ACTE TROISIÈME
Là respire et palpite une jeunesse ardente ; L'enthousiasme habite en la terre de Dante; J'ameuterais la foule, et tous, peuple, écoliers. Nous vous arracherions à vos sombres geôliers. Mais vous êtes dans Rome, où pèse leur main lourde ; Au bruit d'un nom fameux la multitude est sourde ; Les appels de l'esprit n'y trouvent point d'échos. Et ce qui nous émeut la laisse en plein repos. Que lui fait la pensée et ses nobles conquêtes? Elle ne veut encor que du pain et des fêtes, Et vous verrait périr sur le bûcher en feu. En tombant à genoux et rendant grâce à Dieu.
GALILÉE
Et qu'en concluez-vous?
Qu'il sied de vous soumettre.
GALILÉE
Vous aussi , Vivian !
VIVIAN
Dieu sait , glorieux maître , Que votre honneur m'est cher, et qu'entre ses suivants La science me compte au i-ang des plus fervents.
7G GALILEE
Si VOS soumissions abattaient votre idée,
Si sa victoire était seulement retardée ,
Croyez qu'entre elle et vous je n'hésiterais pas :
Pour elle le salut, et pour vous le trépas.
Mais vos leçons l'ont mise en lumière si vive.
Que la nuit n'y peut plus rentrer, quoi qu'il arrive;
Vos disciples nombreux en sont tout éblouis ;
Elle rayonnera par eux en tout pays.
Vous pouvez abdiquer, ayant fait une race.
Acceptez le repos et laissez-nous l'audace,
Et comptez que bientôt, passant de main en main.
Votre flambeau fera le tour du genre humain.
Vivez donc; dérobez aux bourreaux leur victime. Maître; épargnez à Rome un effroyable crime. Au monde un cri d'horreur, aux vôtres un grand deuil. Un martyre inutile est un excès d'orgueil , Et, dans votre révolte ou votre obéissance. L'amour-propre est en cause et non plus la science. Mais l'amour-propre même est sauf, et tout l'affront Est pour ceux devant qui vous courberez le front ; Oui, par ces désaveux, votre unique refuge, Ce n'est pas l'accusé qu'on flétrit, c'est le juge. — Voilà ce qu'avec moi disent tous nos amis; Je m'acquitte envers eux du soin qu'ils m'ont commis;