas la mer, on peut très bien ne pas aimea- le ciel ! Et alors, songez à l'existence des femmes qui n'aiment pas le ciel ! FAles ne savent vraiment oîi aller?
CHARLOTTE. — Vous VOUS moqucz de moi.
MORINS. — Non, je ne me moque pas de vous... Ce serait très mal.
CHARLOTTE, riant. — Ah! comme vous avez dit ça... Dieu! que vous êtes drôlel Mais, voilà, Saint-Phoin qui revient.
En effet. Saint-Phoin entre... il a l'air boule-