NICCOLINI
Écoutez -le, seigneur Galilée; il dit bien. Sur l'honneur, son avis est en tout point le mien; C'est aussi, c'est celui d'un puissant personnage: Je reçois du grand-duc message sur message ; Il m'enjoint d'attaquer votre endurcissement, De redoubler d'efforts jusqu'au dernier moment, De mettre sous vos yeux qu'en pareil cas la peine. C'est le feu; qu'on le sait d'une source certaine; Un mot de vous l'allume, un mot de vous l'éteint. L'heure sonne qui va fixer votre destin ;
Il montre les rideaux.
Songez c[ue là se tient le tribunal terrible
Qui rendra, dans une heure, un arrêt inflexible.
Empêchez-le, mes bons seigneurs, au nom de Dieu ! Qu'on ne condamne pas son pauvre corps au feu ! Pourquoi? D'un grand forfait il est bien incapable; C'est par simplicité qu'il s'est rendu coupable; C'est un bonhomme, un vieux rêveur qu'en son chemin 11 faut, comme un enfant, conduire par la main.
Je promets qu'il fera tout ce qu'on veut qu'il fasse.
A Galilée, en lui montrant Niccolini et Vivian.
— N'est-ce pas? — Dites-leur que vous demandez grâce, Et laissez-vous par eux entièrement régir; Ils savent mieux que vous comme il vous faut agir. Chassez-moi le malin esprit qui vous possède, J'entends l'esprit savant.
Poursuivant Galilée, qui va s'asseoir.
Que Dieu nous soit en aide !
Est-ce que la science arrangera vos os Tordus et disloques par le poing des bourreaux ? Vous dérobera-t-clle au bûcher qui s'allume? Beau dédommagement qu'une gloire posthume! A quoi vous servira d'avoir enfin raison, Quand on vous aura fait brûler comme un tison? Quelque arrêt que sur vous l'avenir doive rendre, La revanche vient tard à qui n'est plus que cendre. N'allez pas affronter pour cet appât lointain Un supplice effroyable, un opprobre certain ; Signez l'acte sauveur auquel on vous convie. Et soyez une fois sensé dans votre vie.
GALILEE, avec impatience.
Eh! madame...